Maison ActualitésVanilleVanille aphylla Eggers : la vanille rare du Brésil et l’énigme de son nom

Vanille aphylla Eggers : la vanille rare du Brésil et l’énigme de son nom

Une vanille rare exportée depuis le Brésil, un nom qui mélange deux espèces, la vraie Vanilla aphylla d'Asie, Vanilla poitaei des Caraïbes, la génétique et l'avenir de la vanille

Par Arnaud Sion
10 minutes lire

Le Comptoir de Toamasina vous propose de tout savoir sur la vanille aphylla Eggers, après mon article sur la vanille sauvage dubia et mon guide de toutes les vanilles du monde. C’est une vanille rare et incroyable, dans la droite ligne de nos poivres rares, de la vanille Bourbon de Madagascar et de la vanille de Papouasie. Mais c’est aussi une vanille dont le nom cache une véritable énigme botanique, que je vais vous dévoiler en toute transparence.

L’avis d’Arnaud, créateur du Comptoir de ToamasinaNous exportons depuis le Brésil, en micro-lots, une vanille rare connue dans le commerce sous le nom de « vanille aphylla Eggers ». En creusant le sujet, j’ai découvert que ce nom ne correspond à aucune espèce botanique valide : il mélange deux vanilles différentes, l’une d’Asie, l’autre des Caraïbes. Plutôt que de le cacher, j’ai préféré vous l’expliquer. C’est le quotidien de la vanille brésilienne : un pays qui abrite la plus grande diversité de vanilles au monde, et où la botanique a encore beaucoup de travail pour mettre un nom juste sur chaque liane.

Origine et découverte par le Comptoir de Toamasina de la vanille aphylla Eggers

Guide complet sur Vanilla aphylla

Vanilla aphylla : ce que cache le nom de la vanille aphylla Eggers

Dans le monde des orchidées, la vanille a une place de choix, car elle offre des notes incroyables pour aromatiser vos pâtisseries. Mais le saviez-vous ? Le Brésil est le pays qui compte le plus d’espèces de vanilles au monde, une quarantaine, dont beaucoup poussent à l’état sauvage. Dans l’État du Mato Grosso, au cœur du Brésil, pousse une vanille rare qui donne de tout petits lots de gousses : c’est celle que l’on appelle dans le commerce la vanille aphylla Eggers, ou plus simplement la vanille Eggers.

Ces gousses proviennent du Cerrado, la grande savane du centre du Brésil, l’un des milieux les plus riches en biodiversité de la planète. Découvrez mon article qu’est-ce que le Cerrado. Nous la commercialisons uniquement à l’export, en micro-lots, depuis le Brésil.

Vanille aphylla Eggers

La vanille aphylla Eggers, une vanille rare exportée en micro-lots depuis le Brésil

Un nom qui mélange deux vanilles

En botanique, chaque espèce porte un nom latin suivi du nom du botaniste qui l’a décrite. Or « Vanilla aphylla Eggers » n’est pas un nom valide au regard des règles internationales de la botanique. Ce nom, que l’on retrouve dans des catalogues horticoles et dans le commerce, assemble en réalité deux vanilles distinctes. Voici les points clés pour comprendre la confusion.

  • ›« Aphylla » vient d’Asie. Ce mot désigne Vanilla aphylla Blume, une vanille sans feuilles décrite en 1825 par le botaniste Carl Ludwig Blume, à partir de plantes de l’île de Java.
  • ›« Eggers » vient des Caraïbes. Il renvoie à Vanilla eggersii, décrite en 1896 par Robert Allen Rolfe en hommage au baron danois Henrik von Eggers, grand explorateur de la flore des Caraïbes.
  • ›Vanilla eggersii n’existe plus comme espèce. Les révisions modernes du genre Vanilla l’ont rattachée à Vanilla poitaei, décrite dès 1876.
  • ›Et au Brésil ? Ni la Vanilla aphylla d’Asie ni la Vanilla poitaei des Caraïbes ne poussent naturellement au Brésil. La vanille du Mato Grosso vendue sous ce nom est donc très probablement une autre espèce native du Brésil, dont l’identification botanique précise reste à confirmer par une analyse spécialisée.

Ce genre de confusion est fréquent avec les vanilles brésiliennes. Certaines espèces n’ont été décrites ou redécrites que très récemment, comme je le raconte pour la vanille dubia, retrouvée quatre-vingts ans après sa première description.

Les deux vanilles cachées derrière le nom
Critère Vanilla aphylla Blume Vanilla poitaei (ex-eggersii)
Décrite en 1825 1876 (eggersii en 1896)
Aire naturelle Inde, Thaïlande, Viêt Nam, Laos, Cambodge, Malaisie, Indonésie, Philippines Bahamas, Cuba, Hispaniola, Porto Rico, sud de la Floride
Feuilles Réduites à de petites écailles qui tombent vite Réduites, rigides et persistantes
Fleurs 3 à 4,5 cm, vert jaunâtre, labelle orné de poils pourpres Grandes, jusqu’à 12 cm, labelle à bord ondulé pourpre
Statut du nom Nom accepté Eggersii est aujourd’hui un synonyme

La vraie Vanilla aphylla, la vanille sans feuilles

« Aphylla » signifie « sans feuilles ». Vanilla aphylla est une liane grimpante des forêts tropicales humides d’Asie, qui pousse souvent près des cours d’eau, à basse altitude. Ses feuilles sont réduites à de minuscules écailles d’un centimètre, qui tombent rapidement : ce sont ses tiges vertes, charnues et cireuses, de 5 à 8 mm de diamètre, qui assurent la photosynthèse à la place des feuilles. Cette fine couche de cire limite aussi les pertes d’eau, ce qui la rend résistante à la sécheresse.

Ses fleurs, regroupées par deux à quatre, ont des pétales vert jaunâtre et un labelle blanc strié de rouge, orné d’une touffe de poils pourpres. Et elles ont une particularité précieuse : alors que la fleur de la vanille Bourbon se fane en moins d’une journée, celle de Vanilla aphylla reste fraîche et réceptive pendant 36 à 48 heures. Ses gousses contiennent les mêmes familles de molécules que les autres vanilles, dont la vanilline, mais en quantité plus modeste : elle n’est pas cultivée pour la cuisine.

Comme toutes les vanilles, elle est inscrite à l’annexe II de la CITES, qui encadre le commerce international des espèces menacées. Ses populations sont dispersées et fragiles, menacées par la déforestation et la cueillette, et considérées comme vulnérables dans certains pays comme les Philippines et le Bangladesh.

Vanilla eggersii, devenue Vanilla poitaei

De l’autre côté du globe, dans les Caraïbes, Vanilla poitaei est elle aussi une vanille aux feuilles très réduites, mais ses petites feuilles sont rigides, persistantes et crochues. Ses fleurs sont spectaculaires, jusqu’à 12 cm, avec un labelle en éventail à bord ondulé pourpre. Les plantes décrites autrefois sous le nom de Vanilla eggersii, puis de Vanilla correllii, ont toutes été rattachées à cette espèce. On la trouve aux Bahamas, à Cuba, à Hispaniola, à Porto Rico et jusque dans le sud de la Floride.

Ce que la génétique révèle

Perdre ses feuilles n’est pas anodin pour une plante, et l’ADN de Vanilla aphylla en porte la trace. Voici les découvertes les plus marquantes des chercheurs.

  • ›Des gènes devenus inutiles. Dans l’ADN de ses chloroplastes, la vanille sans feuilles a perdu ou désactivé toute une famille de gènes liés à la photosynthèse, les gènes ndh, que conservent les orchidées à feuilles.
  • ›Un ADN réorganisé. Cette perte a remodelé l’organisation de son ADN chloroplastique, avec certaines régions agrandies et d’autres fortement réduites.
  • ›Deux fois plus de chromosomes. Les études la décrivent comme tétraploïde, avec environ deux fois plus de chromosomes que la vanille Bourbon.
  • ›Une famille à part. Les vanilles sans feuilles d’Asie, d’Afrique et des Amériques forment un groupe génétique distinct de celui des vanilles à grandes feuilles comme la planifolia ou la pompona.

Pour identifier ces vanilles, les laboratoires utilisent des marqueurs ADN, qui permettent de reconnaître une espèce même avant sa floraison, et de vérifier qu’un plant issu d’un croisement est bien un hybride. C’est exactement ce type d’analyse qui permettrait de mettre un nom botanique certain sur la vanille du Mato Grosso. Au Brésil, la recherche publique a d’ailleurs créé une banque de gènes des vanilles natives, que je présente dans la première banque de gènes de vanille du Brésil.

Caractères botaniques indicatifs : vanille sans feuilles d’Asie et vanille Bourbon


Une alliée pour l’avenir de la vanille

Si les vanilles sans feuilles intéressent autant les chercheurs, c’est qu’elles pourraient aider à sauver la vanille que nous cuisinons. Presque toute la vanille du monde est de la planifolia, issue d’un très petit nombre de boutures, et donc très vulnérable à la fusariose, un champignon qui fait pourrir les racines et détruit des plantations entières. Or Vanilla aphylla montre une bonne tolérance naturelle à ce champignon.

Le problème, c’est que les deux espèces ne fleurissent pas au même moment. Des chercheurs indiens ont trouvé une solution astucieuse : congeler le pollen dans l’azote liquide, à moins 196 °C. Après décongélation, la grande majorité des grains de pollen restent vivants, ce qui permet de polliniser une fleur des mois plus tard. Ils ont ainsi obtenu de véritables hybrides entre la vanille Bourbon et Vanilla aphylla, élevés en laboratoire. L’objectif à long terme : des vanilliers qui gardent le parfum de la planifolia tout en résistant mieux aux maladies et au changement climatique. Le chemin est encore long, car ces hybrides doivent être sélectionnés sur plusieurs générations pour retrouver un bon taux de vanilline. Je développe ces enjeux dans la vanille de Madagascar est-elle en danger.

Les synonymes des noms de cette vanille

Selon les sources, les catalogues et les pays, vous pourrez rencontrer cette vanille, ou les espèces auxquelles son nom renvoie, sous les appellations suivantes : vanille Eggers, vanille aphylla Eggers, Vanilla eggersii Rolfe, Vanilla poitaei Rchb.f., Vanilla correllii, et pour l’espèce asiatique, Vanilla aphylla Blume, ainsi que ses anciens synonymes Vanilla parishii et Vanilla calopogon.

Acheter des vanilles au Comptoir de Toamasina

Au Comptoir de Toamasina, je m’engage à vous proposer les plus belles vanilles et épices, d’une qualité remarquable, fruit d’une recherche passionnée. Au Brésil, mon entreprise exporte elle-même ses produits, comme l’açaí, l’acérola ou le guarana, et je sors des sentiers battus avec mon pick-up lors de nos Expéditions Ranger, à la découverte des producteurs et des trésors du pays. Je vous fais vivre ces voyages et l’évolution des cours à travers mes reportages. Découvrez aussi la fève tonka et mes poivres, et voyagez dans le monde des épices pour goûter la différence.

Mon verdict sur la vanille aphylla Eggers

Une vanille rare, au nom compliqué, mais passionnante pour les professionnels curieux et pour l’avenir de la vanille. Voici mon bilan, en toute transparence.

Vos questions fréquentes

Qu’est-ce que la vanille aphylla Eggers ?

C’est le nom commercial d’une vanille rare. Botaniquement, ce nom mélange deux espèces : Vanilla aphylla Blume, d’Asie, et Vanilla eggersii, aujourd’hui Vanilla poitaei, des Caraïbes.

Que veut dire « aphylla » ?

« Sans feuilles » : chez ces vanilles, les feuilles sont réduites à de petites écailles, et ce sont les tiges vertes qui assurent la photosynthèse.

Pourquoi les chercheurs s’intéressent-ils à Vanilla aphylla ?

Pour sa tolérance à la fusariose et sa fleur qui reste ouverte plus longtemps. Croisée avec la vanille Bourbon, elle pourrait aider à créer des vanilliers plus résistants.

Peut-on acheter la vanille aphylla Eggers en France ?

Non, nous la proposons uniquement à l’export, en micro-lots, depuis le Brésil, pour les professionnels.

Vous êtes un professionnel ?

Micro-lots à l’export depuis le BrésilChefs, pâtissiers, parfumeurs, importateurs : la vanille aphylla Eggers est disponible uniquement à l’export, en très petites quantités, selon les récoltes. Contactez Le Comptoir de Toamasina pour connaître les disponibilités. Et pour vos achats en France, découvrez mes vanilles du Brésil.

La vanille aphylla Eggers est la preuve que le monde des vanilles réserve encore bien des mystères. Derrière un nom approximatif se cachent deux espèces fascinantes, et peut-être une vanille brésilienne qui attend encore son vrai nom.

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