Le spécialiste français de la vanille et des orchidées vous explique tout sur l’orchidée hawaïenne, une orchidée incroyable, mais qui cache un joli paradoxe. Ce que l’on appelle « orchidées hawaïennes » dans les jardineries, au Brésil comme ailleurs, ce sont de superbes hybrides créés par des sélectionneurs d’Hawaï. Mais l’archipel lui-même ne compte que trois orchidées sauvages, minuscules et menacées, sauvées de justesse grâce à des champignons microscopiques. Moi Arnaud Sion, Arnaud Vanille, je vous raconte ces deux visages d’Hawaï, je vous donne tous mes conseils pour cultiver ces hybrides chez vous, et je vous présente le Honohono, l’orchidée parfumée chérie des Hawaïens. Découvrez aussi le coffret fagot de vanilles du monde, l’orchidée la plus gourmande, et toute notre vanille.
- › L’essentiel en un coup d’œil
- › Le paradoxe des orchidées hawaïennes
- › Les hybrides hawaïens, faciles et généreux
- › Variétés et croisements
- › Comment en prendre soin
- › Les trois orchidées sauvages d’Hawaï
- › Sauvées par des champignons
- › Le Honohono, l’orchidée parfumée
- › Les orchidées échappées des jardins
- › Mon verdict
- › Vos questions fréquentes
Les orchidées hawaïennes : l’essentiel

Les secrets des orchidées hawaïennes en un coup d’œil
Le paradoxe des orchidées hawaïennes
La grande île d’Hawaï est surnommée « l’île aux orchidées », et l’horticulture des orchidées y pèse plusieurs millions de dollars. On y crée depuis des décennies des hybrides spectaculaires, qui partent ensuite dans le monde entier : c’est d’Hawaï que viennent les jeunes plants de ces orchidées jusqu’au Brésil, où on les appelle simplement orquídeas havaianas. Leur nom ne vient donc pas de leur origine sauvage, mais du lieu où elles ont été sélectionnées. Car en réalité, la quasi-totalité des orchidées que l’on voit à Hawaï, dans les jardins, les serres ou les colliers de fleurs, sont venues d’ailleurs. La flore sauvage de l’archipel ne compte que trois orchidées, de petites plantes terrestres discrètes, cachées dans les tourbières et les forêts de nuages des montagnes.
Une précision au passage : toutes les orchidées fécondées produisent un fruit, une capsule pleine de graines microscopiques. Mais une seule donne un fruit que l’on cuisine : la vanille. Découvrez l’orchidée vanille et toutes les vanilles du monde.
Les hybrides hawaïens : des orchidées faciles et généreuses
Les Phalaenopsis ne sont pas les seules passions des amateurs d’orchidées. Si vous voulez des plantes aux belles fleurs, faciles à entretenir, les orchidées hawaïennes sont une excellente option, pour les débutants comme pour ceux qui veulent agrandir leur collection. Elles sont très bien adaptées à la culture en intérieur en France. Voici leurs atouts.
- ›Leur endurance. Elles supportent mieux que d’autres un oubli d’arrosage, grâce à leurs pseudobulbes.
- ›Des fleurs en abondance. Elles fleurissent généreusement, parfois plus d’une fois par an, longtemps, et souvent avec plusieurs tiges florales qui attendent leur tour pour briller.
- ›Des couleurs à l’infini. Bien au-delà du jaune : lilas, orange, rouge, rose, avec des motifs étonnants, et des formes très variées, en étoile allongée ou aux grands pétales.
- ›Une plante élégante. Même sans fleurs, elle reste verte et gracieuse jusqu’à la floraison suivante.
Variétés et croisements
La « pluie d’or », l’Oncidium aux myriades de petites fleurs jaunes, est la plus connue de ce groupe. Mais la plupart des orchidées hawaïennes sont des hybrides intergénériques : des croisements entre plusieurs genres proches, Oncidium, Miltonia, Brassia, Odontoglossum, réalisés par la main de l’homme et sélectionnés pour leurs plus beaux motifs et leurs plus belles couleurs. Cette diversité surprend au début, puis on apprend à reconnaître les traits de famille : vous direz peut-être d’une fleur qu’elle a le pétale de l’une et la couleur de l’autre. Comme dans Harry Potter, quand on lui dit : « Tu ressembles à ton père, sauf pour les yeux : tu as les yeux de ta mère. » Les traits des Miltonia et des Brassia sont ainsi faciles à repérer. Voici quelques variétés superbes à cultiver chez vous.
- ›Burrageara « Spanish Gold » et Burrageara « Brazilian Sun »
- ›Oncostele « Hilo Firecracker Lucky Strike », au nom de Hilo, la ville des orchidées de Big Island
- ›Beallara « Big Shot Hilo Sparkle »
- ›Aliceara « Pacific Nova » et Odontocidium « Pacific Sun King »

Une orchidée hawaïenne, hybride généreux du groupe des Oncidium
Comment prendre soin de l’orchidée hawaïenne
Les orchidées hawaïennes sont faciles à entretenir, et résistent plus longtemps sans arrosage que bien d’autres orchidées. Observez leurs pseudobulbes, ces renflements à la base des feuilles : ce sont des réservoirs naturels d’eau et de nutriments. Voici les gestes qui les rendront heureuses et fleuries.
- ›Le test du doigt. Enfoncez un doigt dans le substrat : arrosez seulement quand il est presque sec. Des pseudobulbes qui se rident signalent un manque d’eau.
- ›Quelques heures de soleil, de préférence le matin, ou une lumière vive sans soleil brûlant de midi.
- ›Un engrais pour orchidées, dilué, pendant la période de croissance.
- ›Un substrat aéré, à base d’écorce, qui sèche vite entre deux arrosages.
Bien soignées, ce sont des plantes de très longue vie, qui donnent de nombreuses pousses et tiges florales. Lisez aussi comment utiliser la cannelle et la propolis sur les plantes, très utiles pour les orchidées.
Les trois orchidées sauvages d’Hawaï
Revenons à l’autre visage d’Hawaï. Ses trois orchidées indigènes n’ont rien de spectaculaire : ce sont de petites plantes terrestres, cachées dans les zones humides des montagnes. Elles n’existent nulle part ailleurs dans le monde.
| Espèce | Surnom | Où elle vit | Statut |
|---|---|---|---|
| Peristylus holochila | L’orchidée des tourbières | Tourbières et forêts de nuages de Molokaʻi, Maui et Kauaʻi | En danger critique |
| Anoectochilus sandvicensis | L’orchidée joyau | Sols humides des forêts sombres, sur six îles | Vulnérable |
| Liparis hawaiensis | La twayblade hawaïenne | Forêts humides ou plus sèches, sur six îles | Protégée |
L’orchidée des tourbières est la plus rare et la plus menacée de l’archipel. Elle a disparu d’Oʻahu dès 1938, et il n’en reste que quelques dizaines de pieds sauvages. Elle pousse à partir de tubercules souterrains et porte un épi de petites fleurs vert-jaune. Son plus proche parent vit en Alaska et dans les îles Aléoutiennes : ses graines microscopiques auraient traversé le Pacifique accrochées aux plumes d’oiseaux migrateurs, comme le pluvier fauve. L’orchidée joyau rampe sur le sol des forêts et dresse des tiges de 10 à 50 cm, avec une grappe de petites fleurs vert-jaune au labelle jaune ; elle souffre du piétinement des cochons sauvages et de l’appétit des limaces introduites. La twayblade hawaïenne, plus adaptable, a une astuce précieuse sur des îles pauvres en insectes : elle se féconde souvent elle-même, comme la Vanilla palmarum.
Sauvées par des champignons
Les graines d’orchidées sont aussi fines que de la poussière, et n’ont aucune réserve de nourriture. Dans la nature, une graine ne peut germer que si un champignon microscopique du sol la colonise et lui apporte le carbone, l’eau et les minéraux nécessaires pour former une première petite plantule. Sans ce champignon, pas d’orchidée.
C’est ce qui a failli condamner l’orchidée des tourbières. Pendant des années, le botaniste Steve Perlman, du National Tropical Botanical Garden, a récolté ses graines sans parvenir à les faire germer. La solution est venue du Dr Lawrence Zettler, spécialiste de la conservation des orchidées à l’Illinois College, qui a levé deux verrous.
- ›Le bon champignon. Il fallait isoler les champignons présents dans les racines des plantes sauvages de Molokaʻi et de Kauaʻi, et pas n’importe lesquels.
- ›Les bonnes conditions. Contrairement aux orchidées tropicales des arbres, les graines de cette orchidée terrestre devaient germer dans l’obscurité totale, sur un milieu aussi acide que le sol des tourbières.
Grâce à cette germination avec champignon, en laboratoire, des dizaines de jeunes plants ont été élevés dans une serre de montagne sur Maui, puis réintroduits dans des enclos protégés sur Molokaʻi et Kauaʻi. C’est exactement la même alliance qui nourrit les racines de la vanille : je l’explique dans une vanille qui pousse sur un sol pauvre.
Le Honohono, l’orchidée parfumée chérie des Hawaïens
Si les orchidées sauvages d’Hawaï sont discrètes, le Honohono, Dendrobium anosmum, est l’une des fleurs les plus populaires de l’archipel. Originaire d’Asie du Sud-Est et des Philippines, il a été introduit à Hawaï au début du XXe siècle. Son nom hawaïen viendrait de la disposition alternée de ses feuilles, qui rappelle une petite plante locale portant le même nom. Et son nom scientifique est un vrai paradoxe : anosmum signifie « sans odeur » en latin, alors que ses fleurs ont un parfum sucré extraordinairement puissant. Sa culture suit un cycle très précis.
- ›Au printemps et en été : la plante fait pousser de longues tiges charnues et pendantes, de 1,2 à 1,5 m. On l’arrose et on la nourrit généreusement.
- ›Fin novembre : traditionnellement vers Thanksgiving, on arrête complètement l’arrosage et l’engrais. Les feuilles jaunissent et tombent : la plante semble morte.
- ›De mars à mai : des boutons apparaissent le long des tiges nues, puis une cascade de fleurs mauve-rose, ou blanches pour la variété « Super White », embaume le jardin.
À Hawaï, on le cultive suspendu dans des paniers en bois, sur des morceaux de fougère arborescente, des coques de noix de coco ou directement sur les troncs d’arbres. Et une tradition populaire consiste à l’arroser avec l’eau de rinçage du riz, réputée fortifier les tiges.
Les orchidées échappées des jardins
Certaines orchidées asiatiques se sont échappées des jardins hawaïens et poussent désormais à l’état sauvage. L’orchidée bambou, Arundina graminifolia, forme de grandes touffes de tiges dressées jusqu’à 3 m, comme du jeune bambou, au bord des routes et jusque sur les coulées de lave. L’orchidée de terre des Philippines, Spathoglottis plicata, aux feuilles plissées en éventail et aux fleurs magenta, est très commune dans les sous-bois humides de Maui et de Big Island. Hawaï est aussi l’une des rares régions des États-Unis où l’on cultive un peu de vanille, l’orchidée gourmande par excellence.
Mon verdict : quelle orchidée hawaïenne pour la maison ?
Voici mon classement selon la facilité de culture en intérieur, en France.
Vos questions fréquentes
Qu’est-ce qu’une orchidée hawaïenne ?
En jardinerie, c’est un hybride du groupe des Oncidium, créé par des sélectionneurs d’Hawaï. À l’état sauvage, Hawaï ne compte que trois orchidées indigènes.
L’orchidée hawaïenne est-elle facile à cultiver ?
Oui, c’est l’une des plus faciles : ses pseudobulbes lui permettent de supporter un oubli d’arrosage, et elle fleurit généreusement.
Combien d’orchidées sauvages existe-t-il à Hawaï ?
Trois seulement : l’orchidée des tourbières, l’orchidée joyau et la twayblade hawaïenne, toutes terrestres et menacées ou protégées.
Quelle orchidée donne un fruit comestible ?
Toutes les orchidées fécondées font un fruit, mais seule la vanille donne un fruit que l’on cuisine : la gousse.
