Couper quelques feuilles de basilic juste avant de servir une salade de tomates, glisser un brin de romarin frais dans un rôti, infuser trois feuilles de menthe cueillies le matin même : cultiver ses herbes et ses épices à la maison change complètement la cuisine. Et contrairement à ce que l’on croit, il n’est pas besoin d’un grand jardin : un rebord de fenêtre ou un balcon suffit. Moi Arnaud Sion, créateur du Comptoir de Toamasina, j’ai appris auprès des planteurs de vanille et de poivre que la réussite d’une culture tient à trois choses : la lumière, le drainage et la patience. Dans ce guide, je vous explique comment planter vos herbes aromatiques et vos épices en intérieur, lesquelles choisir, lesquelles associer, comment les nourrir et les protéger naturellement, et comment les récolter.
- › L’essentiel en un coup d’œil
- › Lumière et emplacement
- › Pots, terreau et arrosage
- › Les herbes les plus faciles à cultiver
- › Les bonnes associations
- › Le basilic : culture et bouturage
- › Cultiver des épices à la maison
- › Nourrir ses plantes naturellement
- › Lutter contre les pucerons et les maladies
- › Tailler et récolter
- › Les problèmes fréquents
- › Vos questions fréquentes
- › Mon pesto au basilic du balcon
Planter des herbes et épices à la maison : l’essentiel

Quelques pots près d’une fenêtre suffisent pour cultiver ses herbes aromatiques
Lumière et emplacement : le facteur numéro un
Beaucoup de lumière. En intérieur, c’est presque toujours la lumière qui manque. La plupart des herbes aromatiques ont besoin de six à huit heures de soleil ou de lumière vive par jour. Placez vos pots tout près d’une fenêtre orientée au sud ou à l’est. Chaque mètre compte. À deux mètres seulement d’une fenêtre, la plante reçoit beaucoup moins de lumière. Elle s’étiole : ses tiges s’allongent, deviennent fines et fragiles, ses feuilles restent petites et pâles. Une lampe pour l’hiver. En hiver ou dans une pièce sombre, une petite lampe horticole à LED, à spectre complet, allumée douze à seize heures par jour, fait des merveilles. Tourner les pots. Tournez vos pots d’un quart de tour chaque semaine, pour que la plante pousse droite et ne penche pas vers la vitre. Chaleur et humidité. Gardez une température stable, entre 18 et 24 °C, éloignez les pots des radiateurs et des courants d’air froid, et compensez l’air sec des appartements en posant les pots sur un plateau de billes d’argile humides.
Pots, terreau et arrosage
Un pot percé. C’est non négociable : le pot doit avoir des trous au fond. Ajoutez une couche de trois à cinq centimètres de billes d’argile ou de graviers, pour que l’eau ne stagne jamais au niveau des racines. La terre cuite. Les pots en terre cuite non émaillée laissent respirer la terre et les racines, et limitent l’excès d’humidité. La bonne profondeur. Quinze à vingt centimètres suffisent pour les herbes tendres ; prévoyez au moins trente centimètres pour le romarin, un petit arbuste. Le bon terreau. Évitez la terre du jardin, trop compacte en pot et parfois porteuse de maladies. Préférez un mélange de deux tiers de bon terreau universel ou potager, et un tiers de sable de rivière, de perlite ou de pouzzolane. L’arrosage, l’erreur numéro un. Trop d’eau asphyxie les racines, les fait pourrir et jaunit les feuilles. La règle est simple : arrosez seulement quand le premier centimètre de terreau est sec au toucher. Le basilic, le persil et la ciboulette aiment une terre toujours fraîche ; le thym et le romarin préfèrent sécher entre deux arrosages.
Les herbes aromatiques les plus faciles à cultiver
| Herbe | Eau | Facilité | En cuisine |
|---|---|---|---|
| Romarin | Peu, sol sec | Très facile | Viandes, porc, poissons, pommes de terre, thé noir parfumé |
| Thym | Peu, sol sec | Très facile | Sauces, ragoûts, infusions |
| Origan | Peu | Très facile | Pizzas, tomates, grillades |
| Sauge | Peu | Facile | Volailles, beurre noisette, pâtes |
| Menthe | Beaucoup | Très facile, envahissante | Thé à la menthe, taboulé, kibbeh, jus, desserts |
| Persil | Régulier | Facile | Salades, viandes, cuisine française et brésilienne |
| Ciboulette | Régulier | Très facile | Omelettes, salades, haricots |
| Basilic | Régulier | Moyen, frileux | Pizza margherita, pesto, pâtes |
| Coriandre | Régulier | Moyen, monte vite en graines | Cuisines asiatique, mexicaine, brésilienne |
| Aneth | Régulier | Moyen | Saumon, concombre, sauces au yaourt |
Pour débuter, je vous conseille le trio romarin, thym et ciboulette : ils pardonnent presque tout. Le basilic et la coriandre demandent un peu plus d’attention. Pour cuisiner vos récoltes, lisez comment conserver le basilic et le thé à la menthe du Maroc.

Le romarin, parfait pour débuter : il aime le soleil et un sol sec
Les bonnes associations et celles à éviter
Toutes les herbes n’ont pas les mêmes besoins. Pour les cultiver ensemble dans une jardinière, regroupez-les par famille.
| Famille | Herbes | Sol et eau | À cultiver ensemble |
|---|---|---|---|
| Méditerranéennes | Thym, romarin, origan, sauge, sarriette | Sol pauvre et drainant, peu d’eau | Oui, toutes ensemble |
| Herbes tendres | Basilic, persil, ciboulette, cerfeuil, aneth | Sol riche et frais, arrosage régulier | Oui, toutes ensemble |
| La menthe | Toutes les menthes | Sol riche et très frais | Non, toujours seule |
Les trois erreurs à éviter. Le thym avec le basilic : l’un veut un sol sec, l’autre une terre fraîche, et l’un des deux finira par dépérir. La menthe avec d’autres herbes : ses racines traçantes envahissent tout le pot et étouffent les voisines. Le basilic avec la coriandre : leurs besoins en eau et en chaleur divergent.

La menthe, à cultiver toujours seule dans son pot
Le basilic : culture et bouturage
Un roi frileux. Le basilic est une plante annuelle qui aime la chaleur et la lumière : six à huit heures de soleil, entre 18 et 24 °C. Il craint le froid, en dessous de 10 °C, et les courants d’air. Le bouturer dans un verre d’eau. C’est l’astuce la plus magique : un basilic acheté au supermarché peut vous donner des dizaines de plants. Prélevez une tige saine, sans fleur, de dix à quinze centimètres, coupée juste sous un nœud avec des ciseaux propres. Retirez les feuilles du bas, pour qu’elles ne pourrissent pas dans l’eau. Plongez la tige dans un verre d’eau filtrée ou reposée, dans un endroit chaud et lumineux, sans soleil direct. En une à deux semaines, des racines apparaissent ; quand elles mesurent deux à trois centimètres, repiquez la bouture dans un pot de terreau léger. Le pincer. Pincez régulièrement le bout des tiges pour que la plante se ramifie, et supprimez les fleurs dès qu’elles apparaissent : sinon les feuilles deviennent amères.

Le basilic, roi frileux du balcon : chaleur, lumière et terre fraîche
Cultiver des épices à la maison
Au-delà des herbes, plusieurs épices se cultivent très bien en pot. Le gingembre et le curcuma. Choisissez des rhizomes frais et fermes, avec des bourgeons bien visibles, ces petits « yeux ». Posez-les à plat dans un pot large, sur une couche de billes d’argile et du terreau léger, à deux ou trois centimètres de profondeur. Placez le pot au chaud, au-dessus de 18 à 20 °C, près d’une fenêtre lumineuse, et arrosez modérément, environ une fois par semaine. Les premières pousses sortent en quatre à six semaines. Neuf à dix mois plus tard, quand le feuillage jaunit, cessez d’arroser et récoltez vos rhizomes frais. Pour les cuisiner, lisez comment consommer le gingembre. Les piments. Un piment en pot, au soleil, donne des fruits tout l’été. Le poivrier. C’est une liane tropicale, comme la vanille, qui demande chaleur et humidité : un défi passionnant pour une véranda. Je vous explique tout dans comment planter du poivre. L’épice bonus : la vanille. Pour les plus passionnés, un vanillier peut pousser en serre chaude ou en véranda, sur un tuteur moussu. Obtenir des gousses demande plusieurs années et une pollinisation à la main, mais quelle fierté ! Lisez cultiver un vanillier : les erreurs à éviter et où pousse la vanille.
Nourrir ses plantes naturellement
Un engrais doux. En pot, les réserves du terreau s’épuisent vite. Pendant la période de croissance, de mars à octobre, apportez toutes les deux à quatre semaines un engrais liquide biologique équilibré. N’en mettez jamais sur un terreau sec, et évitez les engrais trop riches en azote : ils font pousser des feuilles, mais diluent le parfum des herbes. Le purin d’ortie. C’est l’engrais naturel par excellence, riche en azote et stimulant. Pour le préparer, faites tremper environ un kilo d’orties fraîches hachées, cueillies avant leur floraison, dans dix litres d’eau de pluie, dans un récipient non métallique, à l’abri du soleil. Remuez chaque jour : après une à deux semaines, quand il ne fait plus de bulles, filtrez-le. Il se conserve plusieurs mois dans un bidon fermé, au frais et à l’abri de la lumière. Il s’utilise toujours dilué : environ 10 à 20 % dans l’eau d’arrosage pour nourrir, et 5 % en pulvérisation pour stimuler les plantes. Attention, il sent très fort : préparez-le dehors, sur un balcon ou au jardin. Le marc de café. En grand amateur de café, je le recycle volontiers. Séché puis mélangé au compost ou étalé en très fine couche, il apporte un peu d’azote et de matière organique. Il acidifie légèrement le sol : réservez-le plutôt aux plantes qui aiment l’acidité, et n’en mettez pas trop dans un pot, où il peut moisir. Ce n’est pas un engrais complet, mais un bon complément zéro déchet.
Lutter contre les pucerons et les maladies naturellement
Le savon noir contre les pucerons. Le savon noir agit par contact : il dissout la couche protectrice des pucerons et des cochenilles et les asphyxie, sans laisser de résidu toxique. Diluez environ 30 à 50 ml de savon noir liquide, soit 3 à 5 %, dans un litre d’eau tiède. Pulvérisez tôt le matin ou en fin de journée, jamais en plein soleil, en insistant sous les feuilles, et rincez les herbes à l’eau claire avant de les consommer. En cas de forte attaque, ajoutez au mélange un peu d’ail écrasé et filtré, très répulsif. Le bicarbonate contre l’oïdium. Pour prévenir les maladies des champignons, comme l’oïdium, ce feutrage blanc sur les feuilles, mélangez dans un litre d’eau une cuillère à café de bicarbonate de soude et une cuillère à café de savon noir, qui aide la solution à adhérer. Pulvérisez toutes les faces des feuilles, en prévention, tous les sept à dix jours. Les alliés naturels. Sur un balcon, épargnez les coccinelles, grandes mangeuses de pucerons. L’aneth attire les syrphes, dont les larves dévorent aussi les pucerons, tandis que la sarriette, le thym, la sauge, le romarin, la menthe et l’ail éloignent de nombreux ravageurs grâce à leur parfum. Enfin, une plante bien nourrie, par exemple au purin d’ortie, résiste mieux aux attaques.
Tailler et récolter ses herbes
Récolter souvent, mais peu. Cueillez les feuilles du haut et de l’extérieur au fur et à mesure de vos besoins : cela encourage la plante à se ramifier. Ne coupez jamais plus d’un tiers du feuillage à la fois, pour qu’elle puisse se régénérer. Le bon geste. Pour la ciboulette et le persil, coupez net aux ciseaux, à quelques centimètres de la base. Pour le basilic, coupez juste au-dessus d’une paire de feuilles. Conserver la récolte. Les herbes tendres se congèlent très bien hachées, dans des bacs à glaçons avec un peu d’huile d’olive. Le thym, le romarin, l’origan et la sauge se sèchent en bouquets, tête en bas, dans un endroit sec et aéré. Et pour parfumer vos plats toute l’année, essayez le sel parfumé aux herbes.
Les problèmes fréquents et leurs solutions
| Symptôme | Cause probable | Solution |
|---|---|---|
| Feuilles jaunes, tiges molles | Trop d’arrosage | Espacer les arrosages, vérifier le drainage |
| Tiges longues et fines | Manque de lumière | Rapprocher de la fenêtre, ajouter une lampe |
| Feuilles qui flétrissent | Manque d’eau ou chaleur excessive | Arroser, éloigner du radiateur |
| Petits insectes verts ou noirs | Pucerons | Savon noir dilué |
| Feutrage blanc sur les feuilles | Oïdium | Bicarbonate, aérer |
| Moucherons autour du pot | Terreau trop humide | Laisser sécher la surface, ajouter du sable |
| Basilic amer | Floraison | Pincer les fleurs dès leur apparition |
Pyramide aromatique du pesto au basilic
Profil aromatique indicatif : basilic, thym et menthe
Vos questions fréquentes
Quelles herbes cultiver en intérieur quand on débute ?
Le romarin, le thym et la ciboulette, très faciles, puis le persil et la menthe, dans son propre pot.
À quelle fréquence arroser les herbes aromatiques ?
Quand le premier centimètre de terreau est sec. Le thym et le romarin aiment sécher entre deux arrosages ; le basilic et le persil préfèrent une terre fraîche.
Pourquoi mon basilic meurt-il ?
Le plus souvent à cause d’un excès d’eau, du froid ou d’un manque de lumière. Gardez-le au chaud, au soleil, dans un pot bien drainé.
Peut-on mettre plusieurs herbes dans le même pot ?
Oui, si elles ont les mêmes besoins : thym, romarin et origan ensemble, ou basilic, persil et ciboulette. Jamais la menthe avec les autres.
Comment faire du purin d’ortie ?
Environ un kilo d’orties fraîches hachées dans dix litres d’eau de pluie, une à deux semaines de macération en remuant chaque jour, puis on filtre. À utiliser dilué.
Peut-on cultiver du gingembre en appartement ?
Oui, à partir d’un rhizome frais, dans un pot large, au chaud et à la lumière. La récolte intervient au bout de neuf à dix mois.
Mon pesto au basilic du balcon
Rien ne vaut un pesto préparé avec du basilic coupé il y a cinq minutes. Voici ma version, relevée d’un bon tour de poivre noir.
Ingrédients
- 50 g de feuilles de basilic frais
- 40 g de parmesan râpé
- 30 g de pignons de pin
- 1 gousse d'ail
- 10 cl d'huile d'olive vierge extra
- 1 pincée de fleur de sel
- Poivre noir du moulin
Préparation
Cueillez le basilic juste avant la préparation, en coupant le haut des tiges sans dépasser un tiers de la plante.
Faites dorer les pignons à sec dans une poêle 2 à 3 minutes, puis laissez-les refroidir.
Pelez l'ail et retirez le germe.
Mixez brièvement le basilic, l'ail, les pignons et le parmesan, par à-coups pour ne pas chauffer les feuilles.
Ajoutez l'huile d'olive en filet en mixant, jusqu'à obtenir une sauce onctueuse.
Salez légèrement et poivrez généreusement.
Versez dans un bocal et couvrez d'un film d'huile d'olive pour éviter l'oxydation.
REMARQUES
Le pesto se garde 4 à 5 jours au réfrigérateur, sous une fine couche d'huile, ou plusieurs mois au congélateur, en bacs à glaçons. Vous pouvez remplacer une partie du basilic par du persil, et les pignons par des noix ou des amandes.

Un pesto préparé avec le basilic du balcon
Un rebord de fenêtre, quelques pots en terre cuite, un peu de patience : c’est tout ce qu’il faut pour avoir des herbes fraîches toute l’année. Commencez par trois plantes, apprenez à les connaître, et votre cuisine ne sera plus jamais la même.