Le saviez-vous ? Les abeilles augmentent la production de l’açaí. Plus de 90 % de la pollinisation de la baie d’açaí est effectuée par des insectes, et surtout par des abeilles, dont de nombreuses abeilles natives d’Amazonie, sans dard. Pour les familles qui vivent de l’açaí dans l’État du Pará, au nord du Brésil, il est donc très important que la pollinisation du palmier se passe bien : plus de fleurs fécondées, ce sont plus de baies sur chaque grappe, et donc plus de revenus. Moi, Arnaud Sion, créateur du Comptoir de Toamasina, je vis au Brésil depuis novembre 2015, et mon entreprise brésilienne exporte elle-même l’açaí. Dans cet article, je vous explique ce que les abeilles changent au rendement et à l’économie de l’açaí, et ce que les producteurs peuvent faire pour les garder près de leurs palmiers.
- › Le palmier pinot et la baie d’açaí
- › L’açaí, un pilier de l’économie du Pará
- › Plus de 90 % de la pollinisation faite par des insectes
- › La culture de l’açaí au Brésil
- › Combien les abeilles font-elles gagner aux producteurs ?
- › Sans forêt, avec forêt ou avec des colonies : trois açaizais comparés
- › Préserver la forêt autour des açaizais
- › Installer des colonies d’abeilles sans dard : la méliponiculture
- › Éviter les pesticides pendant la floraison
- › Ce que les producteurs peuvent faire pour les abeilles
- › Du palmier à la poudre d’açaí RWD
- › Ce que cela change pour vous
- › Mon verdict
- › Vos questions fréquentes
Le palmier pinot et la baie d’açaí
Le palmier pinot, Euterpe oleracea, est le palmier le plus célèbre d’Amazonie. Pinot est son nom local, notamment en Guyane ; au Brésil, on l’appelle açaizeiro. Il pousse en touffes de plusieurs stipes élancés, surtout dans les forêts inondables de l’estuaire de l’Amazone, et porte au sommet de grandes grappes de petites baies violet presque noir : l’açaí.
Pour les populations riveraines, ce palmier est considéré comme un don de Dieu. Il nourrit les familles depuis des siècles, et sa légende raconte comment ce fruit a sauvé un peuple de la faim : je vous la raconte dans la légende de l’açaí. Pour tout savoir sur l’arbre lui-même, sa taille, ses palmes et ses usages, lisez aussi tout savoir sur le palmier açaí.
Mais chaque baie d’açaí commence par une fleur. Et sans un insecte pour lui apporter le pollen d’un autre palmier, cette fleur ne deviendra jamais un fruit. C’est tout le sujet de cet article : le rôle des abeilles dans la quantité d’açaí récoltée.

Des grappes bien remplies, au sommet des palmiers açaí du Pará
L’açaí, un pilier de l’économie du Pará
Le plus grand producteur de baie d’açaí est l’État du Pará, au Brésil. Selon les statistiques agricoles brésiliennes, l’ordre de grandeur est d’environ 1,5 million de tonnes de fruits par an, sur une superficie de plus de 200 000 hectares de palmiers cultivés ou aménagés. Les chiffres varient d’une année à l’autre, mais le Pará reste de très loin le premier État producteur. Je détaille ce classement dans quel État produit l’açaí ? et les plus grands producteurs d’açaí au monde.
Derrière ces chiffres, il y a des dizaines de milliers de familles qui vivent de la cueillette et de la vente des grappes, des transporteurs, des marchés comme ceux de Belém, des usines de pulpe et de poudre. L’açaí, longtemps aliment de base des riverains, est devenu un produit d’exportation consommé dans le monde entier.
Dans cette économie, chaque grappe compte. Une grappe bien pollinisée porte des centaines de baies ; une grappe mal pollinisée reste clairsemée. À l’échelle de milliers d’hectares, cette différence se mesure en tonnes de fruits et en revenus pour les producteurs. C’est pour cela que les chercheurs brésiliens se sont intéressés de près aux abeilles.
Plus de 90 % de la pollinisation faite par des insectes
Le palmier açaí porte des fleurs mâles et des fleurs femelles sur la même grappe, mais elles ne s’ouvrent pas en même temps : les fleurs mâles fleurissent d’abord, les fleurs femelles ensuite. Le pollen doit donc venir d’une autre grappe, souvent d’un autre palmier. Le vent n’y suffit pas : il faut des insectes. J’explique ce mécanisme botanique en détail dans comment se fait la pollinisation de l’açaí.
Des chercheurs brésiliens de l’Embrapa et de l’université rurale d’Amazonie ont étudié les açaizais du Pará. Sur les sites de production, ils ont observé 74 espèces différentes d’insectes qui visitent les fleurs du palmier : abeilles, mouches, guêpes, fourmis, coléoptères.
Mais visiter une fleur ne veut pas dire la polliniser. Leur conclusion est nette : plus de 90 % de la pollinisation de l’açaí est assurée par des abeilles. Les autres insectes viennent manger le pollen ou le nectar, mais n’en transportent presque pas d’une fleur à l’autre. Les abeilles, elles, se couvrent de pollen et le déposent sur les fleurs femelles. Si vous voulez comprendre ce qu’est un pollinisateur au sens large, lisez qu’est-ce qu’un agent pollinisateur ?.

Infographie : comment les insectes pollinisent le palmier açaí
La culture de l’açaí au Brésil
Comment les chercheurs ont-ils mesuré le rôle des abeilles ? La première étape a été de voir quels insectes vivent dans les plantations d’açaí et lesquels visitent les fleurs. Dans un deuxième temps, ils ont regardé les grains de pollen portés par chaque insecte capturé et les ont comptés.
Les résultats sont étonnants. Selon cette étude, les abeilles vivant en colonies, surtout les abeilles sans dard natives, assureraient environ 60 % du transport du pollen d’açaí, contre environ 35 % pour les abeilles solitaires et les autres insectes. Autrement dit, la présence de colonies d’abeilles près des palmiers pèse beaucoup plus lourd dans la pollinisation que celle des seuls insectes de passage.
Les chercheurs ont aussi constaté qu’un insecte visiteur moyen ne porte que quelques grains de pollen, alors que certaines abeilles en transportent des milliers. Toute la différence de rendement est là.
Il est donc très important de préserver les abeilles pour nos agriculteurs. Dans un açaizal, l’abeille n’est pas un simple visiteur : c’est elle qui transforme les fleurs en fruits.

Les abeilles, surtout les abeilles sans dard natives, augmentent la production de l’açaí
Combien les abeilles font-elles gagner aux producteurs ?
C’est la question que se posent tous les producteurs. Plusieurs travaux donnent des ordres de grandeur, à lire avec prudence car chaque açaizal est différent.
- ›Le rôle de la forêt : une étude publiée en 2018 dans le Journal of Applied Ecology, menée sur 18 sites de l’estuaire de l’Amazone, a montré que là où les pollinisateurs sont les plus diversifiés, grâce à des fragments de forêt préservés à proximité, la production de fruits par palmier augmente d’au moins 25 %.
- ›L’absence de pollinisateurs : quand les insectes sont exclus des grappes lors des expériences, le rendement est environ quatre fois plus faible.
- ›L’installation de colonies : des études et des producteurs rapportent des hausses de rendement de l’ordre de 30 % lorsque des colonies d’abeilles sont installées dans les plantations. Des chercheurs de l’Embrapa Amazônia Oriental évoquent même des gains plus élevés selon l’espèce d’abeille et la distance entre les colonies et les palmiers.
Ces chiffres ne sont pas des promesses : ils dépendent de la région, de l’âge des palmiers, de la saison et de la conduite de la plantation. Mais ils vont tous dans le même sens. Plus il y a d’abeilles efficaces près des palmiers, plus les grappes se remplissent. Et ce service rendu par les abeilles ne coûte presque rien au producteur.
Sans forêt, avec forêt ou avec des colonies : trois açaizais comparés
Ma lecture, échelle indicative de 0 à 5
Ce radar n’est pas une mesure scientifique : c’est une lecture qualitative de ce que montrent les études brésiliennes. Un açaizal sans forêt proche, conduit comme une monoculture, reçoit moins de visites d’abeilles : le pollen circule mal, les grappes sont moins remplies et les récoltes plus irrégulières. Un açaizal entouré de forêt profite gratuitement des abeilles sans dard qui nichent dans les grands arbres : c’est la situation la plus riche en biodiversité. Enfin, un açaizal avec colonies d’abeilles installées concentre les pollinisateurs au pied des palmiers, au prix d’un peu de travail et d’investissement. L’idéal, à mes yeux, est de combiner les deux dernières situations : garder la forêt et y ajouter des colonies.
Préserver la forêt autour des açaizais
La plupart des abeilles sans dard nichent dans les cavités des grands arbres. Les abeilles solitaires, elles, ont besoin de sols et de bordures de forêt préservés. Sans arbres autour des palmiers, elles n’ont plus où vivre, et la pollinisation s’effondre.
C’est tout le paradoxe du succès de l’açaí. La demande mondiale pousse à intensifier la production, parfois en éliminant les autres arbres des forêts inondables pour ne garder que des palmiers açaí. À court terme, on gagne de la place. À moyen terme, on détruit l’habitat des abeilles qui fécondent ces mêmes palmiers. J’en parle dans la demande mondiale d’açaí et les forêts inondables et dans les dangers de la culture de l’açaí dit sauvage.
Pour un producteur, les gestes sont simples :
- ›garder des îlots de forêt et de grands arbres entre les touffes de palmiers ;
- ›conserver les bordures boisées le long des cours d’eau ;
- ›ne pas abattre les arbres creux, qui abritent souvent des colonies d’abeilles sans dard ;
- ›replanter des espèces natives variées quand une parcelle a été trop éclaircie.
L’açaí peut même participer à la restauration de zones dégradées, à condition de l’associer à d’autres arbres : lisez la reforestation avec l’açaí.
Installer des colonies d’abeilles sans dard : la méliponiculture
Si les abeilles augmentent la production de l’açaí, pourquoi ne pas en installer directement dans les plantations ? C’est ce que font de plus en plus de producteurs du Pará, avec l’appui de la recherche brésilienne. L’élevage d’abeilles sans dard s’appelle la méliponiculture. Il est très ancien au Brésil, où les peuples autochtones récoltaient déjà le miel de ces petites abeilles.
Attention, toutes les abeilles ne se valent pas pour l’açaí. L’abeille domestique, Apis mellifera, celle de nos ruches européennes, fréquente surtout les fleurs mâles pour récolter le pollen et délaisse les fleurs femelles : elle consomme le pollen sans le transporter là où il serait utile. Les abeilles sans dard natives, elles, visitent les deux types de fleurs et passent d’un palmier à l’autre. Ce sont donc elles qu’il faut privilégier.
Les avantages de la méliponiculture dans un açaizal :
- ›les abeilles sans dard sont inoffensives pour les cueilleurs, puisqu’elles ne piquent pas ;
- ›les colonies se placent dans de simples boîtes en bois, à l’ombre, près des palmiers ;
- ›elles produisent un miel rare et recherché, qui peut devenir un revenu complémentaire ;
- ›elles pollinisent aussi les autres plantes du terrain, cultivées ou sauvages.
Au Brésil, l’élevage d’espèces natives est encadré par la réglementation environnementale : il faut utiliser des espèces de la région et se renseigner auprès des organismes techniques avant de se lancer. Je parle des abeilles indigènes et de leur miel dans guarana et miel d’abeilles indigènes.
Éviter les pesticides pendant la floraison
Installer des abeilles ne sert à rien si on les empoisonne ensuite. Les insecticides et certains herbicides pulvérisés dans les plantations ou dans les cultures voisines tuent les abeilles ou désorientent les colonies. Les abeilles sans dard, petites et fragiles, y sont particulièrement sensibles.
La bonne nouvelle, c’est que l’açaí traditionnel des forêts inondables se cultive en grande partie sans traitement. Pour les plantations plus intensives, de terre ferme, quelques règles protègent les pollinisateurs :
- ›aucun traitement insecticide pendant la floraison des palmiers ;
- ›si un traitement est indispensable, le faire en fin de journée, jamais le matin : les abeilles sont surtout actives entre 8 h et 13 h environ, au moment où le pollen est le plus abondant ;
- ›laisser des zones non traitées et des fleurs sauvages autour des parcelles ;
- ›préférer les méthodes de lutte biologiques ou mécaniques.
Chaque colonie perdue, c’est une part de la récolte suivante qui disparaît.
Ce que les producteurs peuvent faire pour les abeilles
Pour résumer, voici les gestes qui, d’après la recherche brésilienne, aident le plus les abeilles et donc la production d’açaí :
- ›Garder la forêt autour et entre les palmiers, avec ses grands arbres et ses arbres creux.
- ›Installer des colonies d’abeilles sans dard d’espèces locales, près des touffes de palmiers.
- ݃viter les pesticides, surtout pendant la floraison et le matin.
- ›Diversifier la parcelle avec d’autres plantes fleuries qui nourrissent les abeilles hors floraison de l’açaí.
- ›Observer les grappes : des grappes clairsemées peuvent signaler un manque de pollinisateurs.
Du palmier à la poudre d’açaí RWD
Une fois fécondées par les abeilles, les fleurs femelles deviennent des baies qui mûrissent pendant plusieurs mois. Les cueilleurs grimpent ensuite au sommet des palmiers pour couper les grappes. La baie d’açaí est très fragile : elle commence à fermenter quelques heures après la récolte. Il faut donc la transformer vite. Je raconte cette étape dans la récolte de l’açaí.
La poudre d’açaí que je propose est séchée selon le procédé RWD (Refractance Window Drying) : la pulpe est étalée en couche fine sur un film chauffé par de l’eau, et sèche en quelques minutes à température modérée. Ce n’est pas de la lyophilisation, qui est un autre procédé. Ce séchage rapide préserve la couleur violette et le goût de l’açaí, avec ses notes de fruits rouges sauvages et de cacao. Pour comparer les formes d’açaí, lisez pourquoi acheter l’açaí en poudre plutôt que la pulpe congelée.
La pyramide olfactive de la poudre d’açaí RWD
Ce que cela change pour vous
Quand vous mélangez une cuillère de poudre d’açaí dans un smoothie ou un bowl, vous ne le voyez pas, mais il y a derrière ce geste toute une chaîne vivante : un palmier dans une forêt inondable, des milliers de fleurs, et de petites abeilles venues de la forêt voisine.
Comme consommateur, vous pouvez soutenir cette chaîne en vous intéressant à l’origine de votre açaí et à la façon dont il est produit. Un açaí issu de palmiers entourés de forêt, c’est un açaí qui fait vivre les abeilles, la biodiversité et les familles de cueilleurs.
L’açaí n’est pas le seul fruit qui dépend des pollinisateurs. Une grande partie des cultures alimentaires mondiales en profitent au moins en partie. Protéger les abeilles, en Amazonie comme dans votre jardin, c’est protéger une partie de ce que nous mangeons.
Pour goûter l’açaí de nos palmiers amazoniens, découvrez ma poudre d’açaí RWD, mon acérola en poudre et mon guarana en poudre.
Mon verdict : les abeilles et la production d’açaí
Voici mon évaluation du rôle des abeilles dans la production d’açaí, critère par critère.
Vos questions fréquentes
Vanilles du monde
Dans mon livre, je raconte les grandes vanilles du monde, leurs terroirs et les gestes pour bien les choisir, les conserver et les cuisiner.
3 commentaires
Bonjour ! Par curiosité, j’aurais aimé savoir quelles étaient vos sources. Merci beaucoup !
Bonjour,
Arnaud, le créateur du Comptoir de Toamasina vit au Brésil. Et il voyage dans les plantations chaque mois pour rencontrer les producteurs.
C’est lors de la visite d’une plantation à Bahia et dans le Para en juin 2020, que nous avons découvert l’ensemble du processus.
Si vous souhaitez nous découvrir, abonnez-vous à notre chaîne youtube à la fin de la pandémie, nous allons reprendre les productions vidéos dans les plantations.
Nous avons notre propre entreprise au Brésil et nous visitons les plantations