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Chute du prix de la vanille à Madagascar ?

Par Arnaud Sion
Publié: Mis à jour: 13 minutes lire

Novembre 2021 : beaucoup d’observateurs constatent que la vanille verte récoltée à Madagascar s’est vendue bien en dessous du prix fixé par l’État. Alors, faut-il s’attendre à une chute du prix de la vanille ? Moi, Arnaud Sion, créateur du Comptoir de Toamasina, je suis la vanille Bourbon depuis 2010 et je vous explique ici pourquoi le prix pouvait chuter : stocks invendus, demande en baisse, concurrence d’autres origines et prix plancher artificiel. Et parce que cet article date de 2021, je vous raconte à la fin ce qui s’est réellement passé ensuite.

L’avis d’Arnaud, créateur du Comptoir de ToamasinaMon avis : un prix qui chute au village et qui reste bloqué à l’export, c’est le pire des deux mondes. Le planteur est mal payé, et l’acheteur étranger trouve la vanille trop chère. Quand un marché est déséquilibré à ce point, la correction finit toujours par arriver. Pour vous, acheteur, la bonne attitude est de suivre la qualité de la récolte plutôt que d’attendre un prix plancher qui tombe.

Chute du prix de la vanille à Madagascar : ce que l’on observait fin 2021

Beaucoup d’observateurs constataient, fin 2021, que la vanille verte de la nouvelle récolte s’était vendue bien en dessous du prix de référence de 75 000 ariary le kilo fixé par l’État. Dans plusieurs régions, des producteurs se voyaient proposer 50 000, voire 20 000 ariary le kilo.

Dans mon article d’origine, je relayais même des transactions annoncées sous les 16 000 le kilo. J’avais d’ailleurs écrit « reais » au lieu d’ariary, une coquille que je corrige ici. C’est un chiffre de terrain de l’époque, que je ne peux pas confirmer aujourd’hui : retenez surtout l’écart considérable entre le prix officiel et le prix réellement payé.

Au Comptoir de Toamasina, je vous propose donc de tout savoir sur cette actualité de la vanille et sur les raisons de cette chute. Pour situer ces prix dans l’histoire longue, lisez mon article sur le prix de la vanille au kilo en France.

La chute du prix de la vanille verte et l’impossibilité d’exporter à moins de 250 $

Il y a quelques années, la vanille verte pouvait se vendre à plus de 200 000 ariary le kilo, comme nous l’écrivions à l’époque. Le prix de l’or vert avait flambé sur le marché local, tout cela pour des gousses encore vertes et sans parfum.

Pour empêcher une baisse trop importante du prix de la vanille, Madagascar a imposé des prix par décret. Le décret devait rassurer les agriculteurs, les exportateurs et les importateurs. Mais c’est le contraire qui s’est passé.

Le prix de la vanille est bloqué à l’export, avec le rapatriement des devises : il faut toujours payer 250 $ pour un kilo de vanille préparée, prix FOB, quelle que soit la qualité. Pendant ce temps, en bas de la chaîne, le prix payé au planteur s’effondre.

La dévalorisation du prix payé peut entraîner un sentiment d’abandon chez les producteurs. Et s’ils arrêtent de produire, c’est l’une des premières sources de devises du pays qui s’envole.

La chute du prix de la vanille

Le prix de la vanille qui s’assombrit : la chute du prix de la vanille verte

Un prix bloqué en haut, un prix qui s’effondre en bas

Comment le prix peut-il chuter au village alors qu’il est fixé à l’export ? C’est un effet de ciseaux, et il est simple à comprendre.

  • ›En haut, l’exportateur ne peut pas vendre sous 250 $ le kilo. S’il ne trouve pas d’acheteur à ce prix, il ne vend pas, ou il vend moins.
  • ›Au milieu, le collecteur et le préparateur, qui ne savent pas s’ils pourront écouler la vanille, achètent moins cher pour limiter leur risque.
  • ›En bas, le planteur, qui a besoin d’argent après des mois d’attente, accepte le prix qu’on lui propose, même très inférieur au prix de référence.

Autrement dit, le prix plancher ne supprime pas la baisse : il la déplace vers le maillon le plus fragile. C’est pour cela que l’on pouvait parler de chute du prix de la vanille fin 2021, alors même que le prix affiché à l’export ne bougeait pas.

Raison Ce que l’on voyait fin 2021 Effet sur le prix
Stocks invendus Des volumes records exportés, mais encore de la vanille non vendue dans les entrepôts Pression à la baisse sur la vanille verte
Demande en baisse Covid-19, restauration à l’arrêt, industriels plus prudents Moins de commandes, achats au compte-gouttes
Concurrence d’autres origines Ouganda, Indonésie, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Inde en embuscade Des acheteurs qui comparent et négocient
Prix plancher artificiel 250 $ le kilo FOB pour toutes les qualités Prix bloqué à l’export, tension reportée sur le planteur

Première raison : des stocks invendus qui s’accumulent

La campagne 2020-2021 a battu un record : au 23 mai 2021, Madagascar avait exporté 2 050 tonnes de vanille, contre 1 447 et 1 780 tonnes lors des deux campagnes précédentes. Mais ce record cachait une autre réalité : une partie de la vanille préparée n’avait pas trouvé preneur.

Or, à Madagascar, la vanille ne peut être exportée que pendant la campagne. Ouverte le 15 septembre 2020, la campagne 2020-2021 a été prolongée jusqu’au 30 juin 2021. Ce qui n’était pas vendu à cette date restait bloqué sur l’île, au moment même où la nouvelle récolte arrivait : la commercialisation de la vanille verte 2021 avait ouvert dès le 20 mai dans certaines régions.

Quand les entrepôts sont pleins, personne n’a envie d’acheter cher de la vanille verte qui ne sera vendable que des mois plus tard. Je détaille ce bilan dans la fin de la campagne 2020-2021 de la vanille.

Deuxième raison : une demande mondiale en baisse

La vanille de Madagascar se vend surtout aux industriels de l’alimentaire, aux glaciers, aux pâtissiers et, pour une plus petite part, aux particuliers. Or, en 2020 et 2021, tous ces acheteurs ont levé le pied.

  • ›La restauration et l’hôtellerie ont été fermées ou ralenties pendant de longs mois à cause du Covid-19.
  • ›Les industriels, échaudés par les années de prix records, avaient pour beaucoup réduit la part de vanille naturelle dans leurs recettes et n’étaient pas pressés de revenir.
  • ›Les particuliers ont fait des arbitrages : la vanille est un plaisir, pas une nécessité.

Au Comptoir aussi, nous constations à l’époque une baisse des ventes de vanille, alors que le nombre de vendeurs en ligne augmentait. Une offre abondante face à une demande hésitante : c’est la recette classique d’une baisse des prix.

Troisième raison : la concurrence d’autres origines

Madagascar reste le premier producteur de vanille au monde, mais elle n’est plus seule. Avec un prix plancher de 250 $ le kilo, d’autres pays producteurs devenaient très attractifs pour les acheteurs.

  • ›L’Ouganda proposait une vanille planifolia bien moins chère.
  • ›L’Indonésie et la Papouasie-Nouvelle-Guinée vendaient des vanilles planifolia et tahitensis à des prix inférieurs au plancher malgache.
  • ›L’Inde, enfin, était à l’époque citée comme un producteur capable de revenir sur le marché.

Chaque origine a son profil aromatique. La vanille Bourbon de Madagascar reste, à mes yeux, la plus équilibrée pour la pâtisserie, mais un industriel qui achète par tonnes regarde d’abord le prix. Pour comparer les pays producteurs, lisez quel pays produit de la vanille ; et pour goûter une autre origine, découvrez ma vanille de Papouasie.

Quatrième raison : un prix plancher artificiel

Le prix plancher devait protéger la valeur de la vanille malgache. Mais un prix minimum fixé au-dessus du prix du marché produit toujours les mêmes effets : moins d’achats, plus d’invendus, et une pression qui se reporte ailleurs.

Le problème était aggravé par une règle simple : 250 $ pour toutes les qualités. Une vanille gourmet longue et souple et une vanille rouge, plus sèche, destinée à l’extraction, avaient le même prix minimum. Pour l’acheteur, payer la vanille d’extraction au prix de la gourmet n’avait aucun sens ; il préférait attendre ou changer d’origine. Je vous explique la différence entre ces qualités dans vanille rouge ou vanille gourmet.

Un marché libre aurait sans doute entraîné une forte baisse par spéculation ; un prix minimum trop haut, lui, augmentait les invendus. Entre les deux, la filière cherchait un équilibre qu’elle n’avait pas encore trouvé.

Madagascar face à deux autres origines

Vanille de Madagascar, d’Ouganda et de Papouasie fin 2021 : ma lecture

Ma lecture, échelle indicative de 0 à 5


Le radar compare la position commerciale de trois origines fin 2021. Madagascar domine sur la notoriété, les volumes et le profil aromatique, mais son prix plancher la pénalise sur la compétitivité. L’Ouganda et la Papouasie, plus souples sur les prix, gagnaient des acheteurs. C’est ma lecture d’acheteur, faite à partir de mon expérience des lots et du marché, pas une mesure officielle.

Le vrai risque : le découragement des producteurs

Le danger d’une chute du prix au village, ce n’est pas seulement une mauvaise année. C’est le découragement des planteurs.

Une liane de vanille met plusieurs années avant de donner ses premières fleurs. Chaque fleur doit ensuite être pollinisée à la main, le jour de son ouverture, puis la gousse mûrit pendant huit à neuf mois. Si le planteur n’est plus payé correctement, il peut négliger ses lianes, les abandonner ou planter autre chose. Et une plantation abandonnée ne se reconstruit pas en une saison.

À cela s’ajoutent les aléas du climat : un cyclone peut détruire une partie de la production en une nuit, et les saisons deviennent moins régulières. J’en parle dans le changement climatique dans le monde de la vanille.

Le saviez-vous ?Il faut plusieurs kilos de vanille verte pour obtenir un kilo de vanille préparée. Quand le prix de la vanille verte s’effondre, c’est donc tout le travail du planteur, multiplié par plusieurs kilos, qui est dévalorisé.

Le changement climatique et la vanille

Cyclones et saisons irrégulières pèsent aussi sur les planteurs de vanille

Prix bas et qualité : ce qu’il faut surveiller

Une baisse du prix de la vanille n’est pas forcément une bonne nouvelle pour l’amateur. Quand le planteur est mal payé, la qualité peut en souffrir : moins de soin aux lianes, préparation plus rapide, tri moins rigoureux.

Voici ce que je conseille de vérifier, quel que soit le prix :

  • ›la souplesse : une gousse gourmet s’enroule autour du doigt sans casser ;
  • ›l’aspect : brune à noire, grasse et brillante ;
  • ›le parfum : intense, sans odeur de moisi ni de fumée ;
  • ›la catégorie : gourmet pour la pâtisserie, une qualité plus sèche pour l’extraction.

Une bonne vanille Bourbon garde son profil, avec ses notes crémeuses, cacaotées et boisées. C’est ce que je recherche chaque année pour mes gousses de vanille de Madagascar.

Gousse de vanille noire non fendue de Madagascar

Une gousse gourmet, dite vanille noire, souple et brillante

ATTAQUEDouce, crémeuseCŒURCacao, caramel, notes de rhumFONDBoisé, épices douces

La pyramide aromatique de la vanille Bourbon de Madagascar

Pour aller plus loin dans le prix de la vanille

Je vous ai proposé un article sur le prix de la vanille en 2022, pour tout savoir sur les décisions de l’État malgache et sur ce qui allait changer pour la prochaine campagne. Vous pouvez aussi lire :

Depuis 2010, le Comptoir de Toamasina vous propose le meilleur du monde de la vanille pour faire voyager vos papilles. Un voyage dans le monde des épices que vous pouvez suivre sur notre chaîne YouTube, avec cette vidéo de présentation :

Ce qui s’est passé ensuite (mise à jour)

Avec le recul, la question posée dans le titre de cet article a trouvé sa réponse, mais pas tout de suite.

  • ›En 2021-2022, le prix plancher de 250 $ le kilo FOB a été maintenu. Le prix à l’export n’a donc pas chuté, mais le prix payé aux planteurs est resté très souvent sous le prix de référence.
  • ›Les stocks ont continué de s’accumuler à Madagascar, les acheteurs étrangers puisant dans leurs réserves ou se tournant vers d’autres origines.
  • ›En mai 2023, le prix plancher a été levé. Les prix de la vanille ont alors fortement baissé, ce qui a relancé les ventes mais mis de nombreux planteurs en difficulté.

La chute que l’on sentait venir fin 2021 a donc bien eu lieu, mais avec un an et demi de retard, une fois le verrou du prix plancher retiré. Pour la suite, lisez le prix de la vanille en 2023.

Pour choisir votre vanille, découvrez ma vanille de Madagascar, ma vanille de Papouasie, ma vanille de Tahiti et toutes mes vanilles.

Mon verdict : la chute annoncée du prix de la vanille à Madagascar

Voici mon évaluation du risque de chute des prix, critère par critère.

Vos questions fréquentes

Pourquoi le prix de la vanille verte a-t-il chuté fin 2021 ?À cause des stocks invendus, d’une demande mondiale en baisse, de la concurrence d’autres origines et d’un prix plancher à l’export supérieur au prix du marché.
Le prix de la vanille à l’export a-t-il baissé en 2021 ?Non, il est resté bloqué à 250 $ le kilo FOB, prix plancher maintenu pour la campagne 2021-2022.
Quel était le prix de référence de la vanille verte ?75 000 ariary le kilo, mais des producteurs se voyaient proposer 50 000, voire 20 000 ariary.
Quand le prix de la vanille a-t-il vraiment baissé ?Après la levée du prix plancher, en mai 2023 : les prix ont alors fortement baissé.
Une vanille moins chère est-elle de moins bonne qualité ?Pas forcément, mais un planteur mal payé soigne moins sa vanille : vérifiez toujours la souplesse, l’aspect et le parfum des gousses.
Livre Vanilles du monde, terroirs, gousses et gestes, par Arnaud Sion
Pour aller plus loin

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