Comment enraciner les plantes à la maison ? Le Comptoir de Toamasina et Arnaud vous proposent de tout savoir sur le monde des boutures. Arnaud a notamment réalisé une vidéo sur la façon de bouturer la vanille, et chaque semaine, Le Comptoir de Toamasina publie une vidéo sur le monde de la vanille. Les boutures sont un raccourci formidable pour multiplier vos plantes : vous gagnez du temps et une nouvelle plante, qui se développe à partir d’un morceau de la plante d’origine. Dans ce guide, je vous explique comment une tige fabrique des racines, comment préparer des enracineurs naturels, comme l’eau de saule ou l’extrait de souchet, comment éviter que vos boutures pourrissent, comment réussir un marcottage, et pourquoi les racines nées dans l’eau ont du mal à passer en terre. Et pour voyager dans notre univers, découvrez nos gousses de vanille.
- › L’essentiel en un coup d’œil
- › Comment une tige fabrique des racines
- › Comment couper une bouture
- › L’eau de saule, l’enracineur naturel
- › L’extrait de souchet, le secret brésilien
- › Les enracineurs comparés
- › Éviter la pourriture des boutures
- › Le marcottage aérien pas à pas
- › Quelles plantes marcotter ?
- › Racines d’eau ou racines de terre
- › Prendre soin des boutures
- › Mon verdict
- › Vos questions fréquentes
Enraciner ses plantes : l’essentiel

Le guide de l’enracinement des plantes en un coup d’œil
Comment une tige fabrique des racines
Beaucoup de plantes possèdent un superpouvoir : faire pousser des racines là où il n’y en avait pas, à partir d’une tige, d’une feuille ou d’un pétiole. Les botanistes appellent cela la rhizogenèse. Tout se joue entre deux familles d’hormones végétales. Les auxines poussent les cellules à former des racines ; les cytokinines les poussent à former des bourgeons et des feuilles. Quand les auxines dominent, la plante fait des racines.
La coupe elle-même aide la plante. Les auxines descendent naturellement le long de la tige ; quand on la coupe, ou qu’on l’incise, elles s’accumulent juste au-dessus de la blessure, avec des sucres. Cette concentration réveille les cellules et les transforme en débuts de racines. C’est tout le principe des hormones de bouturage, et des enracineurs naturels que nous allons voir. Mais attention à l’excès : trop d’hormone de synthèse bloque la croissance des racines au lieu de l’aider.
Comment couper une bouture
À titre d’exemple, Arnaud montre dans sa vidéo comment faire des boutures de vanille, ou d’un bégonia (Begonia brevirimosa) devenu très long. Malgré ses belles feuilles, sa tige s’est dégarnie, et aucune nouvelle feuille ne naitra le long de cette longue tige : pour obtenir une plante plus fournie, la taille est la seule solution. Et cette taille vous donne des boutures ! Avec un sécateur propre, coupez des segments de tige, toujours près des nœuds, ces petits renflements où se trouvent les bourgeons : c’est de là que naissent les racines et les nouvelles feuilles. Voici les trois conseils pour mettre toutes les chances de votre côté.
- ›Couper en biseau, c’est-à-dire en diagonale. Cet angle empêche l’eau de s’accumuler sur la coupe et augmente la surface où les racines peuvent se former.
- ›Enlever les deux tiers des feuilles. La bouture doit d’abord faire des racines : plus elle garde de feuilles, plus elle perd d’eau et d’énergie. On peut même couper en deux les grandes feuilles. Et surtout, aucune feuille ne doit tremper dans l’eau ou toucher la terre : elle pourrirait.
- ›Tremper la base dans un enracineur pendant la nuit : eau de saule ou extrait de souchet. La bouture absorbe ses hormones naturelles et démarre plus vite.
Lisez aussi la bouture de vanille dans l’eau.
L’eau de saule, l’enracineur naturel
Le saule est connu pour s’enraciner avec une facilité déconcertante : une branche plantée dans la terre humide fait souvent des racines toute seule. Son eau est devenue l’enracineur naturel préféré des jardiniers. Son efficacité viendrait de deux substances de ses jeunes rameaux.
- ›Une auxine naturelle, l’acide indole-acétique, qui pousse les cellules de la coupe à former des racines.
- ›Des dérivés salicylés, parents de l’aspirine, qui stimulent les défenses de la plante et aident à protéger la plaie contre les champignons et les bactéries.
Selon plusieurs essais, l’eau de saule permettrait d’atteindre 75 à 90 % de boutures enracinées, contre environ 60 % sans traitement, soit autant ou plus que certaines hormones du commerce. Elle est gratuite, naturelle et non toxique. Voici deux façons de la préparer.
| Méthode | Comment faire | Conservation |
|---|---|---|
| Infusion rapide | Coupez de jeunes rameaux verts, de la grosseur d’un crayon, effeuillez-les et coupez-les en tronçons de 2 à 3 cm, ou écrasez-les. Versez de l’eau bouillante non chlorée, couvrez, laissez infuser 24 h, puis filtrez. | Quelques jours au frais, jusqu’à deux mois au réfrigérateur |
| Macération à froid | Plongez de gros tronçons de branches dans un seau d’eau pendant 2 à 6 semaines. Un liquide légèrement gélatineux se forme : filtrez-le. | En bocal propre, à utiliser rapidement |
Utilisez-la pour faire tremper la base des boutures de 24 à 72 heures, pour humidifier la mousse d’un marcottage, ou pour arroser les jeunes plants afin de stimuler leurs racines.
L’extrait de souchet, le secret des jardiniers brésiliens
Au Brésil, les jardiniers ont une autre astuce : la tiririca, le souchet rond (Cyperus rotundus). Cette plante a tellement de vigueur que, même à partir d’un seul morceau de sa racine, une nouvelle plante émerge. Cette volonté de vivre en fait une mauvaise herbe redoutée dans les pelouses, les jardins et les pâturages. Mais voyez à quel point la nature est généreuse : ce qui est un problème pour certains peut devenir la solution pour multiplier vos plantes. À ses racines, vous trouverez de petits tubercules, comme de minuscules pommes de terre, qui seraient riches en substances favorisant l’enracinement. C’est un remède populaire, dont quelques essais confirment l’intérêt. Voici la recette.
- ›Récolter une bonne poignée de tubercules de souchet, et les laver.
- ›Mixer le tout au blender, avec le moins d’eau possible.
- ›Laisser reposer au moins une journée avant usage, puis filtrer dans une bouteille, en conservant jusqu’à 20 jours au réfrigérateur. N’oubliez pas d’étiqueter la bouteille : personne n’aimerait confondre ce bouillon avec du jus !
- ›Utiliser : laissez tremper la base des boutures dans ce bouillon pendant la nuit. Vous pouvez aussi le mélanger à l’eau d’arrosage, ou le pulvériser sur vos jeunes plants après l’avoir filtré dans un filtre à café pour ne pas boucher le vaporisateur.
Attention : le souchet rond est l’une des mauvaises herbes les plus envahissantes au monde. Ne plantez jamais ses tubercules, et jetez les restes à la poubelle plutôt qu’au compost. Découvrez aussi les super pouvoirs du marc de café.

Des boutures en train de s’enraciner à la maison
Les enracineurs et protecteurs comparés
| Produit | Ce qu’il fait | Comment l’utiliser |
|---|---|---|
| Hormone de synthèse | Forte induction des racines, environ 70 à 80 % de réussite | Un bref contact, poudre ou liquide, sans excès |
| Eau de saule | Enracine et protège | Trempage de 24 à 72 h, ou arrosage |
| Extrait de souchet | Favoriserait l’enracinement | Trempage d’une nuit |
| Cannelle en poudre | Protège la coupe des moisissures | Une pincée à sec sur la coupe |
| Miel brut | Barrière antiseptique | Une fine couche sur la base |
| Gel d’aloe vera | Aide à cicatriser, protège | Gel frais sur la coupe |
La cannelle, le miel et l’aloe vera ne font pas pousser de racines à proprement parler : ils protègent la coupe pour que les racines aient le temps de se former. Je détaille l’usage de la cannelle dans comment utiliser la cannelle et la propolis sur les plantes.
Comment éviter la pourriture des boutures
La première cause d’échec, c’est la pourriture de la base de la tige. Elle est due à des champignons et à des bactéries qui attaquent les tissus blessés, privés d’air, dans une eau stagnante ou un terreau détrempé. Voici comment l’éviter.
- ›Des outils propres. Nettoyez la lame à l’alcool à 70 ° avant chaque coupe, pour ne pas transmettre de maladie.
- ›Aucune feuille sous l’eau. Les feuilles qui pourrissent sont la première source d’infection.
- ›Un substrat très drainant. Moitié perlite, moitié sphaigne ou vermiculite : l’eau ne stagne pas et les jeunes racines respirent.
- ›Une eau renouvelée. Pour les boutures dans l’eau, changez-la tous les 3 à 5 jours, ou ajoutez un petit bulleur d’aquarium. Quelques millilitres d’eau oxygénée à 3 % par litre, 2 à 5 mL, désinfectent aussi l’eau.
- ›Une cloche aérée. Sous une cloche ou un sac transparent, aérez quelques minutes chaque jour pour évacuer la condensation.
- ›Une lumière vive mais indirecte. Le soleil direct chauffe l’eau, détruit les hormones et favorise les algues et les champignons.
Le marcottage aérien pas à pas
Le marcottage, c’est faire des racines à une branche avant de la couper de la plante mère. Comme elle reste reliée à la plante, elle continue de recevoir de l’eau et des minéraux pendant tout l’enracinement : c’est la méthode la plus sûre, idéale pour les plantes d’intérieur devenues trop hautes ou dégarnies à la base, comme le ficus, le monstera ou le dracaena. Voici les étapes.
- ›Choisir la tige. Une tige vigoureuse, âgée d’un à deux ans. Repérez un point sous un nœud, à 30 à 45 cm du sommet, et retirez les feuilles sur 10 à 20 cm autour.
- ›Inciser. Sur une tige ligneuse, ficus ou schefflera, retirez un anneau d’écorce de 2,5 cm de large, jusqu’au bois, et grattez légèrement. Sur une tige souple, dracaena ou dieffenbachia, faites une entaille en biais vers le haut, jusqu’au tiers de l’épaisseur, et glissez-y un cure-dent pour la garder ouverte.
- ›Envelopper. Badigeonnez la plaie d’eau de saule, entourez-la d’une poignée de mousse de sphaigne humide et bien essorée, puis d’un film plastique transparent d’environ 30 cm, fermé en haut et en bas.
- ›Surveiller. Si la marcotte est au soleil, couvrez-la de papier aluminium. Gardez la mousse humide.
- ›Sevrer. Après quelques semaines à quelques mois, quand les racines sont bien visibles à travers le plastique, coupez la tige juste en dessous. Retirez le plastique, mais gardez la mousse autour des racines, et plantez dans un terreau drainant.
Quelles plantes marcotter ?
| Technique | Pour quelles plantes | Exemples |
|---|---|---|
| Aérien | Tiges rigides, qu’on ne peut pas courber jusqu’au sol | Ficus, monstera, philodendron, dracaena, schefflera, croton, magnolia, rhododendron, camellia, érable du Japon, agrumes |
| Simple, par couchage | Branches basses et souples | Rhododendron, forsythia, framboisier, mûrier, cognassier du Japon |
| En serpenteau | Longues lianes souples | Clématite, chèvrefeuille, glycine, jasmin, passiflore, pothos, lierre |
| En cépée | Petits buissons touffus | Bruyères, plantes de rocaille |
Pour le marcottage simple, on courbe une branche jusqu’au sol, on l’incise légèrement sur sa face inférieure et on l’enterre sous 5 à 10 cm de terre. En serpenteau, on fait onduler la liane en enterrant plusieurs nœuds incisés. En cépée, on rabat le buisson au printemps puis on butte sa base avec un terreau sableux. La vanille, elle, se multiplie surtout par bouturage, mais quand on fait redescendre sa liane dans le paillis pour qu’elle y fasse de nouvelles racines, c’est une sorte de marcottage : lisez comment pousse la vanille.
Racines d’eau ou racines de terre : pourquoi la mise en terre est délicate
Faire raciner une bouture dans un verre d’eau est très populaire. Mais les racines qui naissent dans l’eau ne sont pas les mêmes que celles qui naissent dans la terre, et c’est pour cela que tant de boutures dépérissent une fois plantées.
| Caractère | Racines d’eau | Racines de terre |
|---|---|---|
| Intérieur | Pleines de canaux d’air, pour respirer dans l’eau | Denses, sans canaux d’air |
| Poils absorbants | Rares ou absents | Très nombreux |
| Peau | Fine et perméable | Épaisse et protectrice |
| Solidité | Fragiles et cassantes | Solides |
Plantées en terre, les racines d’eau s’écrasent, et sans poils absorbants, elles n’arrivent pas à nourrir la plante, qui flétrit. Voici comment réussir la transition.
- ›Planter tôt, dès que les racines mesurent 2 à 5 cm : plus elles sont longues, plus elles s’adaptent mal.
- ›Un substrat léger, moitié perlite, moitié sphaigne, qui n’écrase pas les racines.
- ›Un sevrage progressif : très humide les 10 à 14 premiers jours, puis on espace les arrosages peu à peu, pour que la plante fasse de vraies racines de terre.
- ›Une cloche pendant une à deux semaines, pour limiter l’évaporation par les feuilles.
Prendre soin des boutures jusqu’à ce qu’elles s’enracinent
Même si elles viennent d’une plante adulte, les boutures doivent être traitées comme des bébés. Elles n’ont pas encore de racines, et souvent peu de feuilles : rien ne les protège. Gardez-les à l’abri du soleil direct, surveillez l’arrosage sans excès, et patientez jusqu’à ce que la petite plante reparte, avec de nouvelles feuilles : c’est le signe que les racines sont là.
Mon verdict : quel enracineur choisir ?
Voici mon classement pour un jardinier amateur.
Vos questions fréquentes
Comment faire de l’eau de saule ?
Coupez de jeunes rameaux de saule en petits tronçons, versez de l’eau bouillante, laissez infuser 24 heures sous couvercle, puis filtrez.
Pourquoi mes boutures pourrissent-elles ?
Le plus souvent à cause d’une eau stagnante, d’un terreau détrempé ou de feuilles qui trempent. Renouvelez l’eau, utilisez un substrat drainant et protégez la coupe avec de la cannelle.
Quand mettre en terre une bouture enracinée dans l’eau ?
Dès que les racines mesurent 2 à 5 cm, dans un substrat très léger, en gardant l’humidité élevée les deux premières semaines.
Qu’est-ce que le marcottage aérien ?
Faire raciner une branche avant de la couper, en l’enveloppant de mousse humide sous un film plastique. C’est idéal pour les ficus, monstera et dracaena.
