La reforestation avec la vanille, c’est une idée simple : la vanille est une liane d’ombre, elle a besoin d’arbres pour vivre. Bien menée, sa culture peut donc garder des arbres debout, voire en replanter. Moi, Arnaud Sion, je travaille la vanille depuis 2010 et je vis au Brésil depuis 2015, où j’apprends à la cultiver. Dans cet article, je vous explique pourquoi la vanille aime le sous-bois, combien d’arbres il faut par hectare, ce que sont les tuteurs vivants, ce que dit une étude récente menée à Madagascar, et pourquoi la vanille n’est un outil de reforestation que lorsqu’on la plante au bon endroit.
- › La vanille en sous-bois, une culture qui peut garder la forêt
- › Pourquoi la vanille a besoin d’arbres
- › Sous-bois, tuteurs vivants, ombrière : trois façons de cultiver
- › Mais combien d’arbres par hectare faut-il dans une plantation de vanille ?
- › Ce que dit la science : l’histoire de la parcelle compte
- › Le giroflier, une première alternative vivante
- › Girofle, cacao et vanille : trois récoltes sur un même terrain
- › Et au Brésil ? Ma petite plantation du Minas Gerais
- › Trois façons de cultiver la vanille comparées
- › Les limites de la vanille comme outil de reforestation
- › Ce que vous pouvez faire en choisissant votre vanille
- › Mon verdict
- › Vos questions fréquentes
La vanille en sous-bois, une culture qui peut garder la forêt
Dans la première version de cet article, j’écrivais que nous souhaitions l’arrêt des vanilles sous ombrières et dans des serres, et nous avancions que ce type de culture fait abattre 20 à 30 arbres par hectare. C’est ce que nous écrivions à l’époque, et ce chiffre ne repose sur aucune source que je puisse citer aujourd’hui.
Je veux donc nuancer : une ombrière installée sur un terrain déjà découvert ne détruit pas de forêt ; elle permet même de cultiver la vanille là où il n’y a plus d’arbres, ou sous un climat difficile. Ce qui est grave, c’est de couper des arbres pour installer une culture, quelle qu’elle soit.
En revanche, je maintiens le cœur du message : la vanille en sous-bois est une merveille. Cultivée sous un couvert d’arbres, elle profite d’une ombre naturelle, d’un sol couvert de feuilles, d’une humidité stable, et elle cohabite avec les insectes, les oiseaux et les autres plantes. C’est la culture qui ressemble le plus au milieu d’origine de cette orchidée.
Pourquoi la vanille a besoin d’arbres
La vanille est une orchidée grimpante. Dans la nature, elle s’accroche aux troncs grâce à ses racines aériennes et monte vers la lumière, à l’abri du soleil direct. En culture, elle a donc besoin de trois choses :
- ›un tuteur, arbre, arbuste ou poteau, sur lequel la liane grimpe puis retombe en boucles, à hauteur d’homme, pour que l’on puisse polliniser les fleurs ;
- ›de l’ombre, souvent de l’ordre de 50 à 70 % selon le climat : en plein soleil, les feuilles jaunissent et brûlent ;
- ›un sol riche en matière organique, frais et drainant, comme une litière de forêt.
Ces besoins expliquent pourquoi la vanille s’intègre si bien dans un système agroforestier. Pour comprendre la plante, lisez comment pousse la vanille et mon article sur le vanillier, ses racines et son développement.
Sous-bois, tuteurs vivants, ombrière : trois façons de cultiver
Dans le monde, on cultive la vanille de plusieurs façons :
- ›en sous-bois : les lianes grimpent sur des arbres et arbustes d’une forêt existante, plus ou moins éclaircie. C’est une méthode traditionnelle, que l’on retrouve par exemple à La Réunion ;
- ›sur tuteurs vivants en agroforesterie : on plante des arbustes faciles à tailler, souvent le gliricidia ou le pignon d’Inde (Jatropha curcas), qui portent la liane et donnent de l’ombre, au milieu d’autres arbres. C’est le modèle dominant à Madagascar ;
- ›sous ombrière : des filets d’ombrage tendus sur des poteaux, avec des tuteurs inertes. Cette méthode permet une culture plus dense et un meilleur suivi sanitaire, mais demande un investissement et n’abrite pas la biodiversité d’un sous-bois.
Ailleurs, en Ouganda, en Papouasie-Nouvelle-Guinée ou en Indonésie, la vanille est souvent associée à d’autres cultures de petits planteurs, comme le cacao, le café ou la banane.
Mais combien d’arbres par hectare faut-il dans une plantation de vanille ?
C’est la question que l’on me pose le plus, et il faut distinguer deux types d’arbres.
- ›Les tuteurs : ce sont les supports des lianes. Ils sont plantés serrés, souvent à 1,5 ou 2 mètres les uns des autres sur des lignes espacées de 2 à 3 mètres. Selon l’espacement, on compte généralement de l’ordre de 1 500 à 2 500 tuteurs par hectare, avec un ou deux pieds de vanille chacun.
- ›Les arbres d’ombrage : ce sont de plus grands arbres, conservés ou plantés, qui forment une canopée au-dessus des tuteurs. Dans la première version, j’indiquais 20 à 40 arbres par hectare : c’est un ordre de grandeur pour ces grands arbres, qui dépend beaucoup de leur espèce et de la taille de leur couronne.
Tout va dépendre du type d’arbres que vous souhaitez utiliser, du climat et de l’ensoleillement. Sous un ciel souvent couvert, on garde moins d’ombre ; dans une région très lumineuse, on en garde plus. L’important est de ne pas couper un arbre âgé ou menacé pour faire de la place, quand on peut planter des tuteurs autour.

Une plantation de vanille : les lianes grimpent sur des tuteurs, sous l’ombre d’arbres plus hauts
Ce que dit la science : l’histoire de la parcelle compte
En 2022, une étude publiée dans la revue scientifique PNAS par des chercheurs de l’université de Göttingen et de l’université d’Antananarivo a comparé les vanilleraies du nord-est de Madagascar selon l’usage précédent du terrain. Leur conclusion est très claire :
- ›une vanilleraie agroforestière installée sur une jachère, ancienne terre de riz brûlée, apporte des bénéfices nets pour les habitants et pour la nature ;
- ›une vanilleraie installée à la place d’une forêt fait perdre des espèces et des fonctions importantes de l’écosystème.
Autrement dit, la même culture peut être une reforestation ou une déforestation selon l’endroit où elle est plantée. Les auteurs rappellent aussi un point économique : ces systèmes sont très rentables quand les prix de la vanille sont hauts, beaucoup moins quand ils s’effondrent, ce qui fragilise les planteurs.
Le giroflier, une première alternative vivante
Dans la première version, je citais le girofle comme première alternative vivante. Je précise : le giroflier est un grand arbre, qui peut dépasser 10 mètres. Il ne sert pas vraiment de tuteur à la liane, car on ne pourrait plus atteindre les fleurs, mais il joue très bien le rôle d’arbre d’ombrage dans un système agroforestier.
Sur la côte est de Madagascar, girofliers, caféiers, arbres fruitiers et vanilliers cohabitent souvent dans les mêmes jardins-forêts familiaux. C’est un modèle intéressant : chaque culture a sa saison, et le planteur ne dépend pas d’une seule épice.
Pour découvrir cet arbre, lisez comment pousse le giroflier.
Girofle, cacao et vanille : trois récoltes sur un même terrain
Vous pouvez avoir deux ou trois récoltes par an selon les arbres et les épices que vous allez associer : une récolte de girofle, une récolte de cacao et une récolte de vanille. C’est idéal pour l’agriculteur, qui a ainsi trois sources de revenus.
L’idée est d’étager les cultures :
- ›en haut, les grands arbres d’ombrage, giroflier ou essences forestières ;
- ›au milieu, le cacaoyer, qui aime lui aussi la mi-ombre ;
- ›en bas, les tuteurs et les lianes de vanille, et parfois le poivrier, une autre liane.
Ce schéma demande de la technique : trop d’ombre réduit la floraison de la vanille, et chaque espèce a ses maladies. Mais il répartit les risques, car une mauvaise année sur une épice est compensée par une autre. Le poivre suit la même logique, comme je l’explique dans la reforestation avec la culture du poivre, et l’açaí aussi, dans la reforestation avec l’açaí.

Le cacaoyer aime la mi-ombre, comme la vanille : un voisin idéal en agroforesterie
Et au Brésil ? Ma petite plantation du Minas Gerais
Je vous dois la transparence. Dans la première version, nous évoquions des tests de tuteurs vivants dans la plantation Arnaud Vanille. Aujourd’hui, ma plantation reste une petite plantation de test, à Sabará, près de Belo Horizonte, et ses pieds sont cultivés sous serre, dans le jardin familial.
Pourquoi une serre, alors que je défends le sous-bois ? Parce que la saison sèche du Minas Gerais est rude : l’humidité de l’air y tombe parfois sous les 25 %, et la plupart des premiers pieds que j’avais plantés n’y ont pas survécu. Pour de jeunes lianes, la serre est une protection, pas un choix contre la forêt. Le Brésil a d’ailleurs ses propres vanilles natives, qui poussent naturellement en forêt et dans le Cerrado.
Je raconte cette aventure dans la culture de la vanille dans le Minas Gerais.

Le projet de plantation de vanille d’Arnaud dans le Minas Gerais, au Brésil
Trois façons de cultiver la vanille comparées
Ma lecture, échelle indicative de 0 à 5
Le radar compare, de façon qualitative, trois modèles. Le sous-bois offre la plus grande biodiversité, mais des rendements modestes et un suivi plus difficile. L’agroforesterie sur jachère est le modèle qui ajoute le plus d’arbres là où il n’y en avait plus, avec des revenus diversifiés. L’ombrière donne les meilleurs rendements et la meilleure maîtrise sanitaire, mais n’abrite presque pas de faune et coûte cher à installer. Ce sont des tendances générales, qui varient selon les régions.
La pyramide olfactive d’une gousse de vanille Bourbon
Les limites de la vanille comme outil de reforestation
La vanille ne reboise pas toute seule. Quelques limites à garder en tête :
- ›la conversion de forêts : quand les prix montent, la tentation est grande d’éclaircir des forêts pour planter ;
- ›la dépendance aux prix : une vanille très chère finance des plantations, une vanille bradée les fait abandonner ;
- ›les cyclones et les vols : à Madagascar, les planteurs doivent parfois surveiller leurs lianes jour et nuit, ou récolter trop tôt ;
- ›le temps : un vanillier met en général 2 à 4 ans avant de fleurir, et les gousses demandent ensuite des mois de préparation.
La vanille est donc une alliée de la forêt à condition d’être plantée sur des terres déjà ouvertes, avec d’autres arbres, et payée à un prix qui permet aux planteurs de vivre.
Ce que vous pouvez faire en choisissant votre vanille
La vanille est l’épice que les Français préfèrent : imaginez une culture de la vanille qui préserve l’environnement. En tant qu’acheteur, vous avez un rôle à jouer :
- ›préférez une origine précise à une vanille sans provenance ;
- ›méfiez-vous des prix anormalement bas, qui cachent souvent une récolte précoce ou de mauvaises conditions de travail ;
- ›utilisez toute la gousse : grattez les graines, puis faites sécher la gousse pour parfumer un sucre. Gaspiller moins, c’est aussi respecter le travail des planteurs.
Pour aller plus loin, je compare les grandes origines dans quelle origine de vanille choisir.
Pour découvrir mes vanilles, voyez ma vanille de Madagascar, toutes mes vanilles et mon clou de girofle de Madagascar.
Mon verdict : la vanille en agroforesterie, une alliée de la forêt au bon endroit
Voici mon évaluation, critère par critère.
Vos questions fréquentes
Vanilles du monde
Dans mon livre, je raconte les grandes vanilles du monde, leurs terroirs et les gestes pour bien les choisir, les conserver et les cuisiner.

