Maison VitalitéSommeilL’apnée du sommeil accélère le vieillissement

L’apnée du sommeil accélère le vieillissement

Une étude vient d'être publié et dit que l'apnée du sommeil est mauvais pour notre santé

Par Equipe du Comptoir de Toamasina
Publié: Mis à jour: 12 minutes lire

Une étude a montré que l’apnée du sommeil accélère le vieillissement biologique, et que le traitement pourrait en partie inverser ce phénomène. Mais que mesure-t-elle exactement, et quelles sont ses limites ? Le sommeil est essentiel pour que le corps et l’esprit récupèrent ; or chez les personnes qui souffrent d’apnée obstructive, la respiration s’interrompt des dizaines de fois par heure, sans qu’elles s’en rendent compte. Dans cet article, nous vous expliquons cette étude sans l’exagérer, ce qu’est l’apnée du sommeil, ses risques, les signes qui doivent alerter et les traitements reconnus.

L’avis d’Arnaud, créateur du Comptoir de ToamasinaNotre conseil : si votre entourage vous dit que vous ronflez fort et que vous arrêtez de respirer la nuit, ou si vous vous endormez facilement dans la journée, parlez-en à votre médecin traitant. L’apnée du sommeil se diagnostique simplement et se traite bien. Aucune infusion, aucun oreiller miracle ne la soigne : en revanche, éviter l’alcool le soir et dormir sur le côté sont des gestes utiles en attendant l’avis médical.

Un sommeil réparateur n’est pas une réalité pour tout le monde

Le sommeil est essentiel pour que le corps et l’esprit se reposent et récupèrent pour le lendemain. Pourtant, obtenir un sommeil sain et réparateur n’est pas une réalité pour tout le monde. Notre première version citait un chiffre attribué à l’Organisation mondiale de la santé, selon lequel 40 % de la population mondiale aurait des difficultés à dormir : nous n’avons pas retrouvé cette source et l’avons retiré.

Pour l’apnée du sommeil, en revanche, un chiffre fait référence : une estimation publiée en 2019 dans la revue The Lancet Respiratory Medicine évaluait à près d’un milliard le nombre de personnes de 30 à 69 ans touchées dans le monde, dont plus de 400 millions par une forme modérée à sévère. Une grande partie d’entre elles l’ignorent.

Le ronflement, par exemple, dérange l’entourage, mais il peut aussi être le signe que la personne qui ronfle dort mal. Parmi ses causes, l’apnée du sommeil est l’une des plus importantes à repérer. Pour comprendre comment s’organise une nuit normale, lisez comprendre les différentes phases du sommeil.

Qu’est-ce que l’apnée obstructive du sommeil ?

Pendant le sommeil, les muscles de la gorge se relâchent. Chez les personnes atteintes d’apnée obstructive du sommeil (AOS), les voies aériennes se ferment partiellement (on parle d’hypopnée) ou complètement (apnée) pendant au moins dix secondes, de façon répétée.

À chaque épisode, l’oxygène baisse dans le sang, le cerveau déclenche un micro-éveil pour relancer la respiration, souvent avec un ronflement bruyant ou un haletèment, puis la personne se rendort sans s’en souvenir. Le sommeil est ainsi fragmenté toute la nuit et n’est plus réparateur.

Les médecins mesurent la sévérité avec l’index d’apnées-hypopnées (IAH), le nombre d’épisodes par heure de sommeil :

  • ›forme légère : de 5 à 15 par heure ;
  • ›forme modérée : de 15 à 30 par heure ;
  • ›forme sévère : 30 par heure ou plus.

Les principaux facteurs favorisants sont le surpoids, l’avancée en âge, le sexe masculin (et la ménopause chez la femme), la consommation d’alcool ou de somnifères le soir, le tabac, et certaines particularités anatomiques : grosses amygdales, mâchoire en retrait, cloison nasale déviée.

Personne endormie dans son lit

Pendant l’apnée, la respiration s’interrompt et le sommeil est fragmenté par des micro-éveils dont on ne se souvient pas

L’étude : apnée du sommeil et âge épigénétique

Des chercheurs de l’école de médecine de l’Université du Missouri (États-Unis), menés par Rene Cortese, ont cherché à comprendre la relation entre l’apnée obstructive du sommeil et l’accélération de l’âge épigénétique. Leurs travaux ont été publiés dans l’European Respiratory Journal et présentés par l’université en mars 2022.

Ils ont suivi 16 adultes non-fumeurs souffrant d’AOS et les ont comparés à 8 personnes sans apnée pendant un an. Au départ, une prise de sang a permis de mesurer l’âge biologique de chacun grâce à un test d’horloge épigénétique : on analyse des marques chimiques posées sur l’ADN (la méthylation), qui évoluent avec les années, et un algorithme en déduit un « âge » de l’organisme, qui peut être supérieur ou inférieur à l’âge de l’état civil.

Les personnes atteintes d’apnée ont ensuite été traitées pendant un an par pression positive continue, puis testées à nouveau, tout comme le groupe témoin.

Résultats de l’étude

Les chercheurs ont observé que l’apnée non traitée, avec ses réveils répétés et sa faible oxygénation nocturne, était associée à une accélération de l’âge épigénétique par rapport aux personnes sans apnée.

Chez les patients qui ont utilisé correctement leur appareil de pression positive continue, c’est-à-dire au moins quatre heures par nuit, l’âge épigénétique a au contraire montré un ralentissement après un an, alors que la tendance du groupe témoin n’a pas changé. Les auteurs en concluent que l’accélération du vieillissement liée à l’apnée pourrait être, au moins en partie, réversible avec un traitement efficace.

C’est une piste encourageante, qui rejoint ce que l’on sait déjà : traiter l’apnée du sommeil améliore la qualité de vie et la vigilance. Mais il faut lire ces résultats avec prudence.

Ce que cette étude ne dit pas

Le titre « l’apnée du sommeil accélère le vieillissement » résume bien la conclusion des chercheurs, mais plusieurs limites, qu’ils reconnaissent eux-mêmes, empêchent d’en tirer des certitudes :

  • ›l’échantillon est très petit : 24 personnes au total ; il faudra des études bien plus larges pour confirmer ;
  • ›l’âge épigénétique est un indicateur biologique, pas une maladie : on ne sait pas encore précisément comment ces changements se traduisent en santé réelle (maladies, espérance de vie) ;
  • ›le bénéfice dépend de l’observance : il n’a été observé que chez les patients qui portaient leur appareil au moins quatre heures par nuit ;
  • ›on ignore si ces résultats s’appliquent à d’autres groupes, et notamment aux enfants, dont l’apnée se traite différemment ;
  • ›les mécanismes restent à étudier.

Autrement dit, cette étude ne permet pas de dire de combien d’années l’apnée « vieillit » une personne. Elle ajoute un argument, parmi beaucoup d’autres, pour dépister et traiter cette maladie.

Risques de l’apnée du sommeil

Au-delà de la question du vieillissement, l’apnée du sommeil non traitée est associée à d’autres problèmes de santé. Les chutes répétées d’oxygène et les micro-éveils sollicitent le cœur et les vaisseaux toute la nuit.

Les études montrent qu’elle est associée à un risque plus élevé d’hypertension artérielle, de troubles du rythme cardiaque, d’infarctus et d’accident vasculaire cérébral, ainsi qu’à des troubles métaboliques. La relation peut aussi être inverse : certaines maladies cardiaques favorisent l’apparition ou l’aggravation de l’apnée.

La somnolence diurne est un autre danger très concret : elle augmente le risque d’accident de la route et d’accident du travail. En France, une somnolence excessive non traitée peut d’ailleurs être incompatible avec la conduite tant qu’elle n’est pas prise en charge.

Information santéCet article est une information générale et ne remplace pas une consultation. Ronflements avec pauses respiratoires, réveils avec sensation d’étouffement, somnolence dans la journée ou endormissement au volant doivent amener à consulter rapidement votre médecin traitant, qui pourra vous orienter vers un spécialiste du sommeil.

Apnée, humeur et santé mentale

La santé mentale de la personne qui souffre d’apnée du sommeil est souvent mise à l’épreuve. Bien dormir est essentiel à l’équilibre de nombreuses hormones, dont le cortisol, lié au stress. Les nuits fragmentées s’accompagnent souvent d’irritabilité, de difficultés de concentration, de troubles de la mémoire et d’une baisse de moral.

Les personnes qui ne peuvent pas avoir une journée normale parce qu’elles ont mal dormi, se sont réveillées plusieurs fois et se sentent fatiguées en permanence peuvent voir leur humeur changer de manière durable, avec parfois des symptômes d’anxiété ou de dépression. Nous détaillons ce lien dans apnée du sommeil et anxiété.

C’est aussi pour cela qu’il ne faut pas banaliser la fatigue chronique : avant de l’attribuer au stress ou au travail, il est utile de se demander si le sommeil est vraiment réparateur.

Les signes qui doivent alerter

L’apnée du sommeil passe souvent inaperçue pour la personne concernée, puisqu’elle se produit pendant le sommeil. C’est souvent le conjoint qui donne l’alerte. Les signes à connaître :

  • ›la nuit : ronflement fort et régulier, pauses respiratoires remarquées par l’entourage, réveils brusques avec sensation d’étouffement, sueurs, besoin fréquent d’uriner ;
  • ›le matin : sensation de ne pas avoir récupéré, bouche sèche, maux de tête ;
  • ›la journée : somnolence, endormissements involontaires (devant la télévision, en réunion, au volant), fatigue, troubles de la concentration et de la mémoire, irritabilité ;
  • ›et parfois : baisse de la libido, hypertension difficile à équilibrer.

Le médecin peut utiliser un questionnaire simple, l’échelle de somnolence d’Epworth, puis prescrire un enregistrement du sommeil : une polygraphie ventilatoire, souvent réalisable à domicile, ou une polysomnographie plus complète. C’est cet examen qui confirme le diagnostic et mesure la sévérité.

L’apnée du sommeil accélère le vieillissement : comment traiter ?

Le traitement dépend de la sévérité, des symptômes et de la cause, et il est toujours décidé avec le médecin.

  • ›La pression positive continue (PPC), appelée CPAP en anglais, est le traitement de référence des formes modérées à sévères. Un petit appareil envoie de l’air sous légère pression, par un tuyau et un masque nasal ou facial, pour maintenir la gorge ouverte pendant la nuit. Elle n’est efficace que si elle est utilisée chaque nuit, plusieurs heures.
  • ›L’orthèse d’avancée mandibulaire, une gouttière sur mesure qui avance la mâchoire inférieure pendant le sommeil, est une alternative reconnue par la Haute Autorité de santé dans certaines formes, ou en cas d’intolérance à la PPC.
  • ›La perte de poids, en cas de surpoids, peut réduire nettement le nombre d’apnées.
  • ›Le traitement positionnel aide les personnes dont les apnées surviennent surtout sur le dos.
  • ›La chirurgie est indiquée dans certains cas, par exemple chez des personnes qui ont une cloison nasale déviée ou de grosses amygdales, ou chez l’enfant ; dans d’autres cas, l’opération n’est pas la meilleure solution.

Lors de l’observation de symptômes comme un ronflement excessif, des réveils nocturnes dus à l’étouffement, de la fatigue et une somnolence diurne, il est recommandé de prendre rendez-vous avec un médecin. Il pourra confirmer ou non l’apnée du sommeil et proposer le traitement adapté à chaque cas.

Les bons gestes du soir, en complément du traitement

Certaines habitudes aggravent les apnées, d’autres aident à mieux dormir. Elles ne remplacent jamais un traitement, mais elles l’accompagnent utilement :

  • ›évitez l’alcool le soir : il relâche les muscles de la gorge et augmente le nombre d’apnées ;
  • ›ne prenez pas de somnifères ou de sirops sans avis médical : certains ont le même effet ;
  • ›arrêtez le tabac, qui irrite et fait gonfler les voies aériennes ;
  • ›dormez sur le côté si vos apnées sont plus fréquentes sur le dos ;
  • ›gardez des horaires réguliers et une chambre fraîche, sombre et calme ;
  • ›dînez léger, au moins deux heures avant le coucher.

Une boisson chaude sans théine peut faire partie d’un rituel du soir apaisant, comme notre lait à la vanille ou un rooibos, naturellement sans théine ; nous en parlons dans le rooibos pour mieux dormir. Soyons clairs : ces boissons ne traitent pas l’apnée. Il en va de même pour la couverture lestée, étudiée pour l’insomnie, pas pour l’apnée. Pour l’ensemble des bonnes habitudes, lisez hygiène du sommeil.

Chambre propice au sommeil

Horaires réguliers, chambre fraîche et sombre, pas d’alcool le soir : des gestes utiles en complément du traitement

Trois approches de l’apnée du sommeil comparées

Pression positive continue, orthèse d’avancée mandibulaire et hygiène de vie

Ma lecture, échelle indicative de 0 à 5


Le radar compare, de façon indicative, trois approches de l’apnée obstructive du sommeil. La pression positive continue est la plus efficace sur les formes sévères, mais demande un temps d’adaptation. L’orthèse d’avancée mandibulaire est plus discrète et facile à emporter, surtout intéressante dans certaines formes légères à modérées. Les mesures d’hygiène de vie (perte de poids si besoin, pas d’alcool le soir, position) ont des bénéfices qui dépassent l’apnée, mais suffisent rarement seules. Ce schéma ne remplace pas l’avis du médecin, seul à même de choisir le traitement.

ATTAQUEDîner léger, sans alcoolCŒURInfusion sans théineFONDChambre fraîche, sombre, calme

La pyramide d’une soirée propice au sommeil

Pour un rituel du soir sans théine : mes rooibos, mes fleurs d’hibiscus et, pour le lait chaud, toutes mes vanilles.

Mon verdict : la prise en charge de l’apnée du sommeil

Voici mon évaluation, critère par critère.

Vos questions fréquentes

L’apnée du sommeil fait-elle vieillir plus vite ?Une petite étude de l’Université du Missouri (24 personnes) a associé l’apnée non traitée à une accélération de l’âge épigénétique, ralentie après un an de traitement bien suivi. Ces résultats restent à confirmer.
Quels sont les signes de l’apnée du sommeil ?Ronflement fort, pauses respiratoires remarquées par l’entourage, réveils avec étouffement, maux de tête le matin et somnolence dans la journée.
Comment diagnostique-t-on l’apnée du sommeil ?Par un enregistrement du sommeil prescrit par le médecin : polygraphie ventilatoire, souvent à domicile, ou polysomnographie.
Quel est le traitement de l’apnée du sommeil ?La pression positive continue pour les formes modérées à sévères, l’orthèse d’avancée mandibulaire dans certains cas, la perte de poids si besoin et parfois la chirurgie.
Une infusion peut-elle soigner l’apnée du sommeil ?Non. Une boisson sans théine peut accompagner un rituel du soir, mais seul un traitement prescrit agit sur les apnées.
Livre Vanilles du monde, terroirs, gousses et gestes, par Arnaud Sion
Pour aller plus loin

Vanilles du monde

Dans mon livre, je raconte les grandes vanilles du monde, leurs terroirs et les gestes pour bien les choisir, les conserver et les cuisiner.

Découvrir le livre

Vous aimerez peut-être aussi

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.