Le 10 février 2026, le cyclone tropical intense Gezani a frappé Toamasina, la ville qui a donné son nom au Comptoir, avec des rafales de plus de 250 km/h. Dix jours plus tôt, le cyclone Fytia avait déjà ravagé le nord-ouest de Madagascar. Au même moment, à l’autre bout du monde, un phénomène climatique discret refroidissait les eaux du Pacifique : La Niña. Entre les deux, il y a un lien, et il passe par la vanille. Moi Arnaud Sion, créateur du Comptoir de Toamasina, je travaille la vanille de Madagascar depuis 2010 : j’ai vécu la flambée des prix après le cyclone Enawo en 2017, puis leur effondrement en 2024 et 2026. Et depuis dix ans, je vis dans le Minas Gerais, au Brésil, où j’ai vu La Niña et El Niño frapper le café, le poivre et mes propres vanilliers. Voici tout ce qu’il faut comprendre sur La Niña et la vanille : le phénomène, ses effets pays par pays, la « trappe à vanille », les prix, et ce que l’El Niño de 2026 annonce pour la suite.
- › L’essentiel en un coup d’œil
- › La Niña, c’est quoi ?
- › Comment le Pacifique touche la vanille
- › Madagascar : cyclones sur la SAVA
- › Hudah, Enawo, Gamane, Gezani
- › Les autres pays producteurs
- › Dix ans au Brésil : les leçons du café
- › La « trappe à vanille »
- › Pourquoi les prix n’ont pas flambé en 2026
- › Le coût humain
- › El Niño 2026-2027 : et maintenant ?
- › Les solutions
- › Ce que ça change pour vous
- › Vos questions fréquentes
La Niña et la vanille : l’essentiel

La Niña et la vanille : du Pacifique aux plantations de Madagascar
La Niña, c’est quoi exactement ?
Un balancier climatique. La Niña est l’une des deux phases d’un grand phénomène climatique du Pacifique tropical, appelé ENSO, pour El Niño-Oscillation australe. Pendant La Niña, les alizés, ces vents qui soufflent d’est en ouest le long de l’équateur, se renforcent. Ils poussent les eaux chaudes de surface vers l’Asie et l’Océanie, et font remonter des eaux froides des profondeurs le long des côtes de l’Amérique du Sud. Résultat : le centre et l’est du Pacifique tropical se refroidissent anormalement.
Son contraire, El Niño. El Niño est la phase inverse : les alizés faiblissent, les eaux chaudes refluent vers l’est, et le Pacifique central se réchauffe. Entre les deux, il existe une phase neutre. Ces épisodes reviennent de façon irrégulière, tous les deux à sept ans environ, et durent en général de neuf mois à un an, parfois plusieurs années de suite, comme le La Niña qui a duré de 2020 à 2023.
Un effet mondial. Parce que le Pacifique tropical est immense, ce balancier modifie la circulation de l’atmosphère sur toute la planète : les climatologues parlent de téléconnexions. Pluies, sécheresses, trajectoires des cyclones : La Niña déplace tout. Et c’est ainsi qu’un refroidissement au large du Pérou finit par toucher une plantation de vanille à Madagascar ou une caéière au Brésil.
| La Niña | Phase neutre | El Niño | |
|---|---|---|---|
| Pacifique central | Plus froid | Normal | Plus chaud |
| Alizés | Renforcés | Normaux | Affaiblis |
| Indonésie, Papouasie | Plus de pluie | Normal | Sécheresse |
| Afrique de l’Est | Petite saison des pluies déficitaire | Normal | Pluies souvent excédentaires |
| Atlantique nord | Ouragans favorisés | Normal | Ouragans freinés |
| Sud du Brésil | Plutôt sec | Normal | Plutôt humide |
Comment un phénomène du Pacifique touche-t-il la vanille ?
Pour comprendre, il faut d’abord savoir ce dont la vanille a besoin. Vanilla planifolia est une orchidée liane tropicale, exigeante et fragile. Elle a besoin de chaleur et d’humidité pour pousser, mais aussi d’une période plus sèche et plus fraîche de quelques semaines pour déclencher sa floraison. Ses racines, très superficielles, craignent l’eau stagnante. Ses fleurs ne s’ouvrent qu’un matin et doivent être pollinisées à la main. Ses gousses mûrissent pendant huit à neuf mois sur la liane. Et une fois récoltées, elles ont besoin de soleil pour être séchées pendant la préparation. À chacune de ces étapes, un dérèglement de la pluie ou du vent peut tout compromettre.
| Étape | Besoin de la vanille | Ce qui peut dérailler |
|---|---|---|
| Croissance | Chaleur, humidité, ombrage, tuteurs solides | Vents cycloniques, arbres tuteurs cassés |
| Floraison | Une période plus sèche pour déclencher les fleurs | Pluies hors saison, floraison faible ou décalée |
| Racines | Un sol aéré, jamais gorgé d’eau | Inondations, fusariose, pourriture |
| Gousses vertes | Huit à neuf mois de maturation calme | Chute des gousses, récolte précoce |
| Préparation | Du soleil pour sécher les gousses | Ciel couvert, moisissures, qualité dégradée |
| Transport | Des routes praticables vers les ports | Routes coupées, stocks bloqués |
Pour aller plus loin sur la floraison, lisez chaleur prolongée et floraison du vanillier, et sur les maladies, les maladies du vanillier.
Madagascar : La Niña et les cyclones sur la région SAVA
Une production concentrée sur une seule côte. Madagascar fournit environ 80 % de la vanille du monde, et l’essentiel vient d’une seule région : la SAVA, pour Sambava, Antalaha, Vohemar et Andapa, au nord-est de l’île. Des dizaines de milliers de petits planteurs y cultivent la vanille sur de petites parcelles. C’est une force, avec un savoir-faire unique au monde, mais aussi une immense vulnérabilité : cette côte est exposée de plein fouet aux cyclones de l’océan Indien. Je vous la présente dans la région SAVA, où naît la vanille Bourbon.
Le rôle de La Niña. Plusieurs études climatologiques suggèrent que, pendant les années La Niña, les cyclones du sud-ouest de l’océan Indien ont tendance à se former plus à l’ouest et à toucher plus souvent Madagascar, alors que pendant El Niño, ils se forment plus à l’est et restent davantage au large. C’est une tendance statistique, pas une règle : un cyclone peut frapper la SAVA n’importe quelle année. Mais La Niña augmente le risque.
Ce qu’un cyclone fait à une plantation. Les vents violents brisent les arbres tuteurs sur lesquels grimpent les lianes, arrachent les vanilliers et font tomber les gousses vertes. Les pluies torrentielles gorgent les sols d’eau, ce qui favorise la fusariose, un champignon qui fait pourrir les racines et les tiges, et d’autres maladies. Un vanillier met trois à quatre ans à produire : une plantation détruite, ce sont des années de récolte perdues, pas une seule. Les inondations coupent aussi les routes et bloquent les stocks, et le ciel couvert empêche de sécher correctement les gousses déjà récoltées, qui risquent de moisir.

La région SAVA, au nord-est de Madagascar, berceau de la vanille Bourbon et côte exposée aux cyclones
Hudah, Enawo, Gamane, Gezani : quatre cyclones, quatre leçons
L’histoire récente de la vanille se lit à travers ses cyclones. Et elle montre que le climat ne suffit pas à expliquer les prix : tout dépend de l’état du marché au moment du choc.
| Cyclone | Date et zone | Contexte climatique | Effet sur le marché |
|---|---|---|---|
| Hudah | Avril 2000, région d’Antalaha | La Niña | Contribue à la flambée des prix du début des années 2000 |
| Enawo | Mars 2017, région d’Antalaha | Juste après un La Niña faible | Prix record, plus de 500 dollars le kilo |
| Gamane | Mars 2024, région de Vohemar | Fin d’un El Niño | Dégâts locaux, prix restent bas |
| Gezani | Février 2026, Toamasina | La Niña faible 2025-2026 | Cyclone le plus coûteux de l’histoire malgache, prix au plancher |
Enawo, 2017 : le choc qui a fait flamber le marché. En mars 2017, le cyclone Enawo a frappé la région d’Antalaha, au cœur de la SAVA. Les stocks étaient déjà bas, la demande mondiale forte : les prix ont explosé, dépassant 500 dollars le kilo à l’exportation. J’ai vécu cette période comme acheteur : des gousses introuvables, des vols dans les plantations, des récoltes trop précoces. Je l’ai racontée à l’époque dans l’explosion du prix de la vanille.
Gamane, 2024 : le rappel que tout n’est pas La Niña. Fin mars 2024, le cyclone Gamane a frappé le nord de la SAVA, autour de Vohemar, avec de graves inondations. Il est survenu à la fin d’un épisode El Niño : la preuve qu’un cyclone peut frapper la vanille même hors La Niña. Et comme le marché était déjà saturé, les prix sont restés bas.
Gezani, 2026 : le plus violent, et pourtant les prix n’ont pas bougé. En plein épisode La Niña, le cyclone Fytia a touché le nord-ouest le 31 janvier 2026, puis Gezani a frappé la côte est le 10 février, près de Toamasina, le grand port de l’île, devenant le cyclone le plus coûteux de l’histoire de Madagascar. Au moment où j’écrivais mon analyse des prix, la vanille stockée à Sambava était prisonnière, faute de pouvoir circuler. Et pourtant, les prix sont restés au plus bas. Je l’expliquais dans le prix de la vanille de Madagascar au plus bas, et j’y reviens plus bas.
Les autres pays producteurs face à La Niña
La Niña ne frappe pas tous les pays de la même façon : là où elle apporte trop d’eau, elle en prive d’autres.
| Pays | Effet typique de La Niña | Conséquence pour la vanille |
|---|---|---|
| Madagascar | Cyclones plus souvent dirigés vers l’île | Plantations détruites, fusariose, stocks bloqués |
| Comores, La Réunion | Exposition aux mêmes cyclones | Petites productions très vulnérables |
| Indonésie | Pluies plus abondantes | Séchage difficile, moisissures, qualité en baisse |
| Papouasie-Nouvelle-Guinée | Climat plus humide | Risque de pourriture et de maladies |
| Ouganda | Petite saison des pluies déficitaire | Stress hydrique, floraisons perturbées |
| Mexique | Nord plus sec, ouragans atlantiques favorisés | Sécheresse ou ouragans sur la côte du Golfe |
| Brésil | Sud plus sec, Nord plus humide | Impacts variables sur une filière encore jeune |
L’Indonésie et la Papouasie. L’Indonésie est l’un des tout premiers producteurs mondiaux en volume. Pendant La Niña, la mousson y est plus généreuse : trop d’humidité au moment de la floraison et du séchage favorise les moisissures et dégrade la qualité des gousses. En Papouasie-Nouvelle-Guinée, d’où vient une partie de mes vanilles tahitensis, le climat devient lui aussi plus humide.
L’Ouganda et l’Afrique de l’Est. Là, c’est l’inverse : La Niña rend souvent déficitaire la petite saison des pluies d’octobre à décembre. Les La Niña à répétition de 2020 à 2023 ont contribué à une sécheresse historique dans la Corne de l’Afrique. Pour une vanille qui a besoin d’une humidité régulière, c’est un stress important.
Le Mexique, berceau de la vanille. La Niña apporte souvent un temps plus sec au nord du pays et favorise les ouragans dans l’Atlantique, qui peuvent toucher la côte du golfe du Mexique, où se trouve la région historique de la vanille, autour de Papantla dans l’État de Veracruz.
Le Brésil, que je vis au quotidien. Au Brésil, La Niña rend plutôt sec le sud du pays et plus humide le nord. Je l’ai vécu de près avec le café, et je vous le raconte en détail juste après. J’en parlais déjà dans l’explosion des prix du café et l’impact de la sécheresse sur le café et le poivre noir. Pour les vanilles brésiliennes, filière encore jeune, les effets varient selon les régions.
Dix ans au Brésil : ce que le café m’a appris sur La Niña
Je suis arrivé dans le Minas Gerais en novembre 2015. Depuis dix ans, je vis au cœur de la première région productrice de café arabica au monde, et je visite régulièrement des plantations de café. Si j’ai compris La Niña et El Niño, ce n’est pas dans les livres : c’est en les voyant à l’œuvre, année après année, sur les caéières autour de chez moi. Et tout ce que le café m’a appris s’applique à la vanille.
| Année | Phase climatique | Ce que j’ai vécu dans le Minas Gerais |
|---|---|---|
| 2015 | El Niño très fort | Mon arrivée au Brésil, en novembre |
| 2021 | La Niña | Sécheresse, puis gelées historiques en juillet dans le sud du Minas : jusqu’à 30 % de la production de la région compromise. J’ai dû mettre mes vanilliers en test sous serre. |
| 2022 | La Niña | Le sac de café arabica payé au producteur double par rapport à 2021. En mai, un froid jamais vu depuis 1961 à Belo Horizonte : le café prend 10 % en quelques semaines sur la seule peur du gel. |
| 2021 à 2024 | La Niña puis El Niño | Chaque mois d’août, deux semaines avec une humidité de l’air proche de 15 à 20 %. |
| 2024 | Après l’El Niño 2023-2024 | Plus de 170 jours sans pluie à Belo Horizonte en octobre, du jamais vu en vingt ans. Récolte de poivre noir compromise de moitié dans le nord de l’Espírito Santo, rouille du café en hausse. |
| 2025 | Neutre puis La Niña | La sécheresse en Asie fait chuter la récolte de robusta au Vietnam, et les prix du café s’envolent dans le monde entier. |
| 2026 | La Niña faible, puis El Niño très fort | Le cyclone Gezani à Madagascar, et un nouvel El Niño qui s’annonce pour l’hiver. |
Première leçon : le même ciel frappe toutes les épices en même temps. En 2024, la même sécheresse a touché le café, le poivre, l’orange et le cacao, au Brésil comme en Asie. Au Comptoir, j’ai vu les prix du thé bondir en 2021, puis ceux du poivre. La vanille n’est jamais seule : quand El Niño ou La Niña frappent, c’est tout votre placard à épices qui est concerné.
Deuxième leçon : les prix bougent sur la peur, avant les dégâts. En mai 2022, le café a pris 10 % en quelques semaines alors qu’il n’avait presque pas gelé : il a suffi d’une prévision de froid. C’est exactement ce qui se passe avec la vanille à l’annonce d’un cyclone sur la SAVA : les collecteurs et les spéculateurs réagissent avant même que les dégâts soient connus.
Troisième leçon : les vrais dégâts se voient deux ou trois ans plus tard. Les gelées de juillet 2021 n’ont pas seulement touché la récolte de l’année : elles ont abîmé les jeunes branches qui devaient porter les récoltes de 2023 et 2024. Avec la vanille, c’est pareil, en pire : un vanillier détruit par un cyclone ne redonne une vraie récolte qu’au bout de trois ou quatre ans. C’est ce décalage qui nourrit la trappe à vanille.
Quatrième leçon : on peut s’adapter. Face au gel, les caféiculteurs du Minas ont appris à irriguer leurs plants quelques jours avant les gelées annoncées, pour les protéger ; moi, j’ai mis mes vanilliers sous serre en 2021. Les prévisions d’El Niño et de La Niña sont publiées des mois à l’avance : bien utilisées, elles permettent aux planteurs de vanille comme de café de se préparer. Pour revivre ces épisodes, lisez les gelées dans les plantations de café au Brésil et pourquoi le prix du café va augmenter.
La « trappe à vanille » : quand le climat dérègle le marché
Les économistes qui étudient la vanille parlent de « trappe à vanille » pour décrire le cercle vicieux qui suit un grand choc climatique. Je l’ai vu se dérouler entièrement entre 2017 et 2026.
| Étape | Ce qui se passe | Exemple récent |
|---|---|---|
| Le choc | Un cyclone détruit une partie des plantations | Enawo, mars 2017 |
| La flambée | Rareté et spéculation font exploser les prix | Plus de 500 $/kg en 2017-2018 |
| La fuite des industriels | L’agroalimentaire se tourne vers la vanilline de synthèse | Recettes reformulées, demande en baisse |
| La ruée vers la vanille | Madagascar et d’autres pays plantent massivement | Nouvelles plantations en Ouganda, en Indonésie, en Papouasie |
| L’effondrement | Trois à cinq ans plus tard, trop de vanille arrive sur le marché | 50 à 70 $/kg en 2026, un plancher sur vingt ans |
Pourquoi ce décalage de plusieurs années ? Parce qu’un vanillier planté aujourd’hui ne donnera sa première vraie récolte que dans trois ou quatre ans. Quand les nouvelles plantations entrent en production, le marché s’est déjà retourné. Entre-temps, Madagascar avait tenté d’imposer un prix minimum à l’exportation, qui a fini par être abandonné, et le Conseil national de la vanille a été dissous. Pour comprendre tous les ressorts du prix, lisez les facteurs qui influencent le prix de la vanille et mon suivi prix de la vanille 2026.

Dix ans de prix de la vanille : la flambée d’après Enawo, puis l’effondrement
Pourquoi le La Niña de 2025-2026 n’a pas fait flamber les prix
C’est la grande leçon de cette année, et on la lit rarement ailleurs. Un La Niña, deux cyclones destructeurs en dix jours, le cyclone le plus coûteux de l’histoire de Madagascar… et pourtant, pas de flambée. Pourquoi ?
Parce que les entrepôts étaient pleins. Après des années de surproduction, les stocks de vanille accumulés à Madagascar et chez les acheteurs représentaient plus d’une année de consommation. Selon la presse économique malgache, la campagne d’exportation 2025-2026 s’est achevée fin août avec un report qui pourrait atteindre 7 000 tonnes de vanille exportable, et des prix internationaux compris entre 15 et 60 dollars le kilo selon la longueur et la qualité. Parce que Gezani a surtout frappé hors de la SAVA. Le cœur du cyclone a touché la région de Toamasina, plus au sud, tandis que les grandes zones de production du nord-est ont été moins touchées par les vents. Parce que ce La Niña était faible et de courte durée, de l’automne 2025 à février 2026.
Le vrai drame de 2026 est ailleurs. Pour les planteurs, la vanille verte s’est parfois vendue à quelques milliers d’ariary le kilo, un prix qui ne couvre même plus le travail. Les autorités ont mis en place un mécanisme de rachat des stocks pour soutenir les prix aux producteurs. Un cyclone qui détruit des plantations quand les prix sont déjà au plus bas, c’est la double peine : pas de récolte, et pas de hausse de prix pour compenser. C’est ce que j’ai décrit dans mon baromètre du marché de la vanille du premier semestre 2026.
Le coût humain de La Niña à Madagascar
Le riz sacrifié. Pendant les années de prix fous, beaucoup de familles de la SAVA ont délaissé le riz, leur aliment de base, pour planter de la vanille. Quand les prix s’effondrent ou qu’un cyclone détruit la récolte, elles se retrouvent sans revenus et sans réserves de nourriture. Les rizières ensablées. Les crues violentes déposent du sable dans les bas-fonds cultivés, rendant certaines rizières impropres à la culture pendant plusieurs saisons. Le vol et la récolte précoce. Quand les prix montent, les vols de gousses sur pied se multiplient, et beaucoup de planteurs récoltent trop tôt pour ne pas se faire voler, au détriment de la qualité. La forêt menacée. Quand la vanille ne nourrit plus, la pression sur la forêt augmente, avec le défrichement par le feu, le tavy. Un prix juste pour la vanille, c’est aussi une protection pour la forêt. J’ai rassemblé les témoignages de planteurs dans les perceptions du changement climatique chez les producteurs de vanille.
El Niño 2026-2027 : et maintenant ?
Le balancier a basculé. Après le La Niña faible de l’hiver 2025-2026, le Pacifique s’est réchauffé très vite. En septembre 2026, les services météorologiques américains annoncent un El Niño qui se renforce, avec plus de 90 % de chances d’un épisode très fort cet automne et cet hiver, peut-être parmi les plus puissants jamais mesurés. Ce n’est donc plus La Niña qu’il faut surveiller dans les prochains mois, mais son grand frère.
Ce qu’El Niño pourrait changer pour la vanille. Les effets sont en grande partie inversés. En Indonésie et en Papouasie, El Niño apporte généralement la sécheresse, qui stresse les lianes et réduit les floraisons. En Afrique de l’Est, il apporte souvent des pluies excédentaires, avec un risque de maladies en Ouganda. Dans l’océan Indien, les cyclones auraient plutôt tendance à se former plus à l’est, ce qui pourrait épargner un peu Madagascar, sans aucune garantie. Dans l’Atlantique, El Niño freine au contraire les ouragans. Au Brésil, il assèche souvent le nord et arrose le sud.
Et après ? L’histoire montre qu’un El Niño très fort est souvent suivi d’un épisode La Niña, comme après 1997-1998 ou 2015-2016. Si ce schéma se répète, La Niña pourrait revenir autour de 2027-2028, au moment où les stocks actuels de vanille auront commencé à s’écouler. C’est le scénario que je surveille de près : un cyclone majeur sur la SAVA avec des stocks redevenus normaux pourrait relancer la hausse des prix.
Les solutions pour une vanille plus résistante
L’agroforesterie. Associer la vanille à d’autres arbres, girofliers, poivriers, arbres fruitiers ou d’ombrage, renforce les sols contre l’érosion, régule l’humidité, limite les maladies et diversifie les revenus des familles. Quand la vanille s’effondre, le girofle ou le poivre prennent le relais. Les bonnes pratiques. Des tuteurs bien espacés et bien ancrés, un ombrage maîtrisé, un sol drainant et paillé, et une vigilance constante contre la fusariose. Des contrats plus justes. Des engagements d’achat à plus long terme entre producteurs et acheteurs permettent de lisser les prix et de sortir de la trappe à vanille.
Anticiper avant le cyclone. C’est une nouveauté importante : l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, la FAO, encourage des actions d’anticipation, lancées sur la base des prévisions avant l’arrivée du choc : alertes et conseils aux agriculteurs, mise à l’abri des stocks et des semences, aides financières rapides aux familles vulnérables. Pour Gezani, en février 2026, les autorités et les Nations unies ont pour la première fois à Madagascar déclenché des actions d’anticipation avant même que le cyclone touche terre. Des vanilles plus résistantes. Enfin, la recherche travaille sur de nouvelles variétés et sur la diversité génétique des vanilles sauvages pour résister aux maladies et au climat. J’en parle dans vanille et changement climatique, quelles variétés pour l’avenir et les défis des plantations de vanille.
Ce que La Niña change pour vous, amateur de vanille
Des prix bas, pour l’instant. Aujourd’hui, les stocks sont abondants et la vanille de Madagascar n’a jamais été aussi accessible depuis des années. C’est un bon moment pour acheter une belle vanille, à condition de bien la conserver. Surveillez la qualité. Après une saison très pluvieuse, certaines gousses mal séchées ou récoltées trop tôt circulent : préférez des gousses souples, brillantes, bien parfumées, sans odeur de moisi. Conservez bien vos gousses. Dans un bocal en verre bien fermé, à l’abri de la lumière, jamais au réfrigérateur : une gousse bien conservée garde ses arômes deux ans. Lisez comment conserver la gousse de vanille. Diversifiez vos origines. C’est la meilleure protection face au climat : une vanille de Madagascar, une vanille de Papouasie, une vanille du Brésil n’affrontent pas les mêmes risques, et vous découvrirez au passage des profils très différents.
Pyramide aromatique de la vanille Bourbon de Madagascar
Trois origines, trois profils : diversifier ses vanilles face au climat
Vos questions fréquentes
Qu’est-ce que La Niña ?
C’est un refroidissement anormal des eaux du Pacifique tropical, lié à des alizés renforcés. Il revient tous les deux à sept ans et modifie les pluies, les sécheresses et les trajectoires des cyclones dans le monde entier.
La Niña provoque-t-elle les cyclones à Madagascar ?
Non, elle ne les crée pas, mais plusieurs études suggèrent qu’elle favorise des trajectoires plus souvent dirigées vers Madagascar. Un cyclone peut toutefois frapper l’île n’importe quelle année, comme Gamane en 2024, pendant un El Niño.
Pourquoi un cyclone fait-il monter le prix de la vanille ?
Parce que Madagascar fournit environ 80 % de la vanille mondiale depuis une seule région. Un cyclone y détruit des plantations pour plusieurs années. Mais les prix ne flambent que si les stocks sont bas, comme en 2017 ; en 2026, ils sont restés au plancher.
Sommes-nous en La Niña en 2026 ?
Non : un La Niña faible a duré de l’automne 2025 à février 2026. Depuis, le Pacifique s’est réchauffé et un El Niño très fort est attendu pour l’automne et l’hiver 2026-2027.
Qu’est-ce que la trappe à vanille ?
C’est le cercle vicieux qui suit un choc climatique : flambée des prix, fuite des industriels vers la vanilline de synthèse, plantations massives, puis effondrement des prix trois à cinq ans plus tard.
Est-ce le bon moment pour acheter de la vanille ?
Avec des stocks abondants et des prix bas, 2026 est une période favorable, à condition de choisir des gousses de qualité et de bien les conserver, dans un bocal en verre, à l’abri de la lumière.
Mes vanilles du monde
Vanilles du monde
Dans mon livre, je raconte les grandes vanilles du monde, leurs terroirs et les défis de ceux qui les cultivent, de la SAVA malgache aux forêts du Brésil.
La Niña ne se voit pas depuis une cuisine française, et pourtant elle décide en partie du prix et de la qualité de la gousse que vous grattez dans votre crème. Comprendre ce lien, c’est mieux acheter, mieux conserver, et respecter ceux qui cultivent la vanille au bout du monde, à la merci du ciel.