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Lot non conforme de poivre noir de Sarawak attention

Nous avons rejeté 15 lots avant de trouver celui-ci

Par Arnaud Sion
7 minutes lire

Aujourd’hui, le poivre noir de Sarawak est dans une tourmente. Au Comptoir de Toamasina, nous avons de plus en plus de mal à en acheter. Nous avons eu un lot clean de 100kg mais aujourd’hui, il n’a plus de sarawak au kilo mais pourquoi?

Depuis la création du Comptoir de Toamasina, ma mission a toujours été de vous apporter le meilleur du terroir mondial, sans compromis. Mais aujourd’hui, le métier d’importateur d’épices ne se résume plus à trouver le meilleur parfum ; il s’agit de naviguer dans une complexité technique et réglementaire sans précédent.

Aujourd’hui, j’ai même un concurrent qui a volé ma notoriété pour acheter la marque Arnaud Vanille. Et oui, je suis le spécialiste de la vanille depuis 2010.

Nous traversons actuellement ce que j’appelle « la crise de la conformité » du poivre noir de Sarawak. Entre 2024 et 2026, le marché a basculé. Ce n’est pas une simple pénurie de baies, c’est une rupture structurelle entre une agriculture traditionnelle et des exigences sanitaires mondiales drastiques. Voici mon analyse technique complète.

Le Paradoxe de la Rareté : Pourquoi les chiffres mentent

 

Le marché mondial du poivre (Piper nigrum) est en ébullition. Alors que les projections de marché affichent une croissance constante (passant de $4,09$ à $4,32$ milliards USD entre 2025 et 2026), le Sarawak, notre « Or Noir » de Malaisie, s’effondre en volume exportable.

Nous devons vous rappeler que le cours du poivre de Madagascar pour le poivre noir est passé de 7 euros à l’achat à 9 euros. Pour le bio, l’achat de 100kg c’est 11 euros environ pour un importateur.

La Malaisie produit environ 30 000 tonnes par an, dont 95 % au Sarawak. Mais attention : sur ce volume, la fraction capable de franchir les frontières de l’Union Européenne ou du Japon se réduit comme peau de chagrin. Ce n’est pas que le poivre n’existe pas, c’est qu’il est devenu commercialement impossible de le vendre avec les normes du marché du l’UE.

Nous vous avons expliqué le poivre sauvage de Madagascar et ses problèmes notamment sur la deltaméthrine. Avec une filiale que nous avons au Brésil, nous avons fait un test d’achat et nous avons été étonné que des entreprises du top 10 au moins 5 ne peuvent donner des analyses. Et sur tiktok on arrive à zéro.

Évolution des cours : Le décrochage du Sarawak

Regardez l’évolution des prix au premier trimestre 2026. Le différentiel avec le poivre vietnamien (le standard mondial) n’a jamais été aussi élevé.

Indicateur (Février 2026) Prix Moyen Variation (vs 2025) Impact Stratégique
Poivre Noir Sarawak (FOB) 9 100 USD/T +51 % Rareté extrême des lots conformes.
Poivre Noir Vietnam 6 600 USD/T +45 % Hausse globale des commodités.
Spread (Écart) 2 500 USD +20 % Prime de qualité et de risque sanitaire.

Vous comprenez le prix d’achat est haut car il n’a plus de stock clean. C’est la même chose pour le poivre sauvage de Madagascar, les prix flambent.

L’Analyse Chimique : Le mur du Chlorpyrifos

C’est ici que mon métier devient technique. La majorité des 38 000 petits exploitants du Sarawak luttent contre des insectes foreurs de tiges dans un climat tropical saturé d’humidité. Leur arme historique ? Le chlorpyrifos, un insecticide organophosphoré. Ici, vous allez tout comprendre sur l’effet boule de neige.

Le problème de la demi-vie et des LMR

La science nous dit que le chlorpyrifos a une cinétique de dissipation de premier ordre avec une demi-vie de $1,41$ jour sur les baies de poivre. Théoriquement, un délai avant récolte (DAR) de 14 jours devrait suffire.

Cependant, les réalités du terrain (pluies diluviennes lessivant les traitements, ré-applications tardives) provoquent des dépassements systématiques des Limites Maximales de Résidus (LMR).

  • Seuil UE : Abaissé à la limite de détection analytique, soit 0,01 mg/kg .

  • Conséquence : La moindre trace détectable, même infime, déclenche une alerte RASFF (Système d’alerte rapide pour les denrées alimentaires). Pour un importateur comme moi, un rejet RASFF signifie la destruction du lot et un profil de risque aggravé pour toutes les expéditions futures.

 

Climat et Agronomie : Les catalyseurs de la crise

Le changement climatique n’est plus une théorie, c’est un facteur de contamination. La période 2024-2025 au Sarawak a été un enfer agronomique.

  1. Inondations (2024) : L’excès d’eau favorise le Phytophthora capsici (pourriture des racines). Pour sauver leurs lianes, les fermiers ont « blindé » les traitements fongicides (carbendazime, imidaclopride).

  2. Sécheresse El Niño (2025) : Le stress hydrique a affaibli les défenses naturelles du poivrier, entraînant une recrudescence des cochenilles, et donc… une nouvelle vague de traitements chimiques.

La « Chimisation » par manque de bras

Le Sarawak souffre d’une pénurie de main-d’œuvre. Sans bras pour le désherbage manuel à la machette, les fermiers se tournent vers le glyphosate et le glufosinate. Résultat : nous retrouvons des cocktails de molécules qui rendent le poivre techniquement impropre à l’importation de haute qualité.

La Menace Microbiologique et l’impasse de l’EtO

Même un poivre sans pesticides peut être rejeté à cause de la Salmonelle. Le séchage traditionnel au sol expose les baies aux déjections animales et aux bactéries telluriques.

Pendant des décennies, l’industrie a utilisé l’Oxyde d’Éthylène (EtO) pour stériliser les lots. Mais l’UE l’a banni (classé CMR : Cancérogène, Mutagène, Reprotoxique).

  • Nous traquons désormais le 2-chloroéthanol, le marqueur de l’EtO.

  • La solution ? La stérilisation à la vapeur (Steam Sterilization). Mais elle coûte cher, nécessite des infrastructures lourdes que peu d’exportateurs possèdent à Kuching, et peut altérer la teneur en huiles essentielles si elle est mal maîtrisée.

La réponse du Malaysian Pepper Board (MPB)

Le gouvernement malaisien ne reste pas les bras croisés. Pour sauver l’image de marque du Sarawak, plusieurs leviers sont activés :

  • Certification MyGAP : C’est le « passeport » pour l’export. Un programme rigoureux de bonnes pratiques agricoles. Mais seuls quelques milliers d’hectares seront certifiés d’ici 2030. C’est trop lent face à l’urgence de 2026.

  • Digitalisation (MyLesen LGM) : Une traçabilité numérique pour identifier précisément quel lot vient de quelle ferme.

  • Premiumisation : Le lancement de produits comme le Creamy White Pepper (poivre blanc produit sans trempage en eau stagnante) vise à garantir une sécurité microbiologique supérieure.

Conclusion et Perspectives pour 2026-2030

La pénurie actuelle n’est pas une fatalité, c’est une transition. Le poivre de Sarawak est en train de passer d’un produit de masse à un produit de niche technologique. Mais aujourd’hui, il est difficile d’acheter du poivre noir de Sarawak. Maintenant vous comprenez pourquoi Le Comptoir de Toamasina est le spécialiste français dans l’achat et la vente de poivre en grains en France.

Mon conseil d’expert :

Pour les industriels et les épiceries fines, le temps du « spot buying » (achat au coup par coup) est terminé. Il faut établir des contrats de culture et sécuriser des filières qui respectent la physiologie de la plante et les normes de santé.

Au Comptoir de Toamasina, nous suivons chaque lot, chaque analyse de laboratoire, car derrière le piquant boisé et les notes d’agrumes du Sarawak, il y a désormais une exigence scientifique absolue. Le prix de l’excellence n’a jamais été aussi concret. Aujourd’hui plus de 100 entreprises nous font confiance pour venir acheter du poivre chez nous alors pourquoi pas vous. Arrêtez d’acheter des poivres qui provient d’entreprises qui fonctionne le one touch avec des influenceurs mais découvrez le Comptoir de Toamasina.

 

Annexe Technique : Les points de blocage critiques à l’importation

Type de Risque Agent Responsable Seuil Critique (Norme UE) Ma Solution de Contournement
Chimique Chlorpyrifos / Glyphosate 0,01 mg/kg (C’est le seuil de détection : zéro tolérance) Certification MyGAP et passage aux bio-pesticides.
Biologique Salmonella spp. (Salmonelle) Absence totale dans un échantillon de 25g Stérilisation à la vapeur (procédé HTST).
Technique Oxyde d’Éthylène (EtO) Moins de 0,05 mg/kg (Interdiction totale) Bannissement de la fumigation et traçabilité stricte du process.
Physique Densité (Baies légères) Minimum 550 grammes par litre Tri densimétrique et nettoyage laser haute précision.

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