Apnée du sommeil et anxiété : comprendre la relation entre les deux aide à mieux les prendre en charge. Le sommeil est une composante fondamentale de la vie, essentielle à la récupération du corps et de l’esprit. Or chez les personnes qui souffrent d’apnée obstructive, la respiration s’interrompt des dizaines de fois par nuit, le plus souvent sans qu’elles le sachent. Fatigue, irritabilité, réveils en sursaut avec une sensation d’étouffement, cœur qui s’emballe : ces symptômes ressemblent parfois à ceux de l’anxiété, et les deux troubles s’entretiennent souvent. Dans cet article, nous expliquons ce que dit la recherche, comment faire la part des choses et quand consulter.
- › Un sommeil de qualité n’est pas une réalité pour tout le monde
- › L’apnée du sommeil et ses conséquences
- › Comprendre l’apnée du sommeil
- › L’étude révélatrice
- › Les résultats alarmants
- › Réveil d’apnée ou crise d’angoisse nocturne ?
- › Risques cardiovasculaires
- › Impact sur la santé mentale
- › Consulter un spécialiste
- › Options de traitement
- › Thérapie par pression positive continue (CPAP)
- › Les gestes du soir qui aident, en complément
- › Apnée, anxiété nocturne et insomnie : des symptômes qui se ressemblent
- › Mon verdict
- › Vos questions fréquentes
Un sommeil de qualité n’est pas une réalité pour tout le monde
Le sommeil est essentiel à la régénération du corps et de l’esprit, mais un sommeil réparateur n’est pas une réalité pour tout le monde. Notre première version attribuait à l’Organisation mondiale de la santé le chiffre de 40 % de la population mondiale souffrant de troubles du sommeil : nous n’avons pas retrouvé cette source et l’avons retiré.
Pour l’apnée du sommeil, une estimation publiée en 2019 dans The Lancet Respiratory Medicine évaluait à près d’un milliard le nombre de personnes de 30 à 69 ans concernées dans le monde, dont plus de 400 millions par une forme modérée à sévère. Les troubles anxieux, eux, font partie des troubles psychiques les plus fréquents. Il n’est donc pas rare que les deux se rencontrent chez la même personne.
Nous le répétions souvent : même avec une infusion de rooibos, de camomille ou de verveine, si vous ne trouvez pas un sommeil réparateur, il faut consulter. Les infusions accompagnent un rituel du soir ; elles ne traitent ni l’apnée ni l’anxiété.
L’apnée du sommeil et ses conséquences
Au-delà de la qualité du sommeil, l’apnée non traitée est associée à de nombreuses conséquences : somnolence dans la journée, troubles de la concentration et de la mémoire, risque accru d’accident de la route, hypertension et maladies cardiovasculaires. Une étude de l’Université du Missouri l’a même associée à une accélération du vieillissement biologique.
Nous avons consacré un article complet à cette étude, à ses résultats et à ses limites : l’apnée du sommeil accélère le vieillissement. Ici, nous nous concentrons sur un autre versant, moins connu : le lien entre apnée du sommeil, anxiété et humeur.

L’apnée du sommeil non traitée fragmente les nuits et sollicite tout l’organisme
Comprendre l’apnée du sommeil
L’apnée obstructive du sommeil (AOS) est la forme la plus fréquente. Pendant le sommeil, les muscles de la gorge se relâchent et les voies aériennes se ferment partiellement ou complètement, pendant au moins dix secondes, de façon répétée. L’oxygène baisse dans le sang, le cerveau déclenche un micro-éveil pour relancer la respiration, souvent avec un ronflement bruyant ou un haletèment, puis la personne se rendort.
Ces micro-éveils fragmentent le sommeil toute la nuit et empêchent un sommeil réparateur. À chaque épisode, l’organisme réagit comme face à une menace : le système nerveux dit sympathique s’active, le rythme cardiaque et la pression artérielle montent, des hormones du stress sont libérées. C’est un premier point de rencontre avec l’anxiété, qui mobilise les mêmes circuits d’alerte.
Les facteurs favorisants sont connus : surpoids, âge, sexe masculin, ménopause, alcool et sédatifs le soir, tabac, et certaines particularités anatomiques (grosses amygdales, mâchoire en retrait, cloison nasale déviée).
L’étude révélatrice
Les chercheurs de l’Université du Missouri ont étudié la relation entre l’apnée du sommeil et le vieillissement épigénétique. L’épigénétique examine comment l’activité des gènes est régulée par des facteurs extérieurs, comme l’environnement et le mode de vie, sans modifier l’ADN lui-même.
Leur travail, publié dans l’European Respiratory Journal, portait sur un petit groupe : 16 adultes avec une apnée obstructive, comparés à 8 personnes sans apnée, suivis pendant un an. Il ne mesurait pas l’anxiété, mais il illustre bien à quel point les nuits hachées et mal oxygénées sollicitent l’organisme.
Du côté de la santé mentale, ce sont surtout des études d’observation et des méta-analyses qui ont exploré le lien : elles retrouvent, chez les personnes atteintes d’apnée, davantage de symptômes anxieux et dépressifs que dans la population générale.
Les résultats alarmants
Dans l’étude du Missouri, l’apnée non traitée était associée à une accélération de l’âge épigénétique, et chez les patients qui utilisaient correctement leur appareil de pression positive continue, ce vieillissement semblait ralentir après un an. Ce sont des résultats encourageants, mais obtenus sur 24 personnes : ils restent à confirmer.
Pour l’anxiété, que retenir de la recherche ?
- ›les symptômes anxieux et dépressifs sont plus fréquents chez les personnes atteintes d’apnée, avec des chiffres très variables selon les études et les outils de mesure ;
- ›la relation serait dans les deux sens : l’apnée dégrade le sommeil et l’humeur, et l’anxiété favorise l’insomnie, qui se combine souvent à l’apnée ;
- ›des facteurs communs, comme le surpoids, la fatigue chronique ou certaines maladies, peuvent expliquer une partie de l’association ;
- ›traiter l’apnée améliorerait la vigilance et la qualité de vie, et certaines études suggèrent une amélioration des symptômes dépressifs ; l’effet sur l’anxiété est moins bien établi.
Autrement dit, l’apnée n’est pas « la cause » de l’anxiété, mais elle peut l’entretenir ou l’aggraver, et il serait dommage de passer à côté.
Réveil d’apnée ou crise d’angoisse nocturne ?
Se réveiller la nuit en sursaut, oppressé, le cœur battant, avec l’impression d’étouffer : ce tableau peut correspondre à une attaque de panique nocturne, mais aussi à un réveil lié à une apnée. Quelques indices orientent, sans remplacer un avis médical :
- ›plutôt une apnée : ronflement fort et régulier, pauses respiratoires remarquées par l’entourage, bouche sèche et maux de tête le matin, somnolence dans la journée, besoin d’uriner la nuit ;
- ›plutôt une anxiété nocturne : ruminations au coucher, difficulté d’endormissement, peur intense qui dure plusieurs minutes après le réveil, tremblements, crises aussi dans la journée.
Les deux peuvent coexister. Pour en savoir plus sur l’autre versant, lisez qu’est-ce que l’anxiété nocturne. Et si une douleur thoracique accompagne ces symptômes, c’est une urgence : appelez le 15, comme nous l’expliquons dans infarctus ou crise d’anxiété.

Réveil d’apnée ou crise d’angoisse nocturne : les deux peuvent se ressembler et coexister
Risques cardiovasculaires
Outre l’impact sur le vieillissement et l’humeur, l’apnée du sommeil est associée à des risques cardiovasculaires qui ne doivent pas être ignorés. Les chutes répétées d’oxygène et les pics d’adrénaline à chaque micro-éveil sollicitent le cœur et les vaisseaux toute la nuit.
Les études l’associent à un risque plus élevé d’hypertension artérielle, de troubles du rythme cardiaque comme la fibrillation atriale, d’infarctus et d’accident vasculaire cérébral. L’anxiété chronique, elle aussi, s’accompagne d’une activation prolongée du système de stress : quand les deux se cumulent, il est d’autant plus important de faire le point avec son médecin.
Impact sur la santé mentale
Cette condition exerce aussi un impact important sur la santé mentale des personnes qui en souffrent. Un sommeil de mauvaise qualité perturbe l’équilibre de plusieurs hormones, dont le cortisol, l’hormone du stress, et diminue notre capacité à réguler nos émotions : après une mauvaise nuit, le cerveau réagit plus fortement aux situations négatives.
Concrètement, les personnes avec une apnée non traitée décrivent souvent :
- ›une irritabilité et une impatience inhabituelles ;
- ›une fatigue qui ne passe pas, même après une longue nuit ;
- ›des difficultés de concentration et des trous de mémoire, source d’inquiétude au travail ;
- ›une baisse de moral, parfois des symptômes d’anxiété ou de dépression ;
- ›une appréhension du coucher, quand les réveils en sursaut se répètent.
C’est pourquoi il ne faut pas banaliser la fatigue chronique ni l’attribuer trop vite au stress. Pour mieux comprendre ce lien, lisez aussi un mauvais sommeil affecte les émotions positives.
Consulter un spécialiste
Il est essentiel de prendre ces risques au sérieux et de consulter en cas de ronflement important, de réveils nocturnes avec sensation d’étouffement, de fatigue ou de somnolence dans la journée. Le médecin traitant est la première porte d’entrée : il pourra utiliser un questionnaire simple, comme l’échelle de somnolence d’Epworth, et prescrire un enregistrement du sommeil, une polygraphie ventilatoire souvent réalisable à domicile, ou une polysomnographie plus complète.
Notre première version affirmait que de plus en plus de neurologues se spécialisaient dans le sommeil depuis le covid-19. Plus exactement, la médecine du sommeil réunit des médecins de plusieurs spécialités (pneumologues, neurologues, ORL, psychiatres) formés à ces troubles, et l’intérêt pour le sommeil a beaucoup grandi ces dernières années.
Si l’anxiété occupe une grande place, n’hésitez pas à en parler aussi : le médecin pourra proposer un accompagnement adapté, par exemple une psychothérapie, et vérifier que les deux troubles sont pris en charge ensemble.
Options de traitement
Le traitement de l’apnée du sommeil dépend de sa sévérité et de sa cause, et il est toujours décidé avec le médecin :
- ›l’orthèse d’avancée mandibulaire, une gouttière sur mesure qui avance la mâchoire, dans certaines formes légères à modérées ou en cas d’intolérance à l’appareil ;
- ›la perte de poids en cas de surpoids, qui peut nettement réduire le nombre d’apnées ;
- ›le traitement positionnel, quand les apnées surviennent surtout sur le dos ;
- ›la chirurgie dans certains cas, comme la correction d’une cloison nasale déviée ou le retrait des amygdales, sur indication d’un spécialiste.
Côté anxiété, un point mérite d’être souligné : certains médicaments sédatifs, notamment les benzodiazépines, ainsi que l’alcool, relâchent les muscles de la gorge et peuvent aggraver les apnées. Ne prenez jamais d’anxiolytique ou de somnifère sans avis médical, et signalez une apnée connue ou suspectée à tout médecin qui vous en prescrit.
Thérapie par pression positive continue (CPAP)
Pour de nombreux patients, le traitement de référence des formes modérées à sévères est la pression positive continue (PPC, ou CPAP en anglais). Un petit appareil envoie de l’air sous légère pression, par un tuyau et un masque nasal ou facial, pour maintenir les voies respiratoires ouvertes pendant le sommeil. Elle n’est efficace que si elle est utilisée chaque nuit, plusieurs heures.
L’anxiété joue ici un rôle très concret : certaines personnes vivent mal le masque, avec une sensation d’enfermement ou de claustrophobie, et abandonnent le traitement. Des solutions existent : essayer d’autres modèles de masque (narinaire, nasal, facial), s’habituer progressivement en le portant d’abord le soir en lisant, régler la montée en pression avec le prestataire, et en parler au médecin plutôt que d’arrêter seul. Une fois l’adaptation passée, beaucoup de patients décrivent des nuits plus calmes et des journées plus sereines.
Les gestes du soir qui aident, en complément
Ces habitudes ne remplacent jamais un traitement, mais elles accompagnent utilement la prise en charge de l’apnée comme celle de l’anxiété :
- ›pas d’alcool le soir, et pas de somnifère sans avis médical ;
- ›horaires réguliers de coucher et de lever, même le week-end ;
- ›écrans éteints une heure avant le coucher, lumière douce ;
- ›exercices de respiration lente ou de relaxation pour calmer les ruminations, voir 9 remèdes naturels pour apaiser l’anxiété ;
- ›activité physique régulière, plutôt en journée qu’en fin de soirée ;
- ›une boisson chaude sans théine dans un rituel apaisant, par exemple un rooibos, comme nous l’expliquons dans le rooibos pour mieux dormir, ou une camomille.
Pour l’ensemble des bonnes habitudes, lisez hygiène du sommeil.
En résumé, l’apnée du sommeil est une condition médicale sérieuse qui va bien au-delà du ronflement. Elle peut peser sur le cœur, sur la vigilance et sur l’humeur. La reconnaître et la traiter, c’est souvent retrouver des nuits réparatrices et un esprit plus apaisé.
Apnée, anxiété nocturne et insomnie : des symptômes qui se ressemblent
Ma lecture, échelle indicative de 0 à 5
Le radar compare, de façon indicative, les signes les plus typiques de l’apnée du sommeil, de l’anxiété nocturne et de l’insomnie. Le ronflement et la somnolence dans la journée orientent plutôt vers l’apnée ; les ruminations et la difficulté à s’endormir vers l’anxiété et l’insomnie. Mais ces troubles se mélangent souvent, et seul un médecin peut poser un diagnostic.
La pyramide d’une soirée apaisante
Pour un rituel du soir sans théine : mes rooibos, mes fleurs d’hibiscus et, pour un lait chaud parfumé, toutes mes vanilles.
Mon verdict : la prise en charge de l’apnée du sommeil et de l’anxiété
Voici mon évaluation, critère par critère.
Vos questions fréquentes
Vanilles du monde
Dans mon livre, je raconte les grandes vanilles du monde, leurs terroirs et les gestes pour bien les choisir, les conserver et les cuisiner.