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Vanille et changement climatique : quelles variétés pour l’avenir ?

Cyclones, fusariose, sélection génétique, variété Anda et vanilles sauvages du Brésil : comment la vanille se prépare à l'avenir

Par Arnaud Sion
21 minutes lire

Cyclones plus violents, sécheresses imprévisibles, pluies diluviennes, maladies qui progressent : la vanille est l’une des cultures les plus menacées par le changement climatique. Et le problème est plus profond qu’on ne le croit, car presque toute la vanille du monde provient d’une seule plante, reproduite par bouturage depuis deux siècles. Moi Arnaud Sion, créateur du Comptoir de Toamasina, je sélectionne des gousses de vanille depuis 2010 et j’ai été formé auprès de producteurs. Je vis aujourd’hui au Brésil, le pays qui abrite le plus d’espèces de vanille au monde, et où se trouve peut-être une partie de la réponse. Dans ce guide, je vous explique comment le climat menace la vanille, ce que la recherche a découvert, et quelles variétés pourraient faire la vanille de demain.

L’avis d’Arnaud, créateur du Comptoir de ToamasinaDepuis quinze ans que je travaille la vanille, j’ai vu le prix de la vanille être multiplié par plus de dix, puis retomber, au rythme des cyclones et des mauvaises récoltes. Derrière ces chiffres, il y a des familles de planteurs qui perdent en une nuit le travail de plusieurs années. Ce qui m’inquiète le plus, ce n’est pas un cyclone en particulier : c’est la fragilité génétique de la vanille. Une plante presque sans diversité, face à un climat qui change vite, c’est un risque énorme. La bonne nouvelle, c’est que la recherche avance, et que les vanilles sauvages, comme celles que je découvre au Brésil, sont un trésor pour l’avenir.

Vanille et changement climatique : l’essentiel

LA FAIBLESSEUne vanille cultivée presque sans diversité génétique
LES MENACESCyclones, chaleur, pluies irrégulières
LA MALADIELa fusariose, qui pourrit les racines
LA PISTELes hybrides et les vanilles sauvages résistantes
LE RÉSERVOIRLe Brésil et ses dizaines d’espèces
AU CHAMPOmbrage, paillage, diversification
Vanille et changement climatique

Vanille et changement climatique : menaces, maladies et variétés d’avenir

Pourquoi la vanille est si vulnérable

Une plante venue d’un seul clone. La vanille que nous consommons provient presque entièrement d’une seule espèce, Vanilla planifolia, originaire du Mexique. Au XIXe siècle, quelques boutures ont été emportées vers La Réunion, puis vers Madagascar et le reste du monde. Comme la vanille se multiplie par bouturage, et non par graines, toutes ces plantes sont les copies quasi identiques de quelques individus d’origine. Résultat : la vanille cultivée dans le monde possède une diversité génétique extrêmement faible.

Pourquoi c’est un problème. Dans une population variée, certaines plantes résistent toujours mieux qu’une autre à une maladie ou à une sécheresse. Dans une population de clones, si une plante est sensible, toutes le sont. C’est exactement ce qui est arrivé à la banane Gros Michel, décimée au XXe siècle par une autre forme de fusariose. La vanille est dans une situation comparable.

Une production très concentrée. Madagascar, et en particulier la région SAVA au nord-est de l’île, produit à elle seule la grande majorité de la vanille mondiale. Il suffit d’un cyclone sur cette région pour faire vaciller tout le marché. Pour comprendre cette région, lisez mon article sur la campagne de vanille verte de la région SAVA.

La région SAVA, berceau de la vanille Bourbon

La région SAVA, à Madagascar, concentre une grande partie de la production mondiale de vanille

Les effets du changement climatique sur la vanille

La vanille est une orchidée tropicale exigeante. Elle aime la chaleur sans excès, autour de 21 à 32 °C, une forte humidité, des pluies abondantes mais bien réparties, et surtout une saison sèche de deux à trois mois, qui déclenche sa floraison. Le changement climatique dérègle chacun de ces équilibres.

Des cyclones plus destructeurs. L’océan Indien, où se concentre la vanilliculture, est exposé à des cyclones réguliers, et la recherche climatique prévoit des épisodes plus intenses. En mars 2017, le cyclone Enawo a frappé de plein fouet la région SAVA, arrachant les lianes et les arbres tuteurs, et contribuant à envoyer les prix de la vanille à des sommets historiques. En 2024, le cyclone Gamane a de nouveau touché le nord-est de Madagascar. Une liane de vanille met trois ans avant de produire ses premières gousses : un cyclone, c’est plusieurs années de production perdues.

Des floraisons perturbées. Sans saison sèche franche, la vanille fleurit mal. À l’inverse, des vagues de chaleur au moment de la floraison peuvent faire tomber les fleurs avant qu’elles ne soient fécondées. Or la fleur de vanille ne s’ouvre qu’une journée, et doit être pollinisée à la main ce jour-là : le moindre décalage coûte cher. Voyez mon article sur la pollinisation de la vanille par les animaux.

Des pluies trop fortes ou trop rares. Les pluies diluviennes qui suivent les cyclones noient les racines, tandis que les sécheresses brutales affaiblissent les lianes. Cette alternance est redoutable, car elle ouvre la porte à la principale maladie de la vanille.

Ce dont la vanille a besoin, et ce que le climat change
Besoin de la vanille L’effet du dérèglement La conséquence
Chaleur modérée, 21 à 32 °C Vagues de chaleur Chute des fleurs, lianes stressées
Une saison sèche de 2 à 3 mois Saisons irrégulières Floraison faible ou décalée
Des pluies bien réparties Pluies diluviennes puis sécheresses Racines noyées, maladies
Des tuteurs et de l’ombre Cyclones plus intenses Plantations détruites, trois ans pour repartir
Chaleur prolongée et floraison du vanillier

Une chaleur prolongée au mauvais moment peut compromettre la floraison du vanillier

La fusariose, la maladie qui profite du climat

La fusariose est la maladie la plus redoutée des planteurs de vanille. Elle est causée par un champignon du sol, Fusarium oxysporum, dans une forme spécifique à la vanille qui attaque les racines et la base des tiges. On parle aussi de pourriture des racines et des tiges.

Comment elle attaque. Les spores du champignon germent à la surface des racines, au niveau des poils absorbants, parfois sans avoir besoin de blessure. Les filaments du champignon traversent la première couche de la racine, puis passent la couche suivante, l’hypoderme, par ses cellules les plus perméables. Ils envahissent ensuite l’écorce de la racine, qui se ramollit et s’effondre en quelques jours. Contrairement à d’autres fusarioses, le champignon ne remonte pas dans les vaisseaux de la plante : il la tue en détruisant ses racines, qui ne peuvent plus la nourrir.

Pourquoi le climat l’aggrave. Le champignon adore les sols gorgés d’eau et la chaleur. Les pluies diluviennes après un cyclone, qui noient les racines, suivies de fortes chaleurs, créent exactement les conditions qui lui conviennent. Les racines affaiblies et blessées, par un sol engorgé ou par le piétinement, sont encore plus vulnérables. Pour reconnaître les symptômes, lisez les maladies du vanillier.

Les maladies du vanillier

La fusariose détruit les racines du vanillier, favorisée par les sols gorgés d’eau

Ce que la recherche a découvert sur la résistance de la vanille

Depuis une quinzaine d’années, des équipes de recherche, notamment à La Réunion, étudient pourquoi certaines vanilles résistent à la fusariose et d’autres non. Leurs découvertes ouvrent de vraies perspectives.

Une barrière de lignine dans les racines. En observant les racines au microscope, les chercheurs ont constaté que les vanilles résistantes possèdent, dans leur hypoderme, une couche de lignine plus épaisse et continue, jusqu’à plusieurs fois plus épaisse que chez les plantes sensibles. La lignine, c’est la molécule qui rend le bois dur : elle forme une véritable barrière physique que le champignon peine à traverser. Plus cette couche est épaisse, moins la maladie progresse. Chez certaines vanilles très résistantes, comme Vanilla pompona, les cellules de la racine vont même jusqu’à emprisonner les filaments du champignon.

Une réponse chimique à l’attaque. Quand elles sont attaquées, les plantes résistantes produisent davantage de composés phénoliques, les briques de la lignine, qui renforcent leurs parois et freinent la germination du champignon. C’est une défense active, en plus de la barrière déjà en place.

Des gènes de résistance repérés. Des chercheurs ont réalisé la première carte génétique détaillée de Vanilla planifolia, à partir de plantes issues de l’autofécondation d’une même vanille. Ils y ont localisé une vingtaine de régions de l’ADN associées à la résistance, et plusieurs gènes candidats liés aux défenses immunitaires de la plante. C’est une avancée importante : on peut désormais envisager la sélection assistée par marqueurs, qui consiste à repérer dès le stade de la jeune plantule, par une simple analyse de l’ADN, les plantes porteuses de ces gènes. Pour une plante qui met trois ans à produire, gagner ces années d’observation au champ change tout.

Une surprise : la vanille Bourbon peut se résister à elle-même. On pensait qu’il fallait forcément croiser la vanille avec d’autres espèces pour la rendre résistante, au risque de changer son goût. Or les travaux ont montré que l’autofécondation de Vanilla planifolia produit des descendants très variés, dont certains se révèlent très résistants. L’intérêt est immense : ces plantes restent de la vanille planifolia, et devraient garder son profil aromatique.

Anda, la nouvelle variété de la vanille de La Réunion

L’exemple le plus concret vient de l’île de La Réunion. Le Cirad y gère, à Saint-Pierre, sous une vaste ombrière, la plus grande collection de vanilliers au monde, le Centre de ressources biologiques Vatel. La production emblématique de vanille de La Réunion a fortement reculé depuis les années 2000, et les chercheurs du Cirad y rappellent un chiffre frappant : la quasi-totalité de la production mondiale repose sur une seule variété. En 2022, un consortium de recherche coordonné par le Cirad a publié la séquence de la plus grande partie du génome de Vanilla planifolia, ouvrant la voie à une création plus rapide de nouvelles variétés.

De ces travaux, menés pendant une vingtaine d’années, est née Anda, une nouvelle variété issue de la vanille planifolia, résistante à la fusariose tout en conservant les qualités aromatiques recherchées. Elle a une autre particularité remarquable : ses gousses ne s’ouvrent pas avant leur pleine maturité, ce qui leur permet de noircir naturellement sur la liane, sans l’étape d’échaudage qui suit habituellement la récolte de la vanille verte. Comme le souligne la généticienne du Cirad qui pilote ces travaux, l’objectif n’est pas de remplacer la vanille existante, mais d’ajouter des variétés pour sortir de la monoculture d’un seul clone. C’est exactement la bonne approche : plus il y a de variétés cultivées, moins un pathogène ou une sécheresse peut tout emporter d’un coup.

Quelles variétés de vanille pour l’avenir ?

Voici les pistes les plus sérieuses aujourd’hui, entre variétés déjà cultivées et fruits de la recherche.

Les vanilles face au climat et à la fusariose
Vanille Résistance Profil aromatique Statut
Planifolia classique (Bourbon) Sensible La référence, riche en vanilline Culturée partout
Anda (planifolia, La Réunion) Résistante à la fusariose Qualités aromatiques de la planifolia Nouvelle variété du Cirad
Planifolia issue d’autofécondation Certaines lignées très résistantes Celui de la Bourbon En recherche
Hybride ‘Tsy taitra’ (planifolia × pompona) Présenté comme très résistant Annoncé proche de la Bourbon Développé à Madagascar
Vanilla pompona Très résistante Floral, fruité, moins de vanilline Sauvage et cultivée localement
Vanilla × tahitensis Variable Floral, anisé, fruité Tahiti, Papouasie
Vanilles brésiliennes (bahiana, chamissonis…) À l’étude, adaptées à des climats variés Très divers Ressources génétiques

Les hybrides malgaches. À Madagascar, la recherche agronomique a développé des vanilles hybrides. La plus connue, baptisée ‘Tsy taitra’, est issue d’un croisement entre Vanilla planifolia et Vanilla pompona. Elle est présentée comme très résistante à la fusariose, grâce à la barrière de lignine héritée de la pompona, tout en conservant un profil aromatique proche de la vanille Bourbon. C’est tout l’enjeu : la plupart des croisements avec d’autres espèces donnent des gousses résistantes, mais au goût moins recherché. D’autres sélections, comme ‘Manitra ampotony’, ont été retenues pour leur teneur en vanilline.

La vanille pompona. C’est sans doute l’espèce la plus prometteuse pour l’avenir. Très résistante à la fusariose, elle supporte aussi des conditions climatiques plus rudes. Ses gousses, larges et charnues, ont un parfum floral et fruité, différent de la Bourbon, et contiennent moins de vanilline. On la cultive déjà aux Antilles, où on l’appelle vanillon, et elle pousse à l’état sauvage en Amérique du Sud. Je lui ai consacré un article : la vanille pompona.

La vanille pompona

La vanille pompona, très résistante à la fusariose, est une ressource précieuse pour l’avenir

La vanille tahitensis. Cultivée à Tahiti et en Papouasie-Nouvelle-Guinée, elle offre une diversification géographique précieuse, loin de Madagascar. Son profil floral et anisé en fait une vanille à part entière, très appréciée des pâtissiers. Voyez la différence entre planifolia et tahitensis.

Les variétés mexicaines. Au Mexique et en Méso-Amérique, berceau de la vanille, les chercheurs étudient aussi des formes de Vanilla planifolia qui tolèrent mieux la fusariose. Le pays d’origine de la plante reste l’endroit où sa diversité génétique est la plus grande.

Le Brésil, réservoir génétique de la vanille

C’est ici que mon expérience entre en jeu. Depuis mon installation au Brésil, en 2015, je me passionne pour ses vanilles sauvages. Le Brésil est le pays qui compte le plus d’espèces de vanille au monde, près d’une quarantaine selon les inventaires botaniques, dont plusieurs n’existent nulle part ailleurs. Elles poussent dans des milieux très différents : la forêt atlantique humide, l’Amazonie, mais aussi le Cerrado, une savane où la saison sèche peut durer plus de cinq mois. Pour le détail, lisez quel pays possède le plus d’espèces de vanille.

Pourquoi c’est important pour l’avenir. Ces vanilles sauvages ont évolué pendant des milliers d’années dans des climats variés, parfois extrêmes. Elles portent donc une diversité génétique qui manque cruellement à la vanille cultivée : résistance à la sécheresse, aux maladies, à la chaleur. Pour les sélectionneurs, ce sont des ressources précieuses, qu’il faut à tout prix préserver, d’autant que leurs habitats, comme le Cerrado et la forêt atlantique, reculent.

La vanille du Cerrado. Dans le Cerrado, on trouve notamment Vanilla pompona, capable de traverser de longues sécheresses. Des communautés locales la récoltent et la valorisent, et des initiatives cherchent à protéger son origine. Je raconte son histoire dans la vanille du Cerrado, joyau de la Chapada dos Veadeiros. Pour découvrir ce milieu, lisez qu’est-ce que le Cerrado.

La vanille bahiana. Originaire de la forêt atlantique, notamment dans l’État de Bahia, Vanilla bahiana produit des gousses plus courtes, au parfum intense. Elle fait partie des espèces étudiées pour des croisements avec la vanille planifolia. Voyez la vanille bahianaise et sa comparaison avec la vanille de Madagascar.

La vanille chamissonis. Autre espèce de la forêt atlantique, rare et peu connue, elle intéresse les botanistes pour sa diversité et son adaptation à des climats plus frais du sud du Brésil. Et il en existe bien d’autres, parfois à peine décrites.

Des pollinisateurs naturels. Autre atout du Brésil : dans les forêts où poussent ces vanilles sauvages, certaines fleurs sont pollinisées par des abeilles locales, sans intervention humaine. Comprendre ces pollinisateurs pourrait un jour aider à rendre la vanilliculture moins dépendante de la pollinisation manuelle. J’en parle avec des chercheurs brésiliens dans mon article sur la culture de la vanille dans le Minas Gerais.

Vanilla bahiana et Vanilla pompona

Vanilla bahiana et Vanilla pompona, deux espèces brésiliennes étudiées pour l’avenir de la vanille

L’agroforesterie, la réponse des planteurs

En attendant les variétés résistantes, les planteurs ont déjà une arme efficace : la façon de conduire leur plantation. L’agroforesterie, qui consiste à cultiver la vanille sous un couvert d’arbres, est aujourd’hui considérée comme la meilleure réponse au changement climatique.

Un ombrage ajusté aux saisons. Les arbres tuteurs et d’ombrage protègent les lianes du soleil et de la chaleur. Les planteurs les taillent pour adapter l’ombre : un ombrage dense pendant la saison sèche, pour garder l’humidité, et plus léger pendant la saison des pluies, pour aérer la plantation et éviter l’excès d’humidité qui favorise la fusariose. Un ombrage autour de 50 % est souvent cité comme un bon équilibre.

Un paillage épais. La vanille a des racines superficielles, qui courent dans la couche de matière organique. Un paillage généreux, fait de feuilles, de résidus de taille, de fibre de coco ou de bagasse de canne, garde le sol frais et humide, nourrit les racines et favorise des micro-organismes du sol qui concurrencent le champignon.

Ne pas piétiner les racines. Les blessures des racines sont une porte d’entrée pour la maladie. Beaucoup de planteurs organisent leurs parcelles avec des allées de passage, pour ne jamais marcher au pied des lianes. Sur les terrains en pente, les disposer en zigzag freine le ruissellement.

Drainer et soigner le sol. Des fossés de drainage évitent que l’eau ne stagne après les grosses pluies. Certains planteurs utilisent aussi des champignons et bactéries bénéfiques, comme les Trichoderma, qui entrent en concurrence avec le champignon pathogène.

Ne pas épuiser les lianes. Polliniser trop de fleurs affaiblit la plante et la rend plus sensible aux maladies. Mieux vaut moins de gousses, mais une liane en bonne santé plus longtemps.

Diversifier les cultures. Associer la vanille au poivre, au clou de girofle, au café, au cacao ou à des arbres fruitiers a un double intérêt : ces cultures servent d’ombrage et de tuteurs, et elles sécurisent les revenus des familles quand un cyclone ou une chute des prix frappe la vanille. C’est aussi une façon de protéger les forêts, en réduisant la déforestation, et de créer un microclimat plus frais et plus humide sous le couvert forestier, avec un meilleur rendement sur la durée. Dans la région SAVA, des coopératives et des organisations accompagnent les agriculteurs dans cette transition vers une production de vanille plus durable.

Les pratiques qui protègent la vanille
Pratique Contre quoi
Ombrage ajusté selon la saison Chaleur, sécheresse, excès d’humidité
Paillage épais Sécheresse, fusariose
Allées de passage, pas de piétinement Blessures des racines, fusariose
Drainage Pluies diluviennes, racines noyées
Pollinisation raisonnée Épuisement des lianes
Diversification des cultures Pertes de revenus après un cyclone
Les défis des plantations de vanille

Ombrage, paillage et diversification : les planteurs s’adaptent déjà au changement climatique

Ravageurs, vols et autres menaces qui s’ajoutent au climat

Le changement climatique ne vient jamais seul. Il fragilise des plantations déjà soumises à d’autres pressions. Les ravageurs. Chenilles, cochenilles, punaises ou limaces s’attaquent aux jeunes pousses, aux fleurs et aux gousses. Des températures plus élevées et des hivers plus doux peuvent favoriser certains insectes, et une liane affaiblie par la sécheresse se défend moins bien. Je raconte un exemple concret dans quand les chenilles s’invitent dans les plantations de vanille. Les autres maladies. La fusariose n’est pas la seule : d’autres champignons attaquent les tiges et les gousses, surtout quand l’humidité stagne sous un ombrage trop dense. Les vols. Quand les prix s’envolent après une mauvaise récolte, les vols de gousses sur pied se multiplient, au point que certains planteurs récoltent trop tôt, au détriment de la qualité. Le climat, les prix et la qualité sont donc étroitement liés. La perte des forêts. La déforestation réduit l’ombre, l’humidité et les habitats des vanilles sauvages, dont plusieurs espèces sont considérées comme menacées d’extinction.

La vanille peut-elle pousser en France ?

C’est une question que l’on me pose souvent, d’autant plus que le réchauffement climatique fait remonter vers le nord des cultures autrefois tropicales. En outre-mer, oui. La vanille est cultivée depuis longtemps à La Réunion, berceau de la vanille Bourbon, mais aussi en Guadeloupe, en Martinique, en Guyane, à Mayotte et en Polynésie française, où pousse la vanille de Tahiti. Ces territoires sont d’ailleurs en première ligne face aux cyclones et aux sécheresses, et leurs zones de culture évoluent : à La Réunion, certains planteurs testent la culture sous ombrière ou à des altitudes différentes pour trouver des conditions plus stables. En France métropolitaine, pas en plein air. La vanille est une orchidée tropicale qui ne supporte pas le froid : en dessous d’une quinzaine de degrés, elle souffre, et le gel la tue. Même avec le réchauffement, les hivers de la métropole restent bien trop frais pour elle. On peut en revanche la cultiver en serre chauffée ou en intérieur, comme plante d’appartement, avec beaucoup de lumière, d’humidité et de patience : il faut plusieurs années et une pollinisation à la main pour espérer une gousse. Pour vous lancer, lisez mes conseils sur comment cultiver la vanille, et pour la vanille réunionnaise, la vanille Bourbon de Madagascar ou de La Réunion.

Ce que cela change pour le prix et le goût de la vanille

Des prix plus instables. Quand la production dépend d’une seule région et d’une plante fragile, chaque cyclone et chaque mauvaise récolte se répercute sur les prix. Après le cyclone Enawo, la vanille a atteint des niveaux historiques, avant de redescendre fortement quelques années plus tard. Cette instabilité devrait perdurer tant que la production reste aussi concentrée. Je suis l’évolution des cours dans mon article sur le prix de la vanille et sur les facteurs qui l’influencent.

De nouveaux pays producteurs. La diversification géographique est en marche : Ouganda, Inde, Indonésie, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Mexique, et de petites productions au Brésil. Plus la production est répartie, moins un seul événement climatique peut déstabiliser le marché.

Des goûts nouveaux. Si les variétés de demain intègrent des gènes de pompona ou d’autres espèces, leurs gousses pourraient avoir des profils légèrement différents, plus floraux ou plus fruités. Tout l’enjeu de la recherche est de préserver l’arôme que l’on aime, tout en rendant la plante plus robuste. Et pour les amateurs, c’est aussi l’occasion de découvrir des vanilles différentes.

Ce que vous pouvez faire. Choisir une vanille dont l’origine est claire, accepter qu’elle ait un prix juste qui rémunère le travail des planteurs, et oser découvrir d’autres origines que Madagascar : ce sont des gestes simples qui soutiennent une filière plus diversifiée et plus résiliente.

Le goût des vanilles de demain

À quoi pourraient ressembler les vanilles de l’avenir ? Voici le profil aromatique de la vanille pompona, ressource clé pour la résistance, et une comparaison indicative avec les vanilles que l’on connaît.

ATTAQUEFloral, fruits exotiquesCŒURBanane, fruit mûr, vanille douceFONDNotes boisées et poudrées

Pyramide aromatique indicative de la vanille pompona

Profil aromatique indicatif : Bourbon, tahitensis et pompona


Livre Vanilles du monde, terroirs, gousses et gestes, par Arnaud Sion
Pour aller plus loin

Vanilles du monde

Dans mon livre, je raconte les vanilles du monde entier, des grandes origines aux espèces sauvages du Brésil, avec leurs terroirs, leurs arômes et leur histoire.

Découvrir le livre

Mes sourcesCet article s’appuie sur les travaux de recherche publiés sur la fusariose de la vanille, notamment ceux menés à La Réunion sur l’histopathologie des racines, le rôle de la lignine et la cartographie génétique de la résistance chez Vanilla planifolia, sur les programmes d’hybridation conduits à Madagascar, sur les inventaires botaniques des espèces de vanille du Brésil, et sur mon expérience de sélectionneur de vanille depuis 2010.

La Niña, El Niño et la vanille. Les cyclones qui frappent la SAVA ne tombent pas au hasard : leurs trajectoires sont influencées par La Niña et El Niño, ces grands balanciers climatiques du Pacifique. J’explique ce lien, cyclone par cyclone, avec les prix de 2026 et ce que l’El Niño de 2026-2027 annonce, dans La Niña et la vanille.

Vos questions fréquentes

La vanille va-t-elle disparaître à cause du changement climatique ?

Non, mais sa production devient plus risquée et plus instable. L’enjeu est de développer des variétés plus résistantes, de diversifier les régions de production et d’adapter les pratiques agricoles.

Qu’est-ce que la fusariose de la vanille ?

C’est une maladie causée par un champignon du sol, Fusarium oxysporum, qui fait pourrir les racines et la base des tiges du vanillier. Elle est favorisée par les sols gorgés d’eau et la chaleur.

Quelle vanille résiste le mieux au climat et aux maladies ?

La vanille pompona est l’une des plus résistantes, et elle a servi à créer des hybrides comme ‘Tsy taitra’ à Madagascar. Des lignées de vanille planifolia résistantes sont aussi à l’étude.

Pourquoi le prix de la vanille est-il si instable ?

Parce que la production est très concentrée à Madagascar et dépend d’une plante fragile : un cyclone ou une mauvaise récolte suffit à faire flamber les prix.

Le Brésil peut-il devenir un grand pays de la vanille ?

Le Brésil possède une richesse unique en espèces sauvages, précieuses pour l’avenir de la vanille. Sa production reste modeste, mais sa biodiversité en fait un acteur clé de la recherche.

Mes vanilles, d’origines variées

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Le changement climatique met la vanille à rude épreuve, mais il pousse aussi la filière à se réinventer : variétés plus robustes, plantations plus résilientes, nouvelles origines. Les vanilles sauvages du Brésil, longtemps ignorées, pourraient bien être l’une des clés de la vanille de demain.

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