On connaît tous l’utilisation des drones pour réaliser des vidéos ou assurer la sécurité, mais en décembre 2022, IKEA à Gand, en Belgique, a mis ses drones au service d’une tâche beaucoup moins spectaculaire : l’inventaire. J’ai écrit cet article à ce moment-là ; je le garde dans la perspective de cette date, en précisant les chiffres, et je termine par ce qui s’est passé depuis. Pilote de drone à Belo Horizonte avec mon activité photo et vidéo Wayapi, je vous explique comment fonctionnent ces drones d’intérieur autonomes, pourquoi la logistique s’y intéresse autant, et quelles en sont les limites.
- › Ikea et les drones
- › Tout savoir sur les drones Verity
- › Les codes-barres, le langage des drones d’inventaire
- › La logistique et le drone, des acteurs qui doivent s’associer
- › Les limites des drones d’inventaire
- › Comptage manuel, drones autonomes ou lecteurs fixes ?
- › Ce que j’en pense en tant que pilote
- › Ce qui s’est passé ensuite (mise à jour)
- › Mon verdict
- › Vos questions fréquentes
Ikea et les drones
En décembre 2022, le magasin IKEA de Gand a commencé à utiliser des drones de la société suisse Verity, la nuit, pour aider à compter les stocks de son entrepôt. Les drones volent de manière entièrement autonome. Le magasin de Gand était le premier en Belgique à le faire, et le groupe prévoyait d’étendre le déploiement à d’autres magasins.
L’entrepôt de Gand couvre environ 9 000 m² (97 000 pieds carrés, selon les chiffres publiés à l’époque). Le comptage manuel de chaque article dans les racks y prenait beaucoup de temps : selon les informations publiées à l’époque, il fallait au moins trois mois pour faire le tour complet du stock.
La tâche de comptage est non seulement chronophage, mais aussi dangereuse pour les employés, car elle se fait en hauteur, sur nacelle ou sur chariot élévateur. Et la nuit, la vigilance baisse. Confier ce travail à des drones, c’est libérer les équipes pour des tâches plus utiles, et réduire les risques de chute.
Tout savoir sur les drones Verity
Pour ce projet, le géant suédois du meuble s’est associé à Verity, une entreprise basée en Suisse, spécialisée dans les drones autonomes pour les espaces intérieurs. Selon Verity, ses drones avaient déjà réalisé plus de cinq millions de comptages entièrement automatisés pour des clients du monde entier.
Voici comment cela fonctionnait à Gand :
- ›six drones décollent chaque nuit, quand le magasin est fermé ;
- ›ils volent le long des allées et lisent les codes-barres des palettes dans les racks, grâce à leurs caméras ;
- ›chaque vol dure environ dix minutes par charge de batterie ;
- ›après chaque vol, le drone se pose automatiquement sur sa station et se recharge en une trentaine de minutes ;
- ›les données sont envoyées au système de gestion des stocks, qui signale les écarts.
Il n’y a pas besoin de pilote, puisque les drones volent entièrement par eux-mêmes. Dix minutes de vol peuvent sembler peu, mais couplées à une recharge automatique et à six appareils qui se relaient toute la nuit, cela suffit pour couvrir les comptages prévus.
La pyramide d’un inventaire par drone
Les codes-barres, le langage des drones d’inventaire
Ce système fonctionne parce que chaque palette porte un code-barres. Ces codes suivent des standards mondiaux, gérés par l’organisation GS1, la même qui attribue les codes EAN présents sur tous les produits de supermarché. Un drone n’a donc pas besoin de « reconnaître » un canapé ou une bibliothèque : il lit un code et le compare à ce que le système attend à cet emplacement.
Avec cette technologie, on peut imaginer que, demain, les ordinateurs passeront automatiquement les commandes des produits qui manquent, dès que le drone aura constaté un rayon vide. C’est tout l’intérêt d’un inventaire fréquent : on passe d’un comptage par an à une vision presque quotidienne du stock.
La logistique et le drone, des acteurs qui doivent s’associer
Comme vous le voyez dans les avantages des drones dans la logistique, ce type de projet réunit plusieurs acteurs : un distributeur qui connaît ses flux, un fabricant de drones qui maîtrise le vol autonome en intérieur, et un éditeur de logiciel qui relie tout cela au système de gestion des stocks.
L’intérieur d’un entrepôt est un environnement idéal pour le drone autonome :
- ›pas de météo : ni vent, ni pluie, ni brouillard ;
- ›un espace connu : les allées et les racks ne bougent pas, le drone peut s’y repérer avec précision, sans GPS ;
- ›pas de survol du public la nuit, quand le magasin est fermé ;
- ›une réglementation plus simple qu’en extérieur, puisque le vol a lieu dans un bâtiment fermé.
C’est la même logique que les bases de drones autonomes de Skydio dont je parlais dans le Skydio Dock pour la sécurité, mais appliquée à un lieu fermé où tout est plus facile à maîtriser.

La logistique, terrain idéal pour les drones autonomes
Les limites des drones d’inventaire
Tout n’est pas magique pour autant :
- ›l’autonomie reste courte : une dizaine de minutes de vol, d’où la nécessité de plusieurs drones et de stations de recharge ;
- ›les codes doivent être lisibles : une étiquette abîmée, mal placée ou masquée par un film plastique pose problème ;
- ›le drone voit, mais ne touche pas : il signale un écart, mais il faut toujours un humain pour corriger l’emplacement ou recompter un article délicat ;
- ›l’investissement est important, et ne se justifie que dans les grands entrepôts.
Pour un petit commerce, l’inventaire à la main ou avec un simple lecteur reste plus logique. Mais pour un magasin de plusieurs milliers de références stockées sur plusieurs mètres de hauteur, le drone change la donne.
Comptage manuel, drones autonomes ou lecteurs fixes ?
Mon ressenti de dégustation, échelle indicative de 0 à 5
Le radar compare, de façon qualitative, trois méthodes d’inventaire. Le comptage manuel reste le plus simple à mettre en place et le plus souple, mais il est lent et exposé aux risques en hauteur. Les drones autonomes permettent des comptages très fréquents et protègent les employés. Les lecteurs fixes, installés dans les allées ou sur les chariots, sont discrets mais coûteux à équiper sur un grand entrepôt.
Ce que j’en pense en tant que pilote
Ce qui me frappe dans ce projet, c’est qu’il montre l’autre visage du drone. On l’associe aux belles images aériennes, aux vols de nuit ou aux secours, mais ici, il fait un travail invisible et répétitif, sans pilote. Pour nous, pilotes, c’est une évolution intéressante : la valeur se déplace du pilotage vers la préparation des missions, la sécurité et l’analyse des données.
Si l’histoire du drone vous intéresse, de l’usage militaire aux usages civils, lisez l’histoire du drone. Et pour un autre usage logistique, en extérieur cette fois, découvrez la livraison de colis par drone en Irlande.
Ce qui s’est passé ensuite (mise à jour)
Depuis cet article de décembre 2022, l’expérience de Gand a fait des petits :
- ›IKEA avait testé un drone d’inventaire pour la première fois en 2019, puis lancé le programme en Suisse en 2021. À l’époque de Gand, une vingtaine d’autres magasins devaient suivre.
- ›En 2023, Verity a levé de nouveaux fonds pour accélérer son développement.
- ›À l’été 2024, la presse spécialisée faisait état d’une centaine de drones dans les magasins IKEA d’Europe (Belgique, Allemagne, Pays-Bas, Italie, Croatie, Slovénie…) et de plus de 250 drones au total sur plusieurs dizaines de sites, entrepôts compris.
- ›La même année, IKEA a annoncé un premier déploiement aux États-Unis, dans son centre de distribution de Perryville, dans le Maryland, avec une nouvelle génération de drones conçue pour voler aussi pendant la journée, à côté des employés.
Les chiffres varient selon les sources et les périmètres, mais la tendance est claire : le drone d’inventaire est passé du test à l’outil courant dans la grande distribution. La vidéo de présentation de Verity qui illustrait la première version de cet article n’est plus disponible : je l’ai retirée.
Mon verdict : les drones d’inventaire d’IKEA à Gand
Voici mon évaluation de cette recette, critère par critère.