Connaissez-vous la vanille purusara ? Derrière ce nom se cache une vanille sauvage d’Amazonie, connue aujourd’hui des botanistes sous le nom de Vanilla appendiculata. Elle a fait parler d’elle au Mato Grosso, un État agricole du Brésil connu pour son soja, son guaraná et d’autres saveurs, où elle a été découverte pour la première fois en 2018. Les vanilles sauvages de cet État sont une chance pour le Brésil, et une raison de plus de préserver ses forêts. Nous avons déjà écrit un article sur la vanille et le développement durable.
- › L’essentiel en un coup d’œil
- › Un nom, deux vanilles : purusara ou appendiculata ?
- › Comment reconnaître cette vanille
- › Une découverte exceptionnelle au Mato Grosso
- › Un parfum doux, une vanille d’avenir
- › Les vanilles sauvages, un réservoir contre les maladies
- › Pourquoi bien nommer les vanilles aide à les protéger
- › Vos questions fréquentes
L’essentiel en un coup d’œil
Un nom, deux vanilles : purusara ou appendiculata ?
Le nom Vanilla purusara a été imaginé par le grand naturaliste brésilien João Barbosa Rodrigues, à partir de plantes récoltées en Amazonie. Mais il l’a laissé dans ses manuscrits, sans le publier. C’est le botaniste Frederico Carlos Hoehne qui l’a officiellement validé en 1944, d’où son nom complet : Vanilla purusara Barb.Rodr. ex Hoehne. Depuis, les botanistes ont montré qu’il s’agissait de la même espèce que Vanilla appendiculata, décrite plus tôt par Rolfe. Le nom accepté aujourd’hui est donc V. appendiculata, qui regroupe aussi une autre vanille décrite au Suriname, Vanilla marowynensis.
Comment reconnaître cette vanille
- ›La liane : elle grimpe jusqu’à la cime des arbres, avec des tiges vertes, rondes et souples d’environ 7 mm d’épaisseur, et une racine aérienne à chaque nœud.
- ›Les feuilles : portées par un petit pétiole, d’une texture proche du papier épais, plus larges vers le bout, et terminées par une petite pointe raide et courte. C’est leur signe distinctif.
- ›Les fleurs : éphémères, jaune verdâtre à crème, avec un labelle jaune en entonnoir, orné au centre de deux crêtes poilues, et bordé à son extrémité de fines franges.
- ›Les fruits : des gousses allongées, qui s’ouvrent tardivement, et dégagent à maturité un doux parfum de vanille.

Vanilla purusara, aujourd’hui Vanilla appendiculata, une vanille sauvage d’Amazonie
Une découverte exceptionnelle au Mato Grosso
L’étude publiée en 2018 marque une avancée importante dans la connaissance de la biodiversité du Mato Grosso : c’est la première observation de Vanilla appendiculata dans cet État, ce qui repousse vers le sud la limite de son aire de répartition. C’est aussi la première mention de cette espèce hors de la région Nord du Brésil, où elle n’était connue que dans les États d’Acre, d’Amazonas, du Pará et de Roraima, ainsi qu’au Guyana, au Suriname et au Pérou.
Le genre Vanilla Mill. est un genre d’orchidées formé surtout de lianes qui grimpent dans les arbres tout en gardant un pied au sol. Avec environ 110 espèces réparties dans toute la zone tropicale, c’est un genre très divers. Au Brésil, il compte 34 espèces, surtout dans les régions Nord et Sud-Est. Parmi les neuf espèces connues au Mato Grosso, V. appendiculata se distinguait jusqu’ici par sa répartition très limitée. Cette découverte suggère qu’elle a su s’adapter à de nouveaux milieux, et souligne la richesse de la région.
Les échantillons ont été récoltés dans le cadre du programme de sauvetage de la flore de la centrale hydroélectrique de Colíder, selon les protocoles de la botanique, puis conservés à l’herbier MBM, ce qui garantit leur traçabilité. Soutenez-nous en découvrant notre vanille de Madagascar.
Découvrez cette vidéo, où Arnaud vous explique le monde de la vanille.
Un parfum doux, une vanille d’avenir
Sa gousse contient moins de vanilline que la planifolia, mais elle fabrique d’autres molécules aromatiques qui enrichissent son bouquet. Surtout, c’est une « parente sauvage » de la vanille cultivée, précieuse pour l’avenir.
- ›Une résistance aux champignons : habituée aux sous-bois chauds et humides de l’Amazonie, elle tolère naturellement les champignons du sol, dont celui de la fusariose.
- ›Une grande souplesse : elle pousse aussi bien dans les forêts inondées d’Amazonie, les igapós, que dans les zones de transition avec le Cerrado.
- ›Une cousine compatible : proche des vanilles cultivées, elle pourrait être croisée avec elles pour leur transmettre sa vigueur et sa rusticité.
Les vanilles sauvages, un réservoir contre les maladies
La vanille cultivée, la planifolia, a une base génétique très étroite : presque tous ses pieds sont des clones, ce qui la rend vulnérable aux épidémies, et surtout à la fusariose. Les vanilles sauvages sont la réserve de gènes qui pourrait la sauver.
- ›La pompona : très résistante à la fusariose. Croisée avec la planifolia, elle a permis de sélectionner à Madagascar des hybrides cultivables très résistants, comme la variété « Tsy taitra ».
- ›Les vanilles sans feuilles de Madagascar : plusieurs d’entre elles, comme V. humblotii, V. madagascariensis ou V. roscheri, se sont montrées en laboratoire résistantes ou très peu sensibles au champignon de la fusariose.
- ›La bahiana, la reine de la sécheresse : proche cousine de la planifolia, elle vit dans des milieux secs et exposés, et supporte des sols jusqu’à 50 °C et une forte lumière. Elle porte jusqu’à 31 fleurs par grappe, contre environ 24 pour la planifolia, fleurit plus de huit mois par an et fructifie toute l’année. Sa floraison chevauche en partie celle de la planifolia, ce qui facilite les croisements.
- ›Le pollen d’une autre plante : chez la bahiana, les gousses issues d’une pollinisation croisée sont plus longues (9,1 cm contre 8,3 cm) et restent beaucoup plus longtemps sur la plante, 114 jours en moyenne contre 71. Chez la planifolia et la pompona, la pollinisation croisée fait aussi grimper le taux de germination des graines, quasi nul avec leur propre pollen.
Lisez la vanille du Brésil qui améliore la vanille planifolia et les maladies du vanillier.

La forêt amazonienne, refuge des vanilles sauvages
Pourquoi bien nommer les vanilles aide à les protéger
L’histoire de la purusara le montre : les vanilles sauvages sont difficiles à identifier, surtout sur des échantillons d’herbier desséchés. On les confond souvent avec la planifolia, ou au contraire on multiplie les noms pour une même plante. Or, savoir exactement où vit une espèce, et sur quelle surface, est indispensable pour évaluer son risque de disparition sur la Liste rouge de l’UICN, décider où créer des réserves, et constituer des collections dans les banques de gènes. C’est pourquoi les botanistes combinent aujourd’hui l’observation de plantes vivantes et l’analyse de leur ADN. Lisez l’inflation taxonomique et les nouvelles vanilles.
L’urgence est réelle. Les milieux où vivent les vanilles les plus résistantes à la chaleur et à la sécheresse, la forêt sèche tropicale, la Caatinga, le Cerrado, la Restinga, sont parmi les plus menacés : en Colombie, il reste parfois moins de 8 % de la forêt sèche d’origine. Et quand la forêt se fragmente, ce ne sont pas seulement les vanilles qui disparaissent, mais aussi les abeilles qui les pollinisent.
Vos questions fréquentes
Qu’est-ce que la vanille purusara ?
C’est l’ancien nom d’une vanille sauvage d’Amazonie, validé en 1944. Elle est aujourd’hui rattachée à l’espèce Vanilla appendiculata.
Où pousse la Vanilla appendiculata ?
En Amazonie brésilienne, au Guyana, au Suriname et au Pérou. En 2018, elle a été découverte pour la première fois au Mato Grosso.
Peut-on cuisiner la vanille purusara ?
Ses gousses ont un doux parfum de vanille, mais moins puissant que la planifolia, et elle n’est pas cultivée. Son vrai intérêt est génétique : sa résistance aux maladies.
Pourquoi les vanilles sauvages sont-elles importantes ?
Parce que la vanille cultivée est presque entièrement clonée. Les vanilles sauvages portent des gènes de résistance aux maladies, à la chaleur et à la sécheresse.
Vanilles du monde
Dans mon livre, je raconte les grandes vanilles du monde, leurs terroirs et les gestes pour bien les choisir, les conserver et les cuisiner.
