Le saviez-vous ? Plus de 25 % de la forêt amazonienne est déjà au point de non-retour, c’est énorme. Quand nous avons décidé de proposer de l’açaí en poudre, nous avons souhaité soutenir l’Amazonie, et quoi de mieux que le palmier açaí (le « palmier pinot », comme on l’appelle en Guyane), un arbre qui ne rapporte que si la forêt reste debout et qui sert aussi à reboiser les zones dégradées.
Nous avons écrit plusieurs articles sur ce palmier et sur son rôle dans la forêt. Ici, je fais le point sur ce chiffre de 26 % : d’où il vient, ce que la science dit vraiment du « point de bascule » de l’Amazonie, et ce qui a changé depuis la publication de cet article en avril 2024.
Sommaire
- D’où vient le chiffre de 26 % ?
- Le point de non-retour, qu’est-ce que c’est ?
- Ce que dit la science en 2024
- Les chiffres clés
- Sécheresses et incendies : 2023-2024, des années d’alerte
- La déforestation recule au Brésil
- Les solutions proposées par le rapport
- L’açaí, une économie de la forêt debout
- Ce que vous pouvez faire
- Questions fréquentes
D’où vient le chiffre de 26 % ?
Le rapport intitulé « Amazonia Against the Clock » (l’Amazonie contre la montre), sous-titré « une évaluation régionale de où et comment protéger 80 % d’ici 2025 », révèle qu’environ 26 % de l’Amazonie subit déjà des dommages quasi irréversibles. Ce document a été présenté en septembre 2022 à Lima, lors du congrès de la Coordination des organisations indigènes du bassin amazonien (COICA), et élaboré avec le réseau scientifique RAISG, qui regroupe des chercheurs des neuf pays amazoniens.
Les données du rapport, couvrant la période de 1985 à 2020, montrent que 26 % de l’Amazonie a déjà été déboisée ou suffisamment dégradée pour atteindre le point de non-retour : 20 % ont subi un changement définitif d’usage des terres (pâturages, cultures) et 6 % sont extrêmement dégradés. Ces chiffres soulignent l’ampleur du défi pour préserver cette région vitale.
Le rapport a été rédigé en réponse à une motion adoptée au Congrès mondial de la nature de l’UICN à Marseille en 2021, qui appelait à protéger 80 % de l’Amazonie d’ici 2025. Cet objectif n’a pas été atteint, mais il reste la boussole des organisations indigènes.

Près d’un quart de l’Amazonie est déjà déboisé ou fortement dégradé.
Le point de non-retour, qu’est-ce que c’est ?
Le concept de « point de non-retour », ou point de bascule, a longtemps été envisagé comme une échéance future. Il vient des travaux des scientifiques Thomas Lovejoy et Carlos Nobre, qui estimaient en 2018 que l’Amazonie pourrait basculer si 20 à 25 % de sa surface était déboisée, en combinaison avec le réchauffement et les incendies.
Le mécanisme est simple à comprendre : la forêt fabrique une grande partie de sa propre pluie. Les arbres pompent l’eau du sol et la rejettent dans l’air, et cette humidité retombe en pluie plus loin vers l’ouest. Quand on coupe trop d’arbres, ce « recyclage » de la pluie s’affaiblit, la saison sèche s’allonge, les arbres meurent et la forêt tropicale humide se transforme peu à peu en savane dégradée. Passé ce seuil, elle ne pourrait plus se régénérer seule.
Les responsables du rapport de 2022 estiment que, dans certaines régions, ce seuil est déjà franchi. Cela signifie que ces zones pourraient émettre plus de carbone qu’elles n’en absorbent, aggravant le changement climatique. C’est déjà le cas dans le sud-est de l’Amazonie brésilienne, selon des mesures par avion publiées dans la revue Nature en 2021.
Ce que dit la science en 2024
En février 2024, une grande étude publiée dans Nature (Flores et coll.) a précisé le risque. Selon ses auteurs, 10 à 47 % de la forêt amazonienne pourrait être exposée d’ici 2050 à des perturbations combinées capables de provoquer des transformations brutales. Environ 10 % de l’Amazonie subit déjà plusieurs perturbations à la fois et présente un risque élevé.
Les chercheurs ont identifié cinq facteurs de stress : le réchauffement, la baisse des pluies annuelles, l’intensité des saisons, l’allongement de la saison sèche et la déforestation cumulée. En dessous d’environ 1 000 mm de pluie par an, la forêt devient instable. Ils recommandent de limiter le réchauffement à 1,5 °C et de stopper la déforestation pour rester dans une « zone de sécurité ».
Bonne nouvelle relative : 53 % du biome, surtout les aires protégées et les territoires indigènes, présente un faible risque de basculement. La protection fonctionne.
Les chiffres clés
| Indicateur | Chiffre | Source |
|---|---|---|
| Amazonie déjà déboisée ou très dégradée | 26 % (20 % déboisés + 6 % très dégradés) | RAISG / COICA, 2022 |
| Seuil de bascule estimé | 20 à 25 % de déforestation | Lovejoy et Nobre, 2018 |
| Forêt exposée à un risque de transformation d’ici 2050 | 10 à 47 % | Flores et coll., Nature, 2024 |
| Déforestation hors terres indigènes et aires protégées | Environ 86 % | RAISG / COICA, 2022 |
| Déforestation Amazonie légale août 2024-juillet 2025 | 5 796 km² | INPE, PRODES |
Sécheresses et incendies : 2023-2024, des années d’alerte
Les deux années qui ont suivi le rapport ont donné raison aux scientifiques. En 2023, une sécheresse exceptionnelle a frappé le bassin de l’Amazone ; une étude d’attribution a estimé que le changement climatique l’avait rendue environ 30 fois plus probable. À Manaus, le rio Negro est descendu à son plus bas niveau depuis le début des mesures, il y a plus de 120 ans, record de nouveau battu en octobre 2024.
En 2024, les incendies ont atteint des niveaux record dans l’Amazonie brésilienne, la forêt asséchée brûlant beaucoup plus facilement. Les fumées ont recouvert une grande partie du Brésil. Le feu ne tue pas toujours la forêt d’un coup, mais il l’appauvrit, ce qui la rend plus fragile à la prochaine sécheresse.
| Cause | Effet sur la forêt |
|---|---|
| Déforestation (élevage, soja, routes) | Moins d’arbres pour recycler la pluie, forêt morcelée |
| Incendies | Arbres affaiblis ou tués, sous-bois séché, carbone rejeté |
| Sécheresses plus fréquentes | Mortalité des grands arbres, rivières à sec |
| Réchauffement climatique | Saison sèche plus longue, stress des arbres |
| Exploitation illégale du bois et orpaillage | Dégradation, pollution au mercure des rivières |
La déforestation recule au Brésil
Il y a aussi des signaux positifs. Selon le système de mesure par satellite PRODES de l’INPE, l’institut brésilien de recherche spatiale, la déforestation de l’Amazonie légale a fortement baissé depuis 2022. Entre août 2024 et juillet 2025, elle a été de 5 796 km², le niveau le plus bas depuis plus de dix ans, en baisse d’environ 11 % sur un an.
| Période (août-juillet) | Déforestation de l’Amazonie légale |
|---|---|
| 2020-2021 | Environ 13 000 km² (plus haut niveau depuis 2006) |
| 2021-2022 | Environ 11 600 km² |
| 2022-2023 | Environ 9 000 km² |
| 2023-2024 | Environ 6 500 km² |
| 2024-2025 | 5 796 km² |
Le Brésil s’est fixé l’objectif de zéro déforestation d’ici 2030. En novembre 2025, la COP30 s’est tenue à Belém, aux portes de l’Amazonie, dans l’État du Pará d’où vient une grande partie de l’açaí. Le Brésil y a lancé un nouveau fonds mondial, le Tropical Forest Forever Facility, qui veut rémunérer les pays qui gardent leurs forêts debout. Plus de 5 milliards de dollars d’engagements ont été annoncés à son lancement, dont jusqu’à 3 milliards de la Norvège.
Les solutions proposées par le rapport
Les spécialistes insistent : il est encore possible de préserver la forêt, mais l’action doit être immédiate. Il est encore possible de protéger les 74 % de la forêt qui restent intacts et de restaurer les 6 % dégradés. Parmi les solutions, figure la reconnaissance d’environ 100 millions d’hectares de terres indigènes, ce que l’ONU considère aussi comme essentiel pour le climat.
Environ 86 % de la déforestation en Amazonie se produit en dehors des terres indigènes et des aires protégées, ce qui montre l’efficacité de ces territoires. Pourtant, ils ne couvrent qu’environ la moitié de l’Amazonie (48 % selon le rapport), laissant le reste vulnérable.
Le rapport propose aussi la cogestion de la forêt avec les communautés indigènes, des plans d’action par pays et l’annulation d’une partie de la dette des pays amazoniens en échange de leur protection. Ces mesures, combinées à une baisse mondiale des émissions de gaz à effet de serre, sont essentielles pour préserver l’Amazonie.
L’açaí, une économie de la forêt debout
C’est là que l’açaí prend tout son sens. Ce palmier pousse naturellement dans les forêts inondables de l’estuaire de l’Amazone, surtout dans le Pará. Ses fruits sont cueillis par les familles riveraines, les ribeirinhos, pour qui ils représentent souvent le premier revenu. Un palmier açaí rapporte chaque année : tant qu’il y a une demande pour l’açaí, la forêt vaut plus debout qu’abattue.
Il faut rester honnête : quand la demande explose, certaines zones sont transformées en monocultures d’açaí, ce qui appauvrit la forêt. C’est pourquoi les bonnes pratiques de gestion (garder les autres espèces d’arbres, limiter la densité de palmiers) comptent autant que l’origine. Notre entreprise brésilienne exporte l’açaí, l’acérola et le guaraná ; je vous raconte la filière en détail dans la production de l’açaí et la récolte de l’açaí.

Récolte de l’açaí dans le Pará : un fruit qui ne pousse que si la forêt reste debout.
Ce que vous pouvez faire
- Choisir des produits sans déforestation : le nouveau règlement européen contre la déforestation (EUDR) obligera les entreprises à prouver que le café, le cacao, le soja, le bœuf, l’huile de palme, le bois et le caoutchouc vendus en Europe ne viennent pas de terres déboisées après le 31 décembre 2020. Son entrée en application a été repoussée à fin 2026 pour les grandes entreprises et mi-2027 pour les petites.
- Limiter la viande bovine importée et le soja d’origine inconnue : l’élevage est la première cause de déforestation en Amazonie.
- Soutenir les produits de la forêt debout : açaí, noix du Brésil, cacao de cueillette, guaraná cultivé en agroforesterie.
- S’informer à la source : les données de l’INPE et les rapports du RAISG sont publics.

L’açaí, économie de la forêt debout.
Questions fréquentes
L’Amazonie a-t-elle vraiment atteint le point de non-retour ?
Pas dans son ensemble. Environ 26 % est déjà déboisée ou très dégradée, et certaines zones du sud-est émettent déjà plus de carbone qu’elles n’en absorbent. Mais une grande partie de la forêt, surtout dans les territoires indigènes et les aires protégées, reste résiliente.
Pourquoi le seuil de 20 à 25 % est-il important ?
Parce qu’au-delà, la forêt ne produirait plus assez de pluie pour elle-même, et pourrait se transformer en savane. Ce seuil reste une estimation, discutée par les chercheurs.
La déforestation diminue-t-elle ?
Oui au Brésil depuis 2023 : 5 796 km² entre août 2024 et juillet 2025 selon l’INPE, le plus bas niveau depuis plus de dix ans. Mais les incendies et les sécheresses continuent de dégrader la forêt.
Consommer de l’açaí aide-t-il l’Amazonie ?
Il peut aider, car il fait vivre les familles qui gardent la forêt debout, à condition que la récolte ne se transforme pas en monoculture intensive.

