L’Amazonie n’a pas fini de nous surprendre. Aux portes de Manaus, dans une forêt que l’on croyait pourtant bien étudiée, des botanistes brésiliens ont décrit deux orchidées inconnues de la science : Dichaea bragae et Anathallis manausensis. Moi Arnaud Sion, du Comptoir de Toamasina, je vis au Brésil depuis 2015 et je travaille chaque jour avec la plus célèbre des orchidées, celle qui donne la gousse de vanille. Ces découvertes me passionnent parce qu’elles rappellent une chose essentielle : la famille des orchidées est immense, encore mal connue, et c’est dans cette biodiversité que se cachent aussi les vanilles de demain.
Dans cet article, je vous raconte qui sont ces deux nouvelles espèces, comment elles ont été identifiées, pourquoi elles sont si difficiles à repérer, et ce qui les relie à la vanille que vous utilisez en cuisine.
Quand on parle d’orchidées, on pense aux grandes fleurs spectaculaires des fleuristes. La réalité amazonienne est tout autre : beaucoup d’espèces sont minuscules, discrètes, perchées dans les arbres. La vanille elle-même est une liane dont la fleur ne dure qu’une matinée. C’est cette discrétion qui explique qu’on découvre encore de nouvelles espèces à quelques kilomètres d’une ville de deux millions d’habitants.
- Carte d’identité des deux orchidées
- Qui a découvert ces deux nouvelles orchidées ?
- À quoi ressemble Dichaea bragae ?
- Anathallis manausensis est-elle la plus petite orchidée d’Amazonie ?
- Pourquoi découvre-t-on encore des orchidées en Amazonie ?
- Quel lien entre ces orchidées et la vanille ?
- Quel parfum ont les orchidées qui donnent la vanille ?
- Questions fréquentes

Carte d’identité des deux orchidées
Qui a découvert ces deux nouvelles orchidées ?
Ces deux espèces sont le fruit du travail d’une petite équipe de botanistes de Manaus, réunie autour de l’Institut national de recherches d’Amazonie (INPA) et de l’Université fédérale d’Amazonas (UFAM). Le biologiste Jefferson José Valsko, alors boursier de l’INPA, a mené les récoltes sur le terrain, avec notamment les botanistes Amauri Herbert Krahl et Ana Sofia Sousa de Holanda. La découverte a été largement relayée par la presse brésilienne au printemps 2016.
Les deux orchidées n’ont pas été décrites en même temps. Dichaea bragae a fait l’objet d’une publication dans la revue scientifique de l’INPA, Acta Amazonica, dans son numéro de septembre 2014. Anathallis manausensis a été décrite en 2016 dans la revue néo-zélandaise Phytotaxa, spécialisée dans la classification des plantes. C’est le circuit normal de la botanique : une plante n’existe officiellement pour la science qu’une fois sa description publiée, avec un nom latin, un spécimen de référence déposé en herbier et une comparaison rigoureuse avec les espèces proches.
Leurs noms sont aussi des hommages. Dichaea bragae honore Pedro Ivo Soares Braga, chercheur de l’INPA disparu en mars 2011, considéré comme l’un des grands spécialistes des orchidées du Brésil et auteur de nombreuses études en Amazonie. Anathallis manausensis rend hommage à la ville de Manaus : selon l’équipe, aucune orchidée ne portait encore le nom de la capitale amazonienne, alors même que l’espèce pousse dans les limites de la commune. La même équipe avait déjà décrit auparavant d’autres espèces amazoniennes, comme Dichaea fusca, Dichaea diminuta et Anathallis roseopapillosa.
À quoi ressemble Dichaea bragae ?
Dichaea bragae est une petite orchidée épiphyte au port retombant, qui pend le long des troncs. Comme les autres Dichaea, elle ne forme pas de pseudobulbes et ses feuilles sont disposées en deux rangs le long de la tige. Elle a été récoltée au nord de Manaus, dans une zone de forêt dense et très humide, typique des abords des cours d’eau. Ses fleurs sont petites, vertes, et c’est un détail qui a mis les chercheurs sur la piste : son labelle.
Le labelle est un pétale transformé, propre aux orchidées, qui sert en général de piste d’atterrissage aux insectes pollinisateurs. Chez les Dichaea, ses lobes latéraux dessinent une forme qui évoque une ancre de bateau. Chez Dichaea bragae, ce labelle est blanc et ses lobes latéraux sont repliés presque à angle droit, une particularité que les botanistes n’avaient observée chez aucune autre espèce du genre. Pour s’en assurer, l’équipe a cultivé la plante : elle a fleuri en culture environ un an après sa récolte, ce qui a permis d’étudier la fleur en détail.

Anathallis manausensis est-elle la plus petite orchidée d’Amazonie ?
On lit souvent qu’il s’agit de « la plus petite orchidée du monde ». C’est exagéré : les chercheurs la décrivent comme l’une des plus petites orchidées d’Amazonie. Ses dimensions restent stupéfiantes. Sa fleur mesure environ 3 millimètres, ses feuilles à peu près un centimètre, et sa tige ne dépasse guère six millimètres. À l’œil nu, dans la pénombre du sous-bois, elle est pratiquement invisible.
Anathallis appartient à la sous-tribu des Pleurothallidinae, un groupe connu pour ses nombreuses orchidées miniatures. Elle a été trouvée dans la zone du Projet de dynamique biologique des fragments forestiers (PDBFF), un vaste site de recherche situé au nord de Manaus. Ce site est étudié depuis des décennies par des spécialistes des oiseaux, des arbres ou des insectes, mais les orchidées y avaient été beaucoup moins inventoriées. Comme pour Dichaea bragae, c’est la forme du labelle qui a permis de la distinguer des espèces voisines.
| Critère | Dichaea bragae | Anathallis manausensis |
|---|---|---|
| Publication | Acta Amazonica, 2014 | Phytotaxa, 2016 |
| Nom en hommage à | Pedro Ivo Soares Braga, orchidologue de l’INPA | La ville de Manaus |
| Port | Épiphyte retombante, sans pseudobulbe | Épiphyte miniature |
| Fleur | Petite, verte, labelle blanc en forme d’ancre | Environ 3 mm |
| Particularité | Lobes du labelle repliés à angle droit | Parmi les plus petites orchidées d’Amazonie |
Pourquoi découvre-t-on encore des orchidées en Amazonie ?
Les orchidées forment l’une des plus grandes familles de plantes à fleurs, avec plus de 25 000 espèces connues dans le monde. Le Brésil en compte à lui seul plusieurs milliers : les inventaires avancent des chiffres compris entre 2 500 et 3 000 espèces. Pourtant, trouver une orchidée amazonienne reste un véritable défi, pour plusieurs raisons.
Elles vivent en hauteur. La majorité des orchidées amazoniennes sont épiphytes : elles s’accrochent aux troncs et aux branches pour capter la lumière diffuse de la canopée, parfois à 25 ou 30 mètres du sol. Pour les étudier, il faut grimper, ou attendre qu’une branche tombe.
Elles se camouflent. Les chercheurs expliquent que les Dichaea vivent presque toujours associées aux mousses qui couvrent les troncs, au point de se confondre avec elles. Une orchidée de quelques centimètres, vert sur vert, passe facilement inaperçue.
Elles fleurissent peu et brièvement. Sans fleur, il est souvent impossible d’identifier une espèce. C’est pourquoi les botanistes cultivent les plantes récoltées, parfois pendant des mois, en attendant la floraison.
Elles dépendent de pollinisateurs précis. Beaucoup d’orchidées sont liées à un petit nombre d’insectes pollinisateurs : certaines abeilles, des mouches, des papillons. Cette spécialisation explique leur incroyable diversité de formes, mais les rend aussi fragiles. Quand la forêt recule, ce sont des espèces encore inconnues qui risquent de disparaître avant même d’avoir été décrites. J’en parle plus largement dans Amazonie : richesse et importance.
Dichaea bragae (2014) et Anathallis manausensis (2016) ont été décrites par une équipe de l’INPA et de l’UFAM, près de Manaus. Ce sont deux petites orchidées épiphytes, identifiées grâce à la forme unique de leur labelle. Leur découverte montre à quel point la flore amazonienne reste méconnue.
Quel lien entre ces orchidées et la vanille ?
C’est la question que l’on me pose le plus souvent quand je parle d’orchidées : la vanille est-elle vraiment une orchidée ? Oui. La gousse de vanille est le fruit d’une orchidée lianescente du genre Vanilla. Ce genre compte plus d’une centaine d’espèces dans les régions tropicales, mais seules trois sont cultivées à grande échelle pour leurs gousses : Vanilla planifolia, la vanille de Madagascar ou Bourbon ; Vanilla × tahitensis, la vanille de Tahiti ; et Vanilla pompona, le vanillon. J’ai détaillé cette histoire botanique dans saviez-vous que la vanille est extraite d’une espèce d’orchidée ?

Le Brésil, et l’Amazonie en particulier, abrite de nombreuses espèces de vanilles sauvages. La Vanilla pompona y pousse naturellement, tout comme la Vanilla palmarum, qui grimpe sur les palmiers, ou la Vanilla bahiana. Des botanistes brésiliens continuent d’en signaler dans de nouvelles régions, comme l’a montré l’étude sur Vanilla bahiana et Vanilla pompona dans l’État du Maranhão. Pour découvrir l’une d’elles, lisez à la découverte de Vanilla palmarum, ou l’enquête plus large sur la vanille autochtone et les orchidées perdues du Brésil.
Ces vanilles sauvages intéressent de plus en plus les chercheurs et les producteurs. La quasi-totalité de la vanille cultivée dans le monde descend d’un nombre très réduit de plants, ce qui la rend vulnérable aux maladies et aux changements climatiques. Les espèces sauvages d’Amazonie représentent un réservoir génétique précieux pour l’avenir de la vanille. Chaque inventaire botanique, même s’il porte sur des orchidées sans intérêt culinaire comme Dichaea ou Anathallis, contribue à mieux connaître et protéger cet ensemble.
Quel parfum ont les orchidées qui donnent la vanille ?
Les deux nouvelles espèces de Manaus n’ont pas d’usage culinaire. En revanche, la Vanilla pompona, orchidée native d’Amazonie, donne une gousse au profil très singulier. Voici comment je la décris en dégustation.
Pyramide aromatique de la vanille pompona, orchidée d’Amazonie
Le radar ci-dessous compare les trois grandes orchidées à vanille cultivées dans le monde. Pour aller plus loin sur la pompona, lisez mon article consacré à la vanille pompona.
Profil comparatif indicatif (échelle de 0 à 5)
Comme les orchidées, les poivres offrent une diversité aromatique insoupçonnée d’une origine à l’autre. Pour trouver celui qui vous correspond, faites notre test : Quel poivre choisir selon vos goûts ?
Questions fréquentes sur les nouvelles orchidées d’Amazonie
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