Vanilla arcuata est l’une des vanilles les plus rares du monde. Décrite seulement en 2016, elle ne pousse que dans une petite bande de forêt littorale sur sable, près de Caraguatatuba, sur la côte de l’État de São Paulo, au Brésil. Elle ne sent pas la vanille, ne se cuisine pas, et ne se vendra jamais. Mais elle garde, dans la forme de sa fleur, la mémoire des tout premiers temps de la famille des vanilles, et elle est aujourd’hui en danger.
Moi, Arnaud Sion, Arnaud Vanille, je vous présente chaque semaine une vanille du Brésil. En 2017, je suis allé dans la région de São Paulo sur la piste de cette vanille sauvage. Voici son portrait, tel que le décrivent les botanistes qui l’ont découverte, puis ce qu’elle nous apprend sur les défis de toutes les vanilles sauvages et sur leur rôle pour la vanille que vous cuisinez.
- › La carte d’identité de Vanilla arcuata
- › Qui l’a découverte, et où ?
- › Comment la reconnaître ?
- › Une fenêtre sur l’histoire des vanilles
- › Où vit-elle ?
- › Pourquoi est-elle en danger ?
- › Peut-on la cultiver ?
- › Ses cousines à feuilles fines
- › Les sept défis des vanilles sauvages
- › Ce que les vanilles sauvages apportent à la culture
- › Comment les protéger ?
- › Les vanilles du Comptoir
- › Mon verdict
- › Vos questions fréquentes
La carte d’identité de Vanilla arcuata
Vanilla arcuata en six repères

Vanilla arcuata, une vanille de la forêt de restinga à protéger
Qui a découvert Vanilla arcuata, et où ?
Elle a été décrite en 2016 par deux botanistes brésiliens, Emerson Ricardo Pansarin et Marcelo Rodrigues Miranda, dans la revue scientifique Phytotaxa (volume 267, numéro 1, pages 84 à 88). Le spécimen de référence, l’holotype, a été récolté le 7 mars 2015 à Caraguatatuba, dans l’État de São Paulo, et déposé à l’herbier LBMBP. Pansarin est un nom que vous retrouverez souvent sur ce blog : il a aussi décrit Vanilla paludosa et Vanilla paulista.
| Rang | Nom |
|---|---|
| Famille | Orchidacées |
| Sous-famille | Vanilloideae |
| Genre | Vanilla |
| Sous-genre | Membranacea, les vanilles à feuilles minces |
| Section | Dictyophyllaria, groupe de Vanilla mexicana |
Son nom vient du latin arcuatus, arqué, pour la forme très courbée de la colonne de sa fleur. Pour situer cette famille parmi les autres, consultez mon tableau dans toutes les vanilles du monde.
Comment reconnaître Vanilla arcuata ?
- ›Une liane des sols humides. Une plante grimpante, hémiépiphyte et palustre, c’est-à-dire des milieux humides, à tige allongée et sinueuse. Elle s’accroche aux arbres par une seule racine aérienne à chaque nœud.
- ›Des feuilles fines comme du papier. Minces, membraneuses, parcourues d’un réseau de nervures complexe. Rien à voir avec les feuilles épaisses et charnues de la planifolia de nos gousses.
- ›Une fleur ouverte. Son labelle est libre, non soudé à la colonne, et il n’a pas de touffe de poils en pinceau au centre. Ce détail suffit à la distinguer des vanilles aromatiques comme la penicillata.
- ›Une colonne très arquée. C’est sa signature, celle qui lui a donné son nom.

Vanilla arcuata Pansarin & M.R.Miranda, la vanille à la colonne arquée
Pourquoi Vanilla arcuata est-elle une fenêtre sur l’histoire des vanilles ?
Chez beaucoup de vanilles, le labelle s’enroule autour de la colonne et forme un tube fermé dans lequel l’abeille doit entrer. Vanilla arcuata, elle, garde un labelle libre et pas de tube fermé. Pour les botanistes, c’est un état ancestral : une forme de fleur qui ressemble à celle des ancêtres du sous-genre Membranacea. Étudier cette fleur, c’est remonter le temps et comprendre comment la sous-famille des vanilles a évolué jusqu’à la fleur spécialisée de la planifolia, que je décris dans comment les animaux font fleurir la vanille.
Où vit Vanilla arcuata ?
C’est une vanille endémique, qui n’existe nulle part ailleurs : la forêt atlantique du sud-est du Brésil, et plus précisément les forêts de plaine littorale sur sable, la restinga, de Caraguatatuba, dans l’État de São Paulo.
- ›Le sous-bois. Elle vit à l’ombre, dans le sous-bois et sous la canopée, là où la proximité de l’océan garde l’air très humide.
- ›Une extrême fragilité. Ses feuilles fines la rendent très sensible à l’ouverture de la canopée et au dessèchement. Une forêt éclaircie, c’est un microclimat qui change et des lianes qui meurent.
La Mata Atlântica est, pour moi, l’un des plus grands réservoirs de vanilliers sauvages au monde, et elle abrite d’autres espèces rares, comme la vanille paulista et sa sœur la capixaba.
Pourquoi Vanilla arcuata est-elle en danger ?
L’UICN la classe En danger (EN) au niveau mondial, et En danger critique (CR) pour ses sous-populations locales. La cause principale est simple : la destruction et la fragmentation des forêts de restinga, sous la pression de l’immobilier, de l’urbanisation du littoral et du tourisme à Caraguatatuba. Chaque arbre abattu ouvre la canopée, assèche le sous-bois et condamne les lianes isolées.
Peut-on cultiver Vanilla arcuata ?
Pas comme une vanille à gousses. Elle appartient à la famille des vanilles à feuilles minces, dont les fruits n’ont pas d’arôme, et elle est si fragile et si rare qu’on ne doit jamais prélever de liane en forêt. Sa culture relève des jardins botaniques et des banques de gènes. C’est d’ailleurs ce que fait le Brésil avec sa première banque de matériel génétique de vanille, dont je vous parle dans le Brésil ouvre la première banque génétique de vanille.
J’avais écrit qu’on pouvait la croiser avec une planifolia pour la rendre plus résistante. C’est peu réaliste : elle appartient à une autre branche du genre que la planifolia. Les croisements qui intéressent les chercheurs se font avec les vanilles aromatiques, comme la pompona ou la bahianaise, comme vous le verrez plus bas. Pour comprendre la vie d’une liane de vanille, lisez comment pousse la vanille.
Quelles sont les cousines de Vanilla arcuata ?
Elle fait partie des vanilles à feuilles membraneuses, un groupe sans parfum mais très riche pour les botanistes. Au Brésil, vous connaissez déjà Vanilla organensis et Vanilla parvifolia. Dans les Andes, une autre vanille à feuilles fines vient d’être décrite.
Quels sont les grands défis des vanilles sauvages ?
L’histoire de l’arcuata résume celle de toutes les vanilles sauvages. Elles font face à sept menaces qui se cumulent.
- ›La perte des habitats. Les forêts tropicales de plaine, humides et sèches, reculent devant l’agriculture, la ville et les mines. En Colombie, il ne reste que 4 % de la forêt sèche tropicale d’origine.
- ›La rareté naturelle. Les populations sont éparses, parfois réduites à une seule liane connue. Les fleurs, rares, vivent moins de 24 heures et donnent peu de fruits.
- ›Des pollinisateurs en déclin. Abeilles à orchidées et abeilles solitaires Epicharis reculent avec la fragmentation des forêts.
- ›Des champignons indispensables. Les graines ne germent qu’avec des champignons du sol, des genres Ceratobasidium et Tulasnella, détruits quand les sols se dégradent.
- ›Des populations de clones. Elles se multiplient surtout par bouturage naturel, avec très peu de diversité génétique.
- ›Les prélèvements sauvages. L’engouement pour la culture de la vanille pousse à arracher des lianes en forêt, souvent sans même savoir de quelle espèce il s’agit.
- ›Le climat. Les sécheresses et la chaleur tuent les jeunes plantules, jusqu’à 85 % de mortalité observée, plus vite que les lianes ne peuvent se déplacer.
Ajoutez à cela un huitième piège, l’inflation taxonomique : des espèces décrites à partir de spécimens trop rares, qui faussent les cartes et les priorités de protection. Je vous l’explique dans mon article sur Vanilla penicillata.
Que peuvent apporter les vanilles sauvages à la vanille cultivée ?
La vanille de nos gousses, la planifolia, repose sur une base génétique très étroite : depuis deux siècles, on la multiplie presque uniquement par bouturage. Elle est donc très vulnérable aux épidémies, et surtout à la fusariose, décrite dans les maladies du vanillier. Ses parentes sauvages, surtout celles du clade aromatique, sont un réservoir de solutions.
| Apport | Exemple |
|---|---|
| Résistance à la fusariose | Des hybrides planifolia × pompona ou planifolia × bahiana résistent mieux au champignon |
| Tolérance à la chaleur et à la sécheresse | La bahiana, née dans la restinga et la caatinga, et la pompona supportent plus de 32 à 33 °C et le soleil direct. Les hybrides de pompona tiennent sous restriction d’eau |
| Nouveaux arômes | La Tahiti est née d’un croisement planifolia × odorata. La pompona, la bahiana et la capixaba cachent encore des molécules inexplorées |
| Autopollinisation | Le caractère de Vanilla bicolor, qui se féconde seule, pourrait réduire le coût de la pollinisation manuelle |
| Productivité | Vanilla rivasii, du Chocó colombien, porte jusqu’à 150 fleurs par grappe. La bahiana fleurit longtemps et garde bien ses gousses |
- ›Des microbes alliés. Les racines et les tissus des vanilles sauvages hébergent des bactéries, comme Bacillus, Pseudomonas ou Burkholderia, et des champignons, comme Trichoderma ou Mortierella, capables de freiner la fusariose.
- ›Un champignon parfumeur. Un champignon présent dans les gousses, Pestalotiopsis microspora, aide même à transformer les précurseurs d’arôme et à augmenter la vanilline.
C’est toute l’ambition de la promesse brésilienne : faire des vanilles natives la base des vanilles de demain.
Comment protéger les vanilles sauvages comme Vanilla arcuata ?
- ›Sur place. Créer et renforcer des aires protégées, renforcer les populations existantes, et envisager une migration assistée face au changement climatique.
- ›Hors de son milieu. Constituer des banques de gènes en laboratoire à croissance lente, des collections en serre, et conserver au froid extrême les champignons symbiotiques et les bactéries utiles du sol.
- ›Avec les habitants. Intégrer les vanilles sauvages dans les systèmes agroforestiers et les jardins des communautés rurales, pour un usage durable et partagé.
Au Comptoir de Toamasina, nous parcourons les forêts du Brésil pour faire connaître ces vanilles sauvages, et notre projet de plantation rêve d’associer vanille, poivre en grains et açaí, pour produire un jour notre propre açaí en poudre.
Et pour goûter les vanilles qui, elles, se cuisinent ?
L’arcuata reste une vanille de botanistes. Pour découvrir les vanilles aromatiques, ses lointaines cousines, voici ma sélection de qualité gourmet, choisie avec soin pour vos meilleures recettes à la vanille.
- ›Le Brésil : notre sélection de vanilles du Brésil, selon les récoltes.
- ›Les grandes origines : la vanille Bourbon de Madagascar, la vanille de Tahiti et tout notre rayon vanille.
- ›Pour voyager : le coffret fagot de vanilles du monde et mon livre Vanilles du monde.
Mon verdict : que retenir de Vanilla arcuata ?
Voici mon récapitulatif, critère par critère.
Vos questions fréquentes sur Vanilla arcuata
Qu’est-ce que Vanilla arcuata ?
Une vanille sauvage à feuilles fines, décrite en 2016 par Pansarin et Miranda, endémique de la forêt de restinga de Caraguatatuba, dans l’État de São Paulo, au Brésil.
Pourquoi s’appelle-t-elle arcuata ?
Du latin arcuatus, arqué, pour la colonne très courbée de sa fleur.
Est-elle menacée ?
Oui. Elle est classée En danger au niveau mondial et En danger critique localement, à cause de la destruction de la restinga par l’immobilier et le tourisme.
Peut-on cuisiner Vanilla arcuata ?
Non. Comme les autres vanilles à feuilles membraneuses, ses fruits n’ont pas d’arôme vanillé, et elle est bien trop rare pour être récoltée.
Pourquoi les vanilles sauvages sont-elles importantes ?
Elles gardent des gènes de résistance aux maladies, à la chaleur et à la sécheresse, et des arômes nouveaux, qui pourraient sauver la vanille cultivée, très pauvre en diversité génétique.