Vanilla ovata est une vanille sauvage décrite en 1896 à partir d’une plante récoltée près de Cayenne, en Guyane française. Pendant plus d’un siècle, elle a figuré parmi les espèces du genre. Mais les grandes révisions botaniques de ces dernières années ont tranché : elle n’est pas une espèce à part, c’est une forme de Vanilla mexicana, une vanille à feuilles fines qui ne donne aucun parfum de vanille.
Moi, Arnaud Sion, Arnaud Vanille, créateur du Comptoir de Toamasina, je vous raconte l’histoire de ce nom, de sa description par Robert Allen Rolfe jusqu’à sa mise en synonymie, et ce qu’elle nous apprend sur un phénomène qui touche tout le genre : l’inflation des noms d’espèces.
- › La carte d’identité de Vanilla ovata
- › Une vanille décrite en 1896
- › À quoi ressemble-t-elle ?
- › Un type perdu, puis retrouvé à Paris
- › Aujourd’hui : un synonyme de Vanilla mexicana
- › Vanilla mexicana, la vanille qui ne sent pas la vanille
- › Les deux grandes familles de vanilles
- › Trop de noms pour trop peu d’espèces
- › Comment les botanistes tranchent
- › Les vanilles du Comptoir
- › Mon verdict
- › Vos questions fréquentes
La carte d’identité de Vanilla ovata
Vanilla ovata en six repères
Une vanille décrite en 1896 par Robert Allen Rolfe
Le botaniste britannique Robert Allen Rolfe, des Jardins botaniques royaux de Kew, a décrit Vanilla ovata en 1896 dans sa grande monographie, A Revision of the Genus Vanilla, publiée dans le Journal of the Linnean Society. Il s’appuyait sur une récolte de J. Martin, faite près de Cayenne, en Guyane française, une région qui partage ses forêts avec le Pará brésilien, celui de l’açaí.
Rolfe avait divisé le genre en deux sections : les vanilles à vraies feuilles, qu’il appelait Foliosae, et les vanilles presque sans feuilles, les Aphyllae. Parmi les premières, il reconnaissait sept espèces à feuilles minces et membraneuses, dont Vanilla ovata. C’est le même Rolfe qui a décrit Vanilla organensis.
À quoi ressemble Vanilla ovata ?
- ›Une liane fine. Des tiges relativement minces, qui grimpent aux arbres grâce à leurs racines aériennes.
- ›Des feuilles ovales. Grandes, fines, légèrement membraneuses, parcourues d’un réseau de nervures. C’est leur forme ovale qui a donné son nom à l’espèce, ovata.
- ›Des fleurs pâles. Assez petites mais largement ouvertes, elles s’épanouissent les unes après les autres sur des grappes nées à l’aisselle des feuilles.
- ›Un labelle à trois lobes. Jusqu’à 4 cm de long, à l’extrémité arrondie, avec trois petites crêtes sur le disque, mais sans la touffe de poils en pinceau des vanilles aromatiques comme la penicillata.
Ces caractères sont ceux de toutes les vanilles à feuilles fines du groupe de Vanilla mexicana, ce qui explique la suite de l’histoire.
Un spécimen perdu, puis un lectotype à Paris
Décrire une vanille à partir d’un herbier est un vrai casse-tête. Les fleurs durent souvent moins d’une journée et on les voit rarement en forêt. Une fois séchées, leurs tissus fins se déforment : le labelle, la colonne et le rostellum perdent leur forme. Beaucoup de « nouvelles espèces » du passé ont ainsi été décrites sur de simples artefacts de séchage.
| Pièce | Où | Ce qu’il en reste |
|---|---|---|
| L’holotype de Rolfe | Natural History Museum de Londres | Considéré comme perdu |
| Un calque du type | Jardins botaniques royaux de Kew | Un dessin d’après l’original |
| Un double du type, l’isotype | Muséum national d’histoire naturelle de Paris (P00612112) | Désigné comme lectotype en 2025 par Damián-Parizaca et ses collègues |
En désignant ce lectotype, les botanistes ont fixé une fois pour toutes à quelle plante le nom ovata se rattache. Et en la comparant aux autres, ils ont pu trancher.
Aujourd’hui : un synonyme de Vanilla mexicana
Les révisions de Karremans et ses collègues en 2020, puis de Damián-Parizaca et ses collègues en 2025, concluent que les petites différences attribuées à Vanilla ovata, la largeur des pétales ou la courbure du lobe central du labelle, entrent dans la variation naturelle de Vanilla mexicana. En langage de botaniste, V. ovata est un synonyme hétérotypique postérieur de V. mexicana : un nom plus récent, fondé sur un autre spécimen, pour la même espèce.
| Nom | Publication | Lieu du type |
|---|---|---|
| Vanilla ovata Rolfe | 1896 | Cayenne, Guyane française |
| Vanilla guatemalensis Archila | 1999 | Alta Verapaz, Guatemala |
| Vanilla martinezii Soto Arenas | 2010 | Izabal, Guatemala |
| Vanilla paludosa Pansarin et al. | 2012 | São Paulo et Maranhão, Brésil |
| Vanilla yanesha Damian | 2019 | Pasco, Pérou |
Vous remarquerez Vanilla paludosa, à laquelle j’ai consacré un article : selon ces mêmes révisions, elle aussi se fond dans V. mexicana. La botanique avance, et je mets mes articles à jour au fur et à mesure. Ma liste complète est dans toutes les vanilles du monde.
Vanilla mexicana, la vanille qui ne sent pas la vanille
Vanilla mexicana est l’espèce type du genre : c’est sur elle que repose le nom même de Vanilla. Et pourtant, elle ne sent pas la vanille. L’histoire vient d’une erreur. En 1768, Philip Miller l’a décrite à partir d’une planche de Mark Catesby, elle-même copiée des dessins de Charles Plumier, qui représentaient une vanille sauvage sans parfum. Dans son texte, Miller affirmait que les Espagnols utilisaient ses fruits pour parfumer le chocolat, confondant cette plante avec les vanilles aromatiques des Aztèques, comme la planifolia.
- ›Pas de vanilline. Ses gousses ne produisent pas de vanilline. On y trouve en revanche des phénols, des phénylpropanoïdes et des terpènes, étudiés pour leurs propriétés antioxydantes et antimicrobiennes.
- ›Une très vaste aire. Une fois ses synonymes réunis, V. mexicana s’étend du sud de la Floride et des Antilles jusqu’au Pérou et au Brésil, sur plus de 14 millions de km².
- ›Pas en voie de disparition. Contrairement à ce que j’écrivais, l’espèce n’est pas menacée à l’échelle du continent, même si certaines populations locales souffrent de la déforestation, en Amazonie comme ailleurs.
Les deux grandes familles de vanilles
Vanilla ovata appartient aux vanilles à feuilles fines. Dans la classification de Soto Arenas et Cribb, en 2010, reprise par Karremans et ses collègues, le genre se partage en deux sous-genres.
| Sous-genre Vanilla | Sous-genre Xanata | |
|---|---|---|
| Les feuilles | Minces, membraneuses, comme du papier de soie | Épaisses, charnues ou coriaces |
| Le labelle | Libre, attaché à la colonne seulement par sa base | Soudé à la colonne sur au moins la moitié de sa longueur, en tube |
| Le centre de la fleur | Pas de touffe de poils en pinceau | Une touffe de poils en pinceau, le callus pénicillé |
| Exemples | V. mexicana, l’espèce type du genre, et ses formes comme ovata | V. planifolia, V. pompona, V. odorata, les vanilles aromatiques |
Trop de noms pour trop peu d’espèces : l’inflation taxonomique
L’histoire de Vanilla ovata n’est pas un cas isolé. On parle d’inflation taxonomique quand on multiplie les noms d’espèces en découpant des populations locales ou mal connues, souvent à partir de quelques spécimens d’herbier. Rien que sur la dernière décennie, 32 nouvelles vanilles avaient été proposées, dont 26 en Amérique tropicale. La révision de 2020 a ramené le nombre d’espèces néotropicales reconnues de 81 à 62, et placé 28 noms en synonymie.
| Espèce | Quelques noms intégrés | Aire réévaluée |
|---|---|---|
| Vanilla mexicana | ovata, martinezii, guatemalensis, paludosa, yanesha | De la Floride au Pérou et au Brésil, plus de 14 millions de km² |
| Vanilla pompona | grandiflora, pittieri, lutescens, hamata, pleei | Du Mexique au Paraguay et au Brésil, plus de 15 millions de km² |
| Vanilla odorata | ensifolia, fimbriata, denticulata | Du Mexique à la Bolivie et au Brésil, près de 10 millions de km² |
- ›Des cartes faussées. Découper une espèce largement répandue en plusieurs fausses endémiques fausse les modèles de répartition et cache sa vraie souplesse face au climat.
- ›De fausses alertes. Une variante locale peut passer pour une espèce en danger critique, et détourner des moyens de conservation d’espèces vraiment menacées.
- ›Des erreurs en cascade. Dans les grandes bases de données, une part importante des spécimens de vanille numérisés est mal identifiée, ce qui fausse les études génétiques.
Contrairement à beaucoup d’orchidées de montagne, les vanilles forment une lignée ancienne, qui se diversifie lentement. Ce sont de grandes lianes des forêts de basse altitude, reliées par des corridors forestiers : leurs aires de répartition sont souvent immenses. Plus de la moitié des vanilles du Mexique ou du Costa Rica se retrouvent aussi au Brésil.
Comment les botanistes tranchent aujourd’hui
- ›Les archives. Relire les descriptions anciennes, de Plumier à Rolfe, et réexaminer les spécimens types dans les herbiers du monde entier, à Londres, Kew, Paris ou São Paulo.
- ›La mesure des fleurs. Disséquer des fleurs fraîches et les mesurer sur des planches standardisées, en tenant compte de leur vieillissement : certaines fleurs se tordent quelques jours après l’ouverture, ce qui ne doit pas faire croire à une nouvelle espèce.
- ›L’ADN. Comparer des milliers de marqueurs génétiques pour délimiter les espèces et repérer les hybrides.
- ›Le climat. Modéliser la niche écologique pour voir si deux formes vivent vraiment dans des milieux différents.
Ces travaux aident aussi à protéger les vraies espèces rares et à constituer des collections fiables, comme la banque de matériel génétique de vanille du Brésil. Et pour comprendre comment ces vanilles sont pollinisées dans la nature, lisez comment les animaux font fleurir la vanille.
Et pour goûter les vanilles qui, elles, sentent la vanille ?
Vanilla ovata ne se cuisine pas. Pour le parfum, tournez-vous vers les vanilles aromatiques du sous-genre Xanata, comparées dans planifolia ou tahitensis.
- ›Les grandes origines : la vanille de Madagascar, la vanille de Tahiti et la vanille de Papouasie.
- ›Le Brésil : nos vanilles du Brésil, selon les récoltes, et l’açaí en poudre des mêmes forêts.
- ›Pour voyager : le coffret fagot de vanilles du monde et mon livre Vanilles du monde.
Mon verdict : que retenir de Vanilla ovata ?
Voici mon récapitulatif, critère par critère.
Vos questions fréquentes sur Vanilla ovata
Vanilla ovata est-elle une vraie espèce ?
Plus aujourd’hui. Les révisions de 2020 et 2025 la considèrent comme un synonyme de Vanilla mexicana.
Vanilla ovata sent-elle la vanille ?
Non. Comme V. mexicana, ses fruits ne produisent pas de vanilline et n’ont pas d’usage en cuisine.
Vanilla ovata est-elle en voie de disparition ?
Non. L’espèce à laquelle elle se rattache, V. mexicana, pousse de la Floride jusqu’au Brésil, même si certaines populations locales souffrent de la déforestation.
Qui a décrit Vanilla ovata ?
Le botaniste britannique Robert Allen Rolfe, en 1896, à partir d’une plante récoltée près de Cayenne, en Guyane française.
Qu’est-ce que l’inflation taxonomique ?
La multiplication artificielle des noms d’espèces, quand on décrit comme nouvelles des populations locales ou des spécimens mal conservés. Chez les vanilles d’Amérique, elle a gonflé le nombre d’espèces de 62 à 81.
