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Les pluies au Brésil

Par Arnaud Sion
Publié: Mis à jour: 12 minutes lire

Les pluies au Brésil : quand il pleut, pourquoi, et ce qui les menace.

Dans cet article, vous allez tout comprendre sur les pluies au Brésil, et pourquoi la saison des pluies fait renaître la végétation chaque année. Je vous conseille aussi de lire notre article sur l’ipê : un mois avant la saison des pluies, cet arbre se couvre de fleurs, puis semble mourir… avant de renaître de ses cendres à la première goutte d’eau.

L’avis d’Arnaud, qui vit au BrésilVivre au Brésil, c’est apprendre à vivre au rythme de la pluie. Ici, la première grosse averse d’octobre est attendue comme une fête : la poussière retombe, l’air sent la terre mouillée, et les caféiers fleurissent quelques jours plus tard. Mais chaque année, on sent aussi que ce rythme devient moins régulier, et cela concerne tout le monde, jusqu’au prix de votre café.

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Quand pleut-il au Brésil ? Les saisons région par région

Le Brésil est grand comme quinze fois la France, et il ne pleut pas au même moment partout. Voici les grandes tendances :

Région Saison des pluies (en général) Saison sèche
Sud-Est (Minas Gerais, São Paulo, Rio) D’octobre à mars, avec des orages en fin de journée D’avril à septembre, ciel bleu et nuits fraîches
Centre-Ouest (Brasília, Goiás, Mato Grosso) D’octobre à avril De mai à septembre, très sèche, avec une humidité de l’air parfois très basse
Nord (Amazonie) De décembre à mai, mais il pleut toute l’année Moins pluvieuse de juin à novembre
Nordeste côtier (Salvador, Recife) D’avril à juillet De septembre à mars, la saison des plages
Sertão du Nordeste Quelques mois seulement, souvent de février à mai, très irréguliers Le reste de l’année, avec des sécheresses fréquentes
Sud (Paraná, Santa Catarina, Rio Grande do Sul) Pluies réparties toute l’année Pas de vraie saison sèche, mais des hivers frais

Ici, à Belo Horizonte, où je vis depuis 2015, le rythme est très marqué : d’avril à septembre, il ne pleut presque pas, les collines jaunissent et la poussière s’installe. C’est là que les ipês fleurissent en jaune, rose ou blanc, juste avant le retour de l’eau. Puis, vers octobre, les premiers orages arrivent, souvent violents et en fin d’après-midi, et en quelques jours tout redevient vert.

Les pluies et les cultures : l’exemple du café

Pour un amateur de café comme moi, les premières pluies sont un moment magique. Dans les plantations du Minas Gerais, la floraison des caféiers se déclenche quelques jours après une première bonne pluie, après des mois de sécheresse : les collines se couvrent de fleurs blanches au parfum de jasmin, pendant deux ou trois jours seulement. Si la pluie arrive trop tard ou de façon irrégulière, la floraison est étalée, la récolte moins homogène, et les prix du café s’envolent dans le monde entier. Les gelées de l’hiver peuvent aussi faire de gros dégâts : lisez les gelées dans les plantations de café au Brésil.

Les pluies au Brésil

La saison des pluies au Brésil

Les pluies au Brésil tout savoir et tout comprendre

Plusieurs facteurs interfèrent avec l’apparition des précipitations au Brésil, tels que l’humidité amazonienne, les masses d’air et les anomalies climatiques cycliques.

Le territoire national du Brésil est certes diversifié et hétérogène, présentant avec lui un très grand nombre de caractéristiques naturelles, telles que les régimes pluviométriques.

Dans certains endroits, il pleut plus et il y a une plus grande disponibilité naturelle de l’eau.

Dans d’autres, les sécheresses sont plus fréquentes et la pénurie d’eau devient un problème auquel il faut faire face. Mais, après tout, qu’est-ce qui régule les pluies au Brésil?

Nous vous conseillons de lire deux de nos articles :

Comprendre la météo au Brésil

Eh bien, essayer de comprendre la météo n’est pas facile. Comprendre les causes des différents événements météorologiques est encore plus compliqué.

Mais nous pouvons énumérer certains facteurs qui peuvent expliquer les causes des pluies dans le pays.

Tout d’abord, nous devons mentionner le rôle important de la végétation sur le territoire brésilien, en particulier celui de la forêt amazonienne. Vous pouvez lire notre article sur les bassins hydriques.

Par l’évapotranspiration, la forêt libère une grande quantité d’humidité dans l’atmosphère, qui est puis transportée vers d’autres endroits, ce qui explique la dynamique des rivières dites volantes, puisque le débit d’eau présent dans cette humidité en mouvement est supérieur même à celui du fleuve Amazone.

Cette grande quantité d’air humide est la source de précipitations pendant une grande partie de l’année dans plusieurs régions brésiliennes.

Il existe cependant d’autres facteurs climatiques qui interfèrent dans ce processus, tels que les masses d’air dans le pays.

Elles aident à contrôler les régimes pluviométriques dans plusieurs régions, ainsi qu’à répartir dans une plus ou moins grande mesure le régime pluviométrique dans différentes régions du pays. Dans le cas mentionné ci-dessus des rivières volantes, il est nécessaire de déplacer les masses d’air – en particulier la masse équatoriale continentale et la masse équatoriale atlantique – pour assurer l’existence de ce phénomène. Dans d’autres cas, elles favorisent également le mouvement de l’air humide de l’océan Atlantique.

Il y a aussi des anomalies climatiques, qui contribuent également à expliquer les variations des précipitations au Brésil. El Niño et La Niña, par exemple, sont des phénomènes cycliques qui se produisent à intervalles irréguliers, généralement de deux à sept ans. Le premier est le résultat du fort réchauffement de l’environnement marin de l’océan Pacifique au large des côtes du Pérou, tandis que le second est un refroidissement de ces eaux.

Qu’est-ce que la différence entre El Niño et la Niña ?

Ici vous allez tout savoir entre el Niño et la Nina, des phénomènes qui influencent fortement le climat brésilien :

  • ›El Niño : au Brésil, modifie l’orientation de certaines masses d’air, provoquant une diminution des précipitations dans l’extrême nord du pays et intensifiant la sécheresse dans certaines régions du nord-est, en raison de l’affaiblissement de la masse continentale équatoriale, le même responsable pour la fluidité des fleuves volants. La région du Sud-Est, quant à elle, se réchauffe, tandis que dans le sud du pays le régime pluviométrique s’intensifie, étant responsable d’inondations inhabituelles dans certaines rivières et même de la survenue d’inondations
  • ›La Niña : un peu moins fréquente, provoque des effets relativement inverses. Dans la région Nord, le climat devient encore plus pluvieux que le commun, avec un meilleur contrôle des températures en raison de l’augmentation de l’humidité, ce qui diminue l’amplitude thermique. Il en va de même pour la région du Nord-Est qui, même dans les régions les plus sèches, reçoit maintenant un volume de précipitations plus élevé. Dans les régions du Centre-Ouest et du Sud-Est, bien que les températures diminuent intensément, le volume des précipitations ne change généralement pas de manière significative avec ce phénomène, contrairement à ce qui se produit finalement dans la région du Sud.

Une autre dynamique climatique cyclique qui contribue à modifier le régime des précipitations au Brésil est l’oscillation décennale du Pacifique (ODP), qui consiste en des variations thermiques dans tout l’océan Pacifique, entraînant un changement climatique avec des intervalles alternés d’une vingtaine d’années. Dans les ODP positifs, la température et la sécheresse sont plus fréquentes; Dans les négatifs, la tendance est d’avoir plus de précipitations annuelles moyennes.

Comme on le voit, plusieurs facteurs naturels influencent les pluies au Brésil. Mais l’action humaine, avec la déforestation et le réchauffement climatique, pèse de plus en plus lourd, et ses effets sont aujourd’hui bien documentés par les scientifiques. Je vous l’explique un peu plus bas.

Les rivières volantes et la mousson sud-américaine

Le grand moteur des pluies brésiliennes, c’est l’Amazonie. Les vents alizés apportent l’humidité de l’océan Atlantique vers l’intérieur du continent. La forêt pompe ensuite l’eau du sol par ses racines et la rejette dans l’air par ses feuilles : c’est l’évapotranspiration. On estime que l’Amazonie renvoie ainsi plus de 20 milliards de tonnes d’eau par jour dans l’atmosphère. La forêt émet aussi de minuscules particules qui aident les nuages à se former. Les scientifiques parlent de « pompe biotique » : la forêt fabrique en partie sa propre pluie.

Ces énormes masses d’air humide, les rivières volantes, avancent vers l’ouest jusqu’aux Andes. La cordillère les bloque et les dévie vers le sud, grâce à un courant d’air de basse altitude, qui les amène vers le Cerrado, le Pantanal, le Sud-Est du Brésil et jusqu’au bassin du Rio de la Plata. Dans le sud-ouest de l’Amazonie, plus de 70 % des pluies viendraient de ce recyclage par la forêt.

Chaque année, entre octobre et mars, ce système forme la mousson sud-américaine : les orages se déplacent du nord-ouest de l’Amazonie vers le centre et le sud-est du Brésil, avec un pic en janvier. Ils suivent une grande bande nuageuse en diagonale, la zone de convergence de l’Atlantique Sud, bien visible sur les images satellites, qui relie l’Amazonie à l’Atlantique et apporte les grosses pluies de l’été austral au Minas Gerais, à São Paulo et à Rio.

Déforestation, Cerrado et Pantanal : quand la pluie se dérègle

Si la forêt fabrique une partie de la pluie, la déforestation la réduit. Moins d’arbres, c’est moins d’eau renvoyée dans l’air, des saisons sèches plus longues et des pluies plus tardives. Les scientifiques craignent qu’au-delà d’environ 20 à 25 % de forêt détruite, une partie de l’Amazonie bascule de façon irréversible vers une savane dégradée. Les conséquences dépassent les frontières : lors de la sécheresse de 2023-2024, la Bolivie et le Pérou ont vu certaines récoltes s’effondrer, comme le soja ou la pomme de terre.

Le Cerrado, château d’eau du Brésil

Le Cerrado, la grande savane du centre du Brésil, couvre environ un quart du pays. On l’appelle le « château d’eau » du Brésil, car ses plateaux alimentent la plupart des grands fleuves : l’Amazone, le Tocantins, le São Francisco et le Paraná. Ses arbres ont des racines très profondes qui aident l’eau de pluie à s’infiltrer dans les nappes. Quand on le remplace par des cultures et des pâturages, l’eau ruisselle au lieu de s’infiltrer, et les rivières s’affaiblissent en saison sèche.

Le Pantanal en feu

Le Pantanal, la plus grande zone humide du monde, vit au rythme des crues : chaque année, les pluies et les rivières venues du Cerrado inondent la plaine. Quand ces crues ne viennent plus, la végétation sèche sur place et devient un tapis de combustible.

Incendies de 2020 Incendies de 2024
Surface brûlée Environ 4 millions d’hectares, près d’un quart du Pantanal Plus de 1,3 million d’hectares dès le mois de juin
Les crues Le fleuve Paraguay au plus bas depuis des décennies Pas de vraie crue au début de l’année
La météo Sécheresse extrême et fortes chaleurs Un mois de juin record de chaleur, de sécheresse et de vent
La faune Environ 17 millions de vertébrés tués, surtout des serpents et des reptiles Dégâts écologiques encore en cours d’évaluation

Selon le réseau scientifique World Weather Attribution, le réchauffement climatique a rendu les conditions météo des incendies de juin 2024 quatre à cinq fois plus probables. Et la disparition massive des serpents en 2020 a provoqué, par endroits, de véritables invasions de rongeurs.

Comment protéger les pluies du Brésil

Le Code forestier brésilien oblige déjà les propriétaires à conserver une partie de végétation naturelle sur leurs terres : 80 % en forêt amazonienne, 35 % dans le Cerrado amazonien et 20 % dans les autres régions. Les chercheurs recommandent d’aller plus loin : protéger en priorité les forêts publiques sans statut, souvent visées par l’accaparement illégal de terres, mesurer l’impact des grandes routes sur les pluies, restaurer les sources et les berges des rivières du Cerrado, et coopérer avec les pays voisins, qui dépendent eux aussi de la forêt brésilienne pour leur eau.

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Mon verdict : des pluies venues de la forêt, un équilibre fragile

Les pluies brésiliennes naissent en grande partie de la forêt amazonienne, voyagent dans le ciel jusqu’aux Andes et redescendent vers le Cerrado, le Pantanal et le Sud-Est. El Niño et La Niña les font varier, mais la déforestation et le réchauffement les rendent plus irrégulières, avec des conséquences visibles, des incendies du Pantanal jusqu’au prix du café. Protéger la forêt, c’est protéger la pluie.

Vos questions fréquentes

Quelle est la saison des pluies au Brésil ?Dans le Sud-Est et le Centre-Ouest, d’octobre à mars ; en Amazonie, de décembre à mai ; sur la côte du Nordeste, d’avril à juillet. Le Sud n’a pas de vraie saison sèche.
Qu’est-ce qu’une rivière volante ?Un immense courant d’air humide, alimenté par l’Atlantique et l’évaporation de la forêt amazonienne, qui transporte la pluie vers le centre et le sud du Brésil.
Pourquoi le Cerrado est-il le château d’eau du Brésil ?Parce que ses plateaux alimentent la plupart des grands fleuves du pays, et que sa végétation aide l’eau de pluie à s’infiltrer dans les nappes.
Quel est l’effet d’El Niño au Brésil ?Il réduit souvent les pluies dans le Nord et le Nordeste, réchauffe le Sud-Est et augmente les pluies dans le Sud.
Quand partir au Brésil pour éviter la pluie ?Pour le Sud-Est et le Centre-Ouest, plutôt d’avril à septembre ; pour les plages du Nordeste, de septembre à mars.

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