Faut-il couper la tige d’une orchidée après la floraison ? Où couper, à quelle hauteur, avec quel outil ? Et surtout, comment la faire refleurir ? Ce sont les questions que l’on me pose le plus souvent, dès que les dernières fleurs d’un phalaenopsis tombent. La réponse dépend d’abord du type d’orchidée : on ne taille pas un phalaenopsis comme un dendrobium ou un cattleya, et une coupe mal placée peut priver la plante de ses réserves ou ouvrir la porte aux maladies. Moi Arnaud Sion, Arnaud Vanille, je travaille depuis plus de quinze ans avec l’orchidée la plus célèbre du monde, la vanille, et j’ai appris auprès des planteurs que chaque coupe est une blessure qu’il faut savoir faire et soigner. Dans ce guide, je vous explique comment couper une orchidée, genre par genre, comment tailler ses racines et ses feuilles, comment désinfecter vos outils, comment multiplier vos orchidées grâce aux keikis, et comment les faire refleurir.
- › L’essentiel en un coup d’œil
- › Avant de couper : comprendre son orchidée
- › Couper la hampe d’un phalaenopsis
- › Tailler les autres orchidées
- › Couper les racines
- › Couper les feuilles
- › Des outils propres et une coupe soignée
- › Multiplier ses orchidées par les keikis
- › Après la coupe : faire refleurir
- › Prévenir les maladies
- › Les erreurs à éviter
- › Vos questions fréquentes
Comment couper une orchidée : l’essentiel

Couper la hampe d’un phalaenopsis au bon endroit pour le faire refleurir
Avant de couper : comprendre comment pousse son orchidée
Toutes les orchidées ne poussent pas de la même façon, et c’est ce qui décide de la façon de les tailler. Les botanistes distinguent deux architectures. Les orchidées monopodiales poussent sur un axe unique, vertical, qui s’allonge par le haut et produit de nouvelles feuilles au sommet : c’est le cas du phalaenopsis, du vanda, et aussi de la vanille. Leurs hampes florales sortent à l’aisselle des feuilles. Les orchidées sympodiales poussent à l’horizontale, le long d’une tige rampante, le rhizome, et produisent chaque année une nouvelle pousse, souvent renflée en pseudobulbe ou en canne, qui sert de réserve d’eau et de nutriments : dendrobium, cattleya, oncidium, cymbidium. Chez elles, les anciennes pousses, même défleuries et parfois sans feuilles, nourrissent les nouvelles : il ne faut surtout pas les couper.
| Monopodiales | Sympodiales | |
|---|---|---|
| Exemples | Phalaenopsis, vanda, vanille | Dendrobium, cattleya, oncidium, cymbidium, paphiopedilum |
| Croissance | Un axe vertical unique | Nouvelles pousses le long d’un rhizome |
| Réserves | Dans les feuilles et les racines | Dans les pseudobulbes et les cannes |
| Ce qu’on coupe | La hampe florale, selon son état | La tige florale fanée, et seulement les pousses mortes |
| Ce qu’on garde | Toutes les racines aériennes saines | Tous les pseudobulbes et cannes encore verts |
Couper la hampe d’un phalaenopsis
Le phalaenopsis, l’orchidée papillon de nos salons, est la seule orchidée courante capable de refleurir sur sa hampe défleurie. Tout dépend de l’état de la tige quand la dernière fleur tombe. Si la hampe reste bien verte et ferme, et que la plante est vigoureuse, avec de belles feuilles et des racines saines, repérez les nœuds, ces petits renflements écailleux le long de la tige, sous les anciennes fleurs. Comptez depuis la base et coupez environ un centimètre au-dessus du deuxième ou du troisième nœud. En supprimant le sommet, vous réveillez le bourgeon dormant caché sous l’écaille : une nouvelle hampe ramifiée peut apparaître en deux à cinq mois. Si vous voyez déjà un petit bourgeon qui gonfle sur la hampe, coupez juste au-dessus de lui. Si la hampe jaunit, brunit ou se dessèche, elle est morte : coupez-la à sa base, à environ deux à trois centimètres du cœur de la plante, sans blesser les feuilles. La plante concentrera son énergie sur ses racines et ses feuilles, avant de lancer une toute nouvelle hampe depuis l’aisselle d’une feuille. Faut-il toujours tenter la refloraison ? Non. Une plante fatiguée, avec peu de feuilles ou des racines abîmées, gagnera à se reposer : coupez alors la hampe à la base, même si elle est verte. Une hampe peut refleurir deux ou trois fois, mais chaque floraison puise dans les réserves.

Une hampe verte peut relancer une nouvelle floraison depuis un nœud
Tailler les autres orchidées, genre par genre
| Genre | Ce qu’on coupe | Ce qu’on ne coupe jamais |
|---|---|---|
| Dendrobium | Seulement les cannes totalement brunes, creuses et friables, au ras de la base | Les cannes vertes, même sans feuilles |
| Cattleya | La tige florale fanée, juste au-dessus du pseudobulbe, et les gaines sèches | Les pseudobulbes verts |
| Oncidium | La hampe, une fois complètement sèche, à 1 ou 2 cm de la base | Les pseudobulbes, même un peu ridés |
| Cymbidium | Les tiges florales fanées | Les vieux pseudobulbes dénudés, réserves de secours |
| Paphiopedilum | La tige florale, au plus bas, au cœur de l’éventail | L’éventail de feuilles, tant qu’il est vert |
| Vanda | La hampe sèche, au ras de la tige | Les racines aériennes saines |
Le dendrobium, l’erreur la plus fréquente. Ses cannes, ces longues tiges segmentées, perdent souvent leurs feuilles après la floraison. On a envie de les couper : c’est une grave erreur. Même dégarnies, elles stockent l’eau et les nutriments qui nourrissent les nouvelles pousses, et certaines refleurissent ou donnent des keikis. En cas de doute, grattez légèrement l’écorce avec l’ongle : si c’est vert dessous, la canne est vivante. Le paphiopedilum, ou sabot de Vénus, ne fleurit qu’une fois par éventail de feuilles, mais cet éventail continue de nourrir les pousses latérales : on le garde. Le vanda qui s’est trop dégarni à la base peut être rajeuni : on coupe la tige sous un beau faisceau de racines aériennes, et l’on replante la partie haute.
Couper les racines d’une orchidée
Les racines aériennes. Ces racines grises ou vertes qui sortent du pot inquiètent souvent, mais elles sont parfaitement normales chez les orchidées épiphytes, qui vivent naturellement accrochées aux arbres. Si elles sont fermes, ne les coupez jamais : elles captent l’humidité de l’air et participent à la photosynthèse. Les racines à supprimer. On ne taille les racines qu’au moment du rempotage. Coupez toutes celles qui sont molles, brunes, noires, creuses ou qui s’écrasent sous les doigts : elles sont pourries. Gardez toutes celles qui sont fermes, denses et pleines, qu’elles soient vertes, blanches ou jaunies par le manque de lumière. Lire les racines. Dans un pot transparent, une racine vert vif est bien hydratée ; une racine gris argenté demande de l’eau. C’est le meilleur indicateur d’arrosage. Pour la méthode complète, lisez comment rempoter une orchidée.

Les racines se taillent au moment du rempotage
Couper les feuilles d’une orchidée
La vieille feuille qui jaunit. Il est normal qu’un phalaenopsis perde de temps en temps sa feuille la plus ancienne, en bas de la plante. Laissez-la jaunir puis sécher complètement : la plante récupère ses nutriments. Elle se détachera alors toute seule, ou d’une légère traction. Une feuille malade. Si une feuille présente une tache molle, humide, qui s’étend, il faut agir vite : coupez la partie atteinte avec une lame désinfectée, en entamant un peu de tissu sain, puis appliquez de la cannelle en poudre. Une feuille fendue ou abîmée. Si elle est encore verte, gardez-la : même imparfaite, elle nourrit la plante.
Des outils propres et une coupe soignée
Chaque coupe est une plaie, et donc une porte d’entrée pour les champignons, les bactéries et surtout les virus, très contagieux d’une orchidée à l’autre. C’est le point que les amateurs négligent le plus. Désinfecter entre chaque plante. Ne passez jamais d’une orchidée à l’autre avec la même lame sans la désinfecter. Trois méthodes : passer la lame quelques secondes dans la flamme d’un briquet ou d’un petit chalumeau, la méthode la plus sûre contre les virus ; la tremper au moins trente secondes dans de l’alcool à 70° ; ou utiliser une lame de rasoir neuve pour chaque plante. Jamais à la main. Ne cassez pas une hampe avec les doigts : la déchirure est irrégulière, et vos mains peuvent transmettre des virus d’une plante à l’autre. La cannelle, cicatrisant naturel. C’est l’astuce préférée des orchidophiles : saupoudrer chaque coupe d’un peu de cannelle en poudre. Réputée pour ses propriétés antiseptiques et fongicides naturelles, elle assèche rapidement la plaie et la protège. Une cannelle de Ceylan ou de Madagascar, de la même espèce, Cinnamomum verum, fait parfaitement l’affaire. La cire. Sur une grosse tige coupée, une goutte de cire de bougie fondue scelle la plaie contre l’eau. Et après ? Jetez les débris végétaux dans un sac fermé, et nettoyez les pots réutilisés à l’eau de Javel diluée avant de vous en resservir.
Multiplier ses orchidées par les keikis
Un bébé orchidée. Le mot keiki vient de l’hawaïen et signifie « bébé ». Il désigne une petite plante qui pousse spontanément sur la plante mère : sur un nœud de la hampe chez le phalaenopsis, le long des cannes chez le dendrobium ou l’epidendrum. C’est un clone parfait de la mère, et le moyen le plus simple de multiplier ses orchidées. La règle des trois. Ne séparez jamais un keiki trop tôt : sans racines suffisantes, il se dessèche. Attendez qu’il ait au moins trois feuilles bien formées et trois racines d’au moins sept à huit centimètres. La séparation. Avec une lame désinfectée, coupez la hampe environ un à deux centimètres au-dessus et au-dessous du keiki, pour prélever un petit tronçon de tige avec lui. Sur un dendrobium, détachez-le par une légère torsion à sa base, ou coupez au plus près, sans entailler la canne mère. Saupoudrez les deux plaies de cannelle. La mise en pot. Installez le keiki dans un petit pot transparent, dans un mélange fin d’écorces de pin et de sphaigne humide. Placez-le dans un endroit chaud, très lumineux mais sans soleil direct, avec une forte humidité de l’air, par exemple sur un plateau de billes d’argile humides, et ne détrempez pas le substrat les premières semaines.
Après la coupe : faire refleurir son orchidée
La lumière. C’est le premier facteur de refloraison : beaucoup de lumière, mais jamais de soleil direct, qui brûle les feuilles. Une fenêtre est ou ouest, ou une fenêtre sud derrière un voilage, est idéale. La couleur des feuilles vous guide : vert moyen, c’est parfait ; vert très foncé et mou, il manque de lumière ; jaunâtre ou rougeoyant, il y en a trop. Le choc des nuits fraîches. La plupart des orchidées ont besoin d’un écart de cinq à dix degrés entre le jour et la nuit pour lancer une nouvelle hampe. En automne, placer un phalaenopsis quelques semaines dans une pièce un peu plus fraîche la nuit fait souvent des miracles. Le dendrobium nobile et le cymbidium, eux, exigent un vrai repos au frais, entre 10 et 15 °C, avec peu d’arrosage. L’engrais, peu mais souvent. Un engrais pour orchidées très dilué, une à deux fois par mois, uniquement pendant la croissance, et jamais pendant le repos. L’arrosage. Arrosez quand le substrat est sec et que les racines sont gris argenté, par trempage du pot dix à quinze minutes, puis laissez bien égoutter. Pas de glaçons, qui choquent les racines tropicales. Lisez comment bien arroser les orchidées et tout sur l’arrosage des plantes. L’ennemi caché : la corbeille de fruits. Les fruits mûrs dégagent de l’éthylène, un gaz qui fait tomber les boutons et les fleurs : éloignez vos orchidées de la cuisine et de la corbeille de bananes.

Lumière, nuits fraîches et arrosage mesuré : les clés de la refloraison
Prévenir les maladies des orchidées
La plupart des maladies des orchidées, pourritures, champignons, virus, viennent d’erreurs de culture ou d’outils contaminés. La prévention est donc votre meilleure arme. De l’air. Une légère circulation d’air autour des plantes empêche les spores de s’installer ; l’air confiné et humide est le paradis des champignons. Arroser le matin, et jamais dans le cœur. Arrosez de préférence le matin, pour que les gouttes sèchent avant la nuit, et ne laissez jamais d’eau stagner au cœur de la rosette ou à l’aisselle des feuilles : c’est la cause classique de la pourriture du cœur, souvent fatale. Si de l’eau y tombe, épongez-la avec un coin de papier absorbant. Un nettoyage régulier. Retirez les fleurs fanées, les feuilles mortes et les gaines sèches autour des pseudobulbes, où se cachent les cochenilles. La quarantaine. Isolez toute nouvelle orchidée quelques semaines avant de l’installer près des autres, le temps de vérifier qu’elle n’abrite ni cochenilles, ni thrips, ni maladie. Les virus. Ils sont incurables : feuilles marbrées, stries, fleurs déformées doivent alerter. Une plante virusée doit être isolée, puis éliminée, pour protéger le reste de la collection.
Les erreurs à éviter quand on coupe une orchidée
| Erreur | Conséquence | Le bon geste |
|---|---|---|
| Couper une canne verte de dendrobium | Plante affaiblie, moins de fleurs | Ne couper que les cannes mortes |
| Couper les racines aériennes | Moins d’eau et de nutriments | Les garder si elles sont fermes |
| Outil sale | Transmission de virus et de champignons | Désinfecter à la flamme ou à l’alcool |
| Casser la hampe à la main | Plaie irrégulière, contamination | Une coupe nette, puis de la cannelle |
| Séparer un keiki trop jeune | Le keiki se dessèche | Attendre 3 feuilles et 3 racines |
| Forcer la refloraison d’une plante faible | Plante épuisée | Couper à la base et laisser reposer |
La pyramide des gestes de la taille
Profil indicatif de trois orchidées : phalaenopsis, dendrobium et cattleya
Vos questions fréquentes
Où couper la tige d’une orchidée après la floraison ?
Sur un phalaenopsis : environ un centimètre au-dessus du deuxième ou troisième nœud si la hampe est verte, à la base si elle est brune ou sèche.
Une orchidée peut-elle refleurir sur la même tige ?
Oui, le phalaenopsis peut relancer une hampe secondaire depuis un nœud de l’ancienne, en deux à cinq mois, si la plante est vigoureuse.
Faut-il couper les racines qui sortent du pot ?
Non, si elles sont fermes : ce sont des racines aériennes normales et utiles. On ne coupe que les racines molles ou pourries, au rempotage.
Pourquoi mettre de la cannelle sur une orchidée ?
La cannelle en poudre, réputée antiseptique et fongicide, assèche la plaie et la protège des champignons et des bactéries.
Quand séparer un keiki ?
Quand il a au moins trois feuilles et trois racines de sept à huit centimètres. Plus tôt, il risque de se dessécher.
Pourquoi mon orchidée ne refleurit pas ?
Le plus souvent par manque de lumière ou d’écart de température entre le jour et la nuit. Rapprochez-la d’une fenêtre et offrez-lui quelques nuits plus fraîches.
Faut-il couper les cannes dénudées d’un dendrobium ?
Non, tant qu’elles sont vertes : elles nourrissent la plante. Ne coupez que les cannes brunes, creuses et sèches.
Et l’orchidée qui se mange ?
Couper une orchidée, ce n’est pas un geste anodin : c’est lire la plante, choisir le bon endroit, travailler proprement et laisser le temps faire son œuvre. Avec ces gestes d’expert, vos orchidées refleuriront année après année.