En août 2021, j’écrivais ici que le prix du café arabica enregistrait une nouvelle hausse, après la vague de froid qui touchait le Minas Gerais. Je vis à Belo Horizonte, au cœur de cet État qui produit l’essentiel de l’arabica brésilien, et je visite régulièrement des plantations de café. Cinq ans plus tard, je reprends cet article pour raconter toute l’histoire : le gel de 2021, la flambée des cours jusqu’aux records de 2025, la récolte record de 2026, et la nouvelle menace d’El Niño sur la floraison des caféiers. Je vous explique aussi les raisons économiques de cette hausse, l’effet du règlement européen EUDR et ce que l’on peut attendre pour 2027.
- › Une onde de froid historique au Brésil : pourquoi l’arabica a flambé en 2021
- › L’impact de la sécheresse et du froid de 2021 jusqu’en 2023
- › Un prix du café record : l’évolution de l’arabica de 2021 à 2026
- › Comment El Niño perturbe-t-il la floraison des caféiers ?
- › Gel, sécheresse, El Niño : trois crises comparées
- › Pourquoi l’arabica est-il si sensible au climat ?
- › Quels facteurs économiques ont amplifié la hausse ?
- › Que change le règlement européen EUDR pour le café ?
- › Quel prix pour le café en 2027 ?
- › Et pour le consommateur ?
- › Ce que j’observe dans le Minas Gerais
- › Mon verdict
- › Vos questions fréquentes
Une onde de froid historique au Brésil : pourquoi l’arabica a flambé en 2021
Comme pour le prix de la vanille, le prix de l’arabica dépend de l’offre, de la demande et des conditions climatiques. En 2021, tout s’est joué au Brésil.
L’année commençait sur des prix modérés, autour de 3,5 $ le kilo, car la pandémie freinait la consommation hors domicile. Puis les gelées de fin juin et du 20 juillet 2021 ont frappé le sud-est du Brésil, les plus sévères depuis 1994. Entre 150 000 et 200 000 hectares d’arabica ont été touchés.
Voici ce que j’écrivais alors, depuis le Minas Gerais : l’onde de froid était historique, avec des paysages qui ressemblaient à l’hiver en Europe. On n’avait jamais vu un froid pareil depuis 20 ans dans le Minas Gerais. Et ce froid arrivait après un été sec, une mauvaise saison des pluies et une sécheresse historique. Le caféier est une plante très sensible au froid : les gelées peuvent abîmer les jeunes plants, voire les tuer.
Depuis le début de l’année 2021, le prix du café de qualité avait déjà augmenté de plus de 60 %. À la fin de l’année, la moyenne mensuelle de l’arabica approchait 6 $ le kilo.

La vague de froid de 2021 au Brésil
L’impact de la sécheresse et du froid de 2021 jusqu’en 2023
C’est le point que je soulignais dès 2021 : l’impact de la sécheresse et du froid allait se faire sentir jusqu’en 2023. Le gel ne détruit pas seulement les cerises de l’année. Il brûle les feuilles et les jeunes rameaux, ceux qui devaient porter les fleurs des récoltes suivantes.
Après un gel sévère, les producteurs doivent faire des coupes drastiques. Au Brésil, on parle d’« esqueletamento », quand on coupe les branches latérales, ou de « recepa », quand on rabat le tronc près du sol pour que le caféier reparte. Il faut ensuite attendre environ trois ans avant que l’arbre retrouve son plein rendement.
C’est pour cela que le gel de 2021 a pesé sur les récoltes de 2022 et 2023, et qu’il a vidé peu à peu les réserves mondiales.
Un prix du café record : l’évolution de l’arabica de 2021 à 2026
Voici les grandes étapes, avec des prix indicatifs (moyennes mensuelles de la Banque mondiale en dollars par kilo, puis cours à terme de New York en dollars par livre).
| Période | Événement | Prix de l’arabica |
|---|---|---|
| Janvier 2021 | Marché encore freiné par la pandémie | Environ 3,5 $/kg (moyenne mensuelle) |
| Juin-juillet 2021 | Gelées au Brésil, les pires depuis 1994 | Forte hausse |
| Décembre 2021 | Récoltes 2022 et 2023 compromises | Près de 6 $/kg |
| Février 2022 | Engrais et énergie au plus haut | Environ 6,2 $/kg |
| Fin 2022 – 2023 | Craintes de récession, puis stocks certifiés au plus bas depuis 24 ans | Repli vers 4,5 à 4,6 $/kg |
| Février 2025 | Sécheresse 2024 au Brésil, baisse au Vietnam | Plus de 4 $ la livre pour la première fois, jusqu’à environ 4,41 $/lb |
| Juillet 2025 | Correction | Environ 2,72 $/lb (-38 %) |
| Automne 2025 | Nouvelle tension | Retour vers 4 $/lb |
| Octobre 2026 | Récolte brésilienne record, mais El Niño | Environ 2,90 à 2,96 $/lb |
2022-2023. Les prix des engrais et de l’énergie s’envolent en 2022, puis les craintes de récession font reculer les cours. Mais les torréfacteurs puisent dans les réserves : à la fin de 2023, les stocks d’arabica certifiés par la bourse ICE de New York tombent autour de 220 000 sacs, leur plus bas niveau depuis 24 ans. Le marché perd son amortisseur.
2024-2025. Une sécheresse sévère et des vagues de chaleur touchent le Brésil au moment de la floraison 2024, alors que le Vietnam, premier producteur de robusta, récolte moins. En février 2025, l’arabica dépasse pour la première fois de son histoire 4 $ la livre à New York, avec un pic autour de 4,41 $. Les prix chutent ensuite de près de 40 % jusqu’en juillet 2025, avant de remonter à l’automne.
2026. Le Brésil rentre une récolte record : la Conab l’estime à 66,7 millions de sacs, l’USDA à 71,9 millions. L’USDA prévoit une production mondiale record de 189,7 millions de sacs pour 2026/27. Les prix reculent, mais restent autour de 2,90 $ la livre en octobre 2026, soutenus par la baisse de 15 % de la récolte colombienne 2025/26 et par les craintes liées à El Niño. Pour remonter le fil, relisez l’explosion des prix du café et le prix du café en 2025.
Comment El Niño perturbe-t-il la floraison des caféiers ?
En octobre 2026, la NOAA, l’agence météorologique américaine, décrit un épisode El Niño exceptionnel, qui pourrait devenir le plus fort depuis plus de 75 ans. Or la floraison des caféiers brésiliens a lieu justement en septembre-octobre, au retour des pluies. El Niño la perturbe de plusieurs façons.
- ›Retard des pluies de floraison. El Niño provoque des vagues de chaleur et des sécheresses prolongées qui retardent les pluies de printemps, attendues en septembre-octobre au Brésil. Sans eau au bon moment, les boutons floraux ne s’ouvrent pas correctement.
- ›Stress hydrique et thermique après la floraison. Le manque d’humidité et les fortes chaleurs nuisent à la nouaison et au développement des jeunes cerises.
- ›Floraisons multiples et désynchronisées. Des pluies irrégulières déclenchent plusieurs floraisons successives. Sur un même arbre, on trouve alors des cerises vertes et des cerises mûres : la récolte devient plus lente, plus sélective et plus coûteuse.
- ›Anomalies de pluie selon les régions. El Niño apporte un déficit d’eau au Brésil et en Amérique centrale, mais parfois des pluies excessives ailleurs, comme en Indonésie, qui détruisent les fleurs et les jeunes cerises.
En Amérique centrale et au Vietnam, El Niño s’accompagne aussi de chaleurs et de sécheresses qui réduisent la taille des cerises et la qualité des grains.

Infographie : comment El Niño perturbe la floraison et la récolte du café
Gel, sécheresse, El Niño : trois crises comparées
Ma lecture, échelle indicative de 0 à 5
Le radar compare les trois grandes crises climatiques de ces cinq ans. Le gel de 2021 a été le plus brutal : il a détruit des arbres et pesé sur trois récoltes. La sécheresse de 2024 a frappé pendant la floraison et a poussé les prix vers leurs records. El Niño 2026 est encore une menace : son effet dépendra de l’arrivée des pluies sur les caféiers brésiliens. C’est une lecture qualitative, faite à partir des événements et des prix, pas une mesure officielle.
Pourquoi l’arabica est-il si sensible au climat ?
Coffea arabica aime un climat stable et tempéré, idéalement entre 18 et 23 °C. Le gel détruit ses feuilles et ses rameaux, et les fortes chaleurs, au-delà de 30 °C, perturbent la floraison et la formation des cerises. Le robusta, lui, supporte mieux la chaleur.
La production est aussi très concentrée. Avec 47,5 millions de sacs d’arabica attendus au Brésil et 13,4 millions en Colombie selon l’USDA, ces deux pays assurent près de 60 % de l’arabica mondial. Un coup de froid dans le Sud du Minas ou une sécheresse dans le Cerrado Mineiro se ressent donc aussitôt sur toute la planète.
Enfin, les crises se rapprochent : un gel en 2021, puis des sécheresses en 2024 et 2025. Les caféiers n’ont plus le temps de récupérer. Les producteurs investissent dans l’irrigation et dans de nouvelles variétés hybrides plus résistantes à la chaleur, comme Starmaya ou Centroamericano, ce qui augmente leur coût de production. Pour comprendre les variétés et les classements du café brésilien, lisez les classifications brésiliennes du café.
La pyramide aromatique d’un arabica du Minas Gerais
Quels facteurs économiques ont amplifié la hausse ?
Au-delà des récoltes, plusieurs mécanismes ont poussé les cours plus haut.
| Facteur | Effet sur le prix |
|---|---|
| Stocks certifiés très bas | Le café disponible tout de suite vaut plus cher que le café à terme : le marché n’a plus d’amortisseur |
| Engrais, énergie, fret | Le coût de revient du café rendu au port d’importation augmente |
| Taux de change | Un real fort pousse les producteurs brésiliens à retenir leur café |
| Droits de douane | Les annonces américaines de 2025 ont désorganisé les flux et provoqué des achats de précaution |
| Spéculation | Chaque alerte climatique ajoute une prime de risque sur les marchés à terme |
| Règlement européen EUDR | Coûts de traçabilité et achats de précaution des torréfacteurs européens |
Ces facteurs expliquent pourquoi les prix ont parfois monté plus vite que ce que justifiaient les seules récoltes, et pourquoi ils baissent lentement aujourd’hui.
Que change le règlement européen EUDR pour le café ?
Le café fait partie des produits visés par le règlement européen contre la déforestation, l’EUDR (règlement UE 2023/1115). Les importateurs devront prouver, grâce à la géolocalisation des parcelles, que leur café ne vient pas de terres déboisées après le 31 décembre 2020.
Son application a été repoussée à plusieurs reprises. Selon le calendrier adopté fin 2025, elle doit s’appliquer à partir du 30 décembre 2026 pour les grandes et moyennes entreprises, et du 30 juin 2027 pour les micro et petites entreprises. Ce calendrier peut encore évoluer.
- ›Les petits producteurs sont les plus exposés : collecter les coordonnées GPS et les documents de chaque parcelle est un vrai défi pour des millions de petites exploitations familiales, en Éthiopie, en Ouganda ou en Indonésie.
- ›Les torréfacteurs européens ont constitué des stocks de précaution pour éviter les blocages, ce qui a tendu le marché.
- ›Certains exportateurs réorientent une partie de leurs lots vers des pays aux règles moins strictes.
- ›Les grands négociants investissent dans des outils de traçabilité pour être en règle à temps.
Quel prix pour le café en 2027 ?
Après les records de 2025, la plupart des prévisions annoncent une baisse progressive, sans retour aux prix d’avant 2021.
- ›La Banque mondiale prévoit une baisse de l’arabica en 2026, puis un recul plus modeste en 2027, à mesure que la production et les stocks se reconstituent.
- ›Les modèles de marché, comme ceux de Trading Economics, projettent un arabica autour de 2,48 $ la livre d’ici un an, contre 2,90 à 2,96 $ en octobre 2026.
- ›Le coût de production reste plus élevé qu’avant la crise, avec le prix des engrais, du fret et la mise en conformité avec l’EUDR.
Le grand inconnu reste El Niño. Si les pluies de floraison arrivent trop tard au Brésil, la récolte 2027/28 pourrait en souffrir, et les prix repartir à la hausse. Ces prévisions sont des tendances, pas des certitudes.
Et pour le consommateur ?
La hausse du café vert se répercute sur le prix des paquets et des tasses, avec quelques mois de décalage. Face à l’inflation, beaucoup de consommateurs comparent davantage les prix, se tournent vers les marques de distributeur, les grands formats ou des mélanges contenant plus de robusta. D’autres préparent davantage leur café à la maison plutôt qu’au café.
Mon conseil d’amateur : plutôt que de sacrifier la qualité, achetez un bon café en grains, moulez-le au dernier moment et soignez l’extraction. Une tasse réussie à la maison coûte toujours moins cher qu’au comptoir. Et pour un café gourmand, une pointe de vanille de Madagascar ou un bâton de cannelle de Madagascar dans la cafetière font des merveilles.
Ce que j’observe dans le Minas Gerais
Depuis Belo Horizonte, je visite régulièrement des plantations de café, dans le Sud du Minas et dans le Cerrado Mineiro. Le Minas Gerais produit la majorité de l’arabica brésilien. Après le gel de 2021, j’ai vu des parcelles entières rabattues, et des producteurs obligés d’attendre trois ans avant de retrouver une vraie récolte.
Aujourd’hui, la conversation a changé : on parle irrigation, ombrage, variétés résistantes et dates de floraison. Chaque saison des pluies est attendue avec inquiétude. En 2021, nous annoncions un grand reportage sur le café au Brésil ; ces articles sont aujourd’hui sur le blog, comme celui sur les gelées dans les plantations de café au Brésil ou sur le café Catuaí.

Arnaud, créateur du Comptoir de Toamasina, dans une plantation de café du Minas Gerais
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Mon verdict : un marché du café durablement plus cher
Voici mon évaluation du marché de l’arabica, critère par critère.
Vos questions fréquentes
Vanilles du monde
Dans mon livre, je raconte les grandes vanilles du monde, leurs terroirs et les gestes pour bien les choisir, les conserver et les cuisiner.