Maison ActualitésVanilleVanille wrightii : la vanille des Antilles qui se pollinise toute seule, alias Vanilla bicolor

Vanille wrightii : la vanille des Antilles qui se pollinise toute seule, alias Vanilla bicolor

Une vanille cubaine aux plusieurs noms, comment la reconnaître, des Antilles à l'Amazonie, une vanille qui se pollinise seule, Morren et Albius, et un trésor pour la vanille de demain

Par Arnaud Sion
Publié: Mis à jour: 7 minutes lire

Vanilla wrightii, également connue sous le nom de Vanilla bicolor, est une orchidée grimpante des Grandes Antilles, de Cuba à la Jamaïque, dont l’espèce s’étend jusqu’aux forêts du bassin amazonien. Elle a un talent que la vanille de vos desserts n’a pas : elle se pollinise toute seule. Une chance que les planteurs de vanille n’ont jamais eue, eux qui, depuis le XIXe siècle, doivent marier chaque fleur à la main. Je vous raconte son histoire, comment la reconnaître, et pourquoi elle intéresse les chercheurs face au réchauffement climatique. Lisez aussi comment pousse la vanille.

L’avis d’Arnaud, créateur du Comptoir de ToamasinaQuand on sait le travail que demande la pollinisation à la main, fleur par fleur, chaque matin, la wrightii fait rêver : une vanille qui se débrouille seule. Imaginez un jour une vanille cultivée qui hériterait de ce talent. C’est tout l’intérêt de préserver ces vanilles sauvages des Antilles et d’Amazonie : elles portent peut-être les solutions de demain.

L’essentiel en un coup d’œil

DÉCRITEEn 1865, par Reichenbach
NOM ACCEPTÉVanilla bicolor Lindl., 1838
OÙGrandes Antilles, jusqu’à l’Amazonie
SA FLEURVert-jaune, gorge jaune-orange
SON TALENTElle se pollinise seule
SA GOUSSEJusqu’à 25 cm, noire et parfumée

Une vanille cubaine aux plusieurs noms

Au milieu du XIXe siècle, le botaniste américain Charles Wright explore la flore de Cuba et récolte, entre autres trésors, une vanille, conservée sous le numéro Wright 672 dans les herbiers de Kew, en Angleterre, et de Vienne. En 1865, l’orchidologue allemand Heinrich Gustav Reichenbach la décrit et lui donne le nom de son découvreur : Vanilla wrightii. Un an plus tard, en 1866, le botaniste August Grisebach publie un autre nom, Vanilla gratiosa, pour la même récolte : un doublon inutile.

Les botanistes d’aujourd’hui vont plus loin : ils considèrent la wrightii comme une forme antillaise de Vanilla bicolor, décrite dès 1838 par John Lindley. Comme en botanique le nom le plus ancien l’emporte, c’est Vanilla bicolor qui est retenu. La wrightii appartient au groupe des vanilles à feuilles épaisses, dans une section proche des vanilles des palmiers. Lisez la vanille savannarum, une autre vanille des palmiers de Cuba.

Comment la reconnaître

C’est une liane grimpante, qui commence sa vie au sol et monte dans les arbres. À chaque nœud, elle produit une racine aérienne blanchâtre pour s’accrocher, tandis que d’autres racines plongent dans l’humus.

Wrightii ou planifolia ?

Critère V. wrightii (bicolor) V. planifolia
Les tiges Fines, 3 à 5 mm, vert clair à vert-jaune Épaisses, 1 à 2 cm
Les feuilles 11,5 à 17,5 cm sur 3,7 à 5,2 cm, un peu charnues Jusqu’à 25 cm sur 8 cm, charnues et épaisses
Les fleurs 2 à 20 par grappe, vert-jaune, légèrement parfumées Jaune verdâtre pâle
Le labelle En trompette, gorge jaune-orange vif, bords blancs ondulés, une touffe de poils au centre Une touffe d’écailles
La gousse Jusqu’à 25 cm, ne s’ouvre pas, noire et parfumée à maturité 15 à 25 cm, s’ouvre à maturité
La vanille bicolor

Vanilla bicolor, le nom accepté de la vanille wrightii

Des Antilles à l’Amazonie

Sous sa forme antillaise, la wrightii vit dans les Grandes Antilles : à Cuba, où on la trouve dans les pitons calcaires, les mogotes, de Pinar del Río, dans la Sierra Maestra et dans le parc national Sierra del Cristal ; en République dominicaine, dans les forêts côtières du parc national del Este ; en Haïti, à Porto Rico, et en Jamaïque, dans la réserve de Mason River. Et l’espèce bicolor dans son ensemble s’étend jusqu’aux bassins de l’Amazone et de l’Orénoque, au Pérou, au Brésil, en Colombie et dans les Guyanes, dans les forêts humides de basse altitude, au bord des rivières et dans les marais à palmiers buriti.

Une vanille qui se pollinise toute seule

Voilà son grand talent. Chez la vanille cultivée, une petite membrane, le rostellum, sépare la partie mâle de la fleur de la partie femelle. Sans l’aide d’un insecte adapté, ou de la main de l’homme, moins de 1 % des fleurs donnent une gousse. La wrightii, elle, a contourné l’obstacle : ses fleurs transfèrent elles-mêmes leur pollen, sans aucun visiteur, et donnent beaucoup de fruits. En Amazonie, certaines populations de bicolor vont jusqu’à se féconder sans même ouvrir leurs fleurs.

Morren et Albius : l’histoire que la wrightii aurait pu éviter

Si la vanille cultivée avait eu ce talent, l’histoire de la vanille aurait été bien différente. Au début du XIXe siècle, des pieds de planifolia sont introduits dans les serres d’Europe, puis à La Réunion, à Java ou à Maurice. Ils fleurissent abondamment… mais ne donnent aucun fruit.

  • ›1836, Charles Morren : le 16 février, ce botaniste belge, directeur du jardin botanique de Liège, réussit la première pollinisation artificielle d’une vanille. Il a compris qu’il faut soulever le rostellum et appliquer le pollen sur la partie femelle. En 1837, le premier fruit mûrit à Liège : il récolte 54 gousses, puis plus de 100 l’année suivante, et publie ses résultats à Gand et à Paris.
  • ›1841, Edmond Albius : à La Réunion, ce jeune esclave de 12 ans invente le geste simple et rapide, avec un petit bâtonnet et le pouce, qui permet de polliniser des centaines de fleurs par matinée. C’est ce geste qui a permis la culture de la vanille dans le monde entier, et qui est toujours utilisé aujourd’hui.

Ce geste a un coût : dans les pays producteurs, la pollinisation à la main représente de 19 à plus de 30 % des coûts de production d’une plantation. Lisez l’histoire de la vanille, de la légende totonaque à Edmond Albius.

Comment polliniser la fleur de vanille

La pollinisation à la main, le geste dont la vanille wrightii n’a pas besoin

Un trésor pour la vanille de demain

Le réchauffement climatique rend ce talent encore plus précieux. Le pollen de la vanille n’est pas emballé en masses compactes et protégées, comme chez beaucoup d’orchidées : il forme de petits grains lâches, très exposés à la chaleur et à l’air sec. Au-delà de 33 °C, il perd une partie de sa capacité à germer, les fleurs avortent et les jeunes gousses tombent, même bien pollinisées à la main. À La Réunion, certains planteurs brumisent leurs serres pour faire baisser la température, et d’autres envisagent de monter leurs plantations en altitude. Lisez la chaleur et la floraison du vanillier.

Les vanilles sauvages comme la wrightii sont donc une réserve de solutions. Les chercheurs y cherchent des gènes de résistance à la fusariose, de tolérance à la chaleur et à la sécheresse, de nouveaux parfums, et, rêve ultime, la capacité de se polliniser seule, qui pourrait un jour réduire le travail à la main. Pour cela, il faut les protéger dans leurs forêts, et les conserver dans des jardins botaniques et des banques de gènes. Lisez la première banque de vanilles du Brésil.

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Vos questions fréquentes

Vanilla wrightii et Vanilla bicolor, c’est la même vanille ?

Oui, selon les botanistes actuels : la wrightii, décrite à Cuba en 1865, est une forme antillaise de Vanilla bicolor, décrite dès 1838, dont le nom l’emporte.

Où pousse la Vanilla wrightii ?

Dans les Grandes Antilles : Cuba, Hispaniola, Porto Rico et la Jamaïque. L’espèce s’étend aussi jusqu’à l’Amazonie.

Une vanille peut-elle se polliniser toute seule ?

Oui, certaines vanilles sauvages comme la wrightii le font. Mais pas la vanille cultivée, la planifolia, qu’il faut toujours polliniser à la main.

Qui a inventé la pollinisation de la vanille ?

Le Belge Charles Morren a réussi la première pollinisation artificielle en 1836, et le jeune Edmond Albius a inventé en 1841 le geste rapide utilisé dans le monde entier.

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