J’ai écrit la première version de cet article en novembre 2018, en pleine flambée des prix. À l’époque, un kilo de vanille préparée valait presque autant qu’un kilo d’argent. Moi Arnaud Sion, créateur du Comptoir de Toamasina, j’achetais alors ma vanille auprès d’une famille de producteurs de la région de Mananara-Nord, et je suivais la récolte presque au jour le jour.
Huit ans plus tard, je reprends ces notes de terrain. Je garde ce que j’ai vu et écrit en 2018 et 2019, je corrige ce qui était maladroit, et j’ajoute ce que personne ne savait encore : ce qui s’est passé ensuite sur le marché de la vanille. C’est un peu le carnet de bord d’une crise.
En 2018, tout le monde parlait du prix. Moi, ce qui m’inquiétait, c’était la qualité. Quand une gousse vaut son pesant d’argent sur la liane, on la vole, alors on la cueille trop tôt pour la protéger. Résultat : des tonnes de vanille chère et pauvre en arôme. La leçon vaut toujours aujourd’hui : un prix ne dit rien de la qualité d’une vanille.
- La campagne 2018-2019 en un coup d’œil
- Pourquoi le prix de la vanille a-t-il flambé en 2018 ?
- Qu’ai-je vu sur le terrain pendant la récolte 2018 ?
- Quel était le prix de la vanille en 2018 et en 2019 ?
- Que s’est-il passé après 2019 ?
- Comment reconnaître une vanille récoltée trop tôt ?
- Que retenir pour acheter sa vanille aujourd’hui ?
- Questions fréquentes

La campagne 2018-2019 en un coup d’œil
Pourquoi le prix de la vanille a-t-il flambé en 2018 ?
Il n’y a pas eu une cause, mais plusieurs qui se sont additionnées.
D’abord, le cyclone Enawo. En mars 2017, il a frappé de plein fouet le nord-est de Madagascar, la région SAVA, qui produit l’essentiel de la vanille Bourbon de Madagascar. Des plantations entières ont été couchées. Or un vanillier met trois à quatre ans avant de donner ses premières gousses : un cyclone, en vanille, se paie pendant plusieurs récoltes.
Ensuite, la demande. Au même moment, les grands groupes de l’agroalimentaire, surtout aux États-Unis et en Europe, remplaçaient l’arôme artificiel par de la vanille naturelle pour afficher des étiquettes « propres ». Plus de demande, moins d’offre : le marché mondial s’est retrouvé en pénurie.
Et puis la spéculation. Madagascar fournit à elle seule la grande majorité de la vanille naturelle du monde, ce qui rend le marché très fragile. Quand les prix montent, des intermédiaires stockent pour revendre plus cher, et la vanille devient presque une valeur refuge, comme d’autres matières premières rares, le safran par exemple. Dans les villages, on a vu apparaître des motos neuves et des maisons en dur. On a aussi vu la peur, et les vols.
Qu’ai-je vu sur le terrain pendant la récolte 2018 ?
La date officielle d’ouverture de la récolte de la vanille verte avait été fixée au 21 juin par le gouvernement malgache. Sur le papier, c’est une bonne règle : elle doit empêcher de cueillir des gousses immatures. Dans les faits, elle a été largement contournée.
Dans la région d’Ambanja, des récoltes avaient déjà commencé en mai, bien avant la date autorisée. Dans la SAVA, autour de Sambava, une grande partie de la vanille verte a été cueillie trop tôt, par peur des vols sur pied. Je le comprends parfaitement : quand votre récolte de l’année peut disparaître en une nuit, vous cueillez. Mais une gousse cueillie avant sa maturité ne rattrapera jamais son retard, même très bien préparée.
À Mananara-Nord, la famille avec qui je travaillais, celle de Flora, que l’émission Thalassa avait filmée, avait pris une autre décision : payer davantage de gardiens pour surveiller les plantations et laisser les gousses mûrir. Cette année-là, les gousses vertes montraient la pointe jaune qui signale une bonne maturité. C’est un détail qui ne se voit pas sur une facture, mais qui change tout dans une crème brûlée.
C’est aussi à ce moment-là que j’ai commencé à regarder ailleurs. Je vivais déjà au Brésil, et j’ai commencé à suivre des essais de culture de vanille à Bahia. Aujourd’hui, avec mon beau-père, nous suivons une plantation test dans le Minas Gerais, comme je le raconte dans la culture de la vanille dans le Minas Gerais.

Quel était le prix de la vanille en 2018 et en 2019 ?
Jusqu’en mai 2018, le prix export de la vanille préparée, la « vanille noire », tournait autour de 600 dollars le kilo, parfois davantage selon les lots. La vanille verte s’échangeait autour de 45 dollars le kilo. Comme il faut environ 5 kg de vanille verte pour obtenir 1 kg de vanille préparée, après des mois d’échaudage, d’étuvage, de séchage et d’affinage, le calcul était vite fait : le prix de la vanille de Madagascar 2018 allait rester au niveau de 2017. Je n’attendais aucune baisse pour 2018.
Pour 2019, j’écrivais que le prix de la gousse de vanille de Madagascar devrait rester stable, avec une légère baisse à la fin du premier trimestre. La floraison de novembre 2018 annonçait une récolte correcte, et Madagascar espérait des volumes en hausse de 10 à 15 %. C’est à peu près ce qui s’est produit : en 2019, le marché a commencé à se rééquilibrer lentement, sans chute brutale. En 2019, un prix d’environ 50 000 ariary le kilo de vanille verte faisait consensus dans la filière.
La suite de ma chronique est dans vanille de Madagascar 2019, prix et qualité.
Que s’est-il passé après 2019 ?
Avec le recul, 2018 marque le sommet d’un cycle. Voici comment le marché de la vanille a évolué depuis, dans les grandes lignes.
| Période | Ce qui s’est passé | Prix export indicatif |
|---|---|---|
| 2017-2018 | Flambée des prix après le cyclone Enawo, vols, récoltes précoces | Autour de 600 $/kg, parfois plus |
| 2019 | Rééquilibrage lent du marché | En légère baisse |
| 2020-2023 | Le gouvernement malgache impose un prix minimum à l’export | 250 $/kg FOB, sur le papier |
| Mai 2023 | Levée du prix plancher par décret | Chute rapide |
| 2025-2026 | Surproduction, stocks, nouveaux pays producteurs | Très bas, parfois quelques dizaines de dollars |
Ce prix minimum de 250 dollars devait protéger les agriculteurs. En réalité, les acheteurs internationaux ont refusé de le payer et se sont tournés vers d’autres origines. Les prix élevés de 2018 avaient aussi poussé beaucoup de pays à planter : l’Ouganda, l’Indonésie, l’Inde, les Comores. Quelques années plus tard, tous ces vanilliers sont entrés en production en même temps.
Résultat, après la levée du prix plancher en 2023, les cours se sont effondrés. Certains planteurs se sont remis au clou de girofle ou au cacao, plus rentables. Début 2026, des opérateurs malgaches dénonçaient même des offres de vanille à 10 ou 15 dollars le kilo, en dessous du coût de revient. J’ai détaillé cette crise dans la crise de la vanille à Madagascar.
Comment reconnaître une vanille récoltée trop tôt ?
C’est la question que je me posais sans cesse en 2018, et elle reste utile aujourd’hui, où l’on trouve de la vanille très bon marché.
La taille et l’aspect de la gousse. Une gousse immature reste souvent plus fine, plus sèche, avec une peau terne. Une gousse mûre bien préparée est charnue, souple, presque grasse.
Le parfum. C’est le signe le plus fiable. Une vanille cueillie trop tôt sent peu, avec parfois une note verte ou fumée qui masque le reste. Une vanille mûre sent le cacao, le caramel, les fruits secs.
Le taux de vanilline. Une gousse récoltée avant maturité n’a pas eu le temps de développer sa vanilline. Les professionnels la mesurent en laboratoire ; à la maison, votre nez fait très bien l’affaire.
L’humidité. Une vanille gourmet de qualité supérieure garde une humidité d’environ 30 à 38 %. Trop sèche, elle a perdu ses arômes ; trop humide et mal préparée, elle risque de moisir.
Voici comment j’avais décrit la vanille de Mananara-Nord récoltée à maturité cette année-là :
Pyramide aromatique d’une vanille Bourbon récoltée à maturité
Et voici la différence, en bouche, entre une gousse mûre et une gousse cueillie trop tôt :
Profil comparatif indicatif (échelle de 0 à 5)
En 2018, le prix de la vanille de Madagascar a atteint environ 600 dollars le kilo après le cyclone Enawo, mais beaucoup de gousses ont été cueillies trop tôt par peur des vols. Depuis, les prix se sont effondrés. Hier comme aujourd’hui, le prix ne dit rien de la qualité : c’est la maturité et la préparation qui font une grande vanille.
Que retenir pour acheter sa vanille aujourd’hui ?
Le marché a complètement basculé depuis 2018. La vanille n’a jamais été aussi abordable, mais ce n’est pas forcément une bonne nouvelle pour la qualité : quand les prix sont trop bas, certains producteurs ne peuvent plus se permettre de laisser mûrir les gousses ni de les affiner correctement.
Mon conseil n’a pas changé depuis 2018 : méfiez-vous des prix trop beaux, sentez la gousse, et achetez auprès d’un spécialiste de la vanille capable de vous dire d’où elle vient et comment elle a été préparée. Pour les prix actuels, lisez le prix de la vanille aujourd’hui, et pour choisir vos gousses, comment bien choisir sa vanille. Au Comptoir de Toamasina, entreprise française, je travaille avec des fournisseurs et des exportateurs que je connais, pour garder la traçabilité de chaque lot. Et depuis 2018, je regarde aussi du côté des origines moins dépendantes d’une seule île : la vanille de Tahiti, dont les prix ont été plus stables, et la vanille du Brésil, comme la vanille bahianaise. Tout ce que j’ai appris sur les vanilles du monde est réuni dans mon livre Vanilles du monde, terroirs, gousses et gestes.
Madagascar, ce n’est pas que la vanille : c’est aussi un poivre noir très parfumé et le poivre sauvage voatsiperifery. Pour trouver votre poivre, faites notre test : Quel poivre choisir selon vos goûts ?
Questions fréquentes sur le prix de la vanille en 2018
Découvrir la vanille de Madagascar