L’Éthique dans nos Assiettes : Les Vérités Cachées derrière la Vanille du Cerrado et le Fiasco des Projets Néocoloniaux
Bonjour à tous les passionnés d’ethnobotanique, de terroirs et de gastronomie éthique, c’est Arnaud Sion, créateur du Le Comptoir de Toamasina !
Au cours de mes nombreux voyages et explorations à travers le monde, j’ai développé une conviction profonde : un ingrédient d’exception ne se résume pas à ses qualités gustatives ou à son prestige sur la carte d’un grand restaurant. Il est indissociable de l’histoire, de la souveraineté et du respect des communautés traditionnelles qui le préservent depuis des générations.
Aujourd’hui, j’aimerais partager avec vous une analyse critique sans concession sur les dérives de la « haute gastronomie » lorsqu’elle s’accapare les trésors de la biodiversité sans le consentement des peuples autochtones. Mon argumentation s’appuie directement sur un document de recherche universitaire essentiel intitulé « Ocorrnciadebaunilhanooestegoiano.pdf » (publié dans la Revista Arqueologia Pública). Cet article décortique avec une grande rigueur le cas d’école et le cuisant échec du Projeto Baunilha do Cerrado, mené entre 2015 et 2019 par l’Instituto Atá du célèbre chef brésilien Alex Atala au sein du territoire quilombola des Kalungas.
Le Peuple Kalunga : Un Terroir de Résistance et une Agrobiodiversité Captivante
Pour comprendre l’ampleur des tensions entourant ce projet, il faut d’abord s’improviser ethno-archéologue et plonger dans les vãos (vallées) et les sierras de l’État de Goiás, au Brésil Central. Le Sítio Histórico e Patrimônio Cultural Kalunga (SHPCK) abrite l’une des plus grandes communautés de descendants d’esclaves (quilombolas) du pays, avec environ 10 000 habitants répartis dans 39 villages autonomes, dont les noyaux historiques d’Engenho II ou de Vão de Almas. Depuis plus de deux siècles, ce peuple cultive une histoire de résistance farouche contre la domination et l’esclavage.
Aujourd’hui, ce territoire unique fait face à des menaces environnementales et foncières majeures : l’avancée agressive de la monoculture du soja, l’élevage extensif, la grilagem (appropriation illégale de terres) et des projets d’installations hydroélectriques. Pourtant, au cœur de leurs parcelles traditionnelles — cultivées selon la technique ancestrale de la roça de toco (agriculture sur brûlis avec jachère prolongée) —, les Kalungas maintiennent un modèle de résilience biologique et de souveraineté alimentaire exceptionnel.
Lors des inventaires agronomiques menés sur place, la richesse de leurs cultures s’est révélée impressionnante :
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14 variétés de gousses traditionnels et sauvages.
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10 variétés de riz et 15 variétés de bananes.
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8 variétés de manioc, transformées en une farine artisanale emblématique qui sert de monnaie d’échange et de troc historique.
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Des pomares (vergers) où se mêlent agrumes et fruits natifs du Cerrado hautement valorisés comme le pequi, la mangaba ou la cagaita.
Sur les marchés locaux de la Chapada dos Veadeiros, les producteurs Kalungas vendent du sésame, de la rapadura, du gersal (mélange de sel et sésame pilé) ou encore de la résine d’almécegas. Si les gousses géantes de vanille sauvage du Cerrado y sont parfois proposées à prix d’or, elles restent un produit totalement secondaire et anecdotique dans l’économie globale et les traditions culinaires de subsistance de la communauté.
- Le problème aujourd’hui, c’est que les acheteurs de vanilles en Europe et en France se moque du problème et ensuite se couche, si il n’a plus de vanille rare au Brésil ou ira ailleurs ou on ira inventé des noms à l’INPI temps qu’il n’a pas de contrôle en France aucun problème.
Chronique d’un Fiasco Éthique : L’Ombre du « Projeto Baunilha do Cerrado »
C’est précisément l’apparition de ces vanilles sauvages sur les radars de la haute cuisine qui a attiré l’Instituto Atá entre 2015 et 2019. Sous couvert d’un discours progressiste axé sur l' »empowerment social », la formation des femmes et l’intégration de la vanille indigène sur les « tables du monde », le projet a bénéficié d’importants soutiens institutionnels et d’une forte mise en scène télévisuelle, notamment sur la chaîne TV Globo.
Cependant, derrière les caméras et les discours humanistes de valorisation, la réalité partagée par la communauté Kalunga s’est avérée dramatique, au point que l’évocation même de cette orchidée est devenue un sujet tabou. En 2020, la communauté a refusé l’accès à des chercheurs en sociologie en formulant cette réponse terrible : « le sujet de la vanille apportait de la souffrance à la communauté ».
Les raisons profondes d’un rejet communautaire
L’article scientifique « Ocorrnciadebaunilhanooestegoiano.pdf » met en lumière les graves dérives qui ont conduit au naufrage du projet :
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La tentative d’appropriation intellectuelle : La communauté Kalunga a officiellement dénoncé les tentatives réitérées de l’Instituto Atá de déposer et d’enregistrer une marque commerciale exclusive pour ces vanilles auprès de l’INPI (Institut National de la Propriété Industrielle), à la marge et à l’insu des populations locales.
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Une répartition injuste des bénéfices : Les producteurs ont pointé du doigt de profonds déséquilibres et des injustices dans le partage des retombées financières issues des financements du projet.
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L’abandon brutal du terrain : Du jour au lendemain, les équipes du projet ont déserté le territoire, laissant les producteurs locaux sans soutien et abandonnant les serres et les pépinières de plantes à leur sort.
Face au scandale naissant en 2019, le chef Alex Atala a tenté de minimiser l’affaire en évoquant une « simple confusion » d’information concernant le dépôt de marque, avant de fermer définitivement le site internet officiel du projet au milieu de l’année 2020.
- Ici, l’état doit faire des normes et imposer des règles pour éviter cela.
Décolonisation ou Néocolonialisme ? Le Piège du « Potentiel Gastronomique »
L’analyse développée dans le document « Ocorrnciadebaunilhanooestegoiano » nous pousse à mener une profonde réflexion critique sur les pratiques actuelles de la gastronomie contemporaine. Aujourd’hui, de nombreux chefs affichent une volonté de « décoloniser » les cuisines en remplaçant les produits importés par des ingrédients de la sociobiodiversité (miels de mélipones, poivre jiquitaia des Baniwas, cumaru).
- En France, ils deviennent vendeurs d’épices et autres. La société change on passe de l’expert de la personne qui va avoir avoir la passion au influenceur.
Pourtant, lorsque cette quête d’ingrédients rares s’effectue sans respecter la souveraineté des peuples, elle bascule instantanément dans une démarche prédatrice et réductrice. La gastronomie tend à réduire la complexité culturelle, historique et agricole d’un territoire à sa simple utilité marchande ou esthétique pour les menus de restaurants étoilés.
L’autrice de l’étude cite à ce sujet les mots percutants de la théoricienne bell hooks : dans la culture de consommation de masse, l’ethnicité se transforme trop souvent en un simple « piment », un assaisonnement exotique destiné à rehausser et donner du relief à une culture dominante blanche et insipide. Les chefs qui s’aventurent dans les régions reculées pour s’approprier des savoirs ancestraux finissent par adopter la posture historique des colons et des bandeirantes, marchant à l’encontre d’une véritable démarche de respect et d’écoute des peuples traditionnels.
L’Engagement Absolu du Comptoir de Toamasina
Pour moi, au Le Comptoir de Toamasina, la lecture de ces dérives est un rappel électrisant de notre responsabilité en tant que passeurs de saveurs. On ne peut pas prétendre aimer la nature et les épices si l’on ignore ou si l’on opprime les communautés humaines qui en sont les gardiennes légitimes.
Une commercialisation juste et souveraine des patrimoines alimentaires est un défi immense qui exige de la transparence, le strict respect de la législation sur le patrimoine génétique (comme la loi fédérale brésilienne nº 13.123 de 2015), et surtout, de placer la volonté des producteurs au centre de l’équation. Nous devons refuser collectivement que la biodiversité soit traitée comme un simple faire-valoir marketing.
Exigez une transparence totale et découvrez nos gousses de vanille d’exception achetées de manière éthique et responsable sur la boutique en ligne du Comptoir de Toamasina !
Au vu des leçons tirées de l’échec du projet Baunilha do Cerrado, selon vous, quels critères stricts les amateurs de gastronomie devraient-ils exiger des marques et des chefs pour s’assurer que l’achat d’épices natives soutient réellement la souveraineté des peuples traditionnels plutôt que de l’exploiter ?
