Maison ActualitésVanilleVanille verruqueuse Hauman : Vanilla verrucosa, l’une des vanilles les plus australes d’Amérique

Vanille verruqueuse Hauman : Vanilla verrucosa, l’une des vanilles les plus australes d’Amérique

Une vanille décrite en Argentine en 1917, comment la reconnaître, l'une des vanilles les plus australes, une histoire de noms embrouillée et la plus vieille famille des vanilles

Par Arnaud Sion
Publié: Mis à jour: 6 minutes lire

Connaissez-vous la vanille verruqueuse ? Derrière ce nom étrange se cache Vanilla verrucosa Hauman, une petite vanille sauvage de la forêt atlantique, entre le nord-est de l’Argentine et le sud du Brésil. Elle doit son nom aux petites « verrues » qui couvrent le centre de sa fleur. C’est l’une des vanilles qui vivent le plus au sud du continent américain, là où l’hiver peut être frais. Je vous présente son histoire, comment la reconnaître, son nom embrouillé, et sa famille, la plus ancienne de toutes les vanilles.

L’avis d’Arnaud, créateur du Comptoir de ToamasinaOn imagine toujours la vanille sous les tropiques, à Madagascar ou à Tahiti. La verruqueuse prouve qu’une vanille peut vivre bien plus au sud, jusqu’au Rio Grande do Sul, et supporter des hivers frais. Elle n’a pas de vanilline, elle ne finira jamais dans vos desserts, mais elle appartient à la plus vieille famille des vanilles. Une témoin précieuse de l’histoire de notre épice.

L’essentiel en un coup d’œil

SON NOMVanilla verrucosa Hauman, 1917
RÉCOLTÉEEn 1901, à Misiones, en Argentine
OÙDe Misiones au Rio Grande do Sul
SA FAMILLELes vanilles membranacées
SON SIGNEDes « verrues » sur le labelle
SA GOUSSESans vanilline, odeur d’herbe coupée

Une vanille décrite en Argentine en 1917

Tout commence le 29 mars 1901, à Piray, dans la province de Misiones, au nord-est de l’Argentine, tout près du Brésil et des chutes d’Iguaçu. Un récolteur, H. Kermes, y prélève une vanille, conservée depuis à l’herbier de l’Institut de botanique agricole de Buenos Aires. En 1917, le botaniste belgo-argentin Lucien Hauman la décrit comme une espèce nouvelle et lui donne son nom : Vanilla verrucosa, la « vanille verruqueuse ».

Comment la reconnaître

Vanilla verrucosa est une liane vivace, qui commence sa vie au sol puis grimpe dans les arbres, avec des tiges fines et grimpantes.

  • ›Les feuilles : presque sans pétiole, minces comme du papier, parcourues d’un réseau de nervures bien visible.
  • ›Le labelle : le grand pétale de la fleur est libre, ou soudé à la colonne seulement à sa base, et il n’a pas la touffe d’écailles des vanilles cultivées.
  • ›Les fameuses « verrues » : son signe distinctif, et l’origine de son nom. Le centre du labelle est couvert de crêtes en long et de papilles épaisses et rugueuses, comme de petites verrues.
  • ›Les fruits : des gousses cylindriques qui s’ouvrent à maturité et deviennent noires. Elles sentent l’herbe coupée ou une légère note sucrée, mais ne contiennent pas de vanilline : ce n’est pas une vanille à cuisiner.
Les chutes d'Iguaçu et la forêt atlantique, près de Misiones

La forêt atlantique autour d’Iguaçu, tout près du lieu de découverte de la vanille verruqueuse

L’une des vanilles les plus australes

La verruqueuse vit dans la forêt atlantique, la Mata Atlântica, du sud-est de l’Amérique du Sud : de la province de Misiones, en Argentine, jusqu’au Rio Grande do Sul, l’État le plus méridional du Brésil. C’est l’une des limites les plus au sud connues pour une vanille sur le continent américain. Sous ce climat subtropical, elle a dû s’habituer à des hivers bien plus frais que ceux des tropiques. Une adaptation rare chez les vanilles, et précieuse pour comprendre comment la vanille pourrait réagir aux changements de climat.

Une histoire de noms embrouillée

Comme beaucoup de vanilles sauvages, la verruqueuse a connu bien des confusions. Dans plusieurs flores régionales et bases de données, on l’a rapprochée, ou confondue, avec deux autres vanilles de la même région : Vanilla angustipetala, décrite par Schlechter en 1922, et Vanilla rojasiana, décrite par Hoehne en 1941. Or, en botanique, c’est le nom le plus ancien qui l’emporte. Si les botanistes confirmaient un jour qu’il s’agit d’une seule et même plante, c’est le nom de Hauman, publié en 1917, qui devrait être retenu. En attendant, seules l’observation de plantes vivantes et l’analyse de leur ADN permettront de trancher. Lisez la vanille rojasiana, aujourd’hui Vanilla angustipetala et l’inflation taxonomique et les nouvelles vanilles.

La plus vieille famille des vanilles

La verruqueuse appartient aux vanilles « membranacées ». En 2025, les botanistes Karremans, Pupulin et Damián ont proposé une nouvelle classification des vanilles en quatre grands groupes, des sous-genres.

Les quatre grandes familles de vanilles

Sous-genre Espèces Où Ce qui les caractérise
Membranacea 17 Amérique tropicale Feuilles minces, labelle libre, pas de vanilline. La verruqueuse, l’andina
Vanilla Environ 40 Amérique tropicale Feuilles épaisses, fruits riches en vanilline. La planifolia, la pompona
Tethyos Environ 70 Afrique, Asie, Antilles Dont les vanilles sans feuilles de Madagascar
Gondwana 1 Plateau des Guyanes Une seule espèce, Vanilla cameroniana

Les analyses d’ADN montrent que les membranacées forment la branche la plus ancienne de tout le genre : elles se sont séparées des autres vanilles avant que celles-ci ne se diversifient. Leurs feuilles minces et leur labelle libre seraient donc les traits des toutes premières vanilles. Et l’absence de vanilline aussi : le parfum de la planifolia serait une invention plus tardive. La verruqueuse a pour cousines la Vanilla andina et la Vanilla armoriquensis, les vanilles des nuages des Andes, ou encore la Vanilla mexicana. Lisez les vanilles des nuages et la vanille parvifolia.

Vanilla armoriquensis, une vanille membranacée des Andes

Vanilla armoriquensis, une cousine membranacée de la vanille verruqueuse

Pourquoi la protéger

On connaît si peu la verruqueuse qu’elle n’a même pas pu être évaluée : sur les listes rouges du Brésil et de l’Argentine, elle est classée « données insuffisantes » ou « non évaluée ». Mais son milieu, la forêt atlantique, est l’une des forêts les plus morcelées du monde. Les vanilles membranacées, avec leurs feuilles minces, sont aussi très sensibles au dessèchement quand la forêt recule. Pourtant, ces vanilles anciennes sont un réservoir génétique irremplaçable pour l’avenir de la vanille. Pour les protéger, les spécialistes recommandent de préserver les forêts, de mieux les rechercher sur le terrain, et d’encourager des cultures qui gardent les grands arbres, comme le café cultivé à l’ombre.

Découvrez notre vidéo, et notre vanille de Madagascar, une vraie vanille à cuisiner.

Vos questions fréquentes

Qu’est-ce que la vanille verruqueuse ?

C’est Vanilla verrucosa Hauman, une vanille sauvage de la forêt atlantique, du nord-est de l’Argentine au sud du Brésil, décrite en 1917.

Pourquoi l’appelle-t-on verruqueuse ?

À cause des petites papilles épaisses et rugueuses, comme des verrues, qui couvrent le centre de sa fleur.

Peut-on cuisiner la vanille verruqueuse ?

Non : ses gousses sentent l’herbe coupée et ne contiennent pas de vanilline. Comme toutes les vanilles membranacées, elle n’a pas d’intérêt culinaire.

Jusqu’où la vanille pousse-t-elle vers le sud ?

La verruqueuse atteint le Rio Grande do Sul, au sud du Brésil : c’est l’une des vanilles les plus australes du continent américain.

Livre Vanilles du monde, terroirs, gousses et gestes, par Arnaud Sion

Pour aller plus loin

Vanilles du monde

Dans mon livre, je raconte les grandes vanilles du monde, leurs terroirs et les gestes pour bien les choisir, les conserver et les cuisiner.

Découvrir le livre

Vous aimerez peut-être aussi

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.