Maison ActualitésVanilleLes OrchidéesOrchidée rouge, Cattleya coccinea : l’orchidée écarlate du Brésil, plus jolie que l’orchidée vanille ?

Orchidée rouge, Cattleya coccinea : l’orchidée écarlate du Brésil, plus jolie que l’orchidée vanille ?

La fiche d'identité, l'histoire de ses noms, une miniature de montagne, ses fleurs rouges et jaunes, le colibri trompé, ses hybrides célèbres et les six clés pour la cultiver

Par Arnaud Sion
11 minutes lire

Tout le monde connaît l’orchidée qui produit la vanille, et la meilleure des vanilles pour les amateurs, la vanille de Madagascar. Mais connaissez-vous l’orchidée rouge du Brésil, Cattleya coccinea ? Une orchidée miniature, à peine plus haute qu’un doigt, aux fleurs d’un rouge écarlate éblouissant, pollinisée par un colibri qu’elle trompe. Ici, vous allez tout savoir sur cette orchidée rouge : son histoire, ses fleurs, sa pollinisation, ses célèbres descendants, et comment la cultiver. N’hésitez pas à lire aussi notre article comment arroser une orchidée, et à découvrir la vidéo qui vous explique tout.

L’avis d’Arnaud, créateur du Comptoir de ToamasinaL’orchidée vanille a la plus belle gousse du monde, mais avouons-le, sa fleur vert-jaune est discrète. La Cattleya coccinea, elle, est un éclat de rouge pur dans la forêt atlantique du Brésil, celle-là même où poussent les vanilles sauvages. Attention cependant : ce n’est pas une orchidée de débutant. Elle aime la fraîcheur, l’eau de pluie et l’air qui circule. Si vous lui offrez ses nuits fraîches de montagne, elle vous récompensera.

La fiche d’identité de l’orchidée rouge

NOM SCIENTIFIQUECattleya coccinea
ANCIEN NOMSophronitis coccinea
NOMS POPULAIRESOrchidée écarlate, sofronite rouge
ORIGINESud et sud-est du Brésil, nord-est de l’Argentine
TAILLE5 à 10 cm, moins de 15 cm en fleurs
LUMIÈREVive mais filtrée

Ses autres noms botaniques, hérités de son histoire : Cattleya grandiflora, Eunannos coccinea, Hadrolaelia coccinea, Sophronia coccinea, Sophronia militaris, Sophronitis grandiflora, Sophronitis lowii, Sophronitis militaris et Sophronitis rossiteriana. Elle appartient à la famille des Orchidacées, comme la vanille.

Tout savoir sur l’orchidée rouge

Cattleya coccinea est une petite orchidée qui pousse sur les arbres et les rochers. Elle est originaire des États brésiliens du Minas Gerais, l’État où l’on trouve aussi la vanille dubia et la ville de Tiradentes, d’Espírito Santo, de Rio de Janeiro, de São Paulo, du Paraná, de Santa Catarina et du Rio Grande do Sul, ainsi que du nord-est de l’Argentine. Elle vit dans la forêt atlantique, la Mata Atlântica, dans les forêts de nuages de montagne, entre 600 et 1 700 mètres d’altitude.

Ses fleurs naturellement rouges sont rares chez les orchidées, d’où l’immense intérêt des orchidophiles et des producteurs. Sa croissance est « sympodiale » : de petits pseudobulbes, ces tiges renflées qui stockent l’eau, poussent serrés les uns contre les autres sur un rhizome, en formant des touffes. Chacun porte une seule feuille, coriace, étroite et vert foncé. Les tiges florales ne portent qu’une seule fleur. La floraison a lieu entre la fin de l’hiver et le début du printemps, et peut durer 45 jours. Lisez comment pousse la vanille.

Orchidée rouge Cattleya coccinea

Cattleya coccinea, l’orchidée écarlate de la forêt atlantique

Une histoire de noms

L’histoire de cette orchidée se confond avec la grande aventure de la botanique du XIXe siècle. En 1824, le botaniste anglais John Lindley crée le genre Cattleya, en hommage à William Cattley, un collectionneur qui avait réussi à faire fleurir une orchidée brésilienne dans sa serre. En 1836, Lindley décrit notre orchidée rouge sous le nom de Cattleya coccinea, du latin coccinus, « rouge écarlate ». En 1862, le botaniste allemand Reichenbach la déplace dans le genre Sophronitis : c’est sous ce nom que les amateurs l’ont connue pendant près de cent cinquante ans. Puis, au début des années 2000, les études de son ADN menées par le botaniste brésilien Cássio van den Berg ont montré qu’elle appartenait bien au genre Cattleya. Retour à son premier nom.

Une miniature taillée pour la montagne

Adulte, la plante ne mesure que 5 à 10 cm, avec des pseudobulbes de 2,5 à 4 cm. Elle a deux astuces pour survivre sur les crêtes venteuses de la forêt de nuages.

  • ›Une crème solaire naturelle : quand la lumière est forte, une ligne rouge pourpre se dessine le long de la nervure centrale de la feuille. Ce sont des pigments qui la protègent des UV. Pour le cultivateur, c’est un indicateur précieux : une feuille avec cette ligne rouge reçoit la bonne lumière ; une feuille toute vert foncé en manque.
  • ›Elle respire la nuit, comme la vanille et les cactus : elle garde ses pores fermés le jour pour ne pas perdre d’eau entre deux brouillards, et capte le gaz carbonique la nuit.

Des fleurs rouges, et parfois jaunes

Le contraste est saisissant entre cette plante minuscule et sa fleur, qui mesure 4 à 6 cm chez les plantes sauvages, et jusqu’à 8 cm chez les sélections horticoles. Ses pétales, deux fois plus larges que ses sépales, sont arrondis et bien répartis, et rappellent une étoile aux pointes rondes. Ils sont rouge écarlate, rouge carmin ou orange vif, avec une texture cristalline qui accroche la lumière. Le labelle, petit, à trois lobes et en forme de tube, est jaune à orange, rayé de fines lignes rouges. Curiosité : ses masses de pollen sont violettes, et ses fleurs n’ont aucun parfum.

Il existe aussi une forme à fleurs jaune citron, au labelle orangé et au feuillage vert clair, appelée C. coccinea forme flava, aurea ou rossiteriana. Très rare en culture, elle pousse plus lentement et se montre encore plus exigeante.

Une orchidée qui trompe les colibris

La plupart des Cattleya sont pollinisées par des abeilles, qu’elles attirent avec des parfums puissants. L’orchidée rouge, elle, a choisi les colibris, et elle les trompe. Des chercheurs brésiliens ont observé la scène dans la forêt atlantique du Rio Grande do Sul.

  • ›Le colibri voit rouge : un petit colibri vert, à la vue excellente pour le rouge, repère de loin la fleur écarlate, qu’il associe à du nectar.
  • ›Il plonge son bec au fond du labelle en tube… mais il n’y a pas une goutte de nectar. C’est une duperie.
  • ›Le pollen se colle sur son bec : en fouillant, il touche la colonne, et les deux masses de pollen violettes se collent sur le dessus de son bec.
  • ›Il pollinise la fleur suivante : déçu, il va tenter sa chance sur une autre fleur, où il dépose le pollen.

Mais les colibris apprennent vite à éviter les fleurs sans nectar : dans la nature, seules 0,5 à 14 % des fleurs donnent un fruit. C’est la même ruse que l’orchidée vanille, qui attire les abeilles sans les récompenser, et la même conséquence : très peu de fruits sans l’aide de l’homme. Lisez les abeilles à orchidées de la vanille.

La mère des orchidées rouges

Cette espèce est très utilisée pour créer des orchidées hybrides, car c’est l’une des rares orchidées capables de transmettre la couleur rouge à ses descendants. Elle leur lègue aussi sa petite taille, ses pétales ronds et plats, ses tiges courtes, et souvent plusieurs floraisons par an. Les sélectionneurs, au Japon et aux États-Unis, ont même créé des lignées dites tétraploïdes, qui portent le double de chromosomes : leurs fleurs sont plus grandes, jusqu’à 8 cm, plus rondes, plus épaisses, et la plante supporte un peu mieux la chaleur.

Quelques hybrides célèbres
Hybride Parents Ce que lui apporte l’orchidée rouge
Wild Fire C. coccinea × C. wittigiana Une miniature vigoureuse, rose fuchsia à écarlate
Georges Hardy C. aclandiae × C. coccinea Un fond rouge sous les taches sombres de l’autre parent
Psyche C. coccinea × C. luteola Des fleurs jaune orangé à rouge, très florifère
Hazel Boyd Deux hybrides issus de l’orchidée rouge L’un des hybrides rouge orangé les plus primés au monde

Comment cultiver l’orchidée rouge

Cultivée en pot ou sur les arbres du jardin dans les régions qui lui conviennent, elle est d’une délicatesse unique. Si vous avez une collection d’orchidées, cette Cattleya miniature ne peut pas manquer. Mais attention : elle ne convient pas aux débutants, car elle est très délicate et exigeante. Une erreur fréquente est de la croire amatrice de chaleur : originaire des montagnes humides, elle ne prospère pas par temps chaud ou sec. Rien à voir avec le climat du Cerrado, chaud et sec, où pousse la vanille pompona. Voici les six facteurs de réussite.

  • ›La lumière : vive mais filtrée, par exemple sous une ombrière qui arrête la moitié du soleil, un peu comme pour la vanille de Tahiti. En intérieur, elle réussit très bien sous une lampe horticole, 12 heures par jour. Guettez la ligne rouge sur la feuille.
  • ›La fraîcheur : 21 à 27 °C le jour, 10 à 16 °C la nuit. Une baisse d’environ 10 °C entre le jour et la nuit est indispensable pour la faire fleurir. Au-delà de 28 à 30 °C, elle souffre.
  • ›Une eau très pure : de l’eau de pluie, osmosée ou déminéralisée, jamais d’eau calcaire. Arrosez régulièrement, presque tous les jours en période chaude, de préférence le soir : le substrat doit rester frais, sans jamais être détrempé ni sécher complètement. Et évitez absolument les soucoupes sous les pots.
  • ›De l’humidité et de l’air : 60 à 85 % d’humidité, avec un humidificateur, une fontaine ou un plateau d’eau, mais toujours avec de l’air qui circule. Sans ventilation, les pourritures arrivent très vite.
  • ›Le bon pot : un petit pot en terre cuite, avec de grands trous de drainage, ou une plaque de liège ou un morceau de bois. Le meilleur substrat est la sphaigne de qualité, bien tassée autour des racines : soulevez la plante par ses pseudobulbes, le pot doit rester accroché. Rempotez chaque année en automne, quand les nouvelles racines apparaissent.
  • ›Très peu d’engrais : petite orchidée, petit appétit. Un engrais pour orchidées dilué au quart ou à la moitié de la dose, toutes les deux à trois semaines en période de croissance, et un rinçage à l’eau pure une fois par mois.

Sa multiplication se fait facilement par division des touffes, en gardant pour chaque nouveau plant au moins quatre pseudobulbes adultes et sains, et un bourgeon de croissance. Les producteurs la multiplient en laboratoire, à partir de graines ou de tissus. Lisez comment faire pousser une orchidée de zéro.

Arroser une orchidée pour une floraison abondante

L’eau de pluie et un bon drainage, les clés d’une orchidée en fleurs

Plus jolie que l’orchidée vanille ?

C’est le débat qui donne son titre à cet article. Pour la beauté de la fleur, l’orchidée rouge l’emporte haut la main : sa fleur écarlate est spectaculaire, quand celle de la vanille, vert-jaune, est discrète et ne dure qu’une matinée. Mais l’orchidée vanille a un atout unique au monde : c’est la seule orchidée cultivée pour son fruit, la gousse de vanille. Les deux partagent pourtant beaucoup : la forêt atlantique du Brésil, la respiration nocturne, l’amour de l’humidité sans les pieds dans l’eau, et une fleur qui trompe ses visiteurs. Lisez comment cultiver la vanille.

Une orchidée protégée

Comme toutes les orchidées, Cattleya coccinea est protégée par la convention internationale CITES, qui encadre son commerce. Avec la destruction de la forêt atlantique brésilienne, ses populations sauvages sont fragiles. Si vous souhaitez l’adopter, achetez toujours une plante issue de culture, multipliée en laboratoire ou par division, et jamais une plante prélevée dans la nature.

Vos questions fréquentes

Existe-t-il des orchidées naturellement rouges ?

Oui, mais elles sont rares. Cattleya coccinea, l’orchidée écarlate du Brésil, en est la plus célèbre, et c’est elle qui donne leur couleur rouge à de nombreux hybrides.

L’orchidée rouge est-elle facile à cultiver ?

Non : elle demande de la fraîcheur la nuit, une eau très pure, une forte humidité et de l’air qui circule. Elle est réservée aux amateurs déjà expérimentés.

Pourquoi mon orchidée rouge ne fleurit-elle pas ?

Souvent parce que les nuits ne sont pas assez fraîches : il lui faut une baisse d’environ 10 °C entre le jour et la nuit. Le manque de lumière est l’autre cause fréquente.

Quel est l’ancien nom de l’orchidée rouge ?

Sophronitis coccinea, le nom sous lequel les amateurs l’ont connue pendant près de cent cinquante ans, avant son retour dans le genre Cattleya.

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