Maison ActualitésVanilleLa Vanille Pompona détrône la vanille Bourbon ?
Maison ActualitésVanilleLa Vanille Pompona détrône la vanille Bourbon ?

La Vanille Pompona détrône la vanille Bourbon ?

Une variété singulière, entre résilience et subtilité aromatique

Par Arnaud Sion
Publié: Mis à jour: 8 minutes lire

La vanille pompona va-t-elle détrôner la vanille Bourbon ? Au Brésil, c’est déjà presque fait : sur les marchés que je fréquente, l’essentiel des gousses de vanille brésilienne vendues sont des pompona, la vanille du Cerrado. Pourquoi cette vanille épaisse, surnommée vanille banane, s’impose-t-elle là où la Bourbon peine ? La réponse tient en un mot : la sécheresse.

Moi, Arnaud Sion, créateur du Comptoir de Toamasina et spécialiste de la vanille, je vis au Brésil et je cultive la pompona dans ma plantation test. Je vous explique pourquoi cette variété singulière, entre résilience et subtilité aromatique, mérite qu’on s’y intéresse, et ce qu’elle change pour l’avenir de la vanille. Pour son portrait botanique complet, lisez aussi la vanille pompona, le vanillon.

L’avis d’Arnaud, créateur du Comptoir de ToamasinaDans le Cerrado, il ne pleut pratiquement pas pendant une centaine de jours par an, de la mi-mai à la fin septembre selon les années. La Bourbon souffre dans ces conditions ; la pompona, elle, tient bon. C’est pour cela qu’on la trouve partout ici. Dans la première version de cet article, j’avais écrit qu’elle ne contenait pratiquement pas de vanilline et qu’elle était fragile face aux maladies. Les analyses récentes et mon expérience disent le contraire : bien mûre, elle peut être riche en vanilline, et elle tolère mieux la fusariose que la Bourbon.

La vanille pompona : l’essentiel en un coup d’œil

La pompona en six repères

NOMVanilla pompona, vanillon, vanille banane
ORIGINEDu Mexique à l’Amazonie
AU BRÉSILLa vanille du Cerrado, la plus vendue
SES GOUSSESCourtes, épaisses et charnues
SON PARFUMFruité, anisé, amande, réglisse
SA FORCERésiste à la sécheresse et tolère la fusariose
La vanille pompona détrône la vanille Bourbon

La vanille pompona détrône-t-elle la vanille Bourbon ?

Au Brésil, la pompona passe devant la Bourbon

Dans le monde, la vanille la plus connue et la plus cultivée reste la planifolia, appelée vanille Bourbon dans l’océan Indien : lisez qu’est-ce que la vanille Bourbon. Mais au Brésil, la situation est inversée. La vanille que l’on trouve le plus sur les marchés, c’est la pompona, récoltée et cultivée dans le Cerrado, cette grande savane tropicale du centre du pays.

La raison est simple : la Bourbon a besoin de pluies régulières toute l’année, alors que le Cerrado connaît une longue saison sèche. La pompona s’y est adaptée, et les communautés locales la récoltent et la préparent depuis longtemps. Je vous raconte cette vanille dans la vanille du Cerrado, joyau de la Chapada dos Veadeiros.

Une vanille à part : origines et botanique

Comme toutes les vanilles, la pompona est une orchidée. Elle est originaire des forêts tropicales d’Amérique, du Mexique jusqu’au bassin amazonien, en passant par le Costa Rica, le Panama et la Colombie, et elle a été introduite aux Antilles, notamment en Guadeloupe. Le Brésil, qui compte au moins 36 espèces de vanille natives, l’abrite dans plusieurs de ses grands milieux. Voyez toutes les vanilles du monde.

  • ›Une liane robuste. Des tiges très épaisses, de grandes feuilles ovales et charnues, et de grandes fleurs jaunes à vert-jaune.
  • ›Des gousses en banane. Plus courtes que celles de la Bourbon, souvent de 12 à 16 cm, mais beaucoup plus épaisses et charnues, parfois tordues : d’où son surnom de vanille banane.
  • ›Une floraison souvent plus tardive. Selon les conditions, les premières fleurs peuvent arriver plus tard que chez la Bourbon, et la pollinisation se fait à la main, fleur par fleur.
  • ›Une plante menacée à l’état sauvage. Ses populations naturelles souffrent de la déforestation : l’espèce est classée en danger sur la liste rouge de l’UICN.

Pour démarrer une pompona chez vous, la méthode est la même que pour la Bourbon : voyez la bouture de vanille dans l’eau.

Un parfum différent de la Bourbon

On a longtemps dit que la pompona contenait très peu de vanilline. Les analyses récentes nuancent fortement cette idée : sur des gousses bien mûres et bien préparées, on a mesuré des teneurs parfois très élevées. Mais son parfum ne repose pas seulement sur la vanilline : il est porté aussi par des composés anisés, qui lui donnent une signature à part.

Le résultat est un parfum doux, chaud et complexe : des notes fruitées de banane mûre et de fruits secs, figue ou raisin, de l’anis, de l’amande et une pointe de réglisse. Moins classique que la Bourbon, plus gourmand que la Tahiti.

ATTAQUEBanane mûre, fruitsCŒURAnis, amande, réglisseFONDFigue, raisin sec, tabac doux

La pyramide olfactive de la vanille pompona

Pompona, Bourbon et Tahiti : trois parfums

Mon ressenti de dégustation, échelle indicative de 0 à 5

Pour comparer avec les deux grandes vanilles cultivées, lisez la différence entre planifolia et tahitensis.

Sa grande force : résister à la sécheresse

C’est l’atout le plus méconnu de la pompona. La planifolia a besoin d’un climat humide et de 2 000 à 2 500 mm de pluie par an, bien répartis. La pompona supporte beaucoup mieux les longues saisons sèches et la chaleur.

Pompona ou Bourbon face au climat
Pompona Bourbon, planifolia
Saison sèche Supporte plusieurs mois secs, comme dans le Cerrado Souffre d’une sécheresse prolongée
Chaleur Tolère bien la chaleur et un soleil plus fort Brûle au-delà de 36 °C ou en plein soleil
Fusariose Bonne tolérance Très sensible
Sols S’adapte à des sols plus pauvres et séchants Préfère un paillis riche et toujours frais

Dans un monde qui se réchauffe, c’est capital : la pompona permet de cultiver la vanille dans des régions plus sèches, et de moins dépendre des seules zones tropicales humides. Elle se prête aussi à la culture en petites parcelles, en agroforesterie et sous ombrage, ce qui favorise la biodiversité. Voyez aussi une vanille qui pousse sur un sol pauvre et les maladies du vanillier.

La pompona en cuisine : subtilité et créativité

  • ›Les desserts. Crèmes, glaces, mousses et tartes, où son arôme doux et fruité s’exprime pleinement.
  • ›Un caviar généreux. Sa gousse charnue livre beaucoup de graines : on les gratte directement dans la préparation pour un bel effet visuel.
  • ›L’infusion. La gousse entière parfume le lait, la crème ou un sirop, sans dépasser 80 °C.
  • ›Le salé. Sauces sucrées-salées, marinades, poissons, volailles et légumes grillés, avec une douceur florale qui surprend.
  • ›Les boissons. Cocktails, boissons chaudes et surtout le rhum arrangé, où elle est remarquable : voyez mes recettes de rhum arrangé à la vanille.
  • ›Les accords. Elle se marie très bien avec la cannelle, le gingembre, le cacao et les fruits exotiques.

Une vanille rare et précieuse

Sur le marché mondial, la pompona reste l’une des vanilles les plus rares. Sa production est limitée, sa floraison souvent tardive et ses rendements plus faibles que ceux de la planifolia. Elle est cultivée surtout dans de petites exploitations familiales ou en agroforesterie, au Brésil, au Mexique, au Pérou ou en Guadeloupe, où des producteurs travaillent avec patience pour obtenir de belles gousses, en surveillant de près la floraison et la pollinisation.

Défis et avenir de la vanille pompona

Sa culture a ses défis : une floraison plus lente, des rendements plus faibles, et des besoins précis en ombre et en eau au démarrage. Mais elle offre surtout des opportunités.

  • ›Pour la génétique. Des hybrides entre pompona et planifolia montrent une meilleure tolérance à la fusariose. Au Brésil, l’Embrapa conserve ces ressources dans sa banque de matériel génétique de vanille.
  • ›Pour la diversité. Croiser les vanilles comme on l’a fait pour la tomate pourrait donner des variétés adaptées à chaque climat et à chaque usage. Je l’explique dans le Brésil se dote d’un arsenal génétique et la promesse brésilienne.
  • ›Pour ma plantation. Dans la plantation Arnaud Vanille, je teste la pompona aux côtés de la planifolia et d’autres vanilles natives, pour voir lesquelles s’adaptent le mieux.

Diversifier les vanilles cultivées, en y intégrant la pompona, est une des clés pour sécuriser la production mondiale face au climat et aux maladies. Alors, détrônera-t-elle la Bourbon ? Pas dans les pâtisseries du monde entier, mais elle a déjà gagné le Cerrado, et elle pourrait bien sauver une partie de la vanille de demain.

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Mon verdict : la vanille pompona détrône-t-elle la Bourbon ?

Voici mon récapitulatif, critère par critère.

Vos questions fréquentes sur la vanille pompona

Pourquoi la vanille pompona est-elle si vendue au Brésil ?

Parce qu’elle supporte la longue saison sèche du Cerrado, là où la Bourbon souffre. C’est la vanille que l’on trouve le plus sur les marchés brésiliens.

La vanille pompona contient-elle de la vanilline ?

Oui. On a longtemps dit le contraire, mais des gousses bien mûres peuvent en être riches. Son parfum doit aussi beaucoup à des composés anisés.

Quel goût a la vanille pompona ?

Doux, fruité et chaud : banane mûre, figue, raisin sec, anis, amande et une pointe de réglisse.

Pourquoi l’appelle-t-on vanille banane ?

Pour ses gousses courtes, épaisses et charnues, parfois tordues comme de petites bananes.

Comment utiliser la vanille pompona ?

Dans les crèmes, glaces, mousses, le rhum arrangé et les plats sucrés-salés, en infusion douce ou en grattant ses graines abondantes.

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