Travailler au Brésil est un rêve pour beaucoup de Français. Le saviez-vous ? Le créateur du Comptoir de Toamasina, c’est-à-dire moi, est parti vivre l’aventure au Brésil pour y travailler et y développer une petite entreprise : je vis à Belo Horizonte depuis novembre 2015. Ici, je vais vous dire honnêtement si c’est facile de travailler au Brésil et comment s’y prendre : la réalité personnelle, l’autorisation de résidence pour le travail, la carte de travail numérique, la différence entre un contrat CLT, une prestation en PJ et le statut de micro-entrepreneur MEI, et les conseils pour trouver un poste. Attention, il y a de grandes différences entre chaque État brésilien.
- › Quelle est la « réalité Brésil » sur le plan personnel ?
- › Avoir le droit de travailler : visa et autorisation de résidence
- › Et sur le plan professionnel, peut-on demander sa mutation au Brésil ?
- › Quelles sont les possibilités pour un Français de travailler au Brésil et de s’expatrier ?
- › La carte de travail numérique (CTPS Digital)
- › CLT, PJ ou MEI : les trois façons de travailler
- › CLT, PJ ou MEI : la comparaison
- › Préavis et fin de contrat : ce que dit la loi
- › Quelles sont les opportunités pour un cadre français de trouver un contrat local ?
- › Quels sont les secteurs qui recrutent et les secteurs d’avenir ?
- › Est-ce que les sociétés brésiliennes recrutent des étrangers facilement ?
- › Quels conseils pour trouver du travail au Brésil ?
- › Mon verdict
- › Vos questions fréquentes
Quelle est la « réalité Brésil » sur le plan personnel ?
Première question, celle que beaucoup oublient : la décision de venir travailler au Brésil, surtout en famille, demande un véritable travail sur soi. Il faut regarder en face la sécurité, l’investissement personnel pour apprendre le portugais du Brésil, le coût de la vie, de la scolarité et de la santé. Le mieux est de venir une première fois pour valider que l’on pourra vivre ici en acceptant pleinement ces contraintes.
Nous écrivions à l’époque qu’il était possible, en travaillant beaucoup, d’arriver à bien gagner sa vie, mais qu’il fallait être prêt à travailler dur pendant un an sans presque rien gagner. Je confirme l’esprit de cette phrase : les débuts sont longs, les démarches nombreuses, et le réseau compte énormément.
Pour mon parcours, je suis installé à Belo Horizonte depuis 2015. Mon entreprise brésilienne exporte elle-même l’açaí, l’acérola et le guaraná, et j’ai aussi créé Wayapi, une agence photo, vidéo et voyage. Rien de cela ne s’est fait en quelques mois : il a fallu apprendre la langue, les règles, les usages commerciaux et la patience administrative.
Les autres articles de cette série vous aideront à préparer la vie quotidienne : l’assurance santé au Brésil et l’achat d’une voiture au Brésil.

À Belo Horizonte, où je vis et travaille depuis novembre 2015
Avoir le droit de travailler : visa et autorisation de résidence
Un Français peut entrer au Brésil comme touriste sans visa, mais ce statut ne permet pas de travailler. Pour exercer une activité rémunérée, il faut une base légale prévue par la loi de migration n° 13.445 de 2017. Les principales voies sont :
- ›Le visa temporaire de travail, demandé au consulat. La loi prévoit qu’il est accordé à la personne qui vient exercer une activité, avec ou sans lien d’emploi, sur présentation d’une offre de travail formalisée par une personne morale au Brésil, exigence dont est dispensée la personne qui prouve un diplôme d’enseignement supérieur ou équivalent.
- ›L’autorisation de résidence pour le travail, déposée en ligne sur le système MigranteWeb du ministère de la Justice, souvent préalable au visa ou demandée depuis le Brésil dans certains cas.
- ›Le regroupement familial, pour la personne mariée ou unie à un Brésilien ou parent d’un enfant brésilien, qui permet en principe d’exercer une activité : voir se pacser au Brésil et le visa permanent.
- ›D’autres hypothèses prévues par les textes : investissement, recherche et enseignement, nomade numérique (pour travailler à distance pour un employeur étranger, sans travailler pour une entreprise brésilienne), etc.
Je détaille les visas de travail et d’études dans visa de travail et visa étudiant. Une fois arrivé, il faudra vous enregistrer auprès de la Polícia Federal : voir la demande de RNE, aujourd’hui CRNM.
Et sur le plan professionnel, peut-on demander sa mutation au Brésil ?
Dans les sociétés internationales ou françaises implantées au Brésil, il y a des opportunités pour des Français, à condition d’obtenir le droit de travailler, de parler portugais et, si possible, d’avoir déjà une expérience du pays. Cela signifie que peu de personnes sont éligibles du jour au lendemain, surtout à cause des contraintes de visa.
La mutation reste pourtant la voie la plus confortable : l’entreprise porte le dossier d’autorisation, connaît les procédures et assume une partie des coûts d’installation. Pour un cadre expérimenté avec une famille, l’expatriation coûte cher à l’employeur (logement, école, santé), et il faut compter plusieurs mois de procédure entre la décision et l’arrivée.
C’est pour cela que le conseil donné dans l’article d’origine reste le bon : à tous ceux qui affichent une forte motivation pour le Brésil mais qui n’ont pas encore le droit d’y travailler, une recherche ciblée en France sur les groupes français implantés au Brésil est souvent plus efficace qu’une recherche sur place. Entrer dans un groupe, s’y développer et porter un projet Brésil peut s’avérer une voie plus rapide.
La Chambre de commerce France-Brésil publie des informations sur les entreprises françaises installées au Brésil : c’est un bon point de départ pour construire sa liste de cibles.
Quelles sont les possibilités pour un Français de travailler au Brésil et de s’expatrier ?
Tout dépend du profil. Voici comment je vois les choses, sans enjoliver :
- ›Le cadre expérimenté dont le poste est justifié par une compétence rare a les meilleures chances, surtout via son employeur.
- ›Le jeune diplômé sans expérience a plus de mal : sans offre formalisée ni réseau, obtenir le droit de travailler est difficile. La voie des études est intéressante, d’autant que la réglementation permet au titulaire d’un visa d’études d’exercer une activité rémunérée compatible avec la charge horaire de ses études. Nous écrivions autrefois que l’étudiant ne pouvait faire que des stages de trois mois : ce n’est plus la règle aujourd’hui.
- ›L’entrepreneur ou l’indépendant peut créer une activité, à condition d’avoir un statut migratoire qui le permet et de bien comprendre la fiscalité brésilienne.
- ›Le conjoint d’un Brésilien dispose avec le regroupement familial de la base la plus simple pour travailler.
Cette réalité a un avantage : les personnes qui viennent au Brésil avec un visa adapté et qui parlent la langue rencontrent moins de concurrence d’autres expatriés qu’on pourrait le croire. Il va de soi que, si la procédure de visa était plus simple, les possibilités d’embauche seraient plus nombreuses, car le Brésil manque de main-d’œuvre qualifiée dans plusieurs métiers.

Travailler au Brésil : un projet qui se prépare avec un statut migratoire, la langue et un réseau
La carte de travail numérique (CTPS Digital)
Dans l’article d’origine, nous expliquions qu’il fallait demander une carte de travail papier à la Polícia Federal, avec photos et copies certifiées. Ce n’est plus ainsi que cela fonctionne.
Depuis 2019, la Carteira de Trabalho e Previdência Social est numérique : on l’active via l’application ou le site du gouvernement fédéral avec un compte gov.br, et le numéro de CPF sert désormais d’identifiant. Pour un étranger, il faut donc d’abord avoir son CPF et un statut migratoire qui autorise le travail, puis créer son compte gov.br. Les contrats, salaires et congés déclarés par l’employeur apparaissent ensuite automatiquement.
Si vous n’avez pas encore de CPF, commencez par là : tout est expliqué dans qu’est-ce que le CPF. Et pour recevoir votre salaire, il vous faudra un compte bancaire brésilien : voir les banques au Brésil.
Et n’oubliez pas : en tant que résident fiscal, vos revenus sont à déclarer chaque année à la Receita Federal. La France et le Brésil sont liés par une convention fiscale destinée à éviter les doubles impositions ; les règles de résidence fiscale sont précises, faites-vous accompagner par un comptable.
CLT, PJ ou MEI : les trois façons de travailler
Au Brésil, on ne parle pas de CDI ou de freelance, mais de trois grands cadres :
- ›Le contrat CLT (Consolidação das Leis do Trabalho) : c’est le salariat classique, « de carteira assinada ». Il donne droit notamment aux congés payés de 30 jours avec un tiers de bonus, au 13e salaire, au FGTS (un fonds de garantie alimenté par l’employeur) et aux cotisations de sécurité sociale de l’INSS.
- ›Le travail en PJ (pessoa jurídica) : vous créez une société et facturez vos services. Le revenu net peut être plus élevé, mais vous perdez les protections du salariat. Attention à la « pejotização » : quand une relation présente toutes les caractéristiques d’un emploi (subordination, horaires, exclusivité), la justice du travail peut la requalifier.
- ›Le MEI (Microempreendedor Individual) : un statut simplifié de micro-entrepreneur, avec une contribution mensuelle forfaitaire, un plafond de chiffre d’affaires annuel fixé par la loi (81 000 R$ au moment où j’écris, des relevés sont régulièrement discutés), au plus un salarié, et une liste limitée d’activités autorisées. Les professions réglementées comme médecin ou avocat n’y ont pas accès. Un étranger peut devenir MEI s’il réside légalement au Brésil et dispose de son enregistrement migratoire.
Ces choix ont des conséquences sur votre protection sociale, votre retraite et votre plan de santé : un salarié CLT bénéficie souvent du plan collectif de l’employeur, un indépendant doit s’organiser seul.
La pyramide d’un projet de travail au Brésil
CLT, PJ ou MEI : la comparaison
Ma lecture, échelle indicative de 0 à 5
Le radar compare les trois statuts sur des critères concrets pour un Français qui s’installe. Le CLT est imbattable sur la protection sociale et la stabilité, mais il suppose un employeur et laisse peu de souplesse. Le PJ offre plus de liberté et parfois un meilleur revenu net, au prix d’une protection faible et d’une gestion comptable plus lourde. Le MEI est le plus simple à gérer, mais son plafond de chiffre d’affaires et sa liste d’activités le réservent aux petites activités. C’est une lecture indicative, à vérifier avec un comptable selon votre cas.
Préavis et fin de contrat : ce que dit la loi
Une question fréquente des salariés : combien de temps de préavis en cas de licenciement ? La Constitution fédérale fixe un préavis minimal de 30 jours, et la loi n° 12.506 de 2011 l’a rendu proportionnel à l’ancienneté : 30 jours pour un an de service dans l’entreprise, puis 3 jours supplémentaires par année de service, dans la limite de 90 jours au total.
Le texte a longtemps fait débat sur un point : cette proportionnalité s’applique-t-elle aussi au salarié qui démissionne ? La jurisprudence du tribunal supérieur du travail (TST) considère de façon majoritaire que l’allongement proportionnel est un droit du salarié : celui qui démissionne doit en principe respecter 30 jours. Comme toujours en droit du travail, les conventions collectives peuvent prévoir des règles plus favorables.
La réforme du travail de 2017 a aussi créé la rupture par accord entre les parties, avec des droits intermédiaires. Pour une situation précise, un avocat spécialisé en droit du travail ou le syndicat de votre branche vous dira exactement quoi faire.
Quelles sont les opportunités pour un cadre français de trouver un contrat local ?
Si la personne a déjà une expérience au Brésil et parle portugais, ses chances de trouver un emploi sont d’autant plus fortes qu’elle réside déjà dans le pays avec un statut stable. Il y a de nombreux cas d’expatriés qui ont travaillé pour une société française et qui n’ont pas voulu repartir à la fin de leur mission.
Cette décision de rester doit être pensée et analysée : retrouver un emploi peut prendre du temps, et l’absence de ressources pendant cette période peut compliquer la vie au Brésil, où les coûts de logement, d’école et de santé sont importants pour qui veut un niveau de vie comparable à l’Europe. Il faut aussi intégrer le risque de change : un salaire en reais ne vaut pas la même chose en euros d’une année à l’autre.
Côté rémunération, je ne donne volontairement pas de grille : les chiffres que nous citions en 2022 ne sont plus à jour, et les écarts entre États, villes et secteurs sont énormes. Retenez la tendance observée depuis longtemps : les salaires de début de carrière sont souvent bas comparés à la France, mais les progressions peuvent être rapides pour les profils rares, surtout lors des changements de poste. Le salaire minimum national, réévalué chaque année, sert de référence à de nombreux calculs.
Quels sont les secteurs qui recrutent et les secteurs d’avenir ?
D’une manière générale, les besoins existent dans la plupart des secteurs, mais certains reviennent toujours quand on parle du Brésil :
- ›l’agro-industrie, moteur de l’économie et des exportations (je la connais bien par le café, le poivre et l’açaí) ;
- ›l’énergie, notamment les biocarburants, l’éolien et le solaire ;
- ›l’industrie et les infrastructures ;
- ›la grande consommation et la distribution ;
- ›le numérique, avec un écosystème très actif dans les grandes villes.
Pour un Français, les profils bilingues capables de faire le pont entre l’Europe et le Brésil (commerce international, export, ingénierie, conformité) sont souvent les plus recherchés. L’enseignement des langues est aussi une voie classique pour démarrer de façon indépendante, à condition d’avoir le statut migratoire qui le permet.
Est-ce que les sociétés brésiliennes recrutent des étrangers facilement ?
Honnêtement, non, pas spontanément. L’exposition internationale de beaucoup d’entreprises brésiliennes reste limitée, et l’intérêt de recruter un étranger n’est pas évident pour elles, d’autant qu’il faut justifier et accompagner une procédure d’autorisation. Mais soyons justes : on n’a pas non plus beaucoup d’exemples en France d’entreprises qui recrutent facilement des étrangers sans visa.
Un point culturel important : au Brésil, beaucoup de recrutements passent par le réseau, ce que les Brésiliens appellent avec humour le QI, « quem indica » (qui vous recommande). Un CV envoyé par courriel reste souvent sans réponse, alors qu’un CV remis en main propre ou transmis par un contact ouvre la porte d’un entretien. Soignez donc votre réseau : chambres de commerce, associations d’anciens élèves, communauté française locale, LinkedIn en portugais.
Dans les entreprises brésiliennes, l’accès aux postes à responsabilité peut être plus rapide qu’en France pour un jeune professionnel qui a fait ses preuves, car les bons managers sont recherchés.
Quels conseils pour trouver du travail au Brésil ?
Voici ma liste, après des années sur place :
- ›Apprenez le portugais avant de partir. C’est la condition numéro un, bien avant le diplôme.
- ›Réglez la question du statut migratoire avant d’accepter quoi que ce soit : un travail sans autorisation vous met en situation irrégulière.
- ›Ciblez les groupes français implantés au Brésil et les entreprises brésiliennes tournées vers l’export.
- ›Travaillez votre réseau : le QI compte plus que la lettre de motivation.
- ›Prévoyez une réserve financière d’au moins un an.
- ›Choisissez votre ville en connaissance de cause : São Paulo, Rio, Belo Horizonte ou une ville moyenne n’offrent ni les mêmes emplois, ni le même coût de la vie.
- ›Faites-vous accompagner par un comptable pour le statut (CLT, PJ, MEI) et la fiscalité.
Enfin, pour préparer votre logement, lisez achat ou location d’un bien immobilier au Brésil.
Les produits que mon entreprise brésilienne exporte elle-même se retrouvent ici : ma poudre d’açaí RWD, mon acérola en poudre et mon guarana en poudre.
Mon verdict : travailler au Brésil quand on est Français
Voici mon évaluation, critère par critère.