Découvrez les nouvelles perspectives qui se sont ouvertes pour les exportateurs de vanille à Madagascar à la suite de la levée des contraintes décidée par l’État en avril 2023. À l’époque, on annonçait déjà un prix de la vanille Bourbon de Madagascar entre 70 et 150 dollars le kilo, loin des 250 dollars imposés jusque-là. Dans cet article, je vous explique ce que l’État avait mis en place, pourquoi il a fait marche arrière, les mots à connaître pour comprendre la filière, et surtout ce qui a changé depuis, jusqu’en 2026. Lisez aussi qu’est-ce que la vanille Bourbon et l’histoire de la vanille.

Avril 2023 : Madagascar lève les contraintes sur l’exportation de la vanille
Ce que l’État avait imposé en 2022
En septembre 2022, le gouvernement malgache avait instauré des mesures strictes pour réguler le marché de la vanille. Elles visaient à résoudre deux problèmes majeurs : un prix de vente de la vanille à l’étranger inférieur aux cours, et des devises qui ne revenaient pas dans les caisses de l’État. Dans cette optique, 88 exportateurs avaient été sélectionnés pour recevoir une autorisation de vente, en échange de leur engagement à vendre le kilo de vanille à 250 dollars minimum.
Ces contraintes ont compliqué la tâche des négociants, qui ne pouvaient plus écouler leur marchandise en vrac. Seules les productions exceptionnelles trouvaient preneur, c’est-à-dire uniquement la meilleure qualité, la vanille gourmet. Lisez notre article sur la classification de la vanille.
Avril 2023 : la libéralisation sous conditions
Face aux difficultés pour vendre la vanille et aux demandes des exportateurs, le gouvernement a finalement fait machine arrière. Le 12 avril 2023, le président Andry Rajoelina a officialisé la libéralisation du marché, sous conditions : les exportateurs doivent céder 70 % des devises rapatriées sur le Marché interbancaire des devises, le MID, et ne conserver que 30 % des sommes, après avoir payé les producteurs.
Le chef de l’État a ainsi décidé de faciliter autant que possible l’exportation de vanille, en levant les obstacles qui entravaient la filière. Cette décision, prise quelques mois avant l’ouverture de la campagne présidentielle, visait à répondre aux doléances des exportateurs et des producteurs, tout en assainissant le marché de la vanille à Madagascar. Achetez votre vanille de Madagascar au Comptoir de Toamasina.
À Sambava, une filière en crise
Arnaud Vanille et Le Comptoir de Toamasina, spécialistes de la vanille en France, vous informent sur les derniers développements du monde de la vanille. Au terme de longues négociations avec les acteurs de la filière à Sambava, le jeudi 13 avril 2023, le président a annoncé que la libéralisation serait bientôt appliquée. Accompagné du Premier ministre, il s’était rendu dans la région SAVA, au nord-est du pays, pour résoudre les problèmes auxquels la filière faisait face depuis plusieurs mois. Quelque temps auparavant, des planteurs avaient même manifesté en brûlant leurs stocks de vanille, faute d’acheteurs.
Le président avait rappelé les raisons des mesures prises pour protéger la filière, notamment les prix planchers pour la vanille verte et pour la vanille préparée destinée à l’exportation, avec un objectif annoncé : protéger les planteurs tout en laissant aux collecteurs une marge confortable. Selon ses explications, 88 opérateurs avaient obtenu un agrément sur les 400 qui l’avaient demandé, mais la vanille peinait toujours à trouver des acheteurs. L’origine de la tension : des stocks d’invendus plus importants que les années précédentes. Il faut toutefois tempérer : la campagne précédente avait été exceptionnelle, avec presque le double des ventes habituelles, il était donc normal de vendre moins. Et la crise en Europe a fait beaucoup de mal.
La campagne d’exportation 2022-2023 avait démarré en novembre 2022 pour s’achever en mai 2023. Face à la demande de libéralisation, l’État envisageait de fixer certaines conditions, comme des engagements d’achat de vanille ou un rapatriement des devises à un taux imposé.
Les mots à connaître pour comprendre la filière
- ›Le prix plancher : un prix minimum d’exportation fixé par l’État. Pour la vanille de Madagascar, il était de 250 dollars le kilo, une protection pour les planteurs, mais un frein pour les acheteurs quand les cours mondiaux sont plus bas.
- ›L’agrément : l’autorisation officielle d’exporter de la vanille, renouvelée à chaque campagne.
- ›La campagne : la période pendant laquelle l’exportation est autorisée, en général d’octobre ou novembre à mai ou juin.
- ›Le MID : le Marché interbancaire des devises, où les exportateurs doivent céder une partie des dollars ou des euros gagnés, pour alimenter les réserves du pays.
- ›Le rapatriement des devises : l’obligation de faire revenir à Madagascar l’argent des ventes à l’étranger, un enjeu majeur pour l’économie malgache, dont la vanille est l’un des premiers produits d’exportation.
Ce qui a changé depuis 2023
La libéralisation a bien relancé les ventes, au point de basculer dans l’excès inverse. Voici les grandes étapes.
- ›2024, des exportations records : plus de 4 300 tonnes de vanille quittent Madagascar, alors que le monde n’en consomme qu’environ 2 500 à 2 700 tonnes par an. Selon nos propres relevés, 3 000 tonnes avaient déjà été exportées entre décembre 2023 et la mi-juin 2024.
- ›2025, des stocks énormes : plus de 2 000 tonnes de vanille préparée attendent preneur, et la valeur des exportations est presque divisée par deux, d’environ 213 à 113 millions de dollars.
- ›Campagne 2025-2026 : l’exportation est ouverte du 15 octobre au 30 juin, et le paiement de 4 dollars par kilo à l’exportation n’est plus exigé, pour soulager la filière.
- ›Juin 2026, l’État réintervient : les autorités annoncent leur intention de racheter 600 tonnes de vanille préparée pour désengorger les stocks, et fixent un prix minimum pour la vanille verte achetée aux producteurs : 10 000 ariary le kilo pour les gousses longues, 5 000 pour les courtes.
Autrement dit, après le prix plancher à l’export de 2022, puis la libéralisation de 2023, Madagascar revient en 2026 à une protection, mais cette fois au niveau du planteur, sur la vanille verte.

2026 : après les exportations records, le temps de la crise
Ce que cela change pour vous
Pour le consommateur, la libéralisation et la surproduction ont fait baisser les prix de la vanille de Madagascar. C’est une bonne nouvelle pour se faire plaisir, mais elle demande un peu de vigilance : quand les prix s’effondrent, la tentation est grande de récolter trop tôt ou de bâcler la préparation. Comparez toujours le prix au gramme, à qualité égale, et préférez des gousses souples, charnues et non fendues, la qualité gourmet. Lisez la gousse de vanille noire non fendue de Madagascar.
Vos questions fréquentes
Qu’est-ce que le prix plancher de la vanille à Madagascar ?
Un prix minimum d’exportation imposé par l’État, fixé à 250 dollars le kilo pour la vanille préparée. Il a été levé en avril 2023.
Pourquoi Madagascar a-t-il levé le prix plancher ?
Parce que la vanille ne trouvait plus d’acheteurs à ce prix : les stocks s’accumulaient et les planteurs ne pouvaient plus vendre. La libéralisation a été décidée le 12 avril 2023, sous conditions de rapatriement des devises.
Le prix de la vanille de Madagascar a-t-il baissé depuis ?
Oui, fortement : avec des exportations records et des stocks importants, la vanille se négocie souvent sous les 100 dollars le kilo à l’export en 2025-2026.
Qu’a décidé l’État malgache en 2026 ?
Il a annoncé le rachat de 600 tonnes de vanille préparée pour désengorger les stocks, et un prix minimum pour la vanille verte : 10 000 ariary le kilo pour les gousses longues, 5 000 pour les courtes.
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