Bienvenue à la centrale hydroélectrique de Furnas. C’est certainement la première chose que vous entendrez en arrivant dans le sud-ouest du Minas Gerais : sans ce barrage, il n’y aurait ni les activités nautiques, ni la beauté de ce lac immense que les Brésiliens surnomment la « mer de Minas ». Construit sur le Rio Grande à la fin des années 1950, Furnas a changé l’histoire énergétique du Brésil et le visage de toute une région, entre canyons, cascades, caféiers et fromages au lait cru. Je vous raconte son histoire, ses chiffres clés vérifiés, la manière de le découvrir, et le poisson du lac à goûter sur place.
- › La mer de Minas, un lac né d’un barrage
- › L’histoire du barrage de Furnas
- › Une centrale au cœur du système électrique brésilien
- › Les chiffres clés du barrage
- › Voir le barrage de près
- › Les canyons de Capitólio et les bords du lac
- › Barrage, canyons ou Canastra : que choisir ?
- › Une terre de café, de fromage et de vanille
- › La tilapia, le poisson du lac
- › La recette
- › Mon accord poivre pour le poisson du lac
- › Organiser votre visite
- › Mon verdict
- › Vos questions fréquentes
La mer de Minas, un lac né d’un barrage
Quand on découvre le lac de Furnas pour la première fois, on a du mal à croire qu’il est artificiel. Ses bras d’eau s’enfoncent dans les vallées sur des dizaines de kilomètres, longent des falaises de quartzite et des collines couvertes de pâturages et de caféiers. Les Mineiros, qui n’ont pas de littoral, l’ont tout naturellement surnommé le mar de Minas, la mer de Minas.
Ce lac est né du barrage de Furnas, construit sur le Rio Grande, entre les municipalités de São José da Barra et de São João Batista do Glória. Une fois le réservoir rempli, au milieu des années 1960, l’eau a envahi environ 1 440 km² de vallées. Selon les sources, le chiffre varie légèrement (on lit aussi 1 473 km²), mais l’ordre de grandeur est là : c’est l’un des grands lacs artificiels du Brésil, et il borde 34 municipalités.
Nous sommes ici tout près de la Serra da Canastra, l’une des plus belles régions du Brésil : une terre de café, de fromage au lait cru et de cascades. Chaque année, des milliers de visiteurs viennent y chercher des paysages magnifiques entre chutes d’eau, canyons et activités nautiques. On compare parfois la région à nos gorges du Verdon et au lac de Sainte-Croix, en beaucoup plus vaste.

Le lac de Furnas, surnommé la mer de Minas
L’histoire du barrage de Furnas
Dans les années 1950, le Sud-Est du Brésil s’industrialise à grande vitesse, et l’électricité vient à manquer. São Paulo, Rio de Janeiro et Belo Horizonte risquent le rationnement. Le gouvernement de Juscelino Kubitschek lance alors un programme de grands travaux, et le 28 février 1957, un décret crée la Central Elétrica de Furnas, chargée de construire une grande centrale sur le Rio Grande.
Le nom ne vient pas d’une entreprise : il vient du lieu. Le barrage a été implanté sur le tronçon appelé corredeiras de Furnas, les rapides de Furnas, un passage étroit et encaissé du fleuve, idéal pour retenir l’eau. Contrairement à ce que j’avais écrit dans une première version de cet article, ce n’est donc pas Furnas qui a hérité du nom d’Eletrobras : c’est la compagnie qui a pris le nom des rapides, et Eletrobras n’a été créée qu’en 1962.
Les travaux démarrent à la fin des années 1950. Selon l’exploitant, la première turbine entre en service en septembre 1963 et la sixième en juillet 1965. Au début des années 1970, la centrale est agrandie avec une septième et une huitième turbine. L’ouvrage arrive à temps pour soutenir la croissance industrielle du Sud-Est, et il représente à l’époque une part considérable de la puissance installée du pays.
Ce progrès a aussi eu un coût humain et paysager : la montée des eaux a noyé des terres agricoles, des routes et des quartiers de plusieurs localités riveraines, obligeant de nombreuses familles à partir. C’est une page de l’histoire régionale qu’on oublie souvent en admirant le lac.
Une centrale au cœur du système électrique brésilien
Avec ses huit turbines de 152 MW, la centrale de Furnas totalise 1 216 MW de puissance installée. Ce n’est plus la plus puissante du pays depuis longtemps, loin derrière Itaipu ou Belo Monte, mais son rôle reste stratégique.
Son immense réservoir agit comme une réserve d’eau en tête du bassin du Rio Grande. En stockant l’eau pendant la saison des pluies et en la relâchant pendant la saison sèche, il régularise le débit du fleuve et profite à toute la cascade de centrales construites en aval. Le niveau du lac varie d’ailleurs selon les années : après une longue sécheresse, il peut baisser de plusieurs mètres, ce que les riverains et les professionnels du tourisme surveillent de près.
Autour de la centrale, l’exploitant a aussi développé des activités moins connues : une station d’hydrobiologie et de pisciculture qui travaille au repeuplement des réservoirs et au suivi de la qualité de l’eau, un centre technique d’essais et de mesures pour la maintenance, et un centre de formation pour les spécialistes de l’hydroélectricité. Aujourd’hui, la centrale fait partie du groupe Axia Energia, le nouveau nom d’Eletrobras depuis 2025.
La région est aussi un refuge pour la faune : découvrez mon article sur les oiseaux de la région des lacs de Furnas.
Les chiffres clés du barrage
Voici les données techniques principales, d’après les informations publiées par l’exploitant et les ouvrages de référence. J’ai corrigé quelques erreurs de traduction de la première version de cet article.
- ›Type de barrage : enrochement avec noyau d’argile.
- ›Hauteur maximale : 127 m.
- ›Longueur en crête : environ 550 m, pour une largeur de 15 m.
- ›Altitude de la crête : 772 m.
- ›Surface du lac : environ 1 440 km², sur quelque 220 km de long.
- ›Volume du réservoir : près de 23 milliards de m³.
- ›Turbines : 8 turbines Francis verticales de 152 MW.
- ›Puissance installée : 1 216 MW.
- ›Déversoir : 7 vannes segments, pour un débit maximal de l’ordre de 13 000 m³/s.
- ›Fréquence : 60 Hz, comme partout au Brésil.
Pour vous donner une idée, le volume du réservoir représente environ sept fois celui de la baie de Guanabara, à Rio de Janeiro.
Voir le barrage de près
Le belvédère des canyons de Capitólio et la promenade en bateau sur le lac sont les deux grands classiques de la région. Mais il est intéressant de prolonger la visite jusqu’au barrage, impressionnant par ses dimensions.
Lors de notre passage, l’espace extérieur était accessible librement, avec deux belvédères, un de chaque côté de l’usine, d’où l’on observe toute la structure. Pour aller de l’un à l’autre, la route passe au-dessus du barrage, ce qui permet de voir de près une partie de la machinerie. C’est une visite passionnante pour ceux qui aiment l’ingénierie et les grandes constructions. Les conditions d’accès peuvent évoluer : renseignez-vous sur place ou auprès de l’office de tourisme avant de faire le détour.
Depuis les belvédères, le coucher de soleil sur le lac est magnifique. Voici les images que nous avons tournées au-dessus de l’ouvrage, et notre passage en voiture sur la crête.
Les canyons de Capitólio et les bords du lac
La porte d’entrée touristique de la mer de Minas, c’est Capitólio. Depuis la ville, des bateaux partent vers les canyons, aux parois de plus de 20 mètres, où l’on navigue entre les falaises jusqu’à de petites cascades. Le belvédère des canyons, au bord de la route MG-050, offre la plus belle vue d’ensemble, au prix d’une courte marche depuis le parking.
Autour, les cascades se succèdent, de nombreuses pousadas ont ouvert au bord de l’eau, et l’on pratique le bateau, le paddle, le kayak et la baignade. En semaine et hors vacances scolaires brésiliennes, la région est bien plus calme.

Les canyons du lac de Furnas, à Capitólio
Barrage, canyons ou Canastra : que choisir ?
Mon ressenti de dégustation, échelle indicative de 0 à 5
Ce radar résume mon ressenti de voyageur sur les trois visages de la région. Le barrage de Furnas est l’étape la plus intéressante pour l’histoire et l’ingénierie, et la plus calme. Les canyons de Capitólio sont les plus spectaculaires et les plus photogéniques, mais aussi les plus fréquentés. La Serra da Canastra est la plus sauvage : c’est là que l’on trouve les grands paysages de plateaux, les cascades isolées et les fromageries, à condition d’accepter des pistes parfois difficiles.
Une terre de café, de fromage et de vanille
La région de Furnas n’est pas seulement un décor de carte postale. C’est un terroir agricole très riche. Les pentes autour du lac et le sud du Minas Gerais comptent parmi les grandes régions de café arabica du Brésil, et la Serra da Canastra est célèbre pour son queijo Canastra, un fromage au lait cru affiné, fabriqué dans de petites fermes, dont plusieurs ont été médaillés dans des concours internationaux. Pour découvrir ces fromages, lisez qu’est-ce que le queijo Minas.
La cuisine mineira, elle, est l’une des plus généreuses du Brésil : pão de queijo, feijão tropeiro, frango com quiabo, doce de leite… Pour moi, c’est la meilleure cuisine du pays.
C’est aussi une région où pousse la vanille. En 2021, j’écrivais que je rêvais d’y installer un jour une plantation. Aujourd’hui, mes vanilliers poussent à Sabará, près de Belo Horizonte, mais le Minas Gerais abrite plusieurs vanilles natives. Découvrez la culture de la vanille dans le Minas Gerais, la Vanilla dubia, vanille sauvage mineira et toutes les vanilles du monde.
La tilapia, le poisson du lac
Au bord de la mer de Minas, le poisson est roi. Le réservoir de Furnas accueille de nombreux élevages de tilapia en cages flottantes, et ce poisson d’eau douce à chair blanche, ferme et douce se retrouve sur toutes les tables de la région : en isca, des lanières frites servies à l’apéritif, grillé entier, ou cuit au four avec des tomates et des oignons.
La tilapia a un goût très neutre, sans arêtes dans les filets, ce qui la rend idéale pour les enfants et pour les assaisonnements. En France, on la trouve surtout en filets surgelés. Vous pouvez aussi la remplacer par un autre poisson d’eau douce à chair blanche, comme la perche ou le sandre, ou par un filet de cabillaud.
Choisissez des filets épais et bien blancs, sans odeur forte. S’ils sont surgelés, décongelez-les lentement au réfrigérateur, puis épongez-les soigneusement : un poisson humide ne dore pas et fait éclabousser l’huile.
La recette
Ingrédients
- 600 g de filets de tilapia (ou de perche, de sandre ou de cabillaud)
- 2 citrons verts
- 2 gousses d’ail râpées
- 1 cuillère à café de sel fin
- 1/2 cuillère à café de poivre noir de Madagascar fraîchement moulu
- 100 g de farine de blé
- 40 g de fécule de maïs
- 1 litre d’huile de friture (tournesol ou arachide)
- 1 pincée de baies de Timut écrasées et un peu de fleur de sel pour le service
Préparation
Épongez les filets avec du papier absorbant et coupez-les en lanières d’environ 2 cm de large et 6 cm de long.
Mélangez le jus d’un citron vert, l’ail râpé, le sel et le poivre noir. Enrobez-en les lanières et laissez mariner 20 minutes au réfrigérateur.
Mélangez la farine et la fécule de maïs dans une assiette creuse.
Chauffez l’huile à 175 °C dans une casserole à bords hauts ou une friteuse.
Égouttez les lanières, roulez-les dans le mélange farine-fécule et tapotez-les pour retirer l’excédent.
Faites-les frire en petites quantités 3 à 4 minutes, jusqu’à ce qu’elles soient bien dorées et que la chair soit opaque à cœur.
Égouttez-les sur du papier absorbant.
Servez aussitôt avec des quartiers de citron vert, la fleur de sel et les baies de Timut écrasées.
REMARQUES
Ne surchargez pas l’huile : trop de morceaux à la fois font chuter la température et le poisson devient gras. Le poisson est cuit lorsque sa chair est opaque et se détache facilement, soit 63 °C à cœur.
Voici ma version de l’isca de tilápia, le grand classique des bords de lac du Minas Gerais : des lanières de poisson marinées au citron vert, à l’ail et au poivre noir, puis frites jusqu’à ce qu’elles soient bien dorées.
La pyramide des saveurs de l’isca de tilápia
Mon accord poivre pour le poisson du lac
La tilapia a une saveur délicate : elle a besoin d’un assaisonnement qui la réveille sans la masquer. Au Brésil, on se contente souvent de sel, d’ail et de citron vert. J’y ajoute toujours du poivre, moulu au dernier moment.
Le poivre noir de Madagascar est mon premier choix : sa chaleur franche et ses notes fruitées et boisées soulignent la friture et le citron. Pour une version plus fraîche, les baies de Timut du Népal, aux notes de pamplemousse, sont superbes sur un poisson blanc : quelques baies écrasées dans le sel suffisent. Pour plus de piquant, un poivre de Tellicherry. Pour aller plus loin, lisez quel poivre pour le poisson.
Organiser votre visite
La région de Furnas se trouve à environ 300 km de Belo Horizonte, un peu plus de 400 km de São Paulo et autour de 500 km de Rio de Janeiro. Le plus simple est la voiture : le réseau de bus existe, mais il dessert mal les sites naturels. Si vous arrivez en avion, lisez d’abord comment quitter l’aéroport de Belo Horizonte Confins.
- ›Durée idéale : deux à trois jours pour le lac, les canyons et le barrage, et deux jours de plus pour la Serra da Canastra.
- ›Saison : la saison sèche, d’avril à septembre, offre des pistes praticables et un ciel dégagé ; la saison des pluies, d’octobre à mars, rend les cascades plus puissantes mais les routes de terre plus délicates.
- ›Sur place : prévoyez de l’argent liquide pour les petites fermes et les cascades privées, et réservez vos pousadas à l’avance pendant les vacances brésiliennes.
Si vous voulez découvrir le vrai Minas Gerais avec un habitant, j’ai créé les Expéditions Ranger, une journée pour découvrir le Minas Gerais authentique, ses paysages et ses saveurs.
Pour cette recette, découvrez mes poivres de Madagascar, mes baies de Timut du Népal et mon poivre de Tellicherry.
Mon verdict : la centrale de Furnas et la mer de Minas
Voici mon évaluation de cette recette, critère par critère.
Vos questions fréquentes
Vanilles du monde
Dans mon livre, je raconte les grandes vanilles du monde, leurs terroirs et les gestes pour bien les choisir, les conserver et les cuisiner.
