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Infarctus ou crise d’anxiété

comment les distinguer et réagir ?

Publié: Mis à jour: 10 minutes lire

Infarctus ou crise d’anxiété : comment les distinguer et réagir ?

Douleur thoracique, essoufflement, sueurs froides, cœur qui bat la chamade… Devant de tels signes, une question s’impose : s’agit-il d’un infarctus ou d’une crise d’anxiété ? Les deux peuvent se ressembler au point que de nombreuses personnes arrivent aux urgences persuadées de faire un problème cardiaque, alors qu’il s’agit d’une crise d’angoisse. L’inverse existe aussi, et c’est le plus dangereux : un infarctus pris pour du stress, et des heures perdues.

Savoir reconnaître ces situations aide à réagir correctement. Mais je préfère le dire dès le début, clairement : aucun critère ne permet d’écarter un infarctus à la maison. Seuls un examen médical, un électrocardiogramme et parfois une prise de sang permettent de trancher.

Information santé

Douleur dans la poitrine qui dure plus de quelques minutes, serrante, qui irradie vers le bras, la mâchoire, le cou ou le dos, avec essoufflement, sueurs, nausées ou malaise ? Appelez immédiatement le 15 (SAMU) ou le 112. N’attendez pas que ça passe, ne prenez pas le volant et ne vous rendez pas seul aux urgences. En cas de doute, c’est toujours au SAMU de décider : un appel « pour rien » ne dérange personne.

L’infarctus

Un infarctus du myocarde survient lorsqu’une des artères coronaires, chargées d’apporter le sang au cœur, se bouche, le plus souvent à cause d’un caillot formé sur une plaque d’athérome. Privées d’oxygène, les cellules du muscle cardiaque commencent à mourir. C’est pourquoi les cardiologues répètent que « le temps, c’est du muscle » : plus l’artère est débouchée tôt, plus on préserve le cœur.

La douleur se manifeste généralement au centre de la poitrine, comme un étau ou un poids, et peut irradier vers le bras gauche (parfois les deux bras), le cou, la mâchoire ou le dos. Elle dure en général plus de quelques minutes, ne cède pas au repos et ne varie pas vraiment quand on respire ou qu’on change de position. Une oppression, une pâleur soudaine, une transpiration abondante et une accélération du rythme cardiaque sont fréquentes.

Contrairement à une idée qui circulait dans la première version de cet article, l’essoufflement est fréquent lors d’un infarctus : il ne permet donc pas de faire la différence avec l’anxiété. Et l’infarctus peut aussi passer presque inaperçu, ou se présenter de façon trompeuse, notamment chez :

  • les femmes, chez qui fatigue inhabituelle, essoufflement, nausées, douleur dans le haut du ventre ou entre les omoplates sont plus souvent au premier plan ;
  • les personnes âgées ;
  • les personnes diabétiques, dont la perception de la douleur peut être diminuée.

Principaux symptômes d’un infarctus :

  • douleur ou oppression thoracique, pouvant irradier vers le cou, la mâchoire, l’épaule, le bras ou le dos ;
  • essoufflement ;
  • douleurs dans le haut du ventre ;
  • transpiration excessive, sueurs froides ;
  • sensation de malaise ou d’évanouissement ;
  • nausées, parfois vomissements ;
  • palpitations ;
  • agitation, angoisse intense, confusion.

Vous remarquerez que l’angoisse fait elle-même partie des symptômes de l’infarctus : beaucoup de patients décrivent une « impression de mort imminente ». C’est une raison de plus pour ne pas conclure trop vite à une simple crise d’anxiété.

L’anxiété

L’anxiété est une réaction naturelle de l’organisme face à une situation perçue comme menaçante. Elle devient un problème lorsqu’elle survient de manière disproportionnée, trop fréquente ou sans raison apparente. Dans sa forme aiguë, elle peut déclencher une véritable crise, appelée attaque de panique, souvent confondue avec un problème cardiaque.

C’est un sujet qui me touche de près, puisque je vis au Brésil depuis 2015. Selon un rapport de l’Organisation mondiale de la santé publié en 2017, le Brésil figurait parmi les pays où la prévalence des troubles anxieux était la plus élevée : environ 9,3 % de la population, soit près de trois fois la moyenne mondiale estimée à 3,6 %.

Une attaque de panique monte très vite et atteint son pic en quelques minutes, souvent en moins de dix, avant de se résorber progressivement, en général en moins d’une demi-heure. Elle peut s’accompagner d’une respiration rapide (hyperventilation), qui provoque à son tour des fourmillements dans les doigts, autour de la bouche, des vertiges et une sensation d’étouffer. La douleur thoracique, quand elle existe, est plus souvent décrite comme piquante, localisée, variable avec la respiration. Mais ce ne sont que des tendances : une crise d’angoisse peut aussi donner une oppression dans la poitrine.

Symptômes les plus fréquents d’une crise d’anxiété :

  • palpitations, cœur qui s’emballe ;
  • tremblements ;
  • sueurs ;
  • sensation d’étouffement, respiration rapide ;
  • fourmillements, engourdissements ;
  • vertiges, impression d’irréalité ;
  • troubles digestifs, nausées ;
  • peur de mourir ou de perdre le contrôle.

Entre les crises, l’anxiété chronique se manifeste plutôt par de l’agitation, de l’irritabilité, une fatigue persistante, des difficultés de concentration, des tensions musculaires, des maux de tête et des troubles du sommeil (insomnie). Si c’est surtout la nuit que l’angoisse vous réveille, lisez notre article sur l’anxiété nocturne.

L’anxiété se manifeste souvent la nuit, avec palpitations et réveils brutaux

L’anxiété se manifeste souvent la nuit, avec palpitations et réveils brutaux

Les différences, en un coup d’œil

Ce tableau résume les tendances habituelles. Il aide à comprendre, pas à se diagnostiquer : en cas de doute, on appelle le 15.

Critère Infarctus (tendance) Crise d’anxiété (tendance)
Début Souvent à l’effort ou au repos, sans déclencheur émotionnel Souvent après un stress, mais parfois sans raison
Type de douleur Serrement, étau, poids au centre de la poitrine Plutôt piquante, localisée, variable
Irradiation Bras, cou, mâchoire, dos, haut du ventre Possible, plus diffuse
Durée Plus de quelques minutes, ne cède pas au repos Pic en quelques minutes, diminue en moins de 30 min
Essoufflement Fréquent Fréquent (hyperventilation)
Fourmillements Possibles Fréquents (doigts, bouche)
Personnes concernées Facteurs de risque : âge, tabac, cholestérol, diabète, hérédité Tout âge, antécédents de crises
Conduite à tenir Appeler le 15 ou le 112 immédiatement En cas de doute ou de première crise : 15 ; sinon consulter

Retenez surtout ceci : une première crise de ce type, une douleur différente de d’habitude ou la présence de facteurs de risque cardiovasculaire justifient toujours un appel au 15, même si vous êtes « sûr » que c’est le stress. Les personnes anxieuses peuvent aussi faire un infarctus.

Infarctus ou anxiété : comment réagir ?

En cas de doute, il est toujours préférable d’appeler les secours. Concrètement :

  • Composez le 15 (SAMU) ou le 112. Le médecin régulateur vous posera quelques questions et enverra si besoin une équipe, qui pourra faire un électrocardiogramme sur place.
  • Arrêtez tout effort, asseyez-vous ou allongez-vous, desserrez vos vêtements, ouvrez la porte d’entrée si vous êtes seul.
  • Ne conduisez pas et ne vous faites pas emmener en voiture sans avis du SAMU : le transport médicalisé permet de traiter en route et d’aller directement dans un centre adapté.
  • Ne prenez pas de médicament de vous-même, sauf celui que votre médecin vous a déjà prescrit pour ce cas (par exemple un spray de trinitrine). Pour tout le reste, suivez les consignes du régulateur.
  • Si la personne perd connaissance et ne respire plus normalement : appelez le 15, commencez le massage cardiaque et faites chercher un défibrillateur.

Aux urgences, un examen clinique, un électrocardiogramme et un dosage sanguin (la troponine) permettent de lever le doute. Si tout est normal et que l’anxiété est en cause, ce n’est pas « rien » : c’est une information précieuse pour la suite.

Un suivi médical régulier, incluant un bilan cardiovasculaire, reste indispensable, en particulier après 40 ans ou en cas de facteurs de risque (hypertension, tabac, cholestérol élevé, diabète, sédentarité). Le bilan lipidique en fait partie : voir Le lipidogramme, un examen clé. Si vous ressentez des palpitations irrégulières, apprenez aussi à prendre votre pouls.

Du côté psychologique, la psychothérapie, en particulier les thérapies cognitivo-comportementales, est un outil précieux pour gérer les crises d’angoisse. Les techniques de respiration lente (respiration abdominale, en insistant sur l’expiration) aident aussi à apaiser une crise une fois qu’une cause cardiaque a été écartée.

Apaiser une crise d’angoisse quand le cœur a été vérifié

Si votre médecin a confirmé que vos crises sont des attaques de panique, quelques gestes simples aideraient à les traverser :

  • Ralentir la respiration : inspirez par le nez environ 4 secondes, expirez lentement par la bouche environ 6 secondes, pendant 3 à 5 minutes. L’expiration longue ramène le rythme cardiaque vers le calme et limite l’hyperventilation.
  • Nommer ce qui se passe : « c’est une crise d’angoisse, elle va culminer puis redescendre ». Savoir qu’elle passe réduit souvent son intensité.
  • Se réancrer : regarder autour de soi et nommer cinq objets, sentir ses pieds au sol, tenir un objet froid.
  • Éviter les excitants : café, boissons énergisantes, nicotine et alcool peuvent favoriser les palpitations et les crises.

Sur le long terme, l’activité physique régulière, un sommeil suffisant et une alimentation de type méditerranéen sont associés à un meilleur équilibre émotionnel (régime méditerranéen et moral). Certaines plantes calmantes peuvent accompagner le quotidien, avec leurs limites : voir 9 remèdes naturels pour apaiser l’anxiété, la valériane ou nos 6 fruits contre l’anxiété. Elles ne remplacent jamais une prise en charge.

Respiration lente et méditation : des outils pour traverser une crise d’angoisse, une fois le cœur vérifié

Respiration lente et méditation : des outils pour traverser une crise d’angoisse, une fois le cœur vérifié

Suis-je une personne anxieuse ?

L’anxiété n’est pas toujours négative. Dans certaines circonstances, elle est même utile, car elle nous pousse à anticiper et à nous préparer à des défis. Cependant, lorsqu’elle devient excessive et permanente, elle altère la qualité de vie et peut correspondre à un trouble anxieux, comme le trouble anxieux généralisé ou le trouble panique. La réaction d’adaptation devient alors un problème en soi et perturbe fortement l’équilibre.

Beaucoup de personnes vivent avec une anxiété chronique sans en avoir pleinement conscience. Quelques questions peuvent mettre la puce à l’oreille : vous inquiétez-vous presque tous les jours, depuis plusieurs mois, pour des choses variées ? Avez-vous du mal à contrôler ces inquiétudes ? Dormez-vous mal, vous sentez-vous tendu, irritable, épuisé ? Évitez-vous certaines situations par peur d’une crise ?

Si vous vous reconnaissez, parlez-en à votre médecin traitant. Il dispose de questionnaires simples et validés pour évaluer l’anxiété, et pourra vous orienter vers un psychologue ou un psychiatre. En France, des séances chez un psychologue peuvent être remboursées dans le cadre du dispositif Mon soutien psy.

Information santé

Cet article ne remplace pas un avis médical. Devant toute douleur thoracique inhabituelle, appelez le 15 ou le 112 sans attendre. Si l’anxiété s’accompagne d’idées noires ou de pensées suicidaires, appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et joignable 24 h/24.

Questions fréquentes

Comment savoir si une douleur dans la poitrine vient du cœur ou du stress ?

On ne peut pas le savoir avec certitude chez soi. Une douleur serrante, durable, qui irradie vers le bras, la mâchoire ou le dos, surtout avec essoufflement, sueurs ou nausées, doit faire appeler le 15. Seuls l’électrocardiogramme et les examens médicaux tranchent.

Une crise d’angoisse peut-elle durer des heures ?

Une attaque de panique culmine généralement en quelques minutes et s’atténue en moins d’une demi-heure, même si un état de malaise peut persister ensuite. Une douleur thoracique qui dure ou s’aggrave doit faire appeler les secours.

Peut-on faire un infarctus en étant jeune ou anxieux ?

Oui. L’infarctus est plus fréquent avec l’âge, mais il touche aussi des personnes plus jeunes, notamment fumeuses ou avec une hérédité cardiaque. Être anxieux ne protège pas d’un problème cardiaque.

Faut-il prendre de l’aspirine en cas de douleur thoracique ?

Ne prenez rien de vous-même. Appelez le 15 : le médecin régulateur vous dira quoi faire en fonction de votre situation et de vos traitements.

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