Maison ActualitésL’Incroyable Vanille des Producteurs de Café Brésiliens

L’Incroyable Vanille des Producteurs de Café Brésiliens

Découvrez l'Alliance Inédite - Expert en vanille

Par Arnaud Sion
Publié: Mis à jour: 9 minutes lire

Découvrez l’incroyable vanille des producteurs de café brésiliens. Vous allez tout savoir sur un monde de la vanille en pleine transformation.

Depuis mon premier voyage à Madagascar en 2010, je parcours les plantations à la recherche des plus belles gousses de vanille, et je croyais avoir tout vu. Mais ce qui se passe actuellement au Brésil, où je vis depuis 2015, est tout simplement une révolution aromatique, et en tant que spécialiste français de la vanille, je me devais de vous en parler. Des producteurs de cafés de spécialité se lancent dans la vanille, avec la même exigence que pour leurs grands crus.

Des maîtres caféiers à l’assaut de la vanille

Dans la Serra da Mantiqueira, région mythique des cafés de spécialité, des producteurs comme Paula et Pedro Dias (Grandpa Joel’s Coffee) appliquent à la vanille le même savoir-faire obsessionnel qui a fait la réputation de leurs crus d’exception. Saviez-vous que :

  • leur approche de la vanille s’inspire directement de leurs techniques de production de café : faire une vanille grand cru comme on fait un café grand cru ;
  • le séchage se fait sur des lits surélevés, comme pour leurs cafés grands crus, et la vanille est préparée avec le même amour que le café ;
  • leur miel de montagne sert de base à des macérations uniques.

Traiter la vanille comme un café premium change tout. Pour obtenir un café de spécialité, la crème de la crème du café, il faut beaucoup de temps et de savoir-faire. Et je peux vous dire que les premières gousses que j’ai testées au Brésil, c’est exactement cela : j’ai découvert une vanille qui a plus de puissance aromatique que la vanille planifolia de Madagascar.

Pourquoi les caféiers ont une longueur d’avance

Le café et la vanille ont plus de points communs qu’on ne le croit. Dans les deux cas, le fruit cueilli n’est qu’une matière première : tout l’arôme se construit ensuite, par la fermentation et le séchage. Un producteur de café de spécialité sait déjà cueillir au bon stade de maturité, piloter une fermentation, sécher lentement sur lits surélevés en surveillant l’humidité, puis goûter et noter ses lots. C’est exactement le savoir-faire que demande l’affinage de la vanille.

Le terroir : ce que le café apprend à la vanille

Le Brésil est un immense terrain d’expérimentation. Pour le café, chaque région a déjà sa signature aromatique, et la vanille pourrait suivre le même chemin.

Région caféière Altitude et climat Profil du café
Mantiqueira de Minas (MG) Montagne jusqu’à 1 400 m, appellation d’origine Fruité, complexe, très primé
Sul de Minas (MG) Altitude, températures douces Acidité vive, notes florales ou fruitées
Cerrado Mineiro (MG) Plateau, hiver sec, première appellation d’origine Équilibré, chocolat et noisette
Matas de Minas (MG) Relief escarpé, forêt atlantique, cueillette à la main Grande douceur, beau corps
Caparaó (ES/MG) Haute altitude, petites exploitations familiales Caramel, fleur de sel, vanille
Alta Mogiana (SP) Altitude, climat doux Corps velouté, chocolat, caramel, noix
Montanhas do Espírito Santo (ES) Petites propriétés de montagne Agrumes et fruits rouges
Chapada Diamantina (BA) Environ 850 m, cueillette sélective Notes de mélasse

Au-dessus de 900 à 1 000 mètres, la fraîcheur ralentit la maturation : les cerises de café accumulent plus de sucres et d’arômes, avec des notes florales et une acidité vive. Plus bas, la maturation rapide donne des profils plus ronds, chocolat et caramel. Pour découvrir les meilleurs d’entre eux, lisez le classement officiel du meilleur café brésilien. Ici, dans le Minas Gerais, je travaille avec les cafés de la maison Cambraia, qui illustrent parfaitement ces terroirs.

La vanille, elle, est une liane tropicale qui aime la chaleur et l’humidité : elle ne pousse pas dans les mêmes conditions que le café d’altitude. Mais les régions caféières plus basses, ou les zones abritées, offrent des microclimats à explorer, notamment sous ombrage.

37 variétés brésiliennes : notre nouveau terrain de jeu

Alors que le monde se contente majoritairement de la Vanilla planifolia, le Brésil nous offre un trésor génétique inédit, avec plusieurs dizaines d’espèces de vanilliers sauvages :

Depuis 2015, via notre projet Arnaud Vanille, nous avons sélectionné 8 de ces variétés pour développer une vanille signature Brésil, un travail de fourmi que seuls des passionnés peuvent comprendre. Nous n’avons que quelques coffrets par an.

Attention toutefois : ces vanilles sauvages ne se préparent pas comme la planifolia. Chez certaines espèces natives comme Vanilla chamissonis, la gousse verte contient des cristaux d’oxalate de calcium irritants et des tanins très astringents. Seul un affinage complet les neutralise et rend la gousse comestible. C’est là que le savoir-faire fait toute la différence.

Une vanille cultivée sous ombrage : ce que disent les essais

Les chercheurs brésiliens testent aussi la vanille chez les petits producteurs. Depuis 2019, la Fatec de São José do Rio Preto et l’Etec de Monte Aprazível, dans l’État de São Paulo, comparent deux façons de cultiver Vanilla planifolia :

Système agroforestier Système protégé
Principe Lianes plantées entre les rangs d’hévéas (arbres à caoutchouc) Lianes sous une toile d’ombrage (50 à 70 % d’ombre)
Lianes mortes en 3 ans 5 sur 20 0 sur 20
Gousses la 3ᵉ année 7 230

L’explication : en hiver, les hévéas perdent leurs feuilles. Pendant les vagues de chaleur, les vanilliers se sont retrouvés en plein soleil, les fleurs ont avorté et des lianes sont mortes. Sous la toile, l’ombre est restée constante. Une leçon pour les caféiers : l’ombrage doit être permanent, et le changement climatique rend ce point encore plus crucial. L’Embrapa, l’organisme public de recherche agricole, s’y intéresse aussi : lisez pourquoi l’Embrapa investit dans la production de vanille.

L’enjeu économique est réel : au Brésil, la vanille préparée peut se vendre jusqu’à 6 000 reais le kilo, de quoi intéresser bien des petits producteurs.

Pollinisation et affinage : le savoir-faire qui fait la différence

Que l’on soit caféier ou vanillier, deux étapes ne s’improvisent pas.

La pollinisation manuelle, fleur par fleur

La fleur de vanille ne s’ouvre que quelques heures le matin et fane dès le début de l’après-midi. Une membrane, le rostellum, sépare l’organe mâle (l’anthère, qui porte le pollen) de l’organe femelle (le stigmate) : sans l’abeille mélipone d’Amérique, la fécondation naturelle est rare. Il faut donc polliniser à la main, chaque matin :

  1. Dégager la colonne : on ouvre délicatement le labelle pour mettre à nu la colonne, sans casser sa base très fragile.
  2. Soulever le rostellum : avec un outil fin (pique en bambou, cure-dent), on soulève la membrane.
  3. Mettre le pollen en contact : du bout de l’index, on presse doucement l’anthère sur le stigmate.

On ne pollinise que 6 à 8 fleurs par grappe, pour ne pas épuiser la liane et obtenir des gousses de belle taille. Tous les détails sont dans comment cultiver et polliniser l’orchidée vanille.

L’affinage : là où tout se joue

La gousse fraîchement cueillie est verte et sans odeur : sa vanilline est encore prisonnière sous forme de glucovanilline. L’arôme naît de l’affinage, que les Brésiliens appellent cura :

  • L’échaudage : les gousses sont plongées une dizaine de secondes dans une eau entre 60 et 70 °C. Ce choc arrête la vie de la gousse et lance la libération de la vanilline. Trop froide, l’eau fait s’ouvrir les gousses ; trop chaude (au-delà de 70-80 °C), elle détruit les enzymes de l’arôme.
  • L’étuvage et le séchage : les gousses « transpirent » enfermées au chaud, puis sèchent au soleil quelques jours, et à l’ombre dans un lieu aéré pendant plusieurs semaines. Elles doivent perdre 70 à 80 % de leur eau. Trop d’humidité, et les moisissures déclassent le lot en rebut.
  • L’œil du producteur : on arrête le séchage quand la gousse est sombre, brillante, souple, ridée dans la longueur, et qu’elle s’enroule autour du doigt sans casser ni suinter.
  • L’affinage en malle : enfin, les gousses reposent plusieurs mois dans des caisses fermées pour développer tout leur bouquet.

C’est exactement là que l’expérience des caféiers – lits surélevés, contrôle de l’humidité, dégustation – fait la différence.

Pourquoi cette vanille va tout changer ?

  • Une alternative à Madagascar : avec les cyclones et l’instabilité du marché, la vanille a besoin de nouveaux acteurs fiables.
  • Des profils inédits : imaginez des vanilles aux notes de fruits jaunes, de tabac blond ou de cacao, à côté du profil classique de la vanille malgache.
  • La traçabilité : du planteur à votre pâtisserie, chaque étape est contrôlée, comme pour un café de spécialité.

Pour l’histoire de cette filière naissante, lisez l’épopée de la vanille brésilienne et ce que les groupes WhatsApp nous apprennent sur la vanille brésilienne.

Notre sélection exclusive

Nous préparons en édition limitée les premières gousses du Brésil, disponibles uniquement à l’exportation depuis notre société au Brésil :

  • Coffret Vanille Ouro Verde : vanille cultivée sous ombrage de caféiers, aux notes de cacao et de fleur d’oranger, avec de la vanille planifolia et de la vanille bahiana de Bahia.
  • Coffret Vanille Flor da Montanha : une vanille pollinisée à la main par l’équipe même qui s’occupe des caféiers grands crus, avec des vanilles de Goiás et de Bahia.

Les coffrets seront dévoilés sur notre chaîne YouTube.

Questions fréquentes

Le Brésil produit-il de la vanille ?
Oui, en petite quantité pour l’instant, mais la filière se développe, portée par la recherche et par des producteurs de café de spécialité. Le pays abrite aussi plusieurs dizaines d’espèces de vanilliers sauvages.

Peut-on cultiver la vanille avec le café ?
La vanille demande chaleur, humidité et une ombre permanente de 50 à 70 %. Elle peut trouver sa place dans des exploitations caféières de basse altitude ou sous ombrière.

Pourquoi faut-il polliniser la vanille à la main ?
Parce qu’une membrane sépare le pollen du stigmate et que la fleur ne vit que quelques heures. Hors de son aire d’origine, presque aucun insecte ne sait la féconder.

Pourquoi une gousse verte n’a-t-elle pas d’odeur ?
Sa vanilline est liée à un sucre. C’est l’échaudage et l’affinage qui la libèrent et construisent l’arôme.

Vous aimerez peut-être aussi

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.