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Communauté Japonaise au Brésil

Par Arnaud Sion
Publié: Mis à jour: 12 minutes lire

La communauté japonaise du Brésil est la plus grande au monde en dehors du Japon : on estime à plus de deux millions le nombre de Japonais et de descendants de Japonais dans le pays. Tout a commencé le 18 juin 1908, avec l’arrivée du navire Kasato Maru dans le port de Santos. En un peu plus d’un siècle, ces immigrants venus travailler dans les plantations de café ont transformé l’agriculture brésilienne, du maraîchage au poivre noir d’Amazonie, et profondément marqué la cuisine du pays. Je vous raconte cette histoire, avec des dates vérifiées, et je vous partage la recette du yakisoba à la brésilienne.

L’avis d’Arnaud, créateur du Comptoir de ToamasinaEn vivant à Belo Horizonte, on mesure à quel point la culture nippo-brésilienne fait partie du quotidien : restaurants japonais dans tous les quartiers, yakisoba vendu sur les marchés, légumes cultivés par des familles d’origine japonaise. Mon conseil : si vous passez par São Paulo, consacrez une demi-journée au quartier de Liberdade, de préférence le week-end, quand la foire de rue anime la place. Et goûtez le yakisoba brésilien, avec sa sauce épaisse : c’est une cuisine à part entière.

La plus grande communauté japonaise hors du Japon

La communauté japonaise est l’une des plus importantes du Brésil, avec les communautés d’origine italienne, portugaise ou allemande. Les estimations les plus courantes parlent de plus de deux millions de Japonais et de descendants, ce qui en fait la première communauté nikkei du monde.

L’immigration japonaise a donné naissance à des colonies réparties sur une grande partie du territoire. La plus forte concentration se trouve dans l’État de São Paulo, avec son célèbre quartier de Liberdade, ses rues décorées de lanternes et ses restaurants. L’État du Paraná arrive en deuxième position, avec environ 220 000 personnes selon la presse locale. On trouve aussi des communautés importantes dans le Mato Grosso do Sul, au Pará et dans le Minas Gerais.

Les Brésiliens d’origine japonaise sont souvent appelés nikkeis, et l’on distingue les générations : les issei, nés au Japon, les nissei, leurs enfants, les sansei, leurs petits-enfants, et ainsi de suite.

1908, l’arrivée du Kasato Maru

Pour comprendre cette histoire, il faut revenir à la fin du XIXe siècle. Après l’abolition de l’esclavage en 1888, les grands planteurs de café de São Paulo manquent de main-d’œuvre. Le Brésil ouvre ses portes à l’immigration asiatique en 1892, puis signe avec le Japon un traité d’amitié, de commerce et de navigation en 1895. Au Japon, de nombreuses familles rurales vivent alors dans la pauvreté.

Le 18 juin 1908, le navire Kasato Maru accoste dans le port de Santos avec 781 immigrants japonais sous contrat. Ils sont envoyés dans les fazendas de café de l’intérieur de l’État de São Paulo, avec des contrats de plusieurs années. Les recruteurs leur avaient présenté le caféier comme un « arbre d’or » ; la réalité est bien plus dure : travail épuisant, salaires faibles, climat et nourriture inconnus.

Le 18 juin est devenu la Journée nationale de l’immigration japonaise au Brésil, et chaque anniversaire est célébré par la communauté et par les institutions brésiliennes.

Des plantations de café aux colonies agricoles

Beaucoup d’immigrants quittent les fazendas dès qu’ils le peuvent. Ils achètent ou louent de petites terres, s’organisent en colonies et en coopératives, et se lancent dans une agriculture familiale très productive. L’immigration s’accélère dans les années 1920 et 1930 : on estime qu’environ 190 000 Japonais sont arrivés au Brésil avant la Seconde Guerre mondiale, et la grande majorité d’entre eux travaillaient dans l’agriculture.

Le nord-ouest de l’État de São Paulo devient l’un des principaux centres de colonisation japonaise, puis le nord du Paraná, où des villes comme Londrina et Rolândia gardent une forte empreinte nippone. En 1927, des immigrants fondent la Coopérative agricole de Cotia, qui deviendra l’une des plus grandes coopératives du pays et jouera un rôle majeur dans la commercialisation des pommes de terre, des légumes et des fruits.

Le Minas Gerais a aussi son chapitre : à partir de 1974, un programme de colonisation dirigée de l’Alto Paranaíba, mené notamment avec la coopérative de Cotia, transforme le Cerrado autour de São Gotardo. Aujourd’hui, cette région d’altitude produit une grande partie des carottes consommées au Brésil, ainsi que de l’oignon, de l’ail, de la pomme de terre et du café.

Les Japonais et le poivre noir d’Amazonie

C’est un chapitre qui me touche particulièrement, parce qu’il parle de poivre. En 1929, des familles japonaises s’installent à Tomé-Açu, dans l’État du Pará, en pleine Amazonie, à la demande du gouvernement de l’État. Après des débuts très difficiles, elles trouvent leur culture : le poivre noir, la pimenta-do-reino.

Après la Seconde Guerre mondiale, le poivre atteint des prix très élevés, au point d’être surnommé le « diamant noir », et Tomé-Açu devient l’un des plus grands centres de production au monde. Puis une maladie des racines, la fusariose, dévaste les poivrières cultivées en monoculture. Les colons réinventent alors leur agriculture en s’inspirant des vergers des communautés riveraines : c’est le système agroforestier de Tomé-Açu, qui associe poivre, cacao, açaí, cupuaçu et arbres forestiers.

Pour en savoir plus sur le poivre brésilien, lisez l’essor spectaculaire du poivre noir brésilien.

La Seconde Guerre mondiale, une période sombre

Avec la Seconde Guerre mondiale, le Brésil rompt avec les pays de l’Axe, le Japon, l’Allemagne et l’Italie, puis leur déclare la guerre en 1942. Pour la communauté japonaise, les conséquences sont lourdes : écoles et associations fermées, journaux en japonais interdits, réunions et symboles nationaux prohibés, biens parfois confisqués, familles déplacées des zones côtières.

Après la guerre, l’immigration reprend dans les années 1950, et la communauté poursuit son intégration. Tout au long de son histoire, elle a réussi à s’intégrer pleinement dans les institutions, l’économie et la culture brésiliennes : agriculture, commerce, universités, sciences, arts, politique et sport. Les mariages mixtes sont devenus fréquents, et la culture nippo-brésilienne est aujourd’hui une composante à part entière de l’identité du pays.

Le phénomène dekasségui

Depuis la fin des années 1980, la migration entre les deux pays a connu un revirement intéressant. Face aux crises successives de l’économie brésilienne, et grâce à l’assouplissement des visas japonais pour les descendants d’émigrés au début des années 1990, de nombreux Brésiliens d’origine japonaise sont partis travailler au Japon.

On les appelle les dekasséguis, d’un mot japonais qui désigne le travailleur qui part gagner sa vie loin de chez lui. Des villes industrielles japonaises comptent aujourd’hui d’importantes communautés brésiliennes, avec leurs écoles, leurs épiceries et leurs restaurants. Le portugais parlé par ces familles s’est même enrichi de mots japonais, au point que les linguistes parlent parfois de dekasséguês.

Ce va-et-vient a créé des liens très forts entre les deux pays, et il explique en partie pourquoi la culture japonaise, du divertissement à la mode et à la cuisine, est si présente au Brésil.

Où découvrir la culture nippo-brésilienne ?

Liberdade, nord du Paraná et Alto Paranaíba comparés

Mon ressenti de dégustation, échelle indicative de 0 à 5


Ce radar compare trois destinations où la présence japonaise se ressent fortement, selon mon ressenti de voyageur. Liberdade, à São Paulo, est la plus accessible et la plus animée, avec la plus grande offre gastronomique. Le nord du Paraná, autour de Londrina, est idéal pour comprendre l’histoire de la colonisation agricole, avec ses musées et ses associations. L’Alto Paranaíba, dans le Minas Gerais, est une destination plus confidentielle, à découvrir pour ses paysages agricoles du Cerrado.

Une cuisine adoptée par tout le Brésil

Les Brésiliens adorent la cuisine japonaise, souvent à leur façon. Les restaurants japonais à volonté, les rodízios, sont partout, et l’on y découvre des créations très brésiliennes : sushis au fromage frais, temakis généreux, sushis frits, fruits tropicaux. Les immigrants japonais ont aussi popularisé de nombreux légumes et fruits, et donné au pays une véritable culture du maraîchage.

Le plat le plus emblématique de cette fusion est sans doute le yakisoba brésilien. Il s’est diffusé à partir des associations nippo-brésiliennes de la région de São Paulo, dont les femmes le vendaient lors des fêtes pour financer leurs activités. Il a une particularité : des nouilles sautées napées d’une sauce épaisse, généreuse en viande et en légumes, à la manière de l’ankake japonais. Cette sauce garde le plat chaud plus longtemps et peut se préparer à l’avance : parfait pour les fêtes et les marchés. On le trouve aujourd’hui sur les foires de rue, dans les restaurants et même en livraison partout au Brésil.

Dans la première version de cet article, je vous proposais un sunomono, la salade de concombre au vinaigre de riz : vous retrouverez ma recette complète dans mon sunomono au concombre.

Sunomono, salade japonaise de concombre

Le sunomono, une salade japonaise appréciée des Brésiliens

La recette

Communauté Japonaise au Brésil

Yakisoba à la brésilienne

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Pour combien: 4 Temps de préparation: Temps de cuisson:
Valeurs nutritionnelles 200 Calories 20 grams gras
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Ingrédients

  • 400 g de nouilles de blé pour yakisoba (ou nouilles chinoises aux œufs)
  • 300 g de blanc de poulet
  • 250 g de bœuf à saisir (rumsteck ou faux-filet)
  • 1 oignon
  • 1 carotte
  • 200 g de brocoli en petits bouquets
  • 1 poivron rouge
  • 200 g de chou blanc ou chinois émincé
  • 100 g de champignons de Paris ou shiitakés
  • 3 cuillères à soupe d’huile neutre
  • 1 cuillère à soupe d’huile de sésame grillé
  • Pour la sauce :
  • 100 ml de sauce soja
  • 500 ml de bouillon de volaille
  • 2 cuillères à soupe de fécule de maïs (20 g)
  • 1 cuillère à soupe de sucre
  • 1 cuillère à café de gingembre en poudre
  • 1/2 cuillère à café de poivre noir de Madagascar fraîchement moulu
  • 1 cuillère à soupe de graines de sésame grillées pour le service

Préparation

Coupez le poulet et le bœuf en fines lanières. Émincez l’oignon, le poivron et les champignons, coupez la carotte en fins bâtonnets.
Préparez la sauce : dans un bol, délayez la fécule dans le bouillon froid, puis ajoutez la sauce soja, le sucre, le gingembre et le poivre.
Faites cuire les nouilles selon les indications du paquet, en les égouttant une minute avant la fin. Rincez-les rapidement et mélangez-les avec l’huile de sésame.
Dans un wok très chaud, saisissez le poulet dans 1 cuillère à soupe d’huile jusqu’à ce qu’il soit cuit à cœur, puis réservez. Saisissez ensuite le bœuf 2 minutes et réservez.
Ajoutez le reste d’huile et faites sauter la carotte et le brocoli 3 minutes, puis le poivron, l’oignon et les champignons 2 minutes, et enfin le chou 1 minute.
Remettez les viandes, versez la sauce en remuant et laissez épaissir 2 à 3 minutes à petit bouillon.
Ajoutez les nouilles, mélangez délicatement pour bien les enrober et servez aussitôt, parsemé de graines de sésame.

REMARQUES

Au Brésil, on trouve facilement des nouilles spéciales pour yakisoba. En France, des nouilles de blé à sauter conviennent très bien. Pour une version végétarienne, remplacez les viandes par du tofu ferme et le bouillon de volaille par un bouillon de légumes.

Voici ma recette du yakisoba à la brésilienne, avec du poulet, du bœuf et beaucoup de légumes, napé de sa sauce épaisse au soja et au gingembre.

ATTAQUEGingembre, poivre noirCŒURSauce soja, légumes croquantsFONDViande saisie, sésame grillé

La pyramide des saveurs du yakisoba brésilien

Les épices et les accords du yakisoba

La sauce du yakisoba brésilien repose sur la sauce soja, un peu de sucre, du gingembre et de l’huile de sésame grillé. J’y ajoute du poivre noir, qui donne du relief à la viande et aux légumes. Le poivre noir de Madagascar, chaud et fruité, est mon choix, et le clin d’œil au poivre de Tomé-Açu me plaît beaucoup.

Le gingembre en poudre est pratique dans la sauce, mais vous pouvez aussi utiliser du gingembre frais râpé pour plus de piquant. Pour découvrir d’autres saveurs, lisez les épices japonaises les plus populaires et ma recette de karēko, le curry japonais.

Pour accompagner ce plat, un thé vert japonais est idéal : un sencha pour sa fraîcheur, ou un hojicha torréfié pour sa douceur. Je vous explique tout dans la différence entre le sencha et le hojicha.

Information santéCette recette contient du gluten (nouilles de blé et sauce soja), du soja et du sésame. Elle est assez riche en sel : goûtez avant de saler et privilégiez une sauce soja à teneur réduite en sel si besoin.

Les épices japonaises les plus populaires

Les épices japonaises, à associer au poivre noir

Mes conseils pour réussir le yakisoba

  • ›Tout préparer avant de cuire : la cuisson est rapide, les légumes et la viande doivent être coupés à l’avance.
  • ›Un grand wok ou une grande sauteuse bien chaude : la viande doit saisir, pas bouillir. Cuisez-la en deux fois si besoin.
  • ›Les légumes dans l’ordre : d’abord la carotte et le brocoli, plus fermes, puis le poivron, l’oignon et le chou, qui doivent rester croquants.
  • ›La fécule toujours délayée à froid dans le bouillon, sinon elle fait des grumeaux.
  • ›Les nouilles juste cuites : égouttez-les une minute avant la fin, elles finiront de cuire dans la sauce.
  • ›La viande bien cuite : le poulet doit être cuit à cœur, sans trace rosée.

Le yakisoba se conserve deux jours au réfrigérateur dans une boîte hermétique. Réchauffez-le à la poêle avec un trait d’eau, car la sauce épaissit en refroidissant.

Découvrir la culture japonaise au Brésil

Si vous voyagez au Brésil, voici quelques pistes pour découvrir l’héritage japonais :

  • ›Le quartier de Liberdade, à São Paulo : boutiques, épiceries, restaurants et foire de rue le week-end. Le musée historique de l’immigration japonaise y retrace toute cette histoire.
  • ›Le nord du Paraná : Londrina et Rolândia, où un musée est consacré à la colonisation agricole.
  • ›Les fêtes de la communauté : de nombreuses villes organisent des festivals japonais, avec danses, tambours taiko et stands de cuisine.
  • ›À Belo Horizonte et dans le Minas Gerais : restaurants japonais et marchés où l’on trouve les légumes de l’Alto Paranaíba.

Pour préparer votre itinéraire, lisez mon guide du voyage au Brésil. Et si vous passez par le Minas Gerais, j’ai créé les Expéditions Ranger, une journée pour découvrir le vrai Minas Gerais.

Pour cette recette, découvrez mes poivres de Madagascar, mon gingembre en poudre, mes poivres noirs et mes thés verts.

Et vous, quel poivre vous ressemble ?Faites mon test en quelques questions pour trouver le poivre fait pour votre cuisine : Quel poivre choisir ?

Mon verdict : la culture nippo-brésilienne

Voici mon évaluation de cette recette, critère par critère.

Vos questions fréquentes

Quand les premiers Japonais sont-ils arrivés au Brésil ?Le 18 juin 1908, à bord du Kasato Maru, dans le port de Santos, avec 781 immigrants.
Combien de descendants de Japonais vivent au Brésil ?On estime leur nombre à plus de deux millions, la plus grande communauté hors du Japon.
Où vit la communauté japonaise au Brésil ?Surtout dans l’État de São Paulo, puis au Paraná, mais aussi au Mato Grosso do Sul, au Pará et dans le Minas Gerais.
Qu’est-ce qu’un dekasségui ?Un Brésilien d’origine japonaise parti travailler au Japon, un mouvement né à la fin des années 1980.
Pourquoi le yakisoba brésilien a-t-il une sauce épaisse ?Cette sauce à la manière de l’ankake garde le plat chaud et se prépare à l’avance, idéal pour les fêtes où il s’est popularisé.
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Pour aller plus loin

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