La moniliose du cacaoyer, ou monilíase en portugais, est l’une des maladies les plus redoutées des producteurs de cacao. Causée par un champignon, Moniliophthora roreri, elle attaque directement les cabosses, pourrit les fèves de l’intérieur et peut détruire la grande majorité d’une récolte. Longtemps cantonnée à l’Amérique centrale et au nord-ouest de l’Amérique du Sud, elle a été détectée pour la première fois au Brésil en 2021, dans l’État d’Acre, ce qui a mis toute la filière cacao en alerte. Je vous explique ce qu’est ce champignon, comment il se propage et pourquoi il inquiète tant les pays producteurs.
- › Le cacaoyer, un arbre fragile
- › Qu’est-ce que la moniliose ?
- › L’arrivée de la moniliose au Brésil
- › Le précédent du balai de sorcière
- › En vidéo
- › Comment lutter contre la moniliose ?
- › Un impact sur le prix du chocolat
- › La vanille face aux maladies
- › Ce que peut faire le consommateur
- › Le cacao en cuisine
- › Mon verdict
- › Vos questions fréquentes
Le cacaoyer, un arbre fragile
Le cacaoyer, Theobroma cacao, est un petit arbre des forêts tropicales humides d’Amérique du Sud, originaire du bassin amazonien. Son nom scientifique signifie « nourriture des dieux ». Ses fruits, les cabosses, poussent directement sur le tronc et les grosses branches ; ils contiennent une pulpe blanche sucrée et une quarantaine de fèves, qui, fermentées, séchées et torréfiées, donnent le cacao. Le cacaoyer pousse à l’ombre d’autres arbres, dans un climat chaud et humide : ces conditions, idéales pour lui, le sont aussi pour de nombreux champignons. C’est pourquoi la culture du cacao est particulièrement sensible aux maladies fongiques. Pour en savoir plus, lisez qu’est-ce que le cacao.

Le cacao, fèves issues des cabosses du cacaoyer
Qu’est-ce que la moniliose ?
La moniliose, appelée frosty pod rot en anglais, pourriture givrée des cabosses, est causée par le champignon Moniliophthora roreri. Il infecte les jeunes cabosses, souvent sans symptôme visible pendant plusieurs semaines. Puis apparaissent des taches brunes sur l’écorce, des déformations, et enfin un feutrage blanc crème, comme du givre, qui recouvre la cabosse : ce sont des milliards de spores. À l’intérieur, les fèves pourrissent et deviennent inutilisables. Les spores, très légères, se dispersent avec le vent, la pluie, les animaux et les outils, et infectent les cabosses voisines. Dans les plantations non traitées, les pertes peuvent dépasser 80 % de la récolte.
L’arrivée de la moniliose au Brésil
Originaire de Colombie, où elle a été décrite au début du XXe siècle, la moniliose s’est répandue en Équateur, au Pérou, puis dans toute l’Amérique centrale jusqu’au Mexique. Le Brésil, deuxième pays producteur d’Amérique, en était épargné. En juillet 2021, le ministère de l’Agriculture brésilien a confirmé la présence du champignon dans l’État d’Acre, à la frontière du Pérou, puis d’autres foyers ont été signalés en Amazonie. Des mesures de quarantaine ont été mises en place pour éviter qu’il n’atteigne les grandes régions productrices, le Pará et Bahia. Le transport de cabosses, de plants et de fèves non traitées depuis les zones touchées est strictement contrôlé.
Le précédent du balai de sorcière
Le Brésil a déjà vécu une catastrophe comparable. À la fin des années 1980, un autre champignon du même genre, Moniliophthora perniciosa, responsable du balai de sorcière, vassoura-de-bruxa en portugais, a atteint la région cacaoyère du sud de Bahia. Il provoque la formation de rameaux anormaux, en forme de balais, et la pourriture des cabosses. En quelques années, la production de Bahia s’est effondrée, des dizaines de milliers d’emplois ont disparu, et le Brésil, autrefois grand exportateur, a dû importer du cacao. La région a mis des décennies à se reconstruire, grâce à des variétés plus résistantes et à une nouvelle génération de producteurs tournés vers le cacao fin.
Les trois menaces fongiques du cacao au Brésil
En vidéo
Je vous explique cette maladie en vidéo :
Comment lutter contre la moniliose ?
- ›La récolte sanitaire : retirer chaque semaine toutes les cabosses malades, avant que les spores ne se forment, et les enterrer ou les couvrir.
- ›La taille des arbres : aérer la canopée pour réduire l’humidité qui favorise le champignon.
- ›Les variétés tolérantes : planter des clones sélectionnés pour leur résistance.
- ›La quarantaine : interdire le transport de matériel végétal depuis les zones contaminées.
- ›La désinfection des outils et des vêtements entre deux parcelles.

Une cabosse atteinte par la moniliose
Un impact sur le prix du chocolat
Les maladies du cacaoyer ont un impact direct sur le marché mondial du cacao. Quand une région productrice est touchée, l’offre diminue et les prix augmentent. Ces dernières années, le cours du cacao a atteint des niveaux historiques, sous l’effet combiné des maladies, notamment le swollen shoot en Afrique de l’Ouest, des aléas climatiques et du vieillissement des plantations. La moniliose ajoute une menace supplémentaire pour l’Amérique du Sud. C’est une situation que je connais bien avec la vanille : une épice ou une fève d’exception dépend toujours de la santé des plantations et du travail des producteurs, et son prix reflète leur fragilité.
La vanille face aux maladies
La vanille connaît elle aussi ses champignons redoutables. Le plus grave est Fusarium oxysporum, responsable de la pourriture des racines et des tiges, qui ravage les plantations de Madagascar, de La Réunion et d’ailleurs. Comme pour le cacao, la recherche s’appuie sur des espèces sauvages et des variétés plus résistantes : certaines vanilles brésiliennes, comme Vanilla bahiana, ou Vanilla pompona, présentent une résistance naturelle au fusarium, grâce à des racines aux parois plus épaisses et plus lignifiées. La biodiversité des forêts brésiliennes, berceau du cacao et de nombreuses vanilles sauvages, est donc un trésor pour l’avenir de ces cultures. Je vous en parle dans les maladies du vanillier.
Ce que peut faire le consommateur
Face à ces menaces, le consommateur a aussi un rôle à jouer. Choisir un chocolat de qualité, fabriqué à partir de fèves tracées, c’est soutenir les producteurs qui investissent dans des pratiques durables, des variétés résistantes et l’agroforesterie. Les chocolats d’origine, qui indiquent le pays, la région, voire la plantation, permettent de mieux rémunérer les planteurs. Accepter de payer un chocolat à son juste prix, c’est aussi reconnaître le travail et les risques qu’ils prennent. Enfin, en voyage, ne rapportez jamais de cabosses, de fèves fraîches ou de plants de cacaoyer d’une région à une autre : c’est ainsi que les maladies voyagent d’un continent à l’autre.
Le cacao en cuisine
Le cacao et le chocolat sont au cœur de nombreuses recettes du blog, souvent associés aux épices. La fève tonka, cousine brésilienne, et la vanille sont ses partenaires naturels : elles prolongent ses notes de caramel et de fruits secs. Le poivre, le piment ou la cannelle lui donnent une chaleur épicée, héritée des boissons cacaotées des Aztèques et des Mayas, qui le buvaient avec du piment et de la vanille. Pour découvrir ces accords, essayez mon gâteau magique chocolat et tonka, ma mousse au chocolat au safran ou ma tarte au chocolat, amande et tonka.
Découvrez mon guaraná, mon acérola en poudre et mes poivres en grains pour accompagner vos recettes au chocolat.
Mon verdict : la menace de la moniliose
Voici mon évaluation de cette recette, critère par critère.
