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Les Films Brésiliens

Par Arnaud Sion
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Je vis au Brésil, dans le Minas Gerais, depuis 2015, et c’est d’ici que notre entreprise exporte l’açaí, le guarana et l’acérola d’Abaçai. Entre deux déplacements, s’il y a un domaine où l’âme brésilienne se livre sans filtre, avec sa poésie, sa rudesse et son énergie vitale, c’est bien le cinéma. Le 7e art brésilien n’est pas un simple divertissement : c’est le miroir d’une nation complexe, en perpétuelle réinvention.

Des premières projections à la fin du XIXe siècle aux films primés à Cannes ou à Berlin, le cinéma brésilien a traversé des cycles d’expansion flamboyante et de crises profondes, à l’image de l’économie du pays. Je vous propose un voyage à travers les époques, les mouvements fondateurs et les films cultes qui ont façonné le cinéma de ce géant d’Amérique du Sud.

L’avis d’Arnaud, créateur du Comptoir de Toamasina
Pour comprendre le Brésil au-delà des cartes postales de Copacabana, il faut regarder son cinéma. C’est en découvrant Central do Brasil ou Cidade de Deus que j’ai mesuré la profondeur humaine, la résilience et les fractures sociales de ce pays extraordinaire. Les réalisateurs brésiliens savent filmer la réalité avec une esthétique poignante, sans tomber dans le misérabilisme. Pour tout amoureux de la culture lusophone, c’est une immersion indispensable.

Carte d’identité du cinéma brésilien

Première projection1896, à Rio de Janeiro
Premières images tournées1898, la baie de Guanabara, par Afonso Segreto
Mouvement fondateurLe Cinema Novo (années 1960), mené par Glauber Rocha
Seule Palme d’orO Pagador de Promessas, d’Anselmo Duarte (Cannes 1962)
Succès mondialCidade de Deus, 4 nominations aux Oscars (2004)
Film n°1 des critiquesLimite, de Mário Peixoto (1931), classement Abraccine

Comment le cinéma est-il né au Brésil ?

L’histoire commence très tôt, juste après l’invention du cinématographe en Europe. En 1896, la première projection publique est organisée à Rio de Janeiro, alors capitale de la République. Le 19 juin 1898, Afonso Segreto, un opérateur d’origine italienne, filme l’entrée de la baie de Guanabara depuis le pont d’un navire : ces images sont considérées comme les premières tournées au Brésil, et le 19 juin est depuis la Journée du cinéma brésilien.

Le marché du cinéma brésilien est indissociable des soubresauts économiques du pays : il avance par cycles successifs de déclin brutal et d’expansion.

Les premiers cycles et l’emprise d’Hollywood

Dans les années 1910 et 1920, les productions locales sont nombreuses mais artisanales. Dès les années 1930, les studios américains dominent la distribution sur tout le continent et marginalisent les films nationaux. Au tournant des années 1950, la Companhia Cinematográfica Vera Cruz, à São Paulo, tente d’industrialiser le cinéma brésilien sur le modèle hollywoodien. Elle produit quelques succès, dont O Cangaceiro, mais fait faillite en 1954. À la même époque, les chanchadas, comédies musicales populaires tournées à Rio, remplissent les salles.

Quotas, pornochanchadas et effondrement

Dans les années 1970, l’État soutient la production à travers l’organisme public Embrafilme et impose aux salles un quota de films brésiliens, la cota de tela. Pour le remplir à moindre coût, une partie de l’industrie se tourne vers les pornochanchadas, des comédies érotiques bon marché. Dans les années 1980, l’hyperinflation fait fondre le pouvoir d’achat et vide les salles. En 1990, le gouvernement Collor dissout Embrafilme : la production nationale tombe quasiment à zéro.

La Retomada, la renaissance

Au milieu des années 1990, de nouvelles lois d’incitation fiscale, dont la Lei do Audiovisual de 1993, relancent la production : c’est la Retomada, la renaissance du cinéma brésilien. Le groupe médiatique Globo crée en 1998 sa filiale Globo Filmes, qui coproduit de nombreux succès populaires. Des films comme Central do Brasil et Cidade de Deus replacent le Brésil sur la scène internationale.

Qu’est-ce que le Cinema Novo ?

On ne peut pas parler de cinéma brésilien sans évoquer le mouvement le plus influent de son histoire : le Cinema Novo, né à la fin des années 1950. Nourri du néoréalisme italien et de la Nouvelle Vague française, il veut rompre avec les comédies légères et le modèle hollywoodien.

Porté par Glauber Rocha, Nelson Pereira dos Santos ou Ruy Guerra, il adopte une devise devenue légendaire : « Uma câmera na mão e uma ideia na cabeça », une caméra à la main et une idée dans la tête. Dans son manifeste L’Esthétique de la faim (1965), Glauber Rocha affirme que la misère et la faim ne doivent plus être des sujets folkloriques, mais le moteur d’un langage cinématographique révolutionnaire.

Ce cinéma engagé utilise des cadrages nerveux, la lumière crue du Sertão, et une bande-son qui mêle rythmes afro-brésiliens et musique savante, comme celle d’Heitor Villa-Lobos. Il a ouvert la voie à une reconnaissance internationale durable du cinéma brésilien.

À retenir
Le cinéma brésilien avance par cycles : essor artisanal, domination d’Hollywood, révolution du Cinema Novo, effondrement des années 1980, puis Retomada à partir de 1995. Sa seule Palme d’or reste O Pagador de Promessas (1962).

Quels films brésiliens faut-il voir absolument ?

Voici ma sélection des grands films de l’histoire du cinéma brésilien. Chacun éclaire une facette de la société, de la mémoire ou des paysages du pays.

Film Réalisation Année Pour qui ?
Limite Mário Peixoto 1931 Cinéphiles, amateurs de cinéma muet
O Cangaceiro Lima Barreto 1953 Amateurs de westerns
O Pagador de Promessas Anselmo Duarte 1962 Grands classiques, Palme d’or
Deus e o Diabo na Terra do Sol Glauber Rocha 1964 Découvrir le Cinema Novo
Central do Brasil Walter Salles 1998 Toute la famille, pour commencer
Cidade de Deus Fernando Meirelles, Kátia Lund 2002 Thriller social intense
Tropa de Elite José Padilha 2007 Action, cinéma politique

Limite (Mário Peixoto, 1931)

Classé meilleur film brésilien de tous les temps par l’Association brésilienne des critiques de cinéma (Abraccine), Limite est un film muet expérimental d’une modernité vertigineuse, réalisé par un jeune homme d’une vingtaine d’années. Deux femmes et un homme dérivent sur une barque en pleine mer et se souviennent de leurs existences brisées. Les images d’Edgar Brasil méditent sur le temps, le désir et la condition humaine. Longtemps quasi introuvable, le film a été sauvé par des décennies de travail de restauration.

O Cangaceiro (Lima Barreto, 1953)

Produit par la Vera Cruz, c’est le premier film brésilien à conquérir un large public international. Il transpose les codes du western américain dans le Sertão du Nordeste et met en scène les bandes de cangaceiros, ces bandits ruraux inspirés de la figure de Lampião. Primé à Cannes en 1953 comme meilleur film d’aventures, il a popularisé la chanson Mulher Rendeira.

O Pagador de Promessas (Anselmo Duarte, 1962)

Seul film brésilien couronné par la Palme d’or, ce drame suit Zé do Burro, un humble paysan de Bahia. Pour remercier le ciel de la guérison de son âne, il porte une lourde croix jusqu’à l’église Sainte-Barbe de Salvador. Mais il a fait sa promesse dans un terreiro de candomblé, à Iansã, que le syncrétisme associe à sainte Barbe, et le prêtre lui refuse l’entrée. Le film dénonce avec force l’intolérance religieuse et la récupération médiatique.

Deus e o Diabo na Terra do Sol (Glauber Rocha, 1964)

Le manifeste du Cinema Novo, sorti en France sous le titre Le Dieu noir et le Diable blond. Le vacher Manuel, après avoir tué le propriétaire qui l’escroquait, fuit avec sa femme Rosa. Leur errance les mène du fanatisme d’un prédicateur à la violence du cangaceiro Corisco, tandis que le tueur Antônio das Mortes est lancé à leurs trousses. Porté par la musique de Villa-Lobos, c’est un choc esthétique majeur, classé parmi les tout premiers du palmarès de l’Abraccine.

Terra Estrangeira (Walter Salles et Daniela Thomas, 1995)

Tourné en noir et blanc au cœur de la crise des années 1990, ce film poétique raconte le désir d’exil de la jeunesse brésilienne. Après la mort de sa mère, Paco quitte São Paulo pour Lisbonne en acceptant de transporter un paquet mystérieux. Il y croise Alex, une autre exilée brésilienne. Un film mélancolique sur la quête d’identité.

Central do Brasil (Walter Salles, 1998)

Symbole éclatant de la Retomada, Central do Brasil (Gare centrale en France) offre à Fernanda Montenegro le rôle de Dora, une ancienne institutrice aigrie qui écrit des lettres pour les analphabètes dans la grande gare de Rio. Quand une mère meurt renversée par un bus devant la gare, Dora prend en charge son fils Josué, un garçon d’une dizaine d’années, et l’accompagne à travers le Nordeste pour retrouver son père. Ours d’or à Berlin, Golden Globe du meilleur film étranger et deux nominations aux Oscars.

Cidade de Deus (Fernando Meirelles et Kátia Lund, 2002)

Adapté du roman de Paulo Lins, La Cité de Dieu retrace trois décennies d’escalade de la violence et du trafic dans une favela de Rio, des années 1960 aux années 1980. Le récit est porté par Buscapé, un jeune garçon pacifique qui rêve de devenir photographe, face à l’ascension du chef de gang Zé Pequeno. Quatre nominations aux Oscars en 2004 et une mise en scène qui a influencé le cinéma du monde entier.

Ônibus 174 et Última Parada 174 (2002 et 2008)

Le 12 juin 2000, à Rio, Sandro do Nascimento, ancien enfant des rues et survivant du massacre de la Candelária, prend en otage les passagers d’un bus sous l’œil des caméras de télévision. Le documentaire Ônibus 174 de José Padilha (2002) reconstitue le drame, puis Bruno Barreto en tire une fiction, Última Parada 174 (2008). Deux regards sans concession sur l’abandon des enfants des rues et les défaillances de la police et de la justice.

Tropa de Elite 1 et 2 (José Padilha, 2007 et 2010)

Ours d’or à Berlin en 2008, Tropa de Elite plonge dans l’univers du BOPE, le bataillon d’opérations spéciales de la police militaire de Rio. Le capitaine Nascimento, incarné par Wagner Moura, mène une guerre sans merci contre le trafic dans les favelas. La suite, en 2010, s’attaque à la corruption des milices et du monde politique, et devient l’un des plus grands succès de l’histoire du box-office brésilien.

Linha de Passe (Walter Salles et Daniela Thomas, 2008)

Sorti en France sous le titre Une famille brésilienne, ce film a valu à Sandra Corveloni le prix d’interprétation féminine à Cannes en 2008. Dans la banlieue de São Paulo, une mère élève seule ses quatre fils. Entre football, ferveur religieuse, tentation de la délinquance et précarité, chacun cherche sa voie. Une œuvre lumineuse sur l’énergie de la jeunesse brésilienne.

Waste Land (Lucy Walker, 2010)

Ce documentaire nommé aux Oscars suit l’artiste brésilien Vik Muniz, installé à New York, de retour à Rio. Il se rend à Jardim Gramacho, alors l’une des plus grandes décharges à ciel ouvert du monde, pour y rencontrer les catadores, les ramasseurs de matériaux recyclables. Ensemble, ils créent des œuvres monumentales à partir de déchets. Une leçon de dignité et de transformation par l’art.

Casa Grande (Fellipe Barbosa, 2014)

Une satire fine de la haute bourgeoisie de Rio. Jean, un adolescent surprotégé qui vit dans une luxueuse villa, voit son monde vaciller quand ses parents tentent de cacher leur faillite. En prenant les transports en commun et en fréquentant des jeunes d’autres milieux, il découvre le racisme, les inégalités et les préjugés qui fondent les privilèges de sa classe.

Quels sont les grands thèmes du cinéma brésilien ?

Sur près d’un siècle, deux décors reviennent sans cesse et structurent l’imaginaire national.

Le Sertão du Nordeste. Cet arrière-pays aride, brûlé par le soleil et frappé par les sécheresses, est le théâtre des mythes fondateurs : les cangaceiros, les prédicateurs mystiques, l’exode rural, les promesses de foi. O Cangaceiro, Deus e o Diabo na Terra do Sol ou Central do Brasil s’en servent pour explorer la spiritualité et la résilience des paysans face à la nature et à l’injustice.

Les favelas et les métropoles. À partir de la fin du XXe siècle, le regard se déplace vers les marges de Rio et de São Paulo. Les favelas n’y sont plus des décors exotiques, mais des microcosmes sociaux complexes, où se côtoient économie informelle, violence du trafic, solidarité, créativité et une jeunesse d’une énergie remarquable (Cidade de Deus, Tropa de Elite, Linha de Passe).

Souvenir du Brésil d'Arnaud Sion
Le Brésil, un pays que son cinéma raconte mieux que n’importe quelle carte postale.
Information culturelle et linguistique
Regarder des films brésiliens en version originale sous-titrée est l’un des meilleurs moyens de se familiariser avec l’accent chaleureux du portugais du Brésil, les expressions populaires cariocas ou mineiras, et la richesse de la musique brésilienne : samba, bossa nova, forró.
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Questions fréquentes sur le cinéma brésilien

Quel est le film brésilien le plus primé ?O Pagador de Promessas (1962) reste le seul film brésilien à avoir remporté la Palme d’or à Cannes. Central do Brasil (1998) a obtenu l’Ours d’or à Berlin, un Golden Globe et deux nominations aux Oscars ; Cidade de Deus (2002) a reçu quatre nominations aux Oscars.
Par quel film commencer pour découvrir le cinéma brésilien ?Pour une entrée en matière émouvante et accessible, commencez par Central do Brasil. Pour un thriller social intense, choisissez Cidade de Deus ; pour une satire plus douce, Casa Grande.
Qu’est-ce que le Cinema Novo ?Un mouvement né à la fin des années 1950, mené par Glauber Rocha, Nelson Pereira dos Santos et Ruy Guerra, qui voulait filmer la réalité sociale du Brésil avec peu de moyens : « une caméra à la main et une idée dans la tête ».
Où voir des films brésiliens en France ?Les grands classiques sont régulièrement disponibles en DVD, Blu-ray et sur les plateformes de vidéo à la demande, et passent souvent sur les chaînes culturelles. Le catalogue évolue : vérifiez la disponibilité du moment.
Qu’est-ce que la Retomada ?La « reprise » du cinéma brésilien à partir du milieu des années 1990, après l’effondrement de la production en 1990, grâce à de nouvelles lois d’incitation fiscale.
Voyagez au Brésil avec Le Comptoir de ToamasinaPoudre d’açaí RWD, acérola, fève tonka du Pará : apportez les saveurs du Brésil à vos soirées cinéma.
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