Maison ActualitésPourquoi le prix du café va augmenter ?
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Pourquoi le prix du café va augmenter ?

Par Arnaud Sion
Publié: Mis à jour: 14 minutes lire

Pourquoi le prix du café va-t-il augmenter dans les prochaines semaines et les prochaines années ? C’est la question que je posais en mai 2022, depuis Belo Horizonte, alors qu’une vague de froid précoce traversait le Minas Gerais, premier État producteur de café du Brésil. Je garde ici le récit de cette période, mais en le réorganisant autour des vraies causes de la hausse de 2021-2022 : les gelées de juillet 2021, la sécheresse historique de la même année, l’envolée du fret maritime et la flambée des engrais après le début de la guerre en Ukraine. J’y ajoute ce que les producteurs peuvent faire pour protéger leurs caféiers du froid, et, à la fin, ce qui s’est réellement passé ensuite.

L’avis d’Arnaud, créateur du Comptoir de ToamasinaMon conseil : pour comprendre une hausse du café, distinguez toujours le choc ponctuel (une gelée, une tempête) et les causes de fond (sécheresse répétée, coûts des engrais, transport, change). Le premier fait bondir la bourse en quelques jours ; les secondes installent des prix élevés pendant des mois. En 2021-2022, tout s’est additionné : c’est pour cela que la hausse a duré.

Pourquoi le prix du café va augmenter

Au printemps 2022, tout le monde au Brésil parlait du prix du café. Le petit grain risquait de flamber, et je voulais vous expliquer pourquoi, avec le regard de quelqu’un qui vit au milieu des régions productrices. Pour la mécanique de la bourse et des cotations, je vous renvoie à mon article prix du café arabica ; ici, je me concentre sur les causes de la hausse de 2021-2022.

Elles sont au nombre de quatre :

  • ›les gelées de juillet 2021 dans les régions d’arabica ;
  • ›la sécheresse de 2021, l’une des pires crises de l’eau qu’ait connues le centre-sud du Brésil depuis des décennies ;
  • ›le fret maritime, dont le coût avait explosé avec la pandémie et le manque de conteneurs ;
  • ›les engrais, devenus beaucoup plus chers avec la guerre en Ukraine.

Découvrez en vidéo la fabuleuse région de production du café autour des lacs de Furnas :

Les gelées de juillet 2021, le choc qui a tout déclenché

Le 20 juillet 2021, une masse d’air polaire a provoqué des gelées très sévères dans les régions caféières du Minas Gerais, de São Paulo et du Paraná, après un premier épisode plus léger fin juin. Dans le Sud du Minas, une grande coopérative de la région estimait qu’environ 20 % des plantations avaient été touchées. Des parcelles entières ont brûlé : feuilles noircies, branches sèches, jeunes plants détruits.

Le plus grave n’était pas la récolte de 2021, déjà en grande partie cueillie, mais les suivantes. Le gel a détruit les rameaux qui devaient porter les fleurs et les fruits de 2022, et obligé de nombreux producteurs à tailler sévèrement leurs caféiers, voire à les recéper, ce qui les prive de récolte pendant un à deux ans. C’est exactement ce que je racontais à chaud dans des gelées dans les plantations de café au Brésil.

La bourse de New York a réagi immédiatement, et l’arabica a poursuivi sa hausse jusqu’à début 2022, où il a atteint ses plus hauts niveaux depuis une dizaine d’années, au-delà de 2,50 dollars la livre.

Des gelées dans les plantations de café au Brésil

Les gelées de juillet 2021 ont brûlé de nombreuses plantations de café du Minas Gerais

Des températures historiquement basses en mai 2022

Quand on se demande pourquoi le prix du café va augmenter, il faut se rappeler que le Minas Gerais assure à lui seul près de la moitié de la récolte brésilienne, presque exclusivement en arabica. On dit souvent ici que si l’État était un pays, il serait le premier producteur d’arabica au monde. Alors, quand il fait froid dans le Minas, le monde entier du café regarde le thermomètre.

Mi-mai 2022, une vague de froid très précoce a touché le Sud-Est du Brésil. À Belo Horizonte, certains quartiers ont relevé autour de 4 °C au petit matin, et le vent rendait la sensation bien plus froide. Je l’ai filmé pour vous dans la vidéo que vous trouverez plus bas. Alors beaucoup de prix allaient augmenter, et pas seulement celui du café.

Le café et le risque de gel préoccupent les producteurs

L’atmosphère devenait de plus en plus sèche dans le Minas Gerais, et le mois de mai était anormalement froid, ce qui favorise la formation de gel. Depuis la semaine précédente, les consultants météo et l’Institut national de météorologie (Inmet) mettaient en garde contre une vague de froid avec risque de gelées dans les zones agricoles du centre-sud du Brésil, notamment dans les zones d’arabica du Paraná, de l’Alta Mogiana (une grande région de café de São Paulo) et du Sud du Minas Gerais.

Finalement, la tempête subtropicale Yakecan a augmenté la couverture nuageuse au-dessus des plantations, et les pluies des jours précédents ont maintenu une humidité plus élevée. La conjonction de ces deux facteurs a limité le risque de gel, et les caféiculteurs ont poussé un soupir de soulagement. Je vous l’expliquais dans cette vidéo :

Pourquoi l’air sec est-il si dangereux ? Plus l’atmosphère est sèche et le ciel dégagé, plus le sol et les plantes perdent leur chaleur pendant la nuit. Le gel se forme alors au ras du sol et sur les feuilles, même si le thermomètre sous abri affiche encore quelques degrés au-dessus de zéro. Il suffit qu’une masse d’air froid traverse la plantation une seule nuit pour que les jeunes rameaux et les boutons soient brûlés.

Comment protéger le caféier du froid ?

Les producteurs du Sud du Minas Gerais se préparent au grand froid. Avec la masse d’air froid qui arrive, ils craignent une perte de productivité et, dans la mesure du possible, cherchent à éviter les pertes. Il n’existe pas de solution miracle, mais les services agronomiques brésiliens recommandent plusieurs pratiques :

  • ›bien choisir l’emplacement : éviter de planter dans les bas-fonds, où l’air froid s’accumule la nuit ;
  • ›installer des brise-vent et des arbres autour et dans les plantations, pour casser les couloirs d’air froid ;
  • ›garder les inter-rangs propres et le sol nu ou ras pendant l’hiver : un sol dégagé et humide emmagasine la chaleur le jour et la restitue la nuit ;
  • ›butter les jeunes plants (chegamento de terra) : on couvre de terre le bas de la tige des caféiers de moins d’un an pour protéger le collet ;
  • ›suivre les alertes météo de l’Inmet et des services régionaux.
Ce que nous écrivions en 2022Nous évoquions alors une technique d’irrigation par aspersion avant le gel : l’eau qui gèle sur la plante libère de la chaleur et maintient les tissus autour de 0 °C. Ce principe est réel et utilisé en arboriculture, mais il demande beaucoup d’eau, un réglage précis et un fonctionnement continu pendant toute la nuit de gel ; mal appliqué, il peut aggraver les dégâts. Il reste peu répandu en caféiculture : un producteur doit toujours demander conseil à un agronome avant de l’essayer.

Les gelées peuvent affecter les cultures de café

La résilience de la plantation et la capacité de récupération d’un caféier endommagé par le froid dépendent de la gestion adoptée par le producteur. Après une gelée, les agronomes conseillent généralement d’attendre quelques semaines avant de tailler, le temps de voir jusqu’où les rameaux sont réellement morts. Selon le niveau de brûlure, on pratique ensuite :

  • ›un simple nettoyage des rameaux séchés si les dégâts sont légers ;
  • ›un étêtage ou un squelettage (on coupe les branches latérales) si la partie haute ou les côtés sont touchés ;
  • ›un recépage (on coupe le tronc près du sol) ou l’arrachage si le caféier est détruit.

Chaque option coûte une ou plusieurs récoltes. C’est pour cela que les gelées de 2021 ont pénalisé non seulement 2022, mais aussi une partie de la récolte 2023. Notons aussi que 2022 devait être une année de « biennalité positive », une année où l’arabica produit naturellement davantage : le gel l’a en partie privée de ce rebond.

La sécheresse de 2021, la cause silencieuse

On parle beaucoup du gel, mais la sécheresse a fait au moins autant de dégâts. En 2021, le centre-sud du Brésil a connu une crise de l’eau exceptionnelle : réservoirs hydroélectriques au plus bas, électricité plus chère, pluies très irrégulières. Pour le caféier, les périodes sèches prolongées de juin à septembre 2021, puis le retard des pluies, ont perturbé la floraison et la nouaison des petits fruits qui devaient former la récolte 2022.

La Conab, l’organisme public brésilien de suivi des récoltes, citait d’ailleurs la sécheresse et les gelées comme les deux grandes raisons d’une récolte 2022 inférieure au potentiel. J’ai revu ce scénario en 2024, avec plus de 170 jours sans pluie à Belo Horizonte, comme je le raconte dans l’impact de la sécheresse sur le café et le poivre noir.

Fret, conteneurs et engrais : les coûts qui s’envolent

Le scénario de 2022 était difficile pour le consommateur : le covid-19, la guerre en Ukraine et les événements climatiques se sont additionnés.

  • ›Le fret maritime : avec la pandémie, les conteneurs manquaient dans les ports et le prix du transport d’un conteneur avait été multiplié plusieurs fois par rapport à 2019. Les expéditions de café brésilien prenaient du retard, ce qui réduisait l’offre disponible en Europe et aux États-Unis.
  • ›Les engrais : le Brésil importe environ 85 % des engrais qu’il utilise, et la Russie en était le premier fournisseur, avec environ un quart des importations, devant le Canada, la Chine et la Biélorussie. Le début de la guerre en Ukraine, fin février 2022, a fait flamber les prix des engrais potassiques et azotés. Pour le caféier, très exigeant en potasse et en azote, c’est un coût de production majeur. Je détaillais ce problème dès mars 2022 dans l’agriculteur brésilien et le conflit en Ukraine.
  • ›Le change : un real faible face au dollar renchérissait encore les engrais importés, achetés en dollars.

Résultat : même sans gel supplémentaire, produire et exporter un sac de café coûtait beaucoup plus cher en 2022 qu’en 2020.

Guerre en Ukraine et engrais pour l’agriculture brésilienne

Le Brésil importe l’essentiel de ses engrais : la guerre en Ukraine a fait flamber leur prix en 2022

ATTAQUEGelées de juillet 2021CŒURSécheresse, cycle biennalFONDFret, engrais, taux de change

La pyramide des causes de la hausse 2021-2022

Une baisse de production et la bourse s’envole

En mai 2022, le marché craignait une nouvelle récolte décevante. Les estimations circulaient, souvent contradictoires : en janvier 2022, la Conab tablait encore sur 55,7 millions de sacs pour l’ensemble du Brésil, en hausse par rapport à 2021 grâce à l’année de biennalité positive, mais de nombreux producteurs du Sud du Minas jugeaient ces chiffres trop optimistes.

La bourse, elle, vit d’anticipations : chaque prévision de froid faisait monter l’arabica, chaque démenti le faisait redescendre. C’est ce qui rend le café si volatil. Pour suivre l’histoire des cours sur plusieurs années, lisez le café arabica enregistre une nouvelle hausse.

Gelées sur les grains, la pire des prévisions

Pour les cultures comme le blé et le maïs, le risque de gel est menaçant au moment de la floraison. Les températures très basses retardent aussi la levée de cultures comme le soja, surtout quand la fenêtre de semis idéale a déjà été manquée à cause de la sécheresse de l’année précédente.

Pour le caféier, c’est plus grave encore : c’est une culture pérenne. Voir sa plantation dévastée par le froid, devoir replanter des caféiers ou voir ses bourgeons et ses jeunes fruits mourir, c’est perdre plusieurs années de production, pas une seule saison. Un caféier replanté met environ trois ans avant de donner une vraie récolte. Voilà pourquoi une gelée au Brésil se paie dans votre tasse pendant longtemps.

Les causes de la hausse 2021-2022 comparées

Gelées, sécheresse, fret et engrais : leur effet sur le prix

Ma lecture, échelle indicative de 0 à 5


Le radar compare les trois grandes familles de causes de la hausse de 2021-2022. Les gelées de juillet 2021 ont eu l’effet le plus immédiat en bourse et ont pénalisé les récoltes 2022 et 2023. La sécheresse a agi plus lentement, mais sur de vastes surfaces, en réduisant la floraison et le remplissage des grains. Le fret et les engrais n’ont pas détruit de caféiers, mais ils ont augmenté durablement les coûts et pesé sur le prix en rayon. C’est une lecture qualitative de mon point de vue d’observateur, pas une mesure économétrique.

Ce qui s’est passé ensuite (mise à jour)

Avec le recul, voici ce que l’on sait, d’après les sources publiques :

  • ›mai 2022 : la vague de froid liée à la tempête Yakecan n’a causé que des dégâts localisés ;
  • ›récolte 2022 : la Conab l’a finalement chiffrée à 50,9 millions de sacs, dont 32,7 millions d’arabica, loin des 55,7 millions annoncés en janvier : les séquelles de la sécheresse et des gelées de 2021 ont bien pésé, comme nous le craignions ;
  • ›2022-2023 : les prix des engrais et du fret ont progressivement reflué, et les cours de l’arabica ont baissé en 2023 ;
  • ›2024-2025 : nouvelle flambée, avec des sécheresses au Brésil et au Vietnam, des records historiques à New York en 2025 et des gelées de nouveau signalées en juin 2025 dans le Minas Gerais ;
  • ›2026 : une grosse récolte brésilienne a fait reculer les prix en bourse.

Notre analyse de 2022 était donc juste sur un point essentiel : un gel au Brésil se paie sur plusieurs années. Je détaille la flambée suivante dans l’explosion des prix du café et les gelées plus récentes dans des gelées dans les plantations de café au Brésil.

PrécisionCet article décrit une situation datant de mai 2022, mise à jour avec des sources publiques (Conab, USDA, Inmet). Les prix du café changent chaque jour : ces informations ne constituent ni une prévision ni un conseil d’investissement.

Le café, la vanille et le climat

Au Comptoir de Toamasina, nous travaillons la vanille et les épices depuis 2010, et nous observons les mêmes mécanismes : une météo extrême dans un grand pays producteur, et c’est tout le marché qui bouge. Les poivriers du Brésil, par exemple, ont souffert des mêmes sécheresses que les caféiers.

Pour comprendre comment ces cafés sont récoltés et séchés, lisez mon guide sur la récolte du café, et pour remonter dans le temps, mon article sur le prix du café en 2021.

Pour accompagner votre café, je vous conseille mon extrait de vanille de Madagascar, ma fève tonka et ma cannelle de Madagascar.

Mon verdict : la hausse du café de 2021-2022, née du gel, de la sécheresse et de l’envolée des coûts

Voici mon évaluation, critère par critère.

Vos questions fréquentes

Pourquoi le prix du café a-t-il augmenté en 2021-2022 ?À cause des gelées de juillet 2021 et de la sécheresse au Brésil, qui ont réduit les récoltes, puis de la hausse du fret maritime et des engrais, amplifiée par la guerre en Ukraine.
Quand ont eu lieu les grandes gelées de 2021 au Brésil ?Le principal épisode a eu lieu le 20 juillet 2021, après un premier gel plus léger fin juin, dans le Minas Gerais, São Paulo et le Paraná.
Pourquoi un gel pénalise-t-il plusieurs récoltes ?Le gel détruit les rameaux qui porteront les fruits suivants, et les tailles sévères ou le recépage privent le caféier de production pendant un à deux ans.
Quel a été le rôle des engrais ?Le Brésil importe environ 85 % de ses engrais, dont environ un quart venait de Russie : leur flambée en 2022 a fortement augmenté les coûts de production.
Comment protéger un caféier du froid ?En évitant les bas-fonds, en plantant des brise-vent, en gardant les inter-rangs dégagés et en buttant les jeunes plants, avec l’appui d’un agronome.
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