Quand on entre dans le monde des épices, on se demande vite si telle ou telle épice est aphrodisiaque. Le piment arrive souvent en tête de liste : il chauffe, il fait rougir, il accélère le cœur, il a une réputation « piquante ». Alors, le piment est-il le meilleur aphrodisiaque au monde ? Je vais vous répondre honnêtement : non, rien ne le démontre. Mais la question mérite qu’on s’y arrête, parce que l’histoire de cette réputation est passionnante, et parce que ce que la science sait vraiment du piment est plus intéressant que les promesses que l’on lit partout.
- › Les piments sont-ils aphrodisiaques ?
- › Mais est-ce vraiment un aphrodisiaque ?
- › Quelles sont les qualités du piment en tant qu’aphrodisiaque ?
- › Les piments peuvent-ils augmenter la libido ?
- › Attention aux excès de piment
- › Piment, vanille et gingembre : réputation et réalité
- › Un dîner pimenté en amoureux, sans excès
- › Et les autres épices à réputation aphrodisiaque ?
- › Mon verdict
- › Vos questions fréquentes
Les piments sont-ils aphrodisiaques ?
Un aphrodisiaque, au sens strict, serait une substance capable d’augmenter le désir ou la performance sexuelle. Le mot vient d’Aphrodite, la déesse grecque de l’amour. Depuis l’Antiquité, on a prêté ce pouvoir à des dizaines d’aliments : huîtres, chocolat, miel, safran, gingembre, vanille, cannelle… et bien sûr le piment.
L’utilisation du piment comme stimulant, tonique ou « épice de l’amour » semble exister depuis toujours. C’est dans l’imaginaire collectif : le vocabulaire lui-même en témoigne, quand on parle d’une histoire « pimentée » ou d’une relation « épicée ».
Ma réponse courte : le piment a une réputation d’aphrodisiaque, mais aucune étude sérieuse n’a montré qu’il augmente le désir ou la performance sexuelle. Dans la première version de cet article, je laissais entendre le contraire et j’évoquais même le traitement de problèmes d’érection : je retire ces affirmations, qui ne reposent sur aucune preuve.
Mais est-ce vraiment un aphrodisiaque ?
Pour comprendre d’où vient cette réputation, il faut regarder ce que le piment fait au corps. Quand on mange un piment fort, on ressent une série de réactions qui ressemblent étrangement à celles de l’émotion amoureuse :
- ›la chaleur qui monte au visage ;
- ›la rougeur des joues et des lèvres ;
- ›la transpiration, parfois abondante ;
- ›le cœur qui bat un peu plus vite ;
- ›une forme d’excitation, suivie d’un apaisement quand la brûlure retombe.
Cette ressemblance explique sans doute une grande partie du mythe. Mais ressembler à une émotion n’est pas la provoquer : ces réactions sont une réponse du corps à une fausse sensation de brûlure, pas un effet sur le désir.
Il y a aussi l’histoire. Chez les Aztèques, la boisson au cacao, souvent parfumée de piment, était une boisson de prestige. Des chroniqueurs espagnols ont rapporté que l’empereur Moctezuma en buvait beaucoup, et l’anecdote a été embellie au fil des siècles jusqu’à devenir une légende d’« élixir d’amour ». Quand le piment et le chocolat sont arrivés en Europe, épices rares et exotiques, ils ont naturellement hérité de cette aura.
La pyramide des sensations du piment
Quelles sont les qualités du piment en tant qu’aphrodisiaque ?
Les bienfaits du piment comme aphrodisiaque n’ont jamais été démontrés scientifiquement, et les recherches sur le sujet sont très rares. Ce que l’on sait concerne surtout la capsaïcine, la molécule responsable du piquant, à l’origine de la plupart des effets du piment sur l’organisme. Voici ce que l’on peut dire, au conditionnel et sans extrapoler :
- ›une sensation de chaleur et de rougeur : la capsaïcine active les récepteurs de la chaleur et provoque une dilatation des petits vaisseaux de la peau du visage. C’est un effet local et passager. Rien ne permet d’affirmer qu’il améliorerait la circulation sanguine des organes sexuels, comme je l’écrivais à tort dans la version d’origine ;
- ›la transpiration : le piment fait transpirer, c’est la réponse du corps à une sensation de chaleur ;
- ›les endorphines : certains chercheurs avancent que la douleur du piment entraînerait la libération d’endorphines, ce qui expliquerait la petite euphorie de certains amateurs. Le psychologue américain Paul Rozin a parlé de « masochisme bénin » pour décrire ce plaisir d’un danger sans danger. C’est une hypothèse, et rien ne la relie au désir sexuel ;
- ›les antioxydants : le piment contient des caroténoïdes et, frais, de la vitamine C. C’est intéressant pour la qualité de l’alimentation en général, pas pour la libido.
Une étude française souvent citée, menée à Grenoble et publiée en 2015 dans Physiology & Behavior, a observé chez 114 hommes que ceux qui avaient le plus de testostérone dans la salive ajoutaient en moyenne plus de sauce piquante à un plat. Attention au contresens : l’étude montre une corrélation, pas que le piment augmente la testostérone. Elle suggère plutôt qu’un certain goût pour le risque et les sensations fortes irait de pair avec un goût pour le piquant.
Les piments peuvent-ils augmenter la libido ?
En l’état des connaissances, la réponse honnête est : on n’en sait rien, et rien ne le montre. Il n’existe ni dose « aphrodisiaque » ni façon de prendre des piments pour un tel effet. Je préfère donc vous parler de ce que le piment fait vraiment bien : rendre un plat plus vivant.
Le désir dépend de très nombreux facteurs, la fatigue, le stress, la santé, la relation, les médicaments, l’âge. Aucun aliment ne remplace l’attention à ces facteurs, et aucun ne doit retarder une consultation quand une difficulté dure.
En revanche, un repas partagé, coloré, parfumé, avec un peu de chaleur en bouche, crée une ambiance. C’est là que le piment a sa place, comme le chocolat, la vanille ou un beau dessert : dans le plaisir de la table, pas dans la pharmacie.
Attention aux excès de piment
La version d’origine de cet article le rappelait déjà, et c’est le conseil que je garde : pour éviter les désagréments liés à un excès de piment, comme les brûlures d’estomac, les troubles digestifs, les diarrhées ou les irritations, veillez à ne pas en prendre trop ni trop vite.
Quelques règles simples :
- ›si vous le tolérez bien, commencez par une toute petite quantité, puis augmentez progressivement d’un repas à l’autre ;
- ›en cuisine, il vaut mieux en rajouter en fin de cuisson que d’en mettre trop au début et dénaturer votre recette ;
- ›choisissez le bon piment, ni trop doux, ni trop fort, en vous aidant de l’échelle de Scoville et de mon guide quel piment dois-je choisir ? ;
- ›prévoyez un produit laitier à table au cas où : mes astuces sont dans soulager une brûlure de piment.
Piment, vanille et gingembre : réputation et réalité
Ma lecture, échelle indicative de 0 à 5
La version d’origine de cet article affirmait que la vanille était « bien plus aphrodisiaque » que le gingembre. Je corrige : aucune des trois épices de ce radar n’a d’effet aphrodisiaque démontré. Le radar compare donc leur réputation, leur niveau de preuve (très faible pour les trois) et leurs qualités réelles en cuisine. Le piment l’emporte en sensation de chaleur, la vanille en parfum et en douceur, le gingembre en fraîcheur piquante. Trois très belles épices, sans miracle. Pour les autres, lisez le gingembre est-il aphrodisiaque ? et la cannelle et sa réputation.
Un dîner pimenté en amoureux, sans excès
Si vous voulez mettre un peu de piment dans un dîner à deux, au sens culinaire, voici mes idées, toutes en douceur :
- ›en entrée : un guacamole ou un tartare de poisson relevé d’une pincée de piment d’Espelette et de citron vert ;
- ›en plat : des crevettes sautées à l’ail, au gingembre et à une pointe de piment, ou une volaille marinée au paprika fumé ;
- ›en dessert : la tradition aztèque revisitée, un chocolat chaud ou une mousse au chocolat noir relevés d’une infime pincée de piment et parfumés à la vanille. Partez d’un chocolat chaud onctueux à la vanille et ajoutez le piment au dernier moment ;
- ›avec des fruits : mangue, ananas ou fraises avec un filet de miel et quelques flocons de piment doux.
La règle d’or : le piment doit réchauffer, pas incendier. Personne ne passe une bonne soirée la bouche en feu.

Piment, safran et poivre : des épices de caractère pour une table festive, à doser avec douceur
Et les autres épices à réputation aphrodisiaque ?
Le piment n’est pas seul. Le safran, la vanille, la cannelle, le clou de girofle, le gingembre, la fève tonka ou le guarana ont tous, à un moment de l’histoire, été qualifiés d’aphrodisiaques. Le point commun ? Ce sont des produits rares, chers ou venus de loin, aux parfums puissants et chaleureux. Leur réputation tient beaucoup à leur prestige et à leur pouvoir d’évocation.
J’ai consacré plusieurs articles à ces réputations, avec le même souci de distinguer légende et réalité :
- ›les aphrodisiaques naturels ;
- ›le clou de girofle est-il un bon aphrodisiaque ? ;
- ›qu’est-ce que la fève tonka ? ;
- ›et, pour tout savoir du piment lui-même, mon article de référence sur les piments et celui sur la capsaïcine.

Chocolat, épices, fruits : de nombreux aliments ont une réputation d’aphrodisiaque, rarement confirmée par la science
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Mon verdict : le piment, une épice à la réputation brûlante mais sans effet aphrodisiaque démontré
Voici mon évaluation, critère par critère.
Vos questions fréquentes
Vanilles du monde
Dans mon livre, je raconte les grandes vanilles du monde, leurs terroirs et les gestes pour bien les choisir, les conserver et les cuisiner.