Maison ActualitésVanilleVanille rojasiana Hoehne : la petite vanille de la forêt atlantique, aujourd’hui Vanilla angustipetala

Vanille rojasiana Hoehne : la petite vanille de la forêt atlantique, aujourd’hui Vanilla angustipetala

Deux noms pour une seule vanille, une vanille membranacée, comment la reconnaître, où la trouver, et le parc national d'Iguaçu, sanctuaire d'orchidées

Par Arnaud Sion
Publié: Mis à jour: 6 minutes lire

Découvrez la vanille rojasiana. C’est une vanille dont vous n’avez certainement jamais entendu parler, et pour cause : aujourd’hui, les botanistes la considèrent comme un simple synonyme de la Vanilla angustipetala, décrite pour la première fois en 1922 par Schlechter. Une petite orchidée grimpante de la forêt atlantique, qui dépasse rarement trois mètres de long, et dont la floraison est un spectacle en été et au début de l’automne austral. Je vous raconte pourquoi elle a porté deux noms, comment la reconnaître, et où la trouver, notamment dans le parc national d’Iguaçu.

L’avis d’Arnaud, créateur du Comptoir de ToamasinaCe n’est pas une vanille que vous mettrez dans vos desserts : elle fait partie des vanilles « membranacées », la plus vieille famille des vanilles d’Amérique, sans vanilline. Mais si vous passez un jour par les chutes d’Iguaçu, levez les yeux vers les troncs de la forêt : elle est peut-être là, discrète, avec ses petites fleurs blanches et vert-jaune.

L’essentiel en un coup d’œil

LE NOM VALIDEVanilla angustipetala Schltr., 1922
LE SYNONYMEVanilla rojasiana Hoehne, 1941
SA FAMILLELes vanilles membranacées
OÙSud du Brésil, Paraguay, Argentine
LA LIANERarement plus de 3 mètres
FLORAISONJanvier à mars

Deux noms pour une seule vanille

En 1922, le botaniste allemand Rudolf Schlechter décrit Vanilla angustipetala à partir de plantes de l’État de São Paulo, au Brésil. Son nom vient du latin : angustus, « étroit », et petalum, « pétale », car ses pétales, aux bords fortement enroulés, paraissent très fins. En 1941, de l’autre côté de la frontière, le botaniste brésilien Frederico Carlos Hoehne décrit une « nouvelle » vanille, récoltée au Paraguay par Teodoro Rojas : Vanilla rojasiana.

Pourquoi cette confusion a-t-elle duré ? Parce que l’échantillon de référence de Schlechter, conservé à Berlin, a été détruit en 1943, pendant la guerre. Il a fallu attendre qu’un nouvel échantillon de référence soit désigné, à l’herbier de Rio de Janeiro, et que l’on réexamine celui de Hoehne, pour constater que les deux plantes étaient identiques. Les petites différences observées ne sont que des variations naturelles au sein d’une même espèce. Le nom le plus ancien, angustipetala, l’emporte donc. Lisez l’inflation taxonomique et les nouvelles vanilles.

Une vanille membranacée

Cette vanille appartient au groupe des vanilles « membranacées », la branche la plus ancienne des vanilles d’Amérique. Elles se reconnaissent à leurs feuilles minces, qui deviennent fines comme du papier en séchant, et à leur labelle, le grand pétale de la fleur, entièrement libre de la colonne, sans y être soudé. Comme ses cousines, elle n’est pas cultivée pour ses gousses. Lisez Vanilla parvifolia, une autre vanille membranacée de la forêt atlantique.

Comment la reconnaître

Comme ses congénères, elle déploie deux sortes de racines. Celles du sol, d’environ 50 cm de long et 4 à 5 mm d’épaisseur, l’ancrent solidement. Et à chaque nœud, face à chaque feuille, une racine aérienne rigide de 2 à 7 cm, vert-gris à blanchâtre, lui permet de s’accrocher aux troncs ou aux rochers.

  • ›Les tiges : vert foncé, lisses, de 3 à 6 mm d’épaisseur, sur une liane qui rampe ou grimpe.
  • ›Les feuilles : sans pétiole, souvent pendantes, en forme d’ellipse allongée terminée en pointe, de 4 à 13 cm de long sur 2 à 4 cm de large, minces à légèrement coriaces.
  • ›Les fleurs : une ou deux à la fois, rarement jusqu’à quatre, d’environ 4,5 cm de diamètre. Leurs sépales et pétales vert-jaunâtre ont des bords ondulés et fortement enroulés, qui les font paraître très étroits.
  • ›Le labelle : blanc, à la base jaune diffus, à trois lobes. Ses lobes latéraux portent des crêtes légèrement saillantes, larges à la base, qui laissent place à de petites verrues jusqu’au bout du lobe central.
  • ›La colonne : environ 1,2 cm de long sur 2 à 3 mm de large, presque droite, légèrement inclinée au sommet.
Araucaria, un arbre immense de la forêt atlantique

La forêt à araucarias, l’un des refuges de la vanille angustipetala

Où la trouver ?

Cette vanille vit dans le cône sud de l’Amérique du Sud : au sud et au sud-est du Brésil, dans les États de São Paulo et du Paraná, jusqu’au parc national d’Iguaçu ; dans l’est du Paraguay, notamment dans la réserve de Mbaracayú et le département de Caaguazú ; et dans le nord-est de l’Argentine, dans la province de Misiones. Elle a aussi été signalée plus au nord, à Bahia et dans l’Espírito Santo, des mentions qui restent à confirmer. Elle pousse dans les sous-bois humides de la forêt atlantique, la Mata Atlântica, dans ses forêts semi-décidues et ses forêts pluviales, et dans les forêts qui bordent les rivières du bassin du Paraná. Sa floraison a lieu en janvier, février et mars, en plein été austral.

Le parc national d’Iguaçu, un sanctuaire d’orchidées

Autour des célèbres chutes, le parc national d’Iguaçu abrite une belle diversité d’orchidées. Un inventaire y a recensé 65 espèces, réparties dans 41 genres. Les plus riches sont les Gomesa, avec 7 espèces, et les Acianthera, avec 6. Les orchidées de la sous-famille des Épidendroïdées dominent largement, avec 51 espèces, soit 78 % du total, devant les Orchidoïdées, 12 espèces, et les vanilles, avec seulement 2 espèces.

  • ›La forêt à araucarias, au nord du parc : la plus riche en orchidées malgré sa petite surface, avec 29 espèces qu’on ne trouve que là.
  • ›La forêt semi-décidue, la plus étendue : 20 espèces exclusives.
  • ›Les deux à la fois : 16 espèces poussent dans les deux forêts, dont notre vanille angustipetala.

Seules 18 de ces 65 orchidées ont fait l’objet d’une évaluation officielle de leur statut : trois sont classées vulnérables, Cyrtopodium palmifrons, Grandiphyllum divaricatum et Isabelia virginalis, une est quasi menacée, Campylocentrum grisebachii, et les autres sont jugées peu préoccupantes. Une preuve de plus que la protection des forêts, comme celle d’Iguaçu, reste la meilleure façon de préserver ces trésors botaniques.

Les chutes d'Iguaçu et la forêt atlantique

Les chutes d’Iguaçu, au cœur d’un sanctuaire d’orchidées

Un trésor botanique à préserver

Avec son histoire qui remonte à 1922, la vanille angustipetala, alias rojasiana, reste une perle botanique à préserver. Elle contribue à notre compréhension de la diversité des vanilles, et mérite d’être étudiée et protégée pour les générations futures. Faites l’achat de vanille de Tahiti sur notre boutique en ligne pour nous soutenir, et découvrez notre vidéo.

Vos questions fréquentes

Qu’est-ce que la vanille rojasiana ?

C’est un ancien nom, donné en 1941 par Hoehne, d’une petite vanille sauvage du sud du Brésil, du Paraguay et d’Argentine. Son nom valide est Vanilla angustipetala.

Que veut dire angustipetala ?

« Aux pétales étroits », en latin : ses pétales aux bords très enroulés paraissent très fins.

Cette vanille est-elle parfumée ?

Non, elle n’est pas cultivée pour ses gousses. Elle fait partie des vanilles membranacées, dont les fruits ne développent pas l’arôme de la vanille.

Peut-on la voir au parc national d’Iguaçu ?

Oui, elle fait partie des 65 orchidées recensées dans le parc, où elle pousse aussi bien dans la forêt à araucarias que dans la forêt semi-décidue.

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