En août 2022, la récolte de vanille d’Ouganda s’annonçait très prometteuse. Pendant que Madagascar attendait une petite campagne, ce pays d’Afrique de l’Est espérait un volume record et se présentait comme une alternative pour les industriels. Moi, Arnaud Sion, je travaille la vanille depuis 2010 : je suis ces marchés de près, même depuis le Brésil, où je vis depuis 2015. Dans cet article, écrit en 2022 et mis à jour, je vous explique ce qu’est la vanille d’Ouganda, où elle pousse, ce qu’on annonçait alors, les obstacles de la filière, pourquoi le Comptoir de Toamasina ne la vend pas, et ce qui s’est réellement passé ensuite.
- › La récolte de vanille d’Ouganda, très prometteuse en 2022
- › Le Comptoir de Toamasina ne vend pas de vanille d’Ouganda
- › Tout savoir sur la vanille d’Ouganda
- › Des conditions climatiques favorables
- › Une vanille tournée vers l’industrie
- › Les obstacles : expertise, quantité et traçabilité
- › L’Ouganda peut-il détrôner la vanille Bourbon de Madagascar ?
- › Et la vanille du Brésil ?
- › Madagascar, Ouganda, Papouasie : trois origines comparées
- › Ce qui s’est passé ensuite (mise à jour)
- › Mon verdict
- › Vos questions fréquentes
La récolte de vanille d’Ouganda, très prometteuse en 2022
Voici ce que nous écrivions à l’époque, en reprenant un rapport de marché publié au cours de l’été 2022 : la production de vanille en Ouganda devait atteindre un niveau record, avec plus de 200 tonnes de gousses attendues d’ici la fin de l’année, soit environ 50 tonnes de plus que la campagne précédente.
Sur la Grande Île, les prévisions annonçaient au contraire une baisse de la production d’environ 35 %, autour de 1 300 tonnes en 2022 contre environ 2 000 tonnes en 2021.
Je vous redonne ces chiffres tels qu’ils circulaient alors : ce sont des prévisions de marché, que je ne peux pas rattacher aujourd’hui à une source officielle. Ils montrent surtout l’ambiance de l’époque : l’Ouganda apparaissait comme le grand outsider de la vanille. Pour le contexte malgache de cette année-là, lisez le prix de la vanille de Madagascar en 2022.
Le Comptoir de Toamasina ne vend pas de vanille d’Ouganda
Je dois corriger un point de la première version de cet article, qui renvoyait vers une page d’achat de vanille d’Ouganda. Aujourd’hui, le Comptoir de Toamasina ne vend pas de vanille d’Ouganda.
Ce n’est pas une question de goût. C’est un choix éthique, lié aux rapports internationaux qui documentent le travail des enfants dans l’agriculture ougandaise, vanille comprise, et à l’effondrement des prix payés aux planteurs. Tant que des garanties fiables ne pourront pas être apportées sur le terrain, je préfère m’abstenir.
J’explique cette décision en détail dans pourquoi le Comptoir de Toamasina ne vend pas de vanille d’Ouganda. Cet article-ci reste un article d’information sur la filière et sur la récolte.

Le Comptoir de Toamasina a choisi de ne pas vendre de vanille d’Ouganda
Tout savoir sur la vanille d’Ouganda
Madagascar est le leader incontesté du marché mondial de la vanille, grâce à sa position de plus grand producteur et exportateur de gousses de vanille naturelle. Cependant, d’autres pays prennent progressivement pied dans ce marché : l’Indonésie, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les Comores, et l’Ouganda, souvent présenté comme le deuxième producteur africain.
Ce qu’il faut savoir sur la vanille d’Ouganda :
- ›l’espèce : c’est Vanilla planifolia, la même espèce que la vanille de Madagascar. Le terroir et la préparation font la différence de goût ;
- ›deux récoltes par an : grâce à son climat équatorial à deux saisons des pluies, l’Ouganda connaît une récolte principale et une seconde récolte, un atout que Madagascar n’a pas ;
- ›des petits planteurs : la vanille y est souvent cultivée sur de petites parcelles familiales, associée à d’autres cultures comme le café, la banane ou le cacao ;
- ›une préparation variable : selon les acheteurs, les gousses sont préparées localement ou exportées pour l’industrie et l’extraction.
Pour comparer les grandes vanilles, lisez toutes les vanilles du monde.

Des gousses de vanille d’Ouganda, de l’espèce Vanilla planifolia, comme celle de Madagascar (photo d’illustration)
Des conditions climatiques favorables
En 2022, de bonnes conditions météorologiques favorisaient le développement des vanilliers dans l’ouest du pays, notamment dans les districts de Bundibugyo et de Kasese, au pied des monts Rwenzori, à la frontière de la République démocratique du Congo. La vanille est aussi cultivée dans le centre du pays, autour du lac Victoria.
Le climat ougandais réunit plusieurs atouts pour cette orchidée :
- ›la chaleur toute l’année, sans grandes variations ;
- ›deux saisons des pluies, qui rythment deux floraisons et donc deux récoltes ;
- ›l’altitude modérée de nombreuses zones agricoles, qui tempère la chaleur.
Cette bonne tendance de l’offre devait améliorer les exportations du pays. Pour le gouvernement ougandais, la vanille est une culture d’exportation importante, au point qu’il publie chaque saison une déclaration officielle fixant les dates d’ouverture de la récolte, pour limiter les récoltes trop précoces.
Une vanille tournée vers l’industrie
La demande de produits à base de vanille naturelle restait forte en 2022, malgré l’existence de la vanilline de synthèse et même après la crise du Covid. Les grands groupes agroalimentaires cherchaient à diversifier leurs approvisionnements pour ne pas dépendre d’un seul pays.
L’Ouganda permettait alors aux industriels d’acheter de la vanille à un prix inférieur à celui de la vanille malgache. Une grande partie de sa production part ainsi vers l’extraction, pour fabriquer des extraits et des arômes naturels, plutôt que vers la vente de gousses entières aux pâtissiers.
C’est une différence importante avec le marché que je connais : pour une gousse destinée à la pâtisserie, on cherche la souplesse, le parfum et une préparation lente et soignée, pas seulement un prix au kilo.
Les obstacles : expertise, quantité et traçabilité
Même si le pays a fait des efforts ces dernières années pour améliorer sa qualité, j’estimais dès 2022 que la filière risquait de se heurter à plusieurs obstacles :
- ›le manque d’experts de la préparation de la vanille, un savoir-faire qui demande des années ;
- ›la course à la quantité, qui peut se faire au détriment de la qualité ;
- ›les récoltes précoces et les vols : quand les prix sont hauts, les gousses sont cueillies avant maturité, ou volées sur pied ;
- ›la traçabilité : selon la presse économique, une fois la période de récolte ouverte, n’importe qui peut vendre de la vanille sans justifier son origine, ce qui favorise les vols.
À l’époque, j’écrivais que la vanille d’Ouganda n’avait pas encore la même qualité que celle de Madagascar, mais qu’elle pourrait s’en approcher en quelques années. Les autorités ougandaises la placent d’ailleurs volontiers juste derrière Madagascar en qualité. C’est une ambition légitime, à condition que la filière protège ses planteurs.
L’Ouganda peut-il détrôner la vanille Bourbon de Madagascar ?
C’était la question posée en 2022. Ma réponse reste non, pour plusieurs raisons :
- ›le volume : Madagascar produit chaque année des quantités bien supérieures à celles de l’Ouganda ;
- ›l’appellation : la vanille « Bourbon » désigne la vanille planifolia de Madagascar, de La Réunion et des Comores, préparée selon la méthode bourbon. Une vanille d’Ouganda n’est pas une vanille Bourbon ;
- ›le savoir-faire : la préparation malgache, avec l’échaudage, l’étuvage et un long séchage, est transmise depuis des générations.
En revanche, l’Ouganda est devenu un acteur avec lequel le marché doit compter, en particulier pour l’industrie. Pour comprendre ce qui fait une grande gousse, lisez quelle origine de vanille choisir.
Et la vanille du Brésil ?
Dans la première version, je vous parlais aussi de la vanille de Papouasie et de la vanille du Brésil. La Papouasie-Nouvelle-Guinée est aujourd’hui l’une de mes origines préférées, avec ses gousses planifolia et tahitensis. Le Brésil, lui, possède de nombreuses vanilles natives et une jeune filière de culture, que je suis de près puisque je vis à Belo Horizonte.
Je raconte mes essais dans la culture de la vanille dans le Minas Gerais. Et en vidéo, voici l’un de mes trajets au Brésil, sur la route entre Belo Horizonte et Rio de Janeiro.
Madagascar, Ouganda, Papouasie : trois origines comparées
Ma lecture, échelle indicative de 0 à 5
Le radar compare, de façon qualitative, trois origines de vanille planifolia ou proches. La Bourbon de Madagascar reste la référence pour sa rondeur, ses notes boisées et chocolatées et la régularité de ses lots. La vanille d’Ouganda est souvent décrite comme puissante et sucrée, avec l’atout de deux récoltes par an, mais une traçabilité encore faible. La vanille de Papouasie se distingue par ses notes fruitées et florales. Pour l’Ouganda, je m’appuie sur les descriptions du marché, puisque je ne la commercialise pas.
La pyramide olfactive de la vanille Bourbon de Madagascar, la référence
Ce qui s’est passé ensuite (mise à jour)
La suite n’a pas été celle que l’on espérait en 2022. En mai 2023, Madagascar a abandonné le prix minimum à l’exportation de 250 dollars le kilo qu’il imposait depuis plusieurs années. Les prix mondiaux ont alors fortement baissé, sur un marché déjà bien approvisionné.
En Ouganda, le choc a été brutal pour les planteurs : selon la presse spécialisée, le prix de la vanille verte, qui avoisinait 80 dollars le kilo en 2018, est tombé autour d’un dollar en 2023, et le gouvernement a demandé aux planteurs de ne pas arracher leurs vanilliers. Les volumes, eux, ont continué de progresser : l’Ouganda aurait exporté environ 604 tonnes de vanille en 2024, le double de l’année précédente, pour un chiffre d’affaires bien plus modeste qu’au temps des prix hauts. À Madagascar, les recettes d’exportation ont chuté au premier trimestre 2024 alors que les volumes expédiés augmentaient.
Ces chiffres viennent de la presse économique et doivent être lus comme des tendances. Je détaille cette période dans le prix de la vanille en 2023 et dans la campagne d’exportation de la vanille 2024.
Pour des gousses à l’origine précise, découvrez ma vanille de Madagascar, ma vanille de Papouasie et toutes mes vanilles.
Mon verdict : la vanille d’Ouganda, une filière prometteuse mais fragile
Voici mon évaluation, critère par critère.
Vos questions fréquentes
Vanilles du monde
Dans mon livre, je raconte les grandes vanilles du monde, leurs terroirs et les gestes pour bien les choisir, les conserver et les cuisiner.
