Maison Non classéLe changement climatique dans le monde de la vanille

Le changement climatique dans le monde de la vanille

Par Arnaud Sion
Publié: Mis à jour: 14 minutes lire

Le Comptoir de Toamasina, c’est le spécialiste de la vanille de Madagascar depuis 2010. La vanille est une épice que le monde adore, et pourtant un seul cyclone peut ravager l’ensemble d’une récolte. On le voit aussi au Brésil, où j’habite depuis novembre 2015, avec la production de café. Dans cet article, moi, Arnaud Sion, je vous explique comment le climat pèse sur la vanille : cyclones, sécheresses, pluies irrégulières, maladies, mais aussi vols et récoltes précoces quand les prix s’envolent. Vous verrez pourquoi la vanille de Madagascar est si exposée, comment les autres origines prennent le relais, et ce que cela change pour vous qui achetez des gousses.

L’avis d’Arnaud, créateur du Comptoir de ToamasinaMon avis : le climat ne fait pas que réduire les volumes, il fait aussi bouger la qualité. Après un mauvais épisode climatique, la tentation de cueillir trop tôt est forte et les gousses immatures arrivent sur le marché. Moins de vanille ne veut pas dire plus de qualité. Mon conseil d’acheteur : regardez d’abord la gousse, sa souplesse et son parfum, avant de regarder l’origine ou le prix.

Les récoltes sont aussi sujettes aux aléas climatiques

La vanille est une orchidée qui peut pousser partout sous les tropiques, mais c’est à Madagascar que vous allez trouver les plus grandes plantations et surtout la plus grande quantité produite. Aujourd’hui, Madagascar représente environ 80 % de la production mondiale de vanille. La région de la SAVA, au nord-est de l’île, est celle qui en produit le plus.

Cette concentration est une force, car le savoir-faire malgache est unique. C’est aussi une fragilité : quand la quasi-totalité de la vanille du monde pousse sur une même côte, un seul événement climatique peut faire basculer tout le marché. Un cyclone peut balayer en quelques heures le travail d’une vie, ou au moins celui d’une année.

La vanille demande en effet beaucoup de patience. Une liane met plusieurs années avant de produire, chaque fleur est pollinisée à la main le jour de son ouverture, puis la gousse mûrit huit à neuf mois sur la liane avant la longue préparation : échaudage, étuvage, séchage et affinage. Une perte climatique ne se rattrape donc jamais en quelques semaines. Pour comprendre toute la chaîne, lisez mon article sur la filière de la vanille Bourbon de Madagascar.

Dans cette vidéo, je vous explique le changement climatique dans le monde de la vanille :

Le changement climatique dans le monde de la vanille

Le changement climatique dans le monde de la vanille : cyclones, sécheresse et maladies menacent les récoltes

La côte de la vanille, en première ligne face aux cyclones

Le changement climatique dans le monde de la vanille joue un rôle direct pour cette orchidée. Nous savons que les changements climatiques influencent déjà les récoltes de cacao, de café et de nombreuses matières premières agricoles. La vanille ne fait pas exception, et sa géographie la rend particulièrement exposée.

La SAVA regarde l’océan Indien, sur la route des cyclones qui se forment chaque saison entre décembre et avril. Deux épisodes ont marqué la filière :

  • ›Le cyclone Enawo, en mars 2017. Classé en catégorie 4, il a frappé la SAVA près d’Antalaha, l’une des capitales de la vanille. Il a fait des dizaines de morts et des dizaines de milliers de sinistrés. L’impact sur l’économie a été énorme : environ 30 % de la récolte de vanille a été détruite, et les prix ont ensuite flambé.
  • ›Le cyclone Gamane, fin mars 2024. Il a touché le nord-est de l’île, dans la région de Vohémar, au cœur de la SAVA, avec des inondations importantes dans les zones de culture.

Un cyclone ne se contente pas d’arracher les lianes. Il couche les arbres tuteurs, fait tomber les fleurs et les jeunes gousses, inonde les parcelles et coupe les routes qui permettent d’acheminer la vanille verte vers les préparateurs. Pour approfondir le lien entre climat océanique et vanille, lisez mon article sur La Niña et la vanille.

Après un cyclone, le vanillier se met au repos

Ce qu’observent les planteurs après le passage d’un cyclone est étonnant. L’année suivante, le vanillier va comme hiberner pendant à peu près un an : la liane abîmée consacre son énergie à se reconstruire et fleurit peu. Ensuite, environ deux ans après le cyclone, le pied va souvent augmenter sa production, car il a eu une année entière pour se reposer.

Ce rythme explique pourquoi les effets d’un cyclone sur le marché durent plusieurs campagnes :

  • ›la première année, les volumes chutent à cause des destructions directes ;
  • ›l’année suivante, la production reste faible pendant que les lianes récupèrent ;
  • ›deux ans après, la production peut repartir fortement, parfois au moment où les prix sont encore hauts, ce qui prépare la baisse suivante.

C’est une des raisons pour lesquelles le prix de la vanille fait souvent les montagnes russes. Les planteurs, eux, vivent ces cycles de plein fouet. Pour mieux connaître leur point de vue, je vous conseille l’article sur les perceptions du changement climatique chez les producteurs de vanille à Madagascar.

Sécheresse, pluies irrégulières et floraison de la vanille

On parle beaucoup des cyclones parce qu’ils sont spectaculaires. Mais pour la vanille, l’irrégularité des pluies est un danger plus discret et tout aussi sérieux.

Le vanillier a besoin d’un climat chaud et humide, mais aussi d’une période plus sèche et un peu plus fraîche pour déclencher sa floraison. Si cette pause ne vient pas, ou si elle est trop longue, la floraison est faible ou décalée. Moins de fleurs, c’est moins de gousses à polliniser, et donc moins de vanille neuf mois plus tard.

À l’inverse, une sécheresse prolongée pendant la croissance des gousses les fait jaunir et tomber avant maturité. Et des pluies trop fortes au mauvais moment font pourrir les racines et les fleurs.

  • ›Saison sèche trop courte : floraison faible ou étalée.
  • ›Sécheresse pendant la maturation : chute des jeunes gousses.
  • ›Excès d’eau : racines asphyxiées, terrain favorable aux maladies.

Le dérèglement du calendrier des pluies complique aussi le travail des planteurs, qui doivent polliniser fleur par fleur, chaque matin, pendant toute la floraison.

Chaleur et températures : une orchidée sensible

La vanille est une orchidée de sous-bois. Elle aime la chaleur, mais une chaleur tamisée par l’ombre des arbres tuteurs et accompagnée d’humidité. Les fortes chaleurs, surtout quand elles s’accompagnent d’un air sec, stressent la liane : les feuilles jaunissent, la croissance ralentit et les fleurs avortent plus facilement.

C’est pour cela que l’ombrage est si important dans une vanilleraie. Quand un cyclone abat les arbres tuteurs, la liane se retrouve en plein soleil, ce qui ajoute un stress thermique aux dégâts du vent. Les plantations en agroforesterie, où la vanille pousse au milieu d’autres arbres, résistent en général mieux à ces écarts de température.

Les chercheurs travaillent aussi sur des variétés capables de mieux supporter ces nouvelles conditions, en s’intéressant aux espèces sauvages de vanille. J’en parle dans vanille et changement climatique : quelles variétés pour l’avenir ?.

Maladies et ravageurs : la fusariose en première ligne

Un climat déréglé, c’est aussi un terrain favorable aux maladies. La plus redoutée des planteurs de vanille est la fusariose, causée par un champignon du sol, Fusarium oxysporum. Elle attaque les racines et la tige, provoque la pourriture de la liane et peut décimer une parcelle entière.

La fusariose profite des sols gorgés d’eau et des plantes affaiblies. Après un cyclone ou une période de pluies excessives, les lianes blessées et stressées deviennent plus vulnérables. Comme la vanille cultivée provient en grande partie de boutures, elle présente peu de diversité génétique, ce qui la rend sensible aux mêmes maladies partout.

Les planteurs disposent de quelques moyens de prévention :

  • ›un bon drainage des parcelles ;
  • ›des boutures saines, prélevées sur des lianes vigoureuses ;
  • ›un paillage et une matière organique qui entretiennent un sol vivant ;
  • ›l’élimination rapide des lianes malades pour limiter la propagation.

À cela s’ajoutent les ravageurs, dont les attaques varient elles aussi avec la météo.

Les défis des plantations de vanille

Les défis principaux des plantations de vanille : climat, maladies et ravageurs

Cyclone, sécheresse ou maladies : trois menaces comparées

Les trois grandes menaces climatiques pour la vanille

Ma lecture, échelle indicative de 0 à 5


Le radar compare, selon ma lecture de la filière, les trois grandes menaces qui pèsent sur la vanille. Le cyclone est le plus brutal et le plus médiatisé : il détruit en quelques heures et fait réagir les prix immédiatement. La sécheresse et l’irrégularité des pluies agissent plus lentement, mais sur de vastes zones, en réduisant la floraison. Les maladies comme la fusariose s’installent dans la durée et peuvent ruiner une plantation en quelques saisons. C’est une lecture qualitative, pas une mesure scientifique, mais elle montre bien que le risque climatique ne se résume pas aux cyclones.

Quand les prix montent : vols et récolte précoce

Le climat a un effet indirect que l’on oublie souvent. Quand un cyclone ou une sécheresse réduit la récolte, les prix montent. Et quand les prix montent, la vanille verte devient une proie.

Dans la SAVA, le vol de vanille sur pied est un vrai fléau dans les années de prix élevés. Pour s’en protéger, beaucoup de planteurs marquent leurs gousses encore vertes avec un poinçon à leurs initiales, et surveillent leurs parcelles jour et nuit. D’autres préfèrent cueillir avant que les voleurs ne passent.

C’est là que le climat finit par toucher la qualité. Une gousse cueillie avant maturité reste pauvre en vanilline et en arômes, même après une préparation soignée. C’est précisément pour éviter cela que Madagascar encadre la filière par un calendrier de récolte et d’exportation. Je l’explique dans mon article sur la fin de la campagne 2020-2021 de la vanille.

Climat, campagne et prix de la vanille

Le lien entre climat et prix est direct. Après Enawo, en 2017, la baisse de la récolte a fait flamber les cours de la vanille de Madagascar, qui ont atteint des niveaux historiques. Les années suivantes, l’État malgache a encadré les exportations avec un prix plancher de 250 $ le kilo FOB. Ce prix minimum a été levé en mai 2023, et les cours ont alors fortement baissé.

Pour l’acheteur, cela veut dire qu’il faut toujours lire les prix de la vanille à la lumière de la météo des saisons précédentes :

  • ›un cyclone ou une sécheresse annonce souvent une hausse des prix une à deux campagnes plus tard ;
  • ›une année de reprise après la mise au repos des lianes peut faire baisser les cours ;
  • ›les décisions de l’État sur les dates de campagne et les prix s’ajoutent aux effets du climat.

Je suis ces évolutions chaque saison dans mon guide du prix de la vanille.

La diversification des origines face au climat

Puisque Madagascar concentre l’essentiel de la production, chaque catastrophe sur la SAVA rappelle au monde qu’il faut d’autres origines. Plusieurs pays produisent aujourd’hui de la vanille de qualité :

  • ›l’Ouganda, qui bénéficie de deux saisons de pluies et peut récolter deux fois par an ;
  • ›l’Indonésie, grand producteur historique ;
  • ›la Papouasie-Nouvelle-Guinée, connue pour ses vanilles planifolia et tahitensis ;
  • ›les Comores, qui produisent aussi de la vanille Bourbon ;
  • ›l’Inde, présente sur le marché depuis plusieurs décennies ;
  • ›le Brésil, où la recherche sur les vanilles natives avance.

Chaque origine a son propre climat, donc ses propres risques. Avoir plusieurs origines permet d’amortir les chocs : quand une région subit un cyclone, une autre peut compenser. Pour la récolte ougandaise, lisez la récolte de vanille d’Ouganda, et pour choisir selon vos usages, quelle origine de vanille choisir.

Au Brésil, mes essais de vanille sous serre dans le Minas Gerais

Je vis à Belo Horizonte, dans le Minas Gerais, et je vois chaque année combien le climat pèse aussi sur l’agriculture brésilienne. Le café en est le meilleur exemple : en juillet 2021, des gelées ont touché les plantations du Minas Gerais et fait grimper les cours mondiaux. J’en parlais dans des gelées dans les plantations de café au Brésil.

Pour la vanille, j’ai choisi de mettre mes pieds de vanille sous serre dans le Minas Gerais. La serre protège la liane du froid des nuits d’hiver, du vent et des écarts de température, et permet de mieux maîtriser l’arrosage. C’est une manière d’apprendre comment l’orchidée réagit à un climat différent de celui de Madagascar.

J’ai aussi un projet de plantation de vanille dans le Cerrado, la grande savane du centre du Brésil, où poussent plusieurs vanilles natives. Ces espèces sauvages intéressent les chercheurs, car elles se sont adaptées à des conditions plus sèches. Je vous raconte tout dans la culture de la vanille dans le Minas Gerais.

Projet de plantation de vanille dans le Cerrado

Mon projet de plantation de vanille dans le Cerrado, dans le Minas Gerais au Brésil

Mes conseils pour acheter de la vanille malgré les aléas climatiques

Je sélectionne mes vanilles en Europe, auprès d’importateurs, et je les choisis gousse par gousse sur des critères simples. Voici ce que je vous conseille, surtout dans les années où le climat a perturbé la récolte :

  • ›Ne confondez pas rareté et qualité. Qui dit moins de vanille ne dit pas plus de qualité. Une année de pénurie peut au contraire faire arriver des gousses cueillies trop tôt.
  • ›Vérifiez la souplesse. Une bonne gousse gourmet se plie sans casser et reste grasse au toucher.
  • ›Sentez-la. Une vanille bien préparée dégage un parfum intense de cacao, de caramel et de bois.
  • ›Achetez à la bonne saison. La nouvelle récolte arrive en Europe à l’automne et en hiver, après l’ouverture des exportations.
  • ›Conservez-la bien. Dans un bocal hermétique, à l’abri de la lumière et de la chaleur, jamais au réfrigérateur. Tout est expliqué dans comment conserver la gousse de vanille.

Et si vous aimez découvrir les coulisses de mon métier, lisez aussi mon article de chercheur d’épices et de vanille.

ATTAQUEDouce, crémeuseCŒURCacao, caramel, notes de rhumFONDBoisé, épices douces

La pyramide aromatique de la vanille Bourbon de Madagascar

Pour une vanille choisie gousse par gousse, découvrez mes gousses de vanille de Madagascar, ma vanille de Madagascar, ma vanille de Papouasie et toutes mes vanilles.

Mon verdict : la vanille face au changement climatique

Voici mon évaluation des menaces climatiques sur la vanille, critère par critère.

Vos questions fréquentes

Pourquoi la vanille est-elle si sensible au climat ?Parce que Madagascar produit environ 80 % de la vanille mondiale, surtout dans la SAVA, une région exposée aux cyclones, et parce que la floraison dépend de la régularité des pluies.
Quel cyclone a le plus touché la vanille ?Le cyclone Enawo, en mars 2017, a frappé la SAVA près d’Antalaha et détruit environ 30 % de la récolte de vanille, avant une flambée des prix.
Que se passe-t-il pour le vanillier après un cyclone ?Les planteurs observent que la liane se met au repos pendant environ un an, puis produit souvent davantage deux ans après le cyclone.
Qu’est-ce que la fusariose de la vanille ?C’est une maladie causée par un champignon du sol, Fusarium oxysporum, qui fait pourrir les racines et la tige. Elle profite des sols gorgés d’eau et des lianes affaiblies.
Une vanille rare est-elle forcément meilleure ?Non. Moins de vanille ne veut pas dire plus de qualité : les années de pénurie favorisent les récoltes précoces. Vérifiez toujours la souplesse et le parfum des gousses.
Livre Vanilles du monde, terroirs, gousses et gestes, par Arnaud Sion
Pour aller plus loin

Vanilles du monde

Dans mon livre, je raconte les grandes vanilles du monde, leurs terroirs et les gestes pour bien les choisir, les conserver et les cuisiner.

Découvrir le livre

Vous aimerez peut-être aussi

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.