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Skydio Dock pour la sécurité mais pas que

Par Arnaud Sion
Publié: Mis à jour: 11 minutes lire

Tout le monde connaît Skydio et ses drones autonomes impressionnants. Le 7 décembre 2022, le constructeur californien a présenté le Skydio Dock, une base dans laquelle le drone vit sur place, se recharge et décolle tout seul pour des missions commandées à distance. J’ai écrit cet article le lendemain, en décembre 2022 : je le garde dans la perspective de cette date, en corrigeant ce qui était approximatif, et je termine par ce qui s’est passé depuis. Pilote de drone à Belo Horizonte avec mon activité photo et vidéo Wayapi, je vous explique ce que change un drone en dock pour la sécurité et l’inspection, et pourquoi la réglementation reste la vraie clé.

L’avis d’Arnaud, créateur du Comptoir de ToamasinaMon avis : le drone en dock est une vraie révolution pour les sites qu’il faut surveiller ou inspecter tous les jours, comme les chantiers, les entrepôts ou les grandes résidences. Mais ne rêvez pas d’un drone qui patrouille seul dès demain au-dessus de votre immeuble : sans autorisation spécifique des autorités aériennes, les vols hors vue sont interdits, en Europe, aux États-Unis comme au Brésil. La technologie est prête bien avant le cadre légal.

Skydio Dock pour la sécurité mais pas que

Skydio a lancé son Skydio Dock spécifiquement pour les opérations de drones à distance. L’idée est simple : le drone vit sur place, dans sa base, pour que vous n’ayez pas à y être. Il décolle sur commande ou selon un planning, accomplit sa mission, revient se poser seul et se recharge en attendant la suivante.

Le Skydio Dock existe en deux versions :

  • ›le Skydio Dock, une station d’environ 28 kg, climatisée et étanche, conçue pour rester dehors par tous les temps comme à l’intérieur ;
  • ›le Skydio Dock Lite, une petite plateforme de recharge très légère, réservée aux vols en intérieur, dans des lieux sécurisés et tempérés comme les entrepôts.

Dans la première version de cet article, j’indiquais un poids d’environ 30 kg : la fiche publiée à l’époque parlait de 62 livres, soit près de 28 kg. Skydio n’avait pas encore communiqué de prix ni de date de disponibilité.

Skydio Dock montré en vidéo

Voici la vidéo de présentation publiée par Skydio au lancement du Dock et de son logiciel Remote Ops.

Skydio est connu pour ses drones autonomes, capables d’éviter seuls les obstacles grâce à leurs caméras de navigation, ce qui les rend particulièrement adaptés aux opérations à distance. Les drones de la gamme de l’époque volaient environ une demi-heure par batterie ; la base prend ensuite le relais pour la recharge, sans intervention humaine.

Remote Ops : piloter depuis un navigateur

Le Dock va de pair avec Remote Ops, le logiciel de Skydio qui permet de lancer et suivre une mission depuis un simple navigateur internet. Un seul pilote, à distance, peut superviser le vol, ou laisser le drone voler en mode autonome sur un parcours programmé.

Voici, traduit, ce que le constructeur expliquait au lancement : Skydio Dock et Remote Ops facilitent la capture de données dans les endroits les plus difficiles. Les drones intelligents peuvent désormais inspecter de manière autonome les installations, les chantiers et les infrastructures. Selon Skydio, les drones télécommandés changeront profondément les opérations, en réduisant les risques, les coûts et le temps : la surveillance continue, l’inspection récurrente, la patrouille planifiée et la visibilité à la demande deviennent disponibles en quelques clics, sans personne sur place.

C’est le discours d’un fabricant, bien sûr, mais l’intérêt est réel pour l’inspection : un drone qui survole chaque matin la même toiture, le même pylône ou le même stock produit des images comparables jour après jour, ce qui permet de repérer très vite une anomalie.

À quoi sert un drone en dock ?

Au-delà de la sécurité, les usages sont nombreux :

  • ›l’inspection d’infrastructures : lignes électriques, panneaux solaires, toitures, ponts ;
  • ›le suivi de chantier : photos ou modélisations 3D régulières de l’avancement ;
  • ›la logistique : comptage des stocks dans les entrepôts, comme IKEA l’a fait à Gand avec d’autres drones d’intérieur, que je décris dans Ikea à Gand et ses drones ;
  • ›les secours : première image d’un incendie ou d’un accident avant l’arrivée des équipes, comme je l’expliquais dans les drones dans les feux de forêts ;
  • ›la surveillance de sites : patrouilles programmées et levée de doute en cas d’alarme.

Les opérations de drones à distance sont clairement là où va l’avenir. Skydio n’était d’ailleurs pas seul : DJI a présenté la même année son propre DJI Dock, associé aux drones de la série Matrice 30, une solution concurrente sur le même principe.

Ce que dit la réglementation

Gardez à l’esprit que, sans autorisation spéciale, les opérations de drones à distance ne sont pas autorisées à l’extérieur. Le problème n’est pas technique : c’est le vol hors vue du pilote, ce qu’on appelle le BVLOS (beyond visual line of sight).

  • ›Aux États-Unis, en 2022, il fallait une dérogation de la FAA (Federal Aviation Administration). Skydio indiquait en avoir déjà obtenu plusieurs pour ses clients.
  • ›En Europe, ces vols relèvent de la catégorie « spécifique » définie par l’EASA, avec une analyse de risques et une autorisation de l’autorité nationale, la DGAC en France.
  • ›Au Brésil, l’ANAC encadre les drones et le DECEA gère l’espace aérien ; chaque vol doit être déclaré et les vols hors vue demandent une autorisation particulière.

Pour les opérations en intérieur, dans un bâtiment fermé, une telle dérogation n’est généralement pas requise, ce qui explique le succès des drones d’inventaire.

PrécautionLes règles sur les drones évoluent régulièrement. Avant tout vol, vérifiez la réglementation en vigueur auprès des autorités officielles (DGAC et EASA en Europe, ANAC et DECEA au Brésil, FAA aux États-Unis). Cet article est une information générale, pas un conseil juridique.

Le Skydio est à l’étude pour la protection des condominios avec Wayapi au Brésil

Au Brésil, l’image est partout, et la sécurité est un sujet majeur. Un condomínio est un ensemble résidentiel fermé et gardé, avec des murs, une loge, des caméras et des rondes. Dans les grands condomínios, plusieurs tours se partagent une vaste zone, et c’est là qu’un drone en dock prend tout son sens.

En décembre 2022, avec Wayapi, mon activité photo, vidéo et drone à Belo Horizonte, nous nous intéressions à ce type de solution pour des résidences de ce genre. Découvrez la page Wayapi dédiée au tournage par drone à Belo Horizonte.

Pour vous faire une idée de l’échelle de ces ensembles, voici la vidéo de présentation de la résidence Apogée, à Belo Horizonte, publiée par son promoteur.

Utilisation du Skydio Dock pour la sécurité

Concrètement, dans un grand ensemble résidentiel, un drone en dock pourrait :

  • ›faire des rondes programmées autour des bâtiments, à des horaires choisis ;
  • ›décoller automatiquement sur alerte, quand un détecteur de la clôture se déclenche, pour lever le doute en quelques dizaines de secondes ;
  • ›transmettre l’image en direct à l’agent de sécurité en poste, qui peut alors informer précisément la police.

L’avantage, c’est que le drone est plus rapide qu’un agent à pied pour arriver au bon endroit, la nuit, sur un grand terrain. Dans la première version de cet article, j’imaginais même un drone prenant en chasse une voiture après une tentative d’intrusion. Je nuance aujourd’hui : poursuivre un véhicule hors du site, au-dessus de la ville, relève des forces de l’ordre et de leurs propres autorisations, pas d’une société de sécurité privée.

Il y a aussi des limites : le respect de la vie privée des voisins (au Brésil, la loi sur la protection des données, la LGPD, s’applique aux images), le bruit, la météo et le coût. Le drone ne remplace pas l’équipe de sécurité : il lui donne des yeux en hauteur.

Drone en vol de nuit

La nuit, un drone peut lever le doute bien plus vite qu’une ronde à pied

ATTAQUEAlerte, décollage automatiqueCŒURVol et levée de doute vidéoFONDRetour au dock, recharge

La pyramide d’une mission de drone en dock

Ce que j’en pense en tant que pilote

En tant que pilote, je vois bien la différence entre un drone piloté sur place et un drone en dock. Avec un drone comme le Mavic 3, dont je parle dans tout savoir sur le DJI Mavic 3 Classic, le pilote reste la clé : il prépare le vol, garde le drone à vue et prend les décisions. Avec un dock, une grande partie de ce travail est automatisée, mais la responsabilité reste humaine, avec un pilote à distance.

Pour la sécurité de nuit, les drones équipés de caméras thermiques, comme le DJI Mavic 3 Enterprise, sont très efficaces. Et si vous volez après le coucher du soleil, lisez mes conseils sur le vol de nuit avec un drone.

DJI Mavic 3 Enterprise

Les drones professionnels à caméra thermique sont très utilisés pour la sécurité

Drone en dock, drone piloté ou ronde humaine ?

Trois façons de surveiller un grand site

Mon ressenti de dégustation, échelle indicative de 0 à 5


Le radar compare, selon mon expérience de pilote, trois solutions de surveillance d’un grand site. Le drone en dock gagne sur la rapidité et la disponibilité jour et nuit, mais il reste le plus complexe côté réglementation. Le drone piloté sur place est plus simple à autoriser, mais il dépend de la présence d’un pilote. La ronde humaine reste imbattable pour le discernement et le contact, mais elle est lente sur un grand terrain.

Ce qui s’est passé ensuite (mise à jour)

Depuis la publication de cet article en décembre 2022, le marché a beaucoup bougé :

  • ›2023 : Skydio a quitté le marché des drones grand public pour se concentrer sur les entreprises, les services de sécurité et la défense, et a lancé son drone professionnel X10.
  • ›Septembre 2024 : Skydio a annoncé un nouveau Dock pour le X10, conçu pour les vols hors vue, avec des capteurs météo et des liaisons 5G ou satellite, et des premières livraisons prévues début 2025.
  • ›Fin 2024 : la Chine a sanctionné Skydio, ce qui a coupé une partie de son approvisionnement en batteries ; l’entreprise a dû livrer temporairement ses drones avec une seule batterie, le temps de trouver un nouveau fournisseur.
  • ›Août 2025 : la FAA a publié un projet de règlement, la future « Part 108 », pour encadrer de façon générale les vols hors vue à basse altitude, au lieu des dérogations au cas par cas.
  • ›Juin 2026 : au Brésil, l’ANAC a publié un nouveau règlement sur les drones, le RBAC-E 100, qui remplace le RBAC-E 94 et renforce l’encadrement des opérations dites critiques, dont les vols hors vue, en coordination avec le DECEA.

Le drone en dock n’est donc plus un prototype : c’est un outil professionnel qui se déploie, au rythme de la réglementation.

Mon verdict : le Skydio Dock

Voici mon évaluation de cette recette, critère par critère.

Vos questions fréquentes

Qu’est-ce que le Skydio Dock ?C’est une base de recharge et d’abri pour drone Skydio, présentée en décembre 2022, qui permet au drone de décoller, voler et se recharger seul, piloté à distance via le logiciel Remote Ops.
Quelle différence entre le Skydio Dock et le Dock Lite ?Le Dock est une station climatisée d’environ 28 kg pour l’extérieur comme l’intérieur ; le Dock Lite est une petite plateforme réservée aux vols en intérieur.
Peut-on faire voler un drone en dock sans pilote ?Le drone vole de façon autonome, mais un pilote reste responsable à distance, et les vols extérieurs hors vue demandent une autorisation des autorités aériennes.
Un drone peut-il remplacer un agent de sécurité ?Non. Il complète l’équipe en apportant une vue aérienne rapide, mais le discernement et l’intervention restent humains.
Les drones en dock sont-ils autorisés au Brésil ?Ils relèvent des règles de l’ANAC et du DECEA ; les vols hors vue nécessitent une autorisation spécifique. Vérifiez toujours les règles en vigueur.

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