Maison ActualitésVanilleLes OrchidéesComment faire pousser une orchidée de zéro : de la graine en flacon à la plante fleurie

Comment faire pousser une orchidée de zéro : de la graine en flacon à la plante fleurie

Pourquoi les graines d'orchidées ne germent pas seules, les milieux de culture, l'eau de coco, le charbon actif, la stérilisation, le déflaconnage, les keikis et les 13 conseils pour planter une orchidée

Par Arnaud Sion
Publié: Mis à jour: 12 minutes lire

Comment faire pousser une orchidée de zéro ? C’est la question que beaucoup de monde se pose. De zéro, c’est-à-dire à partir d’une graine aussi fine que de la poussière, jusqu’à une plante fleurie qui vous régalera des années. Dans ce guide, Arnaud, notre spécialiste de la vanille, cette orchidée gourmande, vous explique pourquoi les graines d’orchidées ne germent pas toutes seules, comment les semer en flacon, comment sortir les jeunes plants de leur bocal sans les perdre, puis toutes les bases pour planter et entretenir une orchidée. N’hésitez pas à découvrir notre monde de la vanille avec nos articles où pousse la vanille, comment pousse la vanille et comment faire une bouture de vanille.

L’avis d’Arnaud, créateur du Comptoir de ToamasinaFaire germer une orchidée à partir d’une graine, c’est l’un des défis les plus passionnants du jardinage. Il faut de la patience, de la propreté et un peu de matériel, mais voir apparaître des centaines de petites boules vertes dans un flacon est un moment magique. Si vous débutez, commencez plutôt par une plante achetée ou par un keiki, et gardez le semis pour plus tard : les orchidées pardonnent beaucoup, sauf l’excès d’eau.
Germination in vitro des orchidées, infographie

La germination in vitro des orchidées en un coup d’œil

Pourquoi une graine d’orchidée ne germe pas seule

Les orchidées forment une immense famille : près de 30 000 espèces, et plus de 100 000 hybrides créés par l’homme. Mais toutes partagent une particularité étonnante. Leur graine est microscopique, aussi fine que de la poussière, et elle ne contient aucune réserve de nourriture : seulement un minuscule embryon. Dans la nature, elle ne peut germer que si un champignon du sol la colonise et lui apporte l’eau, les sucres et les minéraux dont elle a besoin. Sans ce champignon, pas d’orchidée.

En 1922, le botaniste américain Lewis Knudson a trouvé l’astuce : en semant les graines sur une gelée stérile enrichie en sucre et en minéraux, on remplace le champignon. C’est la germination « in vitro », utilisée depuis par tous les producteurs d’orchidées. Je raconte comment des champignons ont sauvé des orchidées sauvages dans les secrets de l’orchidée hawaïenne.

Les milieux de culture

La « gelée » sur laquelle on sème s’appelle un milieu de culture : de l’agar, une gelée d’algue, avec du sucre, des sels minéraux et des vitamines. Plusieurs recettes existent, selon les orchidées.

  • ›Le Knudson C, la formule historique, pauvre en sels, idéale pour les orchidées qui poussent sur les arbres, comme les Cattleya, Dendrobium ou Phalaenopsis.
  • ›Le Murashige et Skoog, très riche, utilisé à moitié dose pour ne pas « brûler » les graines, et très efficace pour les feuilles et les racines.
  • ›Des milieux plus doux, comme le Malmgren, pour les orchidées terrestres, sensibles à l’azote minéral.
  • ›Des milieux prêts à l’emploi, vendus en poudre par les fournisseurs spécialisés, les plus simples pour débuter.

On les enrichit souvent d’ingrédients naturels : de l’eau de coco, du jus d’ananas, de la pulpe de banane, riche en potassium, qui favorise l’enracinement, ou de la caseïne, une protéine de lait qui apporte de l’azote facile à absorber.

L’eau de coco, l’ingrédient magique

L’eau de coco est l’un des additifs naturels les plus utilisés en culture in vitro, à raison de 5 à 20 % du milieu, parfois jusqu’à 30 %. Voici pourquoi.

  • ›Des hormones naturelles. Elle contient des cytokinines, comme la zéatine, qui stimulent la division des cellules et la formation des premières petites boules vertes, les protocormes.
  • ›Des nutriments faciles à absorber : acides aminés, vitamines, minéraux et sucres.
  • ›Un coup de pouce à la germination : plus de graines germent, les plantules poussent plus vite et font plus de racines et de feuilles.
  • ›Une solution économique, qui remplace en partie des hormones de synthèse bien plus chères.

Hormones et charbon actif

Pour guider la croissance, les cultivateurs utilisent deux familles d’hormones végétales. Les cytokinines, comme la BAP, à 1 à 2,5 mg par litre, multiplient les protocormes et font naître les bourgeons. Les auxines, à 0,1 à 1 mg par litre, allongent les tiges et font pousser les racines. Je détaille leur rôle dans comment enraciner les plantes à la maison.

Et puis il y a un ingrédient discret mais précieux : le charbon actif, à raison de 1 à 2 g par litre. Voici ses trois rôles.

  • ›Il piège les toxines. Quand on coupe ou blesse un tissu végétal, il libère des composés qui s’oxydent, brunissent le milieu et peuvent tuer les plantules. Le charbon les absorbe.
  • ›Il absorbe l’éthylène, un gaz que les plantes émettent dans le flacon fermé et qui freine leur développement.
  • ›Il aide les racines, en assombrissant le fond du milieu, comme dans le sol, et en stabilisant son acidité.

Stériliser et semer les graines

La culture in vitro ne pardonne pas la moindre contamination : une seule spore de moisissure peut envahir tout le flacon. On travaille donc dans un espace propre, idéalement une hotte à flux d’air stérile, ou, à la maison, une « boîte à gants » : un bac transparent fermé, désinfecté à l’alcool à 70 °, où l’on passe les mains. Le milieu, lui, est stérilisé à l’autocuiseur, à 121 °C pendant 20 minutes, avec une acidité réglée vers 5,7. Ensuite, deux méthodes existent selon l’état de la capsule, le fruit de l’orchidée.

  • ›La capsule verte, encore fermée : la méthode la plus sûre. Récoltée trois à cinq mois après la pollinisation, avant qu’elle s’ouvre, elle est stérile à l’intérieur. On la lave, on la trempe une à deux minutes dans l’alcool à 70 °, puis 10 à 15 minutes dans une solution désinfectante, comme de l’eau de Javel diluée. Dans l’espace stérile, on la flambe rapidement, puis on l’ouvre au scalpel et on répand les graines sur le milieu. Les graines n’ont jamais touché le désinfectant, et gardent toute leur vigueur.
  • ›Les graines sèches, d’une capsule ouverte : il faut alors les désinfecter elles-mêmes. On les enferme dans un petit sachet de papier filtre ou une seringue à filtre, et on les plonge 3 à 10 minutes maximum dans une eau de Javel très diluée, avec une goutte de produit mouillant, en remuant doucement. On les rince ensuite plusieurs fois à l’eau stérile avant de les semer.

Manipulez toujours l’eau de Javel et l’alcool avec des gants, dans une pièce aérée, loin de toute flamme pour l’alcool.

De la graine à la plantule

Les flacons sont placés vers 23 °C, avec 16 heures de lumière par jour, idéalement sous des lampes horticoles. Certaines orchidées terrestres demandent d’abord deux à huit semaines d’obscurité. Voici ce que vous verrez apparaître.

  • ›Les premières semaines, la graine se gonfle d’eau et brise son enveloppe.
  • ›Après six à huit semaines, une petite boule verte se forme, le protocorme, avec de fins poils à sa base.
  • ›Dans les mois qui suivent, apparaissent les premières vraies feuilles, puis les racines.
  • ›Chaque mois, on repique les plantules sur un milieu frais, plus pauvre en hormones et enrichi en charbon actif, pour qu’elles ne manquent pas de sucre.

Sortir les plantules du flacon

C’est l’étape la plus délicate, car la plantule passe d’un monde parfait à la vraie vie.

Du flacon à la maison
Critère Dans le flacon À la maison
Microbes Aucun Bactéries et champignons partout
Nourriture Le sucre du milieu La photosynthèse et les racines
Humidité 100 %, feuilles sans protection 50 à 70 %, il faut des feuilles étanches
Support Une gelée Sphaigne, écorces, perlite

Voici comment procéder.

  • ›Attendre que les plantules mesurent 3 à 4 cm, avec de vraies racines.
  • ›Laver soigneusement les racines dans de l’eau tiède, avec un pinceau souple : le moindre reste de gelée attirerait les moisissures.
  • ›Planter dans de la sphaigne humide ou un mélange très aéré de fines écorces et de perlite, dans de petits pots transparents percés.
  • ›Acclimater en quatre semaines : une mini-serre fermée et ombrée la première semaine, en brumisant seulement les parois ; une aération progressive la deuxième ; la serre ouverte en journée la troisième ; et l’air libre la quatrième, avec les premiers arrosages par trempage.
Plants d'orchidées et transplantation

Des jeunes plants d’orchidées prêts à être transplantés

Plus simple : les keikis

Si le semis vous semble trop technique, il existe un raccourci : le keiki, un mot hawaïen qui veut dire « bébé ». Chez certaines orchidées, comme les Phalaenopsis, un petit plant peut naître sur la tige florale, à partir d’un bourgeon dormant. On peut l’encourager en appliquant sur ce bourgeon une pâte riche en cytokinine, vendue en jardinerie spécialisée. On le sépare de la plante mère selon la règle des trois : au moins trois feuilles, et trois racines de 3 cm. C’est un clone parfait de votre orchidée.

Avec ou sans pseudobulbes : deux grandes familles

Une fois votre jeune orchidée sortie d’affaire, il faut savoir à qui l’on a affaire. Pour vous faciliter la vie, Arnaud classe les orchidées en deux groupes.

  • ›Avec pseudobulbes. Ces orchidées stockent de l’eau et des nutriments dans un renflement de leur tige, long, étroit, rond ou aplati. Les orchidées hawaïennes, les Oncidium ou les Cymbidium ont cette tige potelée, qui leur permet de supporter un oubli d’arrosage.
  • ›Sans pseudobulbes. Les Phalaenopsis ou les Vanda n’ont pas de tige visible : c’est presque une succession de feuilles. Sans réserve d’eau, elles demandent plus d’attention à l’arrosage, et un substrat qui garde l’humidité plus longtemps.

Lisez les secrets de l’orchidée hawaïenne.

Mes 13 conseils pour planter et entretenir une orchidée

  • ›Choisir le bon substrat et le bon pot : ces deux choix déterminent la juste dose d’eau et de nutriments. Lisez comment arroser une orchidée.
  • ›Ne pas rempoter une orchidée en fleurs : elle risquerait de perdre toutes ses fleurs. Attendez la fin de la floraison.
  • ›Ne jamais réutiliser un vieux substrat : décomposé, il ne convient plus. Mettez-le plutôt au compost.
  • ›Retirer les feuilles vieilles, sèches ou abîmées au moment du rempotage. Pour les tiges, une règle simple : si c’est vert, on ne coupe pas ; si c’est sec, on peut couper. Regardez comment tailler une orchidée.
  • ›Ne pas couper les racines saines, même si elles semblent sèches : leur couche argentée, le velamen, est une protection qui absorbe l’eau. On retire seulement les racines molles et pourries.
  • ›Toujours un pot percé : les orchidées aiment l’humidité mais détestent l’eau qui stagne. Des trous évitent les racines pourries.
  • ›Placer le tuteur avant de planter : une orchidée qui se balance s’enracine mal. Le tuteur la garde stable.
  • ›Empêcher les trous de se boucher : posez un tesson de pot ou quelques billes d’argile dessus, pour que l’eau s’écoule toujours.
  • ›Faire tremper les racines quelques minutes dans de l’eau, additionnée d’un peu d’engrais pour orchidées, avant de les manipuler : elles deviennent plus souples.
  • ›Mettre moins d’engrais que conseillé sur l’emballage : une surdose brûle les racines. Ici, moins c’est mieux.
  • ›Placer la plante un doigt sous le bord du pot, pour faciliter l’arrosage.
  • ›Vérifier que la plante tient bien : avec le tuteur et le substrat légèrement tassé, secouez doucement le pot. Elle ne doit pas bouger.
  • ›Pot léger, fond lourd : dans un pot en plastique, mettez du gravier au fond pour éviter que l’ensemble ne bascule au moindre coup de vent.

Arrosage, lumière et refloraison

Une fois plantée, la règle d’or des passionnés de plantes s’applique : planté, arrosé ! Vous pouvez arroser généreusement, puisque le pot est percé : l’excès s’écoulera. Ensuite, voici les bons réflexes.

  • ›Arroser par trempage, tous les 7 à 10 jours : plongez le pot une dizaine de minutes dans l’eau, puis laissez-le bien s’égoutter. L’eau de pluie, non calcaire, est idéale.
  • ›Une lumière vive, avec quelques heures de soleil doux, de préférence le matin ou en fin d’après-midi, jamais le soleil brûlant de midi.
  • ›Un petit coup de frais pour refleurir : une baisse de température d’environ 5 °C la nuit, pendant trois à quatre semaines, stimule l’apparition de nouvelles tiges florales.

Et la vanille ?

La vanille est une orchidée, et ses graines sont parmi les plus difficiles à faire germer : leur enveloppe très dure les rend bien plus capricieuses que celles d’un Phalaenopsis. C’est pourquoi on multiplie le vanillier par bouture. Les laboratoires utilisent en revanche la culture in vitro pour produire des plants sains, garantis sans virus, et pour créer de nouvelles variétés résistantes aux maladies, comme je l’explique dans les maladies du vanillier.

Comment faire pousser une orchidée de zéro

De la graine à la fleur, la patience récompensée

Mon verdict : comment obtenir une nouvelle orchidée ?

Voici mon classement des différentes façons d’obtenir une nouvelle orchidée, selon leur facilité pour un amateur.

Vos questions fréquentes

Peut-on faire pousser une orchidée à partir d’une graine ?

Oui, mais pas dans la terre : il faut la semer dans un flacon stérile, sur une gelée nutritive. Il faut ensuite plusieurs années avant la première floraison.

À quoi sert l’eau de coco pour les orchidées ?

En culture in vitro, elle apporte des hormones naturelles et des nutriments qui améliorent la germination et la croissance des plantules.

Qu’est-ce qu’un keiki d’orchidée ?

Un petit plant qui naît sur la tige florale. On le détache quand il a au moins trois feuilles et trois racines de 3 cm.

Faut-il couper les racines sèches d’une orchidée ?

Non, si elles sont fermes : leur couche argentée les protège. On coupe seulement les racines molles et pourries.

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