Maison VitalitéLes dangers des tisanes pendant la grossesse

Les dangers des tisanes pendant la grossesse

comment éviter les infusions abortives

Par Equipe du Comptoir de Toamasina
Publié: Mis à jour: 15 minutes lire

« C’est naturel, donc ça ne peut pas faire de mal. » Pendant la grossesse, cette idée reçue peut coûter cher. Certaines plantes vendues en vrac ou en sachets contiennent des substances capables de stimuler l’utérus, d’agir sur les hormones, d’abîmer le foie ou de passer jusqu’au bébé. D’autres sont sans risque en cuisine mais pas en tisane concentrée ou en huile essentielle. Ce guide est le complément de notre article sur les thés et tisanes que l’on peut boire enceinte : ici, nous nous concentrons sur les dangers, plante par plante, sur ce que veut vraiment dire « abortif » et sur les bons réflexes pour ne pas se tromper. Il ne remplace pas l’avis de votre sage-femme ou de votre médecin, qui reste la référence pour votre grossesse.

L’avis d’Arnaud, créateur du Comptoir de ToamasinaNotre conseil : pendant la grossesse, ne buvez jamais une tisane dont vous ne connaissez pas toutes les plantes. Lisez la composition des mélanges, méfiez-vous des noms vagues (« tisane bien-être », « détente féminine ») et des produits achetés sur des marchés ou en ligne sans nom botanique. Gardez quelques valeurs sûres, comme la verveine, le tilleul ou le rooibos, et pour tout le reste, une question à votre sage-femme vaut mieux qu’une recherche sur internet.
Sommaire

Pourquoi certaines tisanes sont dangereuses pendant la grossesse

La grossesse est une période particulièrement délicate au cours de laquelle les choix alimentaires, y compris les tisanes, demandent une grande prudence. Il faut comprendre quelles tisanes sont à éviter, comment limiter les risques d’effets abortifs, et quels principes actifs présents dans certaines plantes peuvent compromettre la santé de la grossesse.

Trois mécanismes expliquent l’essentiel des dangers :

  • ›l’action sur l’utérus : certaines plantes provoquent des contractions ou modifient la circulation sanguine dans l’utérus, avec un risque de saignements, de fausse couche ou d’accouchement prématuré ;
  • ›l’action hormonale : des plantes riches en composés proches des hormones (œstrogènes, progestérone) peuvent perturber l’équilibre hormonal de la grossesse ;
  • ›la toxicité directe : certaines molécules sont toxiques pour le foie, les reins ou le système nerveux de la mère, ou traversent le placenta et peuvent affecter le développement du fœtus.

En raison du manque d’études chez la femme enceinte, il est souvent impossible d’affirmer avec certitude qu’une plante est totalement sans danger. C’est pourquoi la règle de prudence est simple : en l’absence de données rassurantes, on s’abstient, et on consulte la sage-femme ou le médecin qui suit la grossesse chaque fois que l’on envisage d’utiliser une plante pour soulager un symptôme.

Information santéCet article est une information générale qui ne remplace pas un avis médical. En cas de doute sur une tisane déjà consommée, parlez-en à votre sage-femme, à votre médecin ou à votre pharmacien. En cas de saignements, de contractions, de douleurs abdominales, de vomissements ou de malaise après la prise d’une plante, consultez sans attendre ou appelez le 15. Le centre antipoison de votre région peut aussi être joint 24 heures sur 24.

Femme enceinte et compléments à base de plantes

Tisanes, gélules, huiles essentielles : pendant la grossesse, une plante naturelle n’est pas forcément sans danger

Quelles sont les tisanes à éviter pendant la grossesse ?

Voici les plantes à éviter, classées selon la raison de la prudence. L’ancienne version de cet article mélangeait dans une même liste des plantes toxiques, des épices de cuisine courantes et des mots sans rapport : nous l’avons entièrement reprise.

À proscrire absolument, enceinte ou non (plantes toxiques ou réputées abortives) :

  • ›la menthe pouliot, à ne pas confondre avec la menthe poivrée : son huile essentielle a causé des intoxications graves, parfois mortelles ;
  • ›la rue, la tanaisie, la sabine et le thuya ;
  • ›l’armoise et l’absinthe, riches en thuyone ;
  • ›l’arnica par voie orale, la digitale, l’aconit, toxiques à faible dose ;
  • ›la buchinha (Luffa operculata), utilisée en automédication au Brésil, connue pour ses effets abortifs et toxiques.

À éviter en raison d’une action sur l’utérus ou les hormones : la sauge en tisane, l’angélique, le gattilier (agnus-castus), l’actée à grappes noires, le trèfle rouge, le fenugrec, l’ashwagandha et la réglisse, dont la glycyrrhizine fait aussi monter la tension.

À éviter en raison de molécules préoccupantes : le fenouil, l’anis vert et la badiane (estragole, anéthole) ; la bourrache, la consoude et le tussilage (alcaloïdes pyrrolizidiniques, toxiques pour le foie) ; la busserole et le genévrier.

À éviter en raison d’un effet laxatif puissant : le séné, la bourdaine, la cascara, la racine de rhubarbe et l’aloès.

À éviter en raison d’interactions ou d’effets sur le système nerveux : le millepertuis, le kava (dont la vente est d’ailleurs interdite en France), le ginseng, le ginkgo, et par précaution l’hibiscus.

Cette liste n’est pas exhaustive : une plante absente de cette liste n’est pas forcément sans risque.

Peut-on boire des tisanes durant la grossesse ?

Oui, il est possible de boire des tisanes pendant la grossesse, mais il convient de choisir avec soin les plantes qui les composent. Quelques infusions douces sont généralement considérées comme acceptables en usage alimentaire modéré : la verveine odorante, le tilleul, la mélisse, la camomille en infusion légère, les feuilles de menthe poivrée, les fleurs de mauve, le rooibos et les infusions de fruits.

L’ancienne version de cet article affirmait à la fois que la menthe poivrée, le gingembre et la camomille étaient « abortifs » et qu’ils pouvaient soulager les nausées : c’était contradictoire et inexact. Aux doses d’une infusion légère, ces trois plantes ne sont pas considérées comme abortives. Le gingembre a même été étudié contre les nausées du premier trimestre, à environ 1 g par jour. Le problème commence avec les formes concentrées : extraits, gélules, huiles essentielles, ou infusions très chargées bues à volonté.

Pour le détail des boissons du quotidien, de la caféine et des plantes les plus courantes, nous vous renvoyons à notre guide quelles tisanes et quels thés boire enceinte, qui complète celui-ci.

Cuisine, tisane, extrait : c’est la dose qui fait le danger

Beaucoup de femmes enceintes s’inquiètent en lisant qu’une plante qu’elles utilisent en cuisine figure dans une liste « à éviter ». Il faut distinguer quatre niveaux de concentration :

  • ›l’usage culinaire : une pincée de cannelle dans un gâteau, du persil sur une salade, une feuille de sauge sur une viande, du curcuma dans un curry, un peu de noix de muscade dans une béchamel. Aux doses de la cuisine, ces épices et aromates ne posent pas de problème ;
  • ›l’infusion : une cuillère à café de plante sèche dans une tasse d’eau chaude extrait davantage de composés, surtout si l’on en boit plusieurs tasses par jour pendant des semaines ;
  • ›l’extrait et la gélule : beaucoup plus concentrés, ils sont réservés à un usage encadré par un professionnel ;
  • ›l’huile essentielle : c’est la forme la plus concentrée ; une seule goutte peut équivaloir à des dizaines de tasses de tisane. Pendant la grossesse, les huiles essentielles sont déconseillées par voie orale, et beaucoup le sont aussi sur la peau, en particulier au premier trimestre.

C’est pour cela que l’ancienne liste de cet article, qui rangeait la cannelle, le curcuma, la muscade ou la grenade parmi les plantes à risque sans préciser la forme, pouvait inquiéter inutilement. En cuisine, vous pouvez continuer à utiliser vos épices ; c’est en tisane, en complément ou en huile essentielle qu’il faut être vigilante.

Comment la consommation de certaines tisanes peut-elle être abortive ?

Une plante dite « abortive » contient des substances qui, à une certaine dose, peuvent provoquer des contractions de l’utérus, des saignements ou un décollement, et donc une fausse couche. Ces effets ont été décrits dans des rapports de cas, dans la médecine traditionnelle de nombreux pays, et parfois chez l’animal.

Mais il faut comprendre un point essentiel : pour la plupart de ces plantes, la dose qui agit sur l’utérus est très proche de la dose toxique pour la mère. Les molécules en cause, comme la pulégone de la menthe pouliot ou la thuyone de l’armoise et de l’absinthe, attaquent le foie, les reins et le système nerveux. C’est pourquoi les intoxications rapportées dans la littérature médicale sont si graves : insuffisance du foie, convulsions, hémorragies, parfois décès.

Les conséquences d’une consommation de tisanes potentiellement abortives peuvent donc être graves à la fois pour la mère et pour le fœtus : contractions utérines, saignements, complications pouvant mener à une fausse couche, mais aussi atteinte des organes de la mère, sans aucune garantie sur l’issue.

Grossesse non désirée : les plantes ne sont jamais une solution

Il faut le dire clairement, car des recettes de « tisanes pour avorter » circulent encore sur internet et sur les réseaux sociaux : utiliser des plantes pour tenter d’interrompre une grossesse est dangereux et peut être mortel. Les doses nécessaires sont toxiques, l’effet est imprévisible, et une interruption incomplète expose à des hémorragies et à des infections graves.

En France, l’interruption volontaire de grossesse est un droit, encadré par des professionnels de santé, par méthode médicamenteuse ou instrumentale selon le terme. Si vous êtes confrontée à une grossesse non désirée, vous pouvez vous adresser à un médecin, à une sage-femme, à un centre de santé sexuelle ou au Planning familial. Le numéro vert national « Sexualités, contraception, IVG » (0 800 08 11 11) est gratuit et anonyme, et le site officiel ivg.gouv.fr donne une information fiable.

Comment éviter les tisanes abortives pendant la grossesse ?

Pour éviter les tisanes à risque pendant la grossesse, quelques réflexes suffisent :

  • ›lire la composition complète des mélanges : une tisane « digestion » peut contenir du fenouil ou de l’anis, une tisane « transit » du séné, une tisane « féminine » de l’armoise ou du gattilier ;
  • ›exiger le nom botanique (en latin) quand vous achetez en vrac, pour éviter les confusions entre espèces voisines, comme la menthe poivrée et la menthe pouliot, ou la badiane de Chine et la badiane du Japon, toxique ;
  • ›ne pas cueillir soi-même des plantes sauvages sans être certaine de les identifier ;
  • ›se méfier des produits « traditionnels » achetés en voyage ou en ligne, sans étiquetage clair ;
  • ›signaler à chaque consultation les tisanes, compléments et huiles essentielles que vous utilisez, même s’ils vous semblent anodins ;
  • ›limiter la caféine du thé et du café à 200 mg par jour, toutes sources confondues ;
  • ›appliquer la même vigilance aux aliments « santé » et aux compléments, comme nous l’expliquons pour l’açaí pendant la grossesse et pour les compléments alimentaires.

Il est préférable de privilégier les tisanes à base de plantes douces et bien connues, comme la mélisse, la verveine ou le tilleul. L’ancienne version citait aussi le thym : en cuisine, aucun problème ; en tisane concentrée et quotidienne, mieux vaut demander l’avis de votre sage-femme.

Quelles plantes sont recommandées en phytothérapie pendant la grossesse ?

En phytothérapie, aucune plante n’est « recommandée » à toutes les femmes enceintes : tout dépend du symptôme, du terme et de l’histoire de chaque grossesse. La phytothérapie pendant la grossesse doit se faire avec un professionnel formé, médecin, sage-femme ou pharmacien.

Ce que l’on peut dire, c’est que certaines plantes douces sont traditionnellement utilisées et généralement bien tolérées en infusion légère : la mélisse et la verveine odorante, réputées apaisantes, le tilleul pour le sommeil, le gingembre à petite dose pour les nausées.

L’ancienne version de cet article présentait le framboisier comme une plante « tonifiante pour l’utérus » et la lavande comme une tisane conseillée. Nous avons corrigé : la feuille de framboisier n’est pas une tisane du début ou du milieu de grossesse, et seules certaines sages-femmes la proposent au dernier mois ; la lavande, quant à elle, est surtout étudiée sous forme d’huile essentielle, déconseillée pendant la grossesse, et ses données en tisane sont trop limitées pour la conseiller.

Les principes actifs des tisanes à consommer pendant la grossesse

Les principes actifs des tisanes consommées pendant la grossesse doivent être choisis avec soin pour ne présenter aucun danger pour la femme enceinte et le fœtus. Voici les familles de molécules qui doivent alerter, et les plantes où on les trouve :

  • ›les cétones terpéniques (thuyone, pulégone, camphre) : sauge, armoise, absinthe, menthe pouliot, tanaisie ; neurotoxiques et potentiellement abortives ;
  • ›l’estragole et l’anéthole : fenouil, anis vert, badiane, estragon en grande quantité ; l’Agence européenne du médicament déconseille par précaution le fenouil pendant la grossesse ; nous détaillons aussi les effets indésirables de la badiane ;
  • ›les alcaloïdes pyrrolizidiniques : bourrache, consoude, tussilage ; toxiques pour le foie, y compris celui du fœtus ;
  • ›les anthraquinones : séné, bourdaine, cascara, rhubarbe, aloès ; laxatifs irritants qui peuvent stimuler l’utérus ;
  • ›la glycyrrhizine : réglisse ; elle fait monter la tension et favorise la rétention d’eau ;
  • ›les phyto-œstrogènes concentrés : trèfle rouge, houblon, soja en compléments.

À l’inverse, les plantes généralement acceptées en infusion, comme la verveine, le tilleul, la mélisse ou le rooibos, contiennent surtout des composés aromatiques doux, des flavonoïdes et des mucilages.

Tisane de romarin dans une tasse

En cuisine, le romarin ne pose pas de problème ; en tisane concentrée et quotidienne, on demande l’avis de sa sage-femme

Verveine, tilleul, mélisse : trois infusions douces comparées

Verveine, tilleul et mélisse : profils aromatiques comparés

Ma lecture, échelle indicative de 0 à 5


Pour remplacer les tisanes à éviter, voici trois infusions douces que l’on retrouve souvent dans les conseils des sages-femmes. La verveine odorante est la plus vive, avec un parfum de citron et de zeste. Le tilleul est le plus doux et le plus rond, avec des notes de miel et de fleur. La mélisse se situe entre les deux, fraîche et citronnée mais plus herbacée. Le radar est une lecture qualitative de dégustation pour vous aider à varier, pas une évaluation de sécurité : même pour ces plantes, restez sur 2 à 3 tasses par jour. Pour bien la préparer, voyez notre infusion de verveine.

ATTAQUECitron vif, zesteCŒURHerbe fraîche, fleur blancheFONDDouceur miellée

La pyramide aromatique d’une infusion de verveine odorante

La consommation de tisanes et ses effets sur l’utérus

L’utérus est un muscle qui réagit à de nombreux signaux, hormonaux et chimiques. Certaines plantes peuvent augmenter son tonus ou provoquer des contractions, ce qui peut entraîner des complications pendant la grossesse : saignements, contractions prématurées, fausse couche au premier trimestre, accouchement prématuré plus tard.

Le risque dépend de la plante, de la dose, de la durée et du terme. C’est pourquoi on retrouve dans les traditions populaires des plantes réputées « préparer l’accouchement » en toute fin de grossesse, et les mêmes plantes déconseillées avant. Dans tous les cas, ce n’est jamais à une tisane de déclencher ou d’accélérer un accouchement : cette décision appartient à l’équipe médicale.

Pendant la grossesse, des contractions régulières, douloureuses ou accompagnées de saignements doivent toujours faire consulter, qu’une tisane ait été bue ou non.

Le nombre de tasses de tisanes recommandées pendant la grossesse

Il n’existe pas de chiffre officiel, mais les professionnels conseillent en général de limiter les tisanes à 2 ou 3 tasses par jour, en variant les plantes d’un jour à l’autre et en préparant des infusions légères : une cuillère à café de plante sèche pour 200 à 250 ml d’eau, 5 minutes d’infusion.

Pour le thé et les boissons qui contiennent de la caféine, la limite est différente : l’EFSA recommande de ne pas dépasser 200 mg de caféine par jour pendant la grossesse, toutes sources confondues, ce qui correspond par exemple à deux tasses de thé et un expresso.

L’ancienne version de cet article classait le café parmi les plantes « totalement interdites » : c’est inexact. Le café est autorisé avec modération, dans cette limite de caféine. Le plus important est de boire suffisamment d’eau tout au long de la journée, et de réserver les tisanes au plaisir et au réconfort.

Pour vos boissons chaudes sans théine ou à doser avec modération : mes rooibos et mes thés verts, à compter dans votre caféine du jour.

Mon verdict : la prudence avec les tisanes pendant la grossesse

Voici mon évaluation, critère par critère.

Vos questions fréquentes

Quelles plantes sont interdites pendant la grossesse ?Les plus dangereuses sont la menthe pouliot, la rue, la tanaisie, l’armoise, l’absinthe, l’arnica par voie orale et la sabine ; la sauge, la réglisse, le fenouil, l’anis, le séné et les huiles essentielles sont aussi à éviter.
Une tisane peut-elle provoquer une fausse couche ?Certaines plantes à forte dose peuvent stimuler l’utérus, mais les infusions douces et légères comme la verveine ou le tilleul ne sont pas considérées comme abortives.
Peut-on utiliser les épices en cuisine quand on est enceinte ?Oui : aux doses culinaires, la cannelle, le curcuma, la muscade, le persil ou la sauge ne posent pas de problème ; la prudence concerne les tisanes concentrées, les compléments et les huiles essentielles.
Combien de tisanes par jour pendant la grossesse ?En général 2 à 3 tasses d’infusion légère, en variant les plantes, et 200 mg de caféine maximum par jour pour le thé et le café.
Que faire si j’ai bu une tisane déconseillée ?Pas de panique : une tasse isolée d’une plante douce est rarement grave, mais parlez-en à votre sage-femme ou à votre médecin, et consultez sans attendre en cas de saignements ou de contractions.
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