Espírito Santo, plus de 821 hectares de culture de poivre en plus en un an : c’est le chiffre qui a retenu mon attention en septembre 2022. Le Minas Gerais, où je vis, est le premier État producteur de café du Brésil ; son voisin, l’Espírito Santo, est en train de devenir l’un des grands noms du poivre noir dans le monde. Moi, Arnaud Sion, que beaucoup appellent Arnaud Vanille, je vous explique comment j’ai découvert cet État, ce que disaient les chiffres officiels à l’époque, où pousse vraiment le poivre brésilien, comment il est classé, et, en fin d’article, ce qui s’est passé depuis.
- › Espírito Santo, l’État brésilien qui monte dans le monde du poivre
- › Le Comptoir de Toamasina et le poivre d’Espírito Santo
- › Espírito Santo, des poivres incroyables
- › Le nord de l’État, terre du poivre
- › Le poivre noir de Salvador de Bahia
- › Comment le poivre brésilien est classé
- › Les grandes communes productrices et le prix du poivre noir
- › Trois poivres noirs comparés
- › Ce qui s’est passé ensuite (mise à jour)
- › Mon verdict
- › Vos questions fréquentes
Espírito Santo, l’État brésilien qui monte dans le monde du poivre
L’Espírito Santo est un petit État du Sud-Est du Brésil, coincé entre le Minas Gerais, Bahia, Rio de Janeiro et l’océan Atlantique. On le connaît pour son café conilon, pour ses plages et pour le port de Vitória. Mais depuis une vingtaine d’années, il s’est imposé comme le premier producteur et le premier exportateur de poivre noir du pays.
Je l’ai découvert lors de mes Expéditions Ranger, en cherchant de nouvelles saveurs brésiliennes, et c’est là que j’ai compris que cet État était en train de bouleverser le monde du poivre.
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Sur la route de la terre du poivre brésilien, lors d’une Expédition Ranger
Le Comptoir de Toamasina et le poivre d’Espírito Santo
Depuis 2010, le Comptoir de Toamasina est spécialisé dans les gousses de vanille de Madagascar et du monde, et dans les poivres. Je sélectionne mes vanilles et mes poivres en Europe, auprès d’importateurs spécialisés. En 2015, je me suis installé au Brésil pour une nouvelle aventure, et en 2019 j’ai lancé ma première Expédition Ranger, à la découverte de la fève tonka du Brésil.
Aujourd’hui, mon entreprise brésilienne exporte elle-même l’açaí, l’acérola et le guarana. En 2022, j’écrivais ici que le Comptoir allait importer pour vous le poivre noir de São Mateus : c’est un projet qui demande des licences spécifiques, et je ne vous en reparlerai que lorsqu’il sera concret.
Voici la vidéo qui présente la route des épices et de la vanille du Comptoir :
Espírito Santo, des poivres incroyables
Voici ce que disaient les chiffres officiels au moment où j’écrivais cet article. Selon le bulletin de conjoncture agricole de l’Incaper, l’institut de recherche et d’assistance technique rurale de l’Espírito Santo :
- ›la surface récoltée en 2021 a atteint environ 17 900 hectares, soit une expansion de 821 hectares par rapport à 2020, une croissance de 4,8 % ;
- ›la production 2021 s’est élevée à environ 72 000 tonnes de poivre noir, en hausse de 6,6 % ;
- ›le rendement moyen tournait autour de 4 tonnes par hectare ;
- ›pour 2022, l’Incaper prévoyait encore une hausse de la surface et de la production.
L’État était déjà le premier producteur et le premier exportateur brésilien de cette épice. Le poivre noir déborde aussi sur le Minas Gerais, le long de la frontière avec l’Espírito Santo, où de petits producteurs l’ont adopté pour diversifier leurs revenus.
Pour comprendre comment pousse cette liane, lisez comment planter du poivre.
Le nord de l’État, terre du poivre
L’essentiel de la production de poivre noir de l’Espírito Santo est concentré dans le nord de l’État. Lors de mon Expédition Ranger, j’ai découvert que la région la plus prometteuse pour un poivre noir de qualité était celle de Vila Valério, Nova Venécia, Rio Bananal et Sooretama, autour de la grande capitale du poivre, São Mateus.
Cette région est propice au poivrier grâce à son climat chaud et humide une grande partie de l’année, à ses sols bien drainés et à l’irrigation, très répandue. Certains producteurs parlent de deux floraisons dans l’année quand l’eau est bien gérée, mais la grande récolte reste concentrée sur une saison.
Selon les données publiées fin 2023 par le gouvernement de l’État, São Mateus représentait à elle seule environ 35 % de la production capixaba, devant Jaguaré (12 %), Vila Valério (9,8 %), Rio Bananal (8 %) et Nova Venécia (5,6 %). En 2022, j’écrivais que Jaguaré et Vila Valério produisaient chacune autour de 7 000 tonnes : ces ordres de grandeur restent cohérents avec ces parts.

La route du poivre, dans le nord de l’Espírito Santo
Le poivre noir de Salvador de Bahia
Bahia est un autre producteur important de poivre au Brésil, avec le Pará, berceau historique de la culture introduite par les immigrés japonais. Mais attention aux noms commerciaux : le poivre vendu comme « poivre de Salvador de Bahia » ne pousse pas dans la région de Salvador. La production bahianaise se situe surtout dans le sud et l’extrême sud de l’État, à des centaines de kilomètres de la capitale.
En 2022, j’écrivais que ce poivre était, pour moi, très moyen. Je reste prudent : il existe de bons et de mauvais lots partout. Ce qui me gêne, c’est l’usage d’un nom de ville célèbre pour faire rêver, alors qu’il n’indique pas l’origine réelle. C’est une pratique trompeuse, qui ne dit rien de la qualité.
Comment le poivre brésilien est classé
Pour juger un poivre noir brésilien, mieux vaut connaître sa classification. Le ministère de l’Agriculture brésilien définit des types commerciaux pour le poivre noir, dont les plus courants sont le Brasil Asta, le Brasil 1 et le Brasil 2. Le nom « Asta » vient de l’American Spice Trade Association, l’association américaine du commerce des épices, dont les critères de propreté servent de référence internationale.
Ces types reposent sur des critères physiques : densité des grains, taux d’humidité, proportion de grains légers ou cassés, impuretés. Ils disent si un lot est propre et régulier, pas s’il est aromatique. Un poivre bien classé peut rester banal en bouche ; c’est la dégustation qui tranche.
Pour comparer les couleurs et les origines, lisez les différentes variétés de poivres et quel est le meilleur poivre, noir ou gris.
Les grandes communes productrices et le prix du poivre noir
Le prix du poivre noir connaît des cycles de hausse et de baisse très marqués. Après des années fastes, les cours mondiaux étaient bas au moment où j’écrivais : beaucoup de nouvelles plantations, au Brésil comme au Vietnam, arrivaient en production en même temps. Pour fixer un ordre de grandeur vérifiable, l’Espírito Santo a exporté en 2022 environ 51 500 tonnes de poivre, pour 181,9 millions de dollars selon le gouvernement de l’État, soit en moyenne autour de 3 500 dollars la tonne.
En 2022, j’écrivais aussi que le coût de production, dans l’agriculture familiale, tournait autour de 5 reais le kilo, et dépassait 7 reais avec la hausse du gazole et des engrais, au point que certaines plantations enregistraient des pertes. Je n’ai pas de source officielle pour confirmer ces chiffres, rapportés par des producteurs : prenez-les comme un témoignage de l’époque. Une chose est sûre, la hausse des carburants et des intrants en 2022 a pesé lourd sur les marges, sans compter l’investissement initial d’une plantation de poivre, qui ne produit pleinement qu’après quelques années.
Pour suivre le marché du poivre sur la durée, lisez l’actualité et les prix du poivre noir.
Trois poivres noirs comparés
Mon ressenti de dégustation, échelle indicative de 0 à 5
Le radar compare trois origines de poivre noir. Le poivre noir d’Espírito Santo, dans ses bons lots, offre un piquant franc et des notes boisées, avec l’avantage de gros volumes réguliers. Le poivre noir de Madagascar est plus fruité et plus aromatique. Le poivre noir de Kampot est le plus complexe et le plus rare, avec ses notes florales et d’eucalyptus. C’est une lecture de dégustation, indicative, qui varie d’un lot à l’autre.
La pyramide olfactive d’un bon poivre noir brésilien
Ce qui s’est passé ensuite (mise à jour)
Depuis septembre 2022, l’Espírito Santo a confirmé sa place de leader. Voici les grandes étapes, d’après les données publiées par le gouvernement de l’État et l’Institut Jones dos Santos Neves :
- ›2022 : production record d’environ 76 500 tonnes, et un État qui pèse environ 60 % de la production brésilienne ;
- ›2023 : une production prévue autour de 78 000 tonnes, et plus des deux tiers des volumes de poivre exportés par le Brésil sur les dix premiers mois de l’année ;
- ›2024 : environ 73 500 tonnes récoltées sur un peu plus de 20 000 hectares ; les volumes exportés baissent d’environ un tiers, mais le prix moyen à l’export bondit de près de 50 %, autour de 4 600 dollars la tonne ;
- ›2025 : une récolte estimée autour de 83 600 tonnes, portée par de nouvelles surfaces plantées après la remontée des prix.
Le cycle s’est donc retourné : après les prix bas de 2022, la hausse de 2024 a relancé les plantations. J’ai consacré une analyse complète à cette évolution dans l’essor spectaculaire du poivre noir brésilien.
Pour comparer les origines, découvrez mes poivres noirs, mes poivres de Madagascar, mon poivre noir de Kampot IGP et tous mes poivres.
Mon verdict : le poivre noir d’Espírito Santo
Voici mon évaluation de cette recette, critère par critère.
Vos questions fréquentes
Vanilles du monde
Dans mon livre, je raconte les grandes vanilles du monde, leurs terroirs et les gestes pour bien les choisir, les conserver et les cuisiner.
