Dans cet article, je vous explique où pousse la fève tonka, cette graine que l’on surnomme parfois au Brésil la « vanille brésilienne », la petite princesse de la pâtisserie qui remplace si bien la vanille. Elle pousse sur un grand arbre, le cumaru (Dipteryx odorata), qui vit dans les forêts du nord de l’Amérique du Sud. Le Brésil est aujourd’hui l’un des grands pays de récolte, avec le Venezuela, historiquement. Je vous emmène dans ces régions, je vous montre les États brésiliens concernés, je vous explique pourquoi on cultive si peu le cumaru et ce qui distingue une fève de cueillette d’une fève de plantation. Et je corrige au passage quelques erreurs de notre article de 2022.
- › Qu’est-ce que la fève tonka ?
- › Où pousse la fève tonka dans le monde ?
- › Où pousse la fève tonka au Brésil ?
- › Le Pará, cœur de la cueillette brésilienne
- › La visite de plantation du Comptoir de Toamasina
- › La production de la fève tonka dans des projets agroforestiers
- › La fève tonka d’Amazonie en vidéo
- › La fève tonka, un parfum incroyable et deux types d’approvisionnement
- › Forêt, plantation ou agroforesterie : trois façons de faire pousser la tonka
- › Fève tonka et préservation de la forêt
- › Ce qu’il faut retenir
- › Mon verdict
- › Vos questions fréquentes
Qu’est-ce que la fève tonka ?
Les fèves tonka sont les graines sombres et ridées du cumaru, Dipteryx odorata, également appelé coumarou en Guyane et sarrapia au Venezuela. L’arbre appartient à la famille des Fabacées, celle des légumineuses, et il est originaire d’Amérique du Sud. Son parfum vient surtout de la coumarine, une molécule aux notes d’amande, de vanille et de foin coupé.
C’est un ingrédient très utilisé en parfumerie, et autrefois dans le tabac, où il servait à arrondir l’arôme. En parfumerie, il appartient à la famille des notes orientales et ambrées. Il se marie bien avec le bois de santal, le zeste de citron, la lavande, la rose et le patchouli. On lit souvent qu’une très grande partie des parfums modernes contient de la tonka ; c’est surtout la coumarine, le plus souvent de synthèse, que l’on retrouve dans de très nombreuses compositions.
Pour tout savoir sur son goût et son utilisation en cuisine, je vous renvoie au premier article de cette série : qu’est-ce que la fève tonka et comment l’utiliser. Ici, je me concentre sur une seule question : où pousse-t-elle ?
Où pousse la fève tonka dans le monde ?
Le cumaru est un arbre du nord de l’Amérique du Sud. Son aire naturelle couvre le bassin amazonien et le plateau des Guyanes. D’après l’Embrapa, l’institut de recherche agronomique brésilien, il est présent dans toute l’Amazonie brésilienne, s’étend au sud jusqu’à Corumbá, dans le Mato Grosso, et se retrouve aussi vers les côtes des Caraïbes et de l’Atlantique et dans les Guyanes.
Contrairement à ce que nous écrivions en 2022, la fève tonka ne pousse donc pas uniquement au Brésil ni seulement en forêt amazonienne au sens strict : on la trouve aussi au Venezuela, en Guyane, au Suriname, au Guyana, en Colombie, au Pérou et en Bolivie.
| Pays | Statut | Ce qu’il faut savoir |
|---|---|---|
| Brésil | Aire naturelle, grand pays de cueillette | Surtout le Pará et l’Amazonas ; Alenquer et Óbidos (Pará) sont des pôles connus de la cueillette |
| Venezuela | Aire naturelle, origine historique majeure | La sarrapia du bassin du Caura et de l’Orénoque a longtemps alimenté le commerce mondial |
| Guyane, Suriname, Guyana | Aire naturelle | C’est en Guyane que l’arbre a été décrit en 1775 |
| Colombie, Pérou, Bolivie | Aire naturelle (Amazonie occidentale) | Présence forestière, commerce plus confidentiel |
| Trinité-et-Tobago | Aire naturelle (îles voisines du Venezuela) | Présence ancienne, production aujourd’hui marginale |
| Nigeria | Cultivé hors de l’aire naturelle | Cité aujourd’hui parmi les pays producteurs de fèves tonka |
Le Venezuela mérite une mention particulière. Pendant longtemps, la sarrapia récoltée le long du fleuve Caura et sur l’Orénoque a été l’une des grandes sources de fèves tonka pour l’Europe, avec un commerce organisé autour de Ciudad Bolívar. Le Venezuela reste cité comme l’un des premiers producteurs, aux côtés du Brésil, notamment avec les fèves du Pará. On trouve aussi des fèves cultivées hors d’Amérique du Sud, par exemple au Nigeria.
Où pousse la fève tonka au Brésil ?
Au Brésil, la fève tonka pousse dans la région amazonienne, de l’Acre au Maranhão, dans la forêt pluviale de terre ferme, celle qui n’est pas inondée par les crues. Le cumaru n’a pas d’exigence de sol particulière : l’Embrapa le décrit comme indifférent aux conditions de sol, des sols sableux aux sols très argileux, pourvu qu’ils soient bien drainés, et des sols pauvres et acides aux sols riches. C’est un arbre que l’on trouve surtout en forêt primaire.
Posez votre doigt sur un planisphère, faites tourner le globe et arrêtez-vous sur le Brésil : voici les principaux États où l’on trouve le cumaru et où l’on récolte la fève tonka :
- ›Pará, le grand État de la fève tonka ;
- ›Amazonas ;
- ›Acre ;
- ›Amapá ;
- ›Roraima ;
- ›Rondônia ;
- ›Mato Grosso (nord de l’État) ;
- ›Maranhão (ouest de l’État).
Dans notre article de 2022, nous écrivions aussi que le cumaru pouvait pousser dans le Minas Gerais, le Goiás, le Mato Grosso do Sul, l’Espírito Santo ou São Paulo. C’est une confusion : dans ces régions de Cerrado et de Mata Atlântica, on trouve d’autres espèces appelées cumaru, comme le cumaru-do-cerrado (Dipteryx alata), qui donne le baru, ou l’Amburana cearensis, parfois appelée cumaru-do-ceará ou imburana-de-cheiro. Ce ne sont pas des arbres à fève tonka.
Selon les régions et les lots, les palettes aromatiques peuvent être plus ou moins différentes : la qualité dépend surtout de la maturité des fruits, du séchage et de la fraîcheur de la récolte.

Arnaud Sion en forêt au Brésil, des fèves tonka dans les mains
Le Pará, cœur de la cueillette brésilienne
S’il ne fallait retenir qu’une région, ce serait le Pará. Le nord de l’État, la région de la Calha Norte, sur la rive gauche de l’Amazone, autour d’Alenquer, d’Óbidos et d’Oriximiná, est connu pour ses cueilleurs de cumaru. Des communautés riveraines et des communautés quilombolas, descendantes d’esclaves marrons, y ramassent les fruits en forêt pendant la saison de chute.
En 2021, la presse brésilienne rapportait, d’après des projections de l’Imaflora, un institut de certification forestière et agricole, que la seule municipalité d’Alenquer représentait environ un tiers de la production brésilienne de cumaru, et que des coopératives locales s’équipaient de séchoirs solaires et d’entrepôts communautaires. Je vous résumais ces informations dans fève tonka, l’or du Pará.
J’ai voyagé dans le Pará en 2022, lors d’une de mes Expéditions Ranger, et c’est une région qui m’a marqué : la fève tonka y est une ressource de la forêt, au même titre que la noix du Brésil ou l’açaí.
La pyramide olfactive d’une fève tonka d’Amazonie
La visite de plantation du Comptoir de Toamasina
Lors d’une visite de plantation au Brésil, nous avons vu différentes techniques pour cultiver la fève tonka quand celle-ci n’est pas cueillie à l’état sauvage. En 2022, nous écrivions même souhaiter un jour cultiver nous-mêmes le cumaru. Voici les points clés que nous avions notés, et qui conditionnent la qualité des futures fèves de tonka :
- ›Une bonne irrigation des jeunes plants, sans excès d’eau ;
- ›Une culture en sous-bois ou en association, qui protège les jeunes arbres ;
- ›L’âge du cumaru, car un jeune arbre produit peu ;
- ›L’espèce du cumaru, car seul Dipteryx odorata donne la vraie fève tonka aromatique ;
- ›Le nombre de fleurs fécondées, car la fructification peut être aléatoire.
De nombreux pays tropicaux pourraient faire pousser le cumaru, en Amérique latine et ailleurs. Mais il est difficile de produire de la tonka à grande échelle, car l’arbre demande beaucoup d’espace et de patience, et sa production varie fortement d’une année à l’autre. Je détaille la culture de l’arbre dans comment pousse la fève tonka.
La production de la fève tonka dans des projets agroforestiers
Quand une région décide de développer des projets agroforestiers de plantation de fève tonka, il faut d’abord avoir un projet à long terme et surtout des plants de cumaru de qualité. C’est un projet de longue haleine, mais intéressant : le cumaru crée une canopée sous laquelle on peut cultiver d’autres plantes, comme le cacao, et l’Embrapa le présente comme une bonne espèce pour la reforestation et les systèmes agroforestiers.
Il n’est pas difficile de faire pousser un cumaru dans une zone tropicale humide, sur un sol bien drainé. C’est en revanche un travail de longue haleine : l’arbre peut fructifier dès l’âge de quatre ans environ selon l’Embrapa, mais il lui faut bien plus longtemps pour devenir un grand arbre productif.
La floraison a lieu surtout de septembre à octobre, au retour des pluies : si la saison des pluies tarde, les fleurs avortent et l’arbre donne moins de fruits. La chute des fruits a lieu surtout entre janvier et mars, puis viennent le cassage et le séchage. Il existe aussi des récoltes décalées selon les régions. Je vous explique tout cela dans la floraison du cumaru et quand récolter la fève tonka.
Il faut ensuite plusieurs années pour acquérir le savoir-faire de la préparation : casser les fruits sans abîmer la graine, sécher sans moisir, trier. Pour comparer, découvrez aussi où pousse la vanille.
La fève tonka d’Amazonie en vidéo
Dans cette vidéo tournée en 2022, je vous présentais des fèves tonka d’Amazonie après séchage, avec leur peau noire et leur parfum si caractéristique.
La fève tonka, un parfum incroyable et deux types d’approvisionnement
Il existe en pratique deux grandes sources de fèves tonka :
- ›La cueillette en forêt, souvent appelée récolte sauvage : les fruits tombés des cumarus de la forêt sont ramassés par des communautés locales. C’est aujourd’hui la source principale. Elle valorise la forêt debout, mais les volumes varient beaucoup d’une année à l’autre.
- ›Les plantations et systèmes agroforestiers : plus rares, ils donnent des volumes plus prévisibles et une meilleure traçabilité, mais demandent des années d’investissement.
Dans notre article de 2022, nous écrivions travailler directement avec des producteurs du Pará et une communauté indigène d’Amazonie, sans intermédiaire. C’est ce que nous écrivions à l’époque ; je ne peux pas le documenter de façon vérifiable aujourd’hui. Ma fève tonka est sélectionnée en Europe, auprès d’importateurs, sur échantillons, selon mes critères de parfum et de fraîcheur. Ce que mes voyages m’ont appris sur l’arbre et la récolte me sert à bien la choisir.
Comme pour notre vanille, quand on a une belle fève entre les mains et qu’on découvre sa puissance aromatique, on comprend pourquoi la petite princesse de la pâtisserie fait vibrer les papilles. Pour aller plus loin, lisez la fève tonka sauvage d’Amazonie et quelle fève tonka choisir.
Forêt, plantation ou agroforesterie : trois façons de faire pousser la tonka
Ma lecture, échelle indicative de 0 à 5
Ce radar compare, de façon qualitative, les trois milieux où pousse le cumaru. La forêt de terre ferme offre la plus grande biodiversité et préserve la forêt debout, mais la production y est irrégulière et la récolte dispersée. La plantation en plein soleil pousse vite et se récolte facilement, mais au prix de la biodiversité. Le système agroforestier est un compromis intéressant, avec d’autres cultures sous le couvert des cumarus.
Fève tonka et préservation de la forêt
La fève tonka fait partie de ces produits de la forêt qui ont une valeur sans qu’il soit nécessaire d’abattre l’arbre. Tant que le cumaru est debout, il donne des fruits pendant des décennies. C’est un argument fort pour les communautés qui vivent de la cueillette, comme pour la noix du Brésil ou l’açaí.
Mais le cumaru est aussi un arbre recherché pour son bois, très dense et très durable, exporté pour les terrasses et les parquets. L’exploitation forestière, la déforestation, les incendies et les sécheresses, comme celles, exceptionnelles, de 2023 et 2024 en Amazonie, pèsent sur les arbres et sur les récoltes.
Pour en savoir plus sur cet écosystème, lisez les saveurs de l’Amazonie et l’Amazonie, richesse et importance.

La forêt amazonienne, berceau du cumaru et de la fève tonka
Ce qu’il faut retenir
- ›La fève tonka pousse sur le cumaru (Dipteryx odorata), un grand arbre des forêts du nord de l’Amérique du Sud.
- ›Son aire naturelle couvre l’Amazonie et les Guyanes : Brésil, Venezuela, Guyane, Suriname, Guyana, Colombie, Pérou, Bolivie.
- ›Au Brésil, le Pará est le grand État de la cueillette, avec l’Amazonas.
- ›Les arbres appelés cumaru dans le Cerrado ou le sud-est du Brésil ne donnent pas de fève tonka.
- ›La plupart des fèves viennent de la cueillette en forêt ; les plantations restent rares.
Pour poursuivre la série, découvrez l’histoire de la fève tonka et comment conserver la fève tonka.
Pour découvrir le parfum de l’Amazonie, essayez ma fève tonka, et prolongez le voyage avec mes superaliments du Brésil.
Mon verdict : la fève tonka d’Amazonie
Voici mon évaluation, critère par critère.
Vos questions fréquentes
Vanilles du monde
Dans mon livre, je raconte les grandes vanilles du monde, leurs terroirs et les gestes pour bien les choisir, les conserver et les cuisiner.
