En juillet 2021, j’écrivais ici que des gelées venaient de frapper les plantations de café du Minas Gerais, l’État où je vis depuis 2015. On pense souvent que le Brésil est un pays tropical où il ne fait jamais froid. C’est faux : dans le Sud du Minas, l’hiver peut geler les caféiers en une nuit. Cinq ans plus tard, je reprends cet article avec un nouvel éclairage. Les gelées sont revenues en juin 2025 dans le Sud-Ouest du Minas, et en 2026 c’est un autre phénomène qui inquiète les producteurs : El Niño, qui menace moins par le froid que par la chaleur et le retard des pluies, au moment de la floraison. Je vous explique ce que le gel fait au caféier, ce qu’El Niño change, et ce que cela signifie pour le prix de votre café.
- › De gros dégâts dans les plantations de café en juillet 2021
- › Des dégâts difficiles à évaluer : comment le gel abîme un caféier
- › Juin 2025 : les gelées reviennent dans le Sud-Ouest du Minas
- › El Niño : quand le danger passe du froid à la chaleur
- › Pourquoi la floraison est-elle le moment critique ?
- › Gel ou El Niño : quel risque est le plus grave ?
- › Comment les producteurs protègent-ils leurs caféiers ?
- › Les impacts sur la récolte de café mondial et sur votre tasse
- › Les légumes, le bétail et tous les secteurs agricoles subissent aussi des pertes
- › Ce que je vois dans les plantations
- › Mon verdict
- › Vos questions fréquentes
De gros dégâts dans les plantations de café en juillet 2021
Fin juin puis le 20 juillet 2021, une vague de froid historique a frappé le Sud-Est du Brésil. Dans le Sud du Minas Gerais, on n’avait pas connu de telles températures depuis les grandes gelées des années 1990.
Voici ce que je rapportais alors, à partir des échanges avec les producteurs : dans certaines plantations du sud de l’État, environ 30 % des caféiers avaient été brûlés par le froid, et on entendait même parler de 70 % dans l’extrême sud. Les premières estimations annonçaient près de 4 millions de sacs de 60 kg en moins pour 2022. Or le Minas Gerais produit la majorité de l’arabica brésilien.
La plus grande coopérative de caféiculteurs du Brésil, la Cooxupé, basée à Guaxupé, avait elle-même signalé des dégâts. Et le sac de 60 kg avait atteint un record d’environ 1 000 reais. J’écrivais aussi que les dégâts allaient compromettre les récoltes suivantes, car beaucoup de plantations étaient jeunes : c’est exactement ce qui s’est passé. Pour la suite de l’histoire des prix, lisez le café arabica de 2021 à 2026.

Des gelées dans les plantations de café du Minas Gerais
Des dégâts difficiles à évaluer : comment le gel abîme un caféier
Le caféier arabica supporte mal le froid. Mais tous les gels ne se valent pas, et il faut attendre que la glace fonde pour mesurer les dégâts. Comme l’explique l’agronome Jonas Ferraresso, consultant en caféiculture, l’impact sur la production n’est vraiment important que lorsque le gel fait tomber les feuilles.
| Type de dégât | Ce qui se passe | Conséquence pour le producteur |
|---|---|---|
| Gelée « de capote » | Le froid ne brûle que le haut de la plante | Perte partielle de production, mais les feuilles qui porteront la floraison sont épargnées |
| Gelée avec défoliation | Les feuilles sont détruites sur une grande partie de l’arbre | Taille d’« esqueletamento » obligatoire : la récolte suivante est compromise |
| Gelée très sévère | Les rameaux et parfois le tronc sont touchés | « Recepa » : on rabat le caféier près du sol, environ trois ans sans vraie récolte |
Le froid se dépose d’abord dans les bas-fonds, les vallées et les bas de pente, où l’air froid, plus lourd, s’accumule. C’est pour cela qu’au sein d’une même ferme, une parcelle en hauteur peut être épargnée alors qu’une parcelle en contrebas est brûlée.
Juin 2025 : les gelées reviennent dans le Sud-Ouest du Minas
Le 25 juin 2025, à l’aube, des gelées ont touché les caféiers de plusieurs communes du Sud-Ouest du Minas Gerais : Nova Resende, Bom Jesus da Penha, Muzambinho, Monte Belo et Jacuí. Elles se sont formées dans les bas-fonds, les vallées et les versants.
Selon l’association des caféiculteurs du Sud-Ouest du Minas, la récolte 2025 était déjà bien avancée, à plus de 50 % dans la région. L’inquiétude portait donc surtout sur la récolte 2026. La pluie du 23 juin avait laissé le sol humide, ce qui a atténué la baisse des températures, mais certains caféiers entraient déjà dans leur phase végétative pour la saison suivante, et le gel pouvait compromettre leur floraison.
Sur le terrain, les témoignages relayés par la presse agricole donnent la mesure du problème :
- ›à Muzambinho, une productrice a vu une parcelle de 3 000 caféiers touchée, alors qu’elle se remettait à peine d’une gelée de 2022 ;
- ›à Bom Jesus da Penha, un producteur qui attendait environ 600 sacs en 2025 et 500 en 2026 estimait près de 6 hectares touchés, sans pouvoir encore chiffrer la perte.
Ailleurs, dans d’autres zones du Sud du Minas et dans la Haute Mogiana, les producteurs ont décrit un phénomène faible, sans grands dégâts. Le gel est souvent très localisé : c’est ce qui le rend si difficile à prévoir et à assurer.
El Niño : quand le danger passe du froid à la chaleur
En 2026, la menace a changé de nature. Le Cemaden, le centre brésilien de surveillance des catastrophes naturelles, estimait dès le milieu de l’année à plus de 80 % la probabilité d’un épisode El Niño modéré à fort au second semestre, avec un océan Pacifique réchauffé d’environ 1,5 °C. En octobre 2026, la NOAA, l’agence météorologique américaine, décrit un épisode exceptionnel, qui pourrait devenir le plus fort depuis plus de 75 ans.
Pour le Minas Gerais, le scénario redouté n’est pas le gel. Selon Felipe Schwerz, professeur d’agrométéorologie à l’Université fédérale de Lavras, El Niño tend à affaiblir la zone de convergence de l’Atlantique Sud, qui apporte une grande partie des pluies du Sud-Est. Cela augmente le risque de :
- ›températures plus élevées ;
- ›pluies réduites et irrégulières ;
- ›retard du début de la saison des pluies ;
- ›longues périodes sèches en pleine saison humide, les « veranicos ».
La fédération d’agriculture du Minas (Faemg Senar) souligne que le café est particulièrement exposé pendant deux phases sensibles : la floraison et le remplissage des grains. Et cette menace arrive alors que les producteurs font déjà face à des engrais chers, à un crédit plus restreint et à des prix agricoles en baisse.
À l’inverse, les hivers d’El Niño sont en général plus doux dans le Sud-Est du Brésil. Les grandes gelées du café, comme celles de 1975 et de 2021, se sont d’ailleurs produites pendant des épisodes La Niña, la phase opposée. Cela ne veut pas dire qu’il ne peut plus geler : la gelée de juin 2025 l’a rappelé.

Infographie : comment El Niño perturbe la floraison et la récolte du café
Pourquoi la floraison est-elle le moment critique ?
Au Brésil, l’hiver est la saison sèche. Les caféiers attendent les premières pluies du printemps, en septembre-octobre, pour fleurir : c’est la « florada ». Quelques jours après une bonne pluie, les plantations se couvrent de fleurs blanches au parfum de jasmin, puis les cerises se forment.
| Ce qu’El Niño peut provoquer | Effet sur le caféier |
|---|---|
| Retard du début de la saison des pluies | La floraison, déclenchée par les premières pluies de septembre-octobre, est retardée |
| Pluies irrégulières, longues périodes sèches (« veranicos ») | Floraisons multiples et désynchronisées, cerises de maturité inégale |
| Températures plus élevées | Stress thermique pendant la floraison et la nouaison, fleurs avortées |
| Manque d’eau pendant le remplissage des grains | Grains plus petits, rendement et qualité en baisse |
Une floraison ratée ou étalée, c’est une récolte plus petite, plus hétérogène et plus chère à cueillir l’année suivante. C’est pour cela que les marchés à terme suivent la météo du Minas à la journée près en septembre et en octobre.
La pyramide aromatique d’un arabica du Sud du Minas
Gel ou El Niño : quel risque est le plus grave ?
Ma lecture, échelle indicative de 0 à 5
Le radar compare trois menaces. Une gelée « de capote » reste locale et fait perdre une partie de la production. Une gelée sévère, avec défoliation, détruit l’arbre pour plusieurs années, mais touche surtout les bas-fonds. El Niño ne détruit pas les arbres, mais il peut toucher des régions entières en même temps, au pire moment, celui de la floraison. C’est une lecture qualitative, faite à partir des observations des agronomes et des producteurs.
Comment les producteurs protègent-ils leurs caféiers ?
En 2021, je me demandais si l’on devrait un jour, comme dans les vignobles, allumer des feux dans les caféières. Aujourd’hui, les producteurs misent surtout sur la prévention.
Contre le gel :
- ›éviter de planter dans les bas-fonds et les vallées, où l’air froid stagne ;
- ›installer des brise-vent et des arbres d’ombrage, qui limitent le refroidissement nocturne ;
- ›butter les jeunes plants avec de la terre en hiver, pour protéger leur tige ;
- ›après le gel, attendre de voir l’étendue des dégâts avant de décider de la taille.
Contre El Niño :
- ›irriguer, quand c’est possible, pour sécuriser la floraison ;
- ›garder le sol couvert (paillage, résidus) pour conserver l’humidité ;
- ›choisir des variétés plus tolérantes à la chaleur ;
- ›modérer les investissements risqués et adapter le calendrier des travaux, comme le conseillent les agronomes cette année.
L’assurance récolte revient aussi dans le débat au Brésil : face à des événements climatiques de plus en plus fréquents, des responsables agricoles demandent une assurance plus large, qui couvre aussi les pertes de prix et de revenu.
Les impacts sur la récolte de café mondial et sur votre tasse
Le gel de 2021 a fait flamber les prix pendant plusieurs années, parce qu’il avait détruit des arbres. En 2026, le Brésil sort d’une récolte record, ce qui fait baisser les cours. Mais les marchés intègrent déjà le risque El Niño : si la floraison de septembre-octobre 2026 est ratée, la récolte 2027 sera plus petite et les prix pourraient remonter.
Pour le consommateur, cela veut dire des prix qui restent nettement au-dessus de ceux d’avant 2021. Pour tout comprendre, lisez l’évolution du prix du café arabica et découvrez les classifications brésiliennes du café.
Les légumes, le bétail et tous les secteurs agricoles subissent aussi des pertes
En 2021, je le soulignais déjà : le gel ne touche pas que le café. Maïs vert brûlé, haricots, fruits et légumes : là où le gel tombe, il brûle tout. Les producteurs devaient arracher et replanter, et les prix des fruits et légumes ont augmenté au Brésil. Les pâturages, déjà secs en pleine saison sèche, n’avaient plus d’herbe, ce qui pèse sur l’élevage laitier, important dans le Minas.
El Niño a lui aussi des effets bien au-delà du café. Il peut retarder les semis de maïs, de soja et de haricot, et la chaleur fait grimper la consommation d’électricité dans le Sud-Est, avec un risque de tension sur le réseau.
De notre côté, nous avions mis nos pieds de vanille du Minas Gerais sous serre dès 2021 pour les protéger du froid.
Ce que je vois dans les plantations
Depuis Belo Horizonte, je visite régulièrement des plantations de café. Ce qui me frappe, c’est la capacité d’adaptation des producteurs : des parcelles replantées après 2021, des systèmes d’irrigation qui se multiplient, des arbres d’ombrage plantés entre les rangs. Mais chaque hiver, on regarde le thermomètre, et chaque printemps, on regarde le ciel. Pour découvrir une variété très cultivée dans le Minas, lisez le café Catuaí.

Arnaud Sion dans une plantation de café du Minas Gerais
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Mon verdict : un risque climatique qui change de saison
Voici mon évaluation du risque climatique, critère par critère.
Vos questions fréquentes
Vanilles du monde
Dans mon livre, je raconte les grandes vanilles du monde, leurs terroirs et les gestes pour bien les choisir, les conserver et les cuisiner.