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Perceptions du changement climatique chez les producteurs de Vanille à Madagascar

Il va falloir s'adapter ou voir l'or noir de Madagascar

Par Arnaud Sion
Publié: Mis à jour: 8 minutes lire
Mise à jour octobre 2026J’ai écrit cet article en mars 2025, à la sortie d’une étude sur les producteurs de la région SAVA. Je l’ai actualisé avec ce qui s’est passé depuis : les cyclones de février 2026, les volumes exportés et le retour d’un prix minimum pour la vanille verte.

Aujourd’hui, je vous propose de découvrir comment les producteurs de vanille de Madagascar perçoivent le changement climatique, et comment ils s’y adaptent.

Pendant que les plantations de vanille de Madagascar sont en danger, on voit fleurir en France des noms commerciaux de vanille qui laissent croire à une vanille différente du reste du marché. La réalité se joue pourtant bien plus loin, dans les champs de la côte nord-est.

Depuis mon premier voyage à Madagascar en 2010, j’ai voulu vous proposer le meilleur de la vanille de Madagascar. J’ai parcouru l’île pour découvrir le monde de la vanille et me former à la culture de cette épice. Aujourd’hui, je sélectionne ma vanille lot par lot auprès d’un importateur spécialisé.

Dès 2022, j’ai vu le climat changer au Brésil, où je vis, et notamment dans le Minas Gerais, gros producteur de café. Var Actu m’a interviewé à ce sujet. Madagascar fait face aux mêmes problèmes.

Le changement climatique est une menace majeure pour la sécurité alimentaire mondiale. Pour les petits exploitants des pays à faible revenu comme Madagascar, ses effets se font déjà sentir, avec moins de pluie et des températures en hausse. Une étude menée dans la région SAVA, au nord-est de Madagascar, le berceau de la vanille malgache, a interrogé les agriculteurs sur ces changements et sur leurs stratégies d’adaptation.

Ce que dit l’étude menée dans la région SAVA

Contexte de l’étude

Madagascar est l’un des pays les plus vulnérables au changement climatique. Entre 1961 et 2017, les précipitations ont diminué dans 14 des 15 stations météorologiques du pays, tandis que les températures augmentaient nettement. Dans la région SAVA, les précipitations annuelles devraient baisser de 5 à 10 % d’ici 2100, et les températures maximales et minimales augmenter de 3 à 5 °C. Ces changements touchent directement les cultures vivrières comme le riz, essentiel à l’alimentation malgache, mais aussi la vanille, principale source de revenus de la région.

Méthodologie

L’étude, publiée en mars 2025 dans la revue PLOS Climate par une équipe de l’université Duke, a été menée auprès de 479 petits exploitants de deux villages de la SAVA, Mandena et Sarahandrano. Les données ont été recueillies par questionnaires et entretiens, sur la perception du changement climatique, ses effets sur la santé et l’alimentation, et les stratégies d’adaptation.

Résultats

Thème Ce qu’ont répondu les agriculteurs
Températures 94 % perçoivent une hausse
Pluies 91 % constatent une baisse
Points d’eau 75 % observent l’assèchement des sources naturelles
Insécurité alimentaire 87 % en ont connu au cours des trois dernières années
Avenir 57 % s’attendent à une baisse importante de la nourriture disponible
Santé hausse signalée du paludisme et des maladies diarrhéiques
Adaptation seulement 21 % ont modifié leurs pratiques agricoles

Les hommes et les foyers plus aisés sont plus nombreux à s’adapter. Les pratiques les plus courantes sont l’engrais organique, le paillage et le décalage du calendrier des cultures.

Que retenir sur cette étude

Les agriculteurs de la SAVA sont conscients du changement climatique, mais leur capacité à s’adapter est limitée par les inégalités. Les femmes et les foyers les plus modestes sont les plus désavantagés. L’étude insiste sur l’importance de l’accès aux marchés et des routes, et sur le rôle que pourraient jouer la formation et le conseil agricole.

Ce qui a changé depuis 2025 : cyclones et nouvelles campagnes

Depuis la publication de l’étude, le climat a de nouveau frappé. En février 2026, deux cyclones se sont succédé sur la côte est. Après les pluies et les inondations de Fytia, le cyclone Gezani a touché terre à Toamasina avec des rafales jusqu’à 250 km/h. Selon les Nations unies, 80 % de la ville a subi des dégâts, le port principal du pays a été très endommagé, et environ 400 000 personnes avaient besoin d’une aide humanitaire. Pour la vanille, la côte est concentre les plantations, les ateliers de préparation et le port d’exportation : un cyclone touche toute la chaîne, des lianes aux expéditions.

Date Événement Source
Mai 2023 Suppression du prix minimum à l’export de 250 $ le kilo Arrêté du 5 mai 2023
Campagne 2025-2026 Plus de 5 000 tonnes exportées (5 080 t à fin août 2026) Midi Madagasikara
Février 2026 Cyclones Fytia puis Gezani sur la côte est ONU Info
Juin 2026 Retour d’un prix minimum : 10 000 ariary le kilo de vanille verte Conseil des ministres
Campagne 2026-2027 Environ 2 500 t exportables + 1 000 t de stock, pour une demande estimée à 2 500-2 700 t Midi Madagasikara

Sur les marchés, la vanille d’extraction se négocie autour de 30 dollars le kilo, au niveau de 2012-2013, tandis que la vanille préparée de catégorie A (16 cm et plus) s’affiche entre 140 et 260 dollars le kilo FOB Toamasina. Au champ, dans la SAVA, la vanille verte s’est achetée de 10 000 à 23 000 ariary le kilo en juillet 2026 selon les collecteurs. Des prix aussi bas découragent les producteurs, alors même que le climat leur demande d’investir davantage.

Pourquoi la sécheresse et les cyclones menacent directement le vanillier

Le vanillier est une orchidée liane, cultivée sous un couvert d’arbres tuteurs. Il est sensible à trois moments clés :

  • La floraison : un manque d’eau ou une chaleur excessive au moment où les boutons se forment peut faire avorter la floraison.
  • La nouaison : après la pollinisation manuelle, un stress hydrique peut provoquer la chute des jeunes gousses.
  • La survie de la liane : une sécheresse prolongée peut affaiblir, voire tuer le vanillier, et le rendre plus sensible aux maladies.

À l’inverse, les cyclones arrachent les lianes et les tuteurs, et l’excès d’eau favorise les pourritures. Un vanillier met environ trois ans avant de produire : chaque plantation détruite, c’est plusieurs années de revenus perdues pour une famille.

Les pistes d’adaptation pour les producteurs

Pratique Ce qu’elle apporte
Agroforesterie La vanille cultivée sous des arbres sur d’anciennes jachères offre, selon une étude des universités de Göttingen et d’Antananarivo publiée dans PNAS en 2022, un bon compromis entre revenus et biodiversité, sans défricher la forêt.
Ombrage et paillage Gardent l’humidité du sol et protègent la liane des fortes chaleurs.
Engrais organiques Améliorent la rétention d’eau du sol, une des pratiques les plus citées par les agriculteurs de l’étude.
Calendrier adapté Décaler certaines cultures pour suivre l’arrivée des pluies.
Diversification Girofle, litchi, cacao ou cultures vivrières pour ne pas dépendre d’une seule récolte.

Ces pratiques demandent du temps, de la main-d’œuvre et parfois de l’argent. C’est pour cela que les prix payés aux producteurs comptent autant : une vanille vendue trop bas ne permet pas d’investir pour l’avenir.

Ma conclusion

Il faut savoir que le prix du café a flambé de 40 % entre mars 2024 et mars 2025. Les raisons : il pleut de moins en moins dans le Minas Gerais, la saison sèche s’allonge, ce qui crée un stress hydrique, et les feux peuvent ravager les plantations. En 2026, une bonne saison des pluies a permis une récolte record au Brésil, mais les prix sont restés élevés : le climat a laissé des traces durables.

Pour la vanille, une période de sécheresse peut faire avorter une floraison, faire tomber les fruits, voire tuer le vanillier.

C’est pour cela que je crois au croisement des vanilliers avec des variétés plus résistantes à la sécheresse, comme celles que l’on étudie au Brésil. Les vanilles du Brésil et du Cerrado sont une chance pour l’avenir de la vanille de Madagascar.

Quand je choisis un lot, je regarde aujourd’hui autant la qualité de la gousse que sa régularité d’une récolte à l’autre. Après des années climatiques difficiles, une vanille bien préparée, souple et parfumée, est le fruit d’un vrai savoir-faire, et elle mérite d’être payée à son juste prix.

Questions fréquentes

Le changement climatique va-t-il faire monter le prix de la vanille ?
Pas forcément tout de suite : en 2026, l’offre reste abondante et les prix sont bas. Mais les cyclones et les sécheresses répétés peuvent provoquer de brusques hausses quand une récolte est touchée, comme lors de la flambée de 2017-2018.

Pourquoi la région SAVA est-elle si importante ?
C’est la principale région de production de vanille de Madagascar, autour de Sambava, Antalaha, Vohemar et Andapa.

Qu’est-ce que le prix plancher de la vanille ?
Un prix minimum fixé par l’État. Le prix minimum à l’export de 250 dollars le kilo a été supprimé en mai 2023. En juin 2026, un prix minimum de 10 000 ariary le kilo a été rétabli pour la vanille verte achetée aux producteurs.

Références
Barrett, T. M., Soarimalala, V., Pender, M., Kramer, R. A. & Nunn, C. L. (2025). Perceptions du changement climatique et comportement adaptatif chez les petits exploitants agricoles du nord-est de Madagascar. PLOS Climate, 4(3), e0000501. https://doi.org/10.1371/journal.pclm.0000501
› ONU Info, février 2026 : cyclones à Madagascar
› Midi Madagasikara, septembre 2026 : exportations de vanille
› Capmad, octobre 2026 : prix minimum de la vanille verte

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