En 2013, lors de mon premier voyage au Brésil, j’ai découvert une vanille rare au Jardin botanique de Rio de Janeiro. Quelques années plus tard, en visitant une plantation de poivre dans l’État d’Espírito Santo, j’ai appris que cette même vanille avait été emportée jusque-là par une famille, il y a plus d’un siècle, et qu’elle y était toujours cultivée.
Moi Arnaud Sion, créateur du Comptoir de Toamasina, je vis au Brésil depuis 2015 et je suis de près tout ce qui touche à la vanille dans ce pays. Car le Brésil est l’un des pays les plus riches au monde en espèces de vanille : on y compte plus de vingt espèces natives. Dans cet article, je vous raconte l’histoire de cette vanille de Rio, ce qu’elle dit du potentiel brésilien, et les techniques qui pourraient faire du Brésil un acteur important de la vanille.
Ce qui me fascine dans cette histoire, c’est la transmission. Une liane prélevée dans un jardin botanique, confiée à une famille, et cultivée de génération en génération sans que personne n’y prête attention. Le Brésil regorge de ces trésors discrets. C’est cette passion du terrain, des plantations et des producteurs qui guide ma sélection de vanilles depuis plus de quinze ans.
Carte d’identité de cette vanille rare
Comment une vanille de Rio est-elle arrivée à Espírito Santo ?
Dans le sud de l’État d’Espírito Santo, à Muqui, une liane de vanille centenaire est à l’origine d’une petite tradition locale. D’après ce que m’ont raconté les producteurs de la région, cette plante venait du Jardin botanique de Rio de Janeiro et a été introduite à Muqui par la famille Cândido il y a plus d’un siècle. Depuis, sa culture s’est transmise de génération en génération.
Il s’agirait d’une vanille native du Brésil, issue de la Mata Atlântica, la forêt atlantique qui longeait autrefois toute la côte brésilienne, de l’État du Rio Grande do Norte jusqu’au Rio Grande do Sul, et débordait sur le Paraguay et l’Argentine. Aujourd’hui très réduite, cette forêt reste l’un des milieux les plus riches de la planète en biodiversité, et notamment en orchidées.
Le Brésil compte plus de vingt espèces de vanille natives, du Cerrado à l’Amazonie en passant par la forêt atlantique. J’en ai présenté plusieurs sur ce blog : la vanille sauvage du Minas Gerais, la vanille bahianaise, la Vanilla chamissonis ou encore la vanille pompona. Pour remonter aux origines, lisez aussi mon article sur l’histoire de la vanille, et mon texte sur la vanille au Brésil.

Comment cultive-t-on la vanille au Brésil ?
La culture de la vanille est un art de la patience. Une jeune liane met environ trois ans avant de fleurir. Chaque fleur ne s’ouvre qu’une matinée : elle doit être pollinisée à la main le matin même, quand elle est la plus réceptive, sinon elle tombe sans donner de fruit. La gousse grandit ensuite sur la liane pendant environ neuf mois avant d’être récoltée. Commence alors la préparation, qui dure encore plusieurs mois : échaudage, étuvage, séchage au soleil puis à l’ombre, et affinage en caisse. C’est pendant cette étape que naissent les arômes.
Au Brésil, quelques familles cultivent la vanille depuis plus de quarante ans, en profitant du climat chaud et humide de la côte. L’État d’Espírito Santo offre des conditions très favorables, à Muqui comme à São Mateus, et cette bande côtière se prolonge vers le nord jusqu’à Bahia, et vers le sud jusqu’à Rio de Janeiro et la Costa Verde. Pourtant, cette activité est longtemps restée confidentielle.
Pour comprendre le cycle complet de la plante, lisez comment pousse la vanille et comment cultiver et polliniser l’orchidée vanille.

Pourquoi le Brésil s’intéresse-t-il à la vanille ?
Pendant longtemps, Madagascar a dominé le marché mondial sans concurrence sérieuse. La flambée des prix de la fin des années 2010, quand la gousse de Madagascar a dépassé plusieurs centaines de dollars le kilo à l’export, a poussé de nouveaux pays à planter de la vanille. Mais selon mon expérience, rares sont ceux qui atteignent la qualité malgache : en dehors de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, beaucoup de nouvelles origines proposent des gousses mal triées ou récoltées trop tôt, vendues à bas prix.
Au Brésil, le marché local commence à s’intéresser sérieusement à la vanille. La hausse des prix de la vanille puis du cacao ouvre de nouvelles perspectives à de petites exploitations habituées au gingembre, au curcuma ou au poivre. Et les deux cultures vont souvent de pair : la vanille aime l’ombre et l’humidité des forêts tropicales, comme le cacaoyer. Les grandes régions cacaoyères du Brésil, à Bahia et dans le Pará, sont donc aussi des terres d’avenir pour la vanille. J’en parle plus en détail dans la vanille du Brésil pourrait devenir un acteur clé du marché mondial.
Une vanille prélevée au Jardin botanique de Rio de Janeiro est cultivée depuis plus d’un siècle par une famille de Muqui, à Espírito Santo. Elle illustre la richesse du Brésil, qui compte plus de vingt espèces natives de vanille, et un potentiel de production encore largement inexploité le long de la côte atlantique.
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Quelles techniques pourraient faire du Brésil un grand pays de la vanille ?
Avec son climat tropical et ses savoir-faire agricoles, le Brésil a tout pour devenir un acteur qui compte dans la vanille. Plusieurs techniques modernes sont déjà mises en œuvre pour améliorer les rendements tout en préservant la qualité des gousses.
La micropropagation et la sélection des plants
La micropropagation permet de produire des plants à partir de tissus végétaux en laboratoire. On obtient ainsi des lianes saines, homogènes et en grand nombre. Des chercheurs travaillent également à sélectionner des plants productifs et résistants aux maladies, comme la fusariose, qui menace les vanilleraies du monde entier. C’est un enjeu majeur, car la vanille cultivée dans le monde descend d’un nombre très réduit de plants, ce qui la rend vulnérable. J’en parle dans la vanille du Brésil qui améliore la vanille planifolia.
Les ombrières et la culture sous abri
Beaucoup de producteurs brésiliens adoptent des ombrières ou des serres. Ces structures régulent la lumière, l’humidité et la température, et protègent les lianes des intempéries et de certains parasites.
La pollinisation manuelle
Hors de son aire d’origine, la fleur de vanille n’a quasiment pas de pollinisateur naturel. Les agriculteurs sont donc formés à ce geste précis, réalisé le matin, fleur par fleur. Plus il est maîtrisé, plus la proportion de fleurs qui donnent une gousse est élevée.
La gestion de l’eau et du sol
La vanille a besoin d’humidité, mais ses racines craignent l’eau stagnante. Dans les régions aux pluies irrégulières, l’irrigation au goutte-à-goutte apporte l’eau sans détremper le sol, et le paillage organique ou le compost nourrissent les racines de surface de la liane.
La formation et la recherche
Des programmes de formation aident les producteurs à reconnaître les maladies, à gérer les nuisibles et à récolter au bon moment. Les universités fédérales brésiliennes participent à ces efforts et étudient de nouvelles espèces, comme la vanille pompona, qui pourrait offrir des profils aromatiques originaux et diversifier la production.
En combinant ces techniques, la richesse de ses espèces natives et l’expérience de ses régions cacaoyères, le Brésil pourrait devenir dans les années à venir une origine de vanille qui compte, à condition de miser sur la qualité de la récolte et de la préparation.
C’est en visitant une plantation de poivre à Espírito Santo que j’ai retrouvé la trace de cette vanille. Pour trouver le poivre qui vous ressemble, faites notre test : Quel poivre choisir selon vos goûts ?
Questions fréquentes sur la vanille au Brésil
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