Maison ActualitésVanille de Madagascar 2020 : prix plancher, Covid et le piège de la vanille
Maison ActualitésVanille de Madagascar 2020 : prix plancher, Covid et le piège de la vanille

Vanille de Madagascar 2020 : prix plancher, Covid et le piège de la vanille

Mes notes de l'automne 2019, le prix plancher à 250 dollars, le Conseil national de la vanille, le Covid et l'effondrement du prix payé aux planteurs

Par Arnaud Sion
Publié: Mis à jour: 10 minutes lire

J’ai écrit la première version de cet article en novembre 2019, pour annoncer ce que serait la campagne de vanille 2020 à Madagascar. À l’époque, je pensais que les cours resteraient stables. Je me trompais : 2020 a été l’une des années les plus dures de l’histoire de la vanille malgache, entre prix plancher imposé par l’État, pandémie de Covid et effondrement du prix payé aux planteurs. Moi Arnaud Sion, créateur du Comptoir de Toamasina, je reprends ici mes notes de l’époque, y compris mes erreurs, et je raconte ce qui s’est réellement passé. C’est la suite de mon carnet de bord commencé avec 2018 et 2019.

L’avis d’Arnaud, créateur du Comptoir de ToamasinaJe préfère le dire franchement : en novembre 2019, j’avais sous-estimé la crise. Quelques semaines plus tard, de retour de Madagascar, j’ai vu les prix chuter de moitié dans la SAVA, et en décembre j’annonçais un effondrement du marché. La suite m’a donné raison, bien au-delà de ce que j’imaginais. Mais ce qui me marque le plus dans cette année 2020, ce ne sont pas les cours à l’export : c’est le prix de la vanille verte payé aux planteurs, qui s’est effondré au moment même où le prix du riz flambait. Derrière les chiffres, il y avait des familles qui ne mangeaient plus à leur faim.

La vanille de Madagascar en 2020 : l’essentiel

OCTOBRE 2019Prix divisés par deux dans la SAVA
PRIX PLANCHER350 $ le kilo, puis 250 $ en septembre 2020
CNVUn Conseil national de la vanille créé en 2020
COVIDGastronomie à l’arrêt, vanille gourmet en stock
VANILLE VERTEUn prix au planteur effondré
STOCKSDes milliers de tonnes invendues
Vanille de Madagascar 2020

La vanille de Madagascar en 2020, une année de crise

Mes notes de l’automne 2019

Ce que je prévoyais en novembre 2019. J’écrivais alors que la campagne 2020 s’annonçait riche et prometteuse, et surtout de meilleure qualité, grâce au meilleur respect des dates de récolte et à un affinage plus soigné, rendus possibles par une meilleure sécurisation des plantations. Je pensais que le cours de la vanille resterait stable en 2020, car les acteurs disposaient de réserves suffisantes et les nouveaux pays producteurs, Indonésie, Ouganda, Papouasie, Brésil, restaient marginaux. Je mettais aussi en garde contre les préfinancements de vanille verte, qui nourrissaient la spéculation.

Ma mise à jour du 15 octobre 2019. De retour de Madagascar, j’ajoutais une note bien plus inquiétante : dans la SAVA, les cours venaient de s’effondrer, avec des prix réduits de moitié, à cause d’une demande faible et d’une qualité en baisse. La vanille courante se négociait autour de 250 euros le kilo, et les plus belles gousses, celles que je vendais, autour de 350 euros. Bonne nouvelle en revanche : la floraison des vanilliers était excellente, promettant une grosse récolte en 2020. Je notais aussi que l’État avait interdit la vente de vanille sous vide, pour lutter contre les gousses mal séchées.

Avec le recul. Ma première prévision de stabilité était fausse. Mais la mise à jour d’octobre, puis mon article de décembre 2019 sur l’explosion du prix de la vanille, où j’annonçais un effondrement probable des prix, étaient justes. Une floraison excellente, une demande en recul et des stocks importants : tous les ingrédients d’une chute étaient réunis. Il manquait encore deux éléments que personne n’avait prévus : l’intervention de l’État, et la pandémie.

2020 : l’État malgache reprend la main

Face à la baisse des cours, le gouvernement malgache a décidé d’intervenir comme jamais auparavant, pour protéger la valeur de la vanille, l’une des principales sources de devises du pays, et le revenu des planteurs.

Un prix minimum à l’exportation. Un premier prix plancher de 350 dollars le kilo a été imposé pour la vanille exportée. Puis, à l’ouverture de la campagne 2020-2021, le 15 septembre 2020, il a été ramené à 250 dollars. Un prix minimum a aussi été fixé pour la vanille préparée vendue sur le marché intérieur. Le Conseil national de la vanille. En juin 2020, l’État a créé le CNV, qui réunit l’administration et les professionnels de la filière. Il est chargé de définir la politique vanille, d’encadrer les exportations, de renforcer la traçabilité et de fixer le calendrier des récoltes. Moins d’exportateurs. Les agréments d’exportation ont été fortement filtrés : seule une partie des candidats, environ la moitié, a été autorisée à exporter pour la campagne 2020-2021, sous conditions fiscales et administratives.

Un marché bloqué

Sur le papier, l’idée était de soutenir les prix. Dans les faits, le prix plancher était très au-dessus de ce que le marché mondial était prêt à payer. Les acheteurs se détournent. Les grands industriels ont jugé ce prix irréaliste. Ils ont réduit leurs achats au strict minimum, puisé dans leurs stocks, et se sont tournés vers d’autres origines, Ouganda, Indonésie, Papouasie-Nouvelle-Guinée, ou vers la vanilline. Les stocks s’accumulent. Faute d’acheteurs au prix officiel, des milliers de tonnes de vanille préparée sont restées bloquées à Madagascar. Les circuits parallèles. Selon plusieurs observateurs de la filière, une partie de la vanille s’est alors vendue « sous le manteau », bien en dessous du prix officiel, et de la vanille verte serait partie clandestinement vers les Comores pour y être préparée et vendue sous une autre origine.

Le Covid, une crise à deux vitesses

Au même moment, la pandémie a bouleversé la demande mondiale, mais pas de la même façon pour toutes les vanilles. La vanille industrielle a tenu. Pendant les confinements, les Européens et les Nord-Américains ont fait leurs courses en supermarché et pâtissé à la maison : la demande en produits aromatisés à la vanille s’est maintenue. La vanille gourmet s’est effondrée. La vanille haut de gamme, destinée aux restaurants, aux hôtels, aux pâtissiers et aux événements, a vu ses clients disparaître du jour au lendemain. Les belles gousses se sont accumulées dans les stocks. La logistique paralysée. Les restrictions de déplacement ont ralenti les transports vers le port de Toamasina et les démarches d’exportation.

La région SAVA à Madagascar

La région SAVA, où les planteurs ont subi de plein fouet la crise de 2020

Les planteurs, grands perdants de 2020

Un paradoxe cruel. Le prix plancher devait protéger les planteurs. C’est l’inverse qui s’est produit. Avec une récolte abondante, des exportateurs bloqués et des collecteurs à court d’argent liquide, le prix de la vanille verte payé aux planteurs s’est effondré. Selon les relevés publiés sur la filière, il serait passé d’environ 160 000 ariary le kilo en 2019 à moins de 50 000 ariary en moyenne en 2020, soit une chute d’environ 70 %. Selon des estimations de revenu vital réalisées pour la filière, ce prix ne suffisait même pas à atteindre le seuil de pauvreté.

L’effet ciseau du riz. Le pire était à venir. Pendant les années fastes, beaucoup de familles de la SAVA avaient délaissé leurs rizières pour planter de la vanille, et achetaient désormais leur riz au marché. En 2020, avec les restrictions de transport, le prix du riz a fortement augmenté dans la région, tout comme celui de l’huile et du carburant. Moins de revenus, et une nourriture plus chère : pour de nombreuses familles, l’année 2020 a été synonyme de dettes et de faim. La qualité à nouveau sacrifiée. Par peur des vols ou de ne pas pouvoir vendre, certains planteurs ont de nouveau récolté trop tôt, des gousses immatures et pauvres en arômes.

Le « piège de la vanille »

Des chercheurs qui étudient la région SAVA décrivent ce mécanisme sous le nom de « piège de la vanille ». Il fonctionne comme un engrenage en trois temps. L’illusion de la richesse. Quand les prix sont hauts, la vanille rapporte bien plus que le riz. Les planteurs transforment leurs rizières et leurs friches en plantations de vanille, et la région perd son autonomie alimentaire. L’impossible retour en arrière. Un vanillier met trois à quatre ans avant de produire. Une fois ce temps et ce travail investis, on ne revient pas au riz du jour au lendemain, même quand les prix s’effondrent. La vulnérabilité face au moindre choc. Qu’un cyclone, une chute des cours ou une pandémie survienne, et le revenu s’effondre alors qu’il faut acheter tout son riz, plus cher. D’où l’endettement, la faim, et parfois un retour à la culture sur brûlis, au détriment des forêts.

C’est pour moi la leçon la plus importante de cette crise : une filière ne peut pas reposer sur un prix qui monte et descend de façon aussi brutale, et les planteurs ont besoin de pouvoir continuer à nourrir leur famille, quels que soient les cours. J’en parle aussi dans La Niña et la vanille.

2019 et 2020 en chiffres

La vanille de Madagascar, 2019 et 2020
Indicateur 2019 2020
Prix plancher à l’export 350 $ le kilo 250 $ le kilo à partir de septembre
Vanille verte payée au planteur Environ 160 000 ariary le kilo Moins de 50 000 ariary en moyenne
Vanille préparée en boutique, mes relevés Autour de 250 €, 350 € pour les meilleures en octobre En baisse
Exportateurs agréés Accès peu encadré Environ la moitié des candidats retenus
Stocks invendus Modérés Des milliers de tonnes
Prix du riz dans la SAVA Référence En forte hausse

Et après 2020 ?

Le prix plancher de 250 dollars est resté en place jusqu’en mai 2023, alors même que le marché mondial payait bien moins. Quand il a été levé, les stocks accumulés ont déferlé, et les prix se sont effondrés à des niveaux jamais vus depuis vingt ans. En 2026, après le cyclone Gezani, la vanille Bourbon se négocie toujours près de ses plus bas historiques. Je raconte cette suite dans La Niña et la vanille et dans la crise de la vanille à Madagascar. Pour les prix actuels, lisez le prix de la vanille.

ATTAQUEVanille douce, lactéeCŒURCaramel, cacao, fruits secsFONDBoisé doux, tabac blond

Pyramide aromatique d’une vanille de Madagascar récoltée à maturité

Profil indicatif : vanille gourmet, vanille cueillie trop tôt, vanille d’Ouganda


Vos questions fréquentes

Quel était le prix de la vanille de Madagascar en 2020 ?

À l’export, un prix plancher de 250 dollars le kilo s’appliquait à partir de septembre 2020. Mais la vanille verte payée aux planteurs s’est effondrée, souvent sous les 50 000 ariary le kilo.

Qu’est-ce que le Conseil national de la vanille ?

Un organisme créé en 2020 par l’État malgache, qui réunit l’administration et les professionnels de la filière pour encadrer les exportations, la traçabilité et le calendrier des récoltes.

Comment le Covid a-t-il touché la vanille ?

La vanille industrielle a résisté grâce à la pâtisserie à la maison, mais la vanille gourmet a perdu ses clients restaurateurs et hôteliers, et la logistique a été perturbée.

Qu’est-ce que le « piège de la vanille » ?

Un engrenage où les planteurs remplacent leur riz par de la vanille quand les prix sont hauts, puis se retrouvent sans revenu et sans nourriture quand les prix s’effondrent.

Le prix plancher existe-t-il toujours ?

Non, il a été supprimé en mai 2023, ce qui a libéré les stocks et fait fortement baisser les prix.

Ma vanille de Madagascar aujourd’hui

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2020 restera l’année où la vanille de Madagascar a découvert les limites de tous les systèmes : la spéculation, puis les prix imposés. Entre les deux, ce sont toujours les planteurs qui ont payé le prix fort. Choisir une vanille de qualité, payée à son juste prix, reste la meilleure façon de les soutenir.

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