Vanilla surinamensis Rchb.f. est une vanille sauvage du plateau des Guyanes, décrite à partir d’une plante récoltée au Suriname il y a près de deux siècles. Une grande liane des forêts humides, aux fleurs jaunes et aux gousses charnues, dont le parfum, plus complexe que celui de la vanille de Madagascar, intéresse la parfumerie. Je vous raconte son histoire et son nom longtemps discuté, comment la reconnaître, son parfum, ses abeilles, ses cousines de la région, et comment les scientifiques conservent ces vanilles sauvages. Lisez aussi comment pousse la vanille.
- › L’essentiel en un coup d’œil
- › Une vanille du Suriname au nom longtemps discuté
- › Comment la reconnaître
- › Un parfum plus complexe que la vanille de Madagascar
- › Pollinisée par les grandes abeilles à orchidées
- › Ses cousines du plateau des Guyanes et de Colombie
- › Une vanille sauvage menacée
- › Comment on sauve les vanilles sauvages hors de la forêt
- › Vos questions fréquentes
L’essentiel en un coup d’œil
Une vanille du Suriname au nom longtemps discuté
En 1838, le naturaliste néerlandais Frederik Louis Splitgerber récolte une vanille au Suriname. En 1859, l’orchidologue allemand Heinrich Gustav Reichenbach la décrit sous le nom de Vanilla surinamensis. Mais comme pour beaucoup de vanilles sauvages, les herbiers contiennent peu de fleurs, et les lianes changent beaucoup d’aspect d’une forêt à l’autre. Au XXe siècle, on l’a donc souvent rangée avec une autre vanille de la région, Vanilla guianensis, ou avec la pompona. Les révisions récentes, menées notamment par Damián-Parizaca, Karremans et Pupulin, ont permis de mieux tracer les frontières entre les vanilles du Suriname : guianensis, hostmannii, marowynensis et surinamensis. Lisez l’inflation taxonomique et les nouvelles vanilles.
Comment la reconnaître
Vanilla surinamensis est une liane vigoureuse, qui commence sa vie au sol puis grimpe dans les arbres de la forêt humide. Ses tiges sont charnues, avec une racine aérienne à chaque nœud.
- ›Les feuilles : grandes, coriaces, ovales à elliptiques, terminées en pointe.
- ›Les fleurs : elles s’ouvrent les unes après les autres, sur des grappes, avec des sépales et des pétales vert jaunâtre à jaune pâle.
- ›Le labelle : soudé à la colonne sur plus de la moitié de sa longueur, il forme une gorge étroite en tube. À l’intérieur, plusieurs rangées d’écailles découpées, puis de petites crêtes vers le bout.
- ›Les gousses : fusiformes et charnues, de 15 à 25 cm, remplies à maturité d’une huile aromatique visqueuse qui enrobe des milliers de graines.

Les forêts humides d’Amérique du Sud, refuge des vanilles sauvages
Un parfum plus complexe que la vanille de Madagascar
La vanille cultivée, la planifolia, doit l’essentiel de son parfum à la vanilline. La surinamensis et les autres vanilles sauvages du Suriname ont une palette bien plus large : en plus de la vanilline, leurs gousses mûres produisent beaucoup de molécules anisées, comme l’alcool anisique, l’anisaldéhyde ou l’acétate d’anisyle, mais aussi des cétones et des terpènes, cousins de ceux de l’eucalyptus. Le résultat : des notes chaudes, épicées, boisées et balsamiques, très recherchées par la parfumerie. Lisez le potentiel aromatique des vanilles.
Pollinisée par les grandes abeilles à orchidées
Comme la plupart des vanilles sauvages aromatiques d’Amérique, elle compte sur les mâles des abeilles à orchidées, les euglossines.
- ›Le parfum les attire : les mâles récoltent des huiles parfumées sur les fleurs, parfois même sur les fruits, et les stockent dans leurs pattes arrière pour séduire les femelles.
- ›Parfois une ruse : certaines fleurs imitent une source de nourriture sans offrir de nectar ; d’autres offrent vraiment du parfum ou du nectar.
- ›Les grandes abeilles : des espèces imposantes, comme celles du genre Eulaema, sont adaptées pour entrer dans le tube de la fleur.
- ›Le pollen voyage : en entrant ou en sortant, l’abeille franchit le rostellum, la petite membrane qui sépare les organes de la fleur, et repart avec le pollen sur le dos, qu’elle déposera sur une autre fleur. C’est ce brassage qui garde les populations sauvages en bonne santé génétique.
Ses cousines du plateau des Guyanes et de Colombie
Le plateau des Guyanes, et le Suriname en particulier, est l’un des grands centres de diversité des vanilles. Plus à l’ouest, la Colombie en compte à elle seule 22 à 28 espèces sauvages, dont des populations sauvages de planifolia. On y trouve des vanilles qui n’existent nulle part ailleurs, comme Vanilla rivasii, dans le Chocó, ou Vanilla espondae ; des vanilles des forêts humides, comme la pompona, l’odorata, la bicolor, la trigonocarpa ou la sprucei ; des vanilles des forêts sèches, comme la phaeantha ; des vanilles des palmiers, comme la palmarum ; et des vanilles à feuilles minces, comme la mexicana. Lisez la vanille trigonocarpa et la vanille wrightii, alias bicolor.
Une vanille sauvage menacée
Comme toutes les vanilles sauvages, la surinamensis fait face à de nombreuses menaces : la destruction et le morcellement des forêts, la rareté naturelle de ses populations, souvent formées de quelques lianes qui se multiplient en se ramifiant, la cueillette, et le réchauffement climatique, qui perturbe la floraison et les abeilles. Or, ces vanilles sont une réserve de gènes précieuse pour la vanille cultivée, qui descend de quelques clones seulement.

Les banques de gènes, une assurance pour les vanilles sauvages
Comment on sauve les vanilles sauvages hors de la forêt
La meilleure protection reste celle des forêts. Mais en complément, les scientifiques ont développé tout un arsenal pour conserver les vanilles sauvages.
- ›Des collections vivantes : sous des ombrières qui arrêtent 80 % du soleil, sur une litière de feuilles, pour observer leur floraison et réaliser des croisements.
- ›Des vanilles en tube : multipliées en laboratoire à partir de petits morceaux de tige, et gardées au ralenti pour durer longtemps sans entretien.
- ›Le grand froid : des pointes de tiges congélées dans l’azote liquide, des bourgeons enrobés dans une petite bille de gel, des « graines artificielles », et même du pollen conservé au froid, pour croiser des vanilles qui ne fleurissent pas en même temps.
- ›Leur petit monde : les champignons qui aident leurs graines à germer sont conservés à -80 °C, et des bactéries de leurs racines, qui les aident à se nourrir, sont aussi mises de côté. Sans eux, une vanille sauvée en laboratoire aurait du mal à repartir dans la nature.
Lisez le Brésil ouvre la première banque de matériel génétique de vanille.
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Vos questions fréquentes
Qu’est-ce que la Vanilla surinamensis ?
Une vanille sauvage du plateau des Guyanes, décrite en 1859 par Reichenbach à partir d’une plante récoltée au Suriname en 1838.
La Vanilla surinamensis est-elle parfumée ?
Oui : en plus de la vanilline, ses gousses contiennent beaucoup de molécules anisées et d’autres arômes, aux notes chaudes, épicées, boisées et balsamiques.
Combien existe-t-il de vanilles sauvages en Colombie ?
Entre 22 et 28 espèces, selon les révisions botaniques, ce qui en fait l’un des pays les plus riches en vanilles.
Comment conserve-t-on une vanille sauvage ?
En protégeant d’abord ses forêts, puis en la gardant en collection vivante, en laboratoire ou congélée, avec les champignons et les bactéries qui l’accompagnent.
Vanilles du monde
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